Le renoncement médiatique et politique face à la complexité du réel

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Depuis plus de 50 ans, le rationalisme cartésien a cédé devant la complexité du réel. Normalement, l’approche « systémique » a bien montré une réalité irréductible aux éléments simples et où se jouent des causalités insaisissables. Au XXème siècle, Descartes a donc échoué car ses principes méthodiques se sont révélés incapables d’analyser et résoudre les grands problèmes du monde réel : les politiques économiques et financières, le chômage, la pauvreté, les banlieues, l’immigration, les flux, les régulations internationales…
Tant d’impuissance intellectuelle, tant d’échecs politiques auraient dû amener pour le moins à plus de nuance et d’humilité, à défaut d’action efficace et de solutions théoriques.
Eh bien non, pas du tout.
Jetons un œil sur la France aujourd’hui, pays de Descartes, de la Raison et des Droits de l’Homme…

La tendance actuelle, incarnée au plus haut point par son président, est au contraire la mise en scène de causalités simples, linéaires, reliant des réalités non seulement élémentaires, mais pire : binaires.
Cette pensée, plus simpliste que simple, se nourrit de couples d’oppositions, à peine chapeautés par des concepts presque aussi simples. Pour Sarkozy, il y a, dans le monde des « citoyens/électeurs », ceux « qui se lèvent tôt » et ceux « qui se la coulent douce », les salariés « du privé » et « les fonctionnaires », ceux « qui bossent vraiment » et ceux « qui font grève »; il y a dans le monde politico-médiatique « ceux qui agissent » et « ceux qui commentent », ceux qui sont « du côté des victimes » et ceux « du côté des assassins », ceux « du côté de la police » et ceux qui sont « contre la police » etc.
Tous ont observé son goût outrancier du clivage qui est même devenu une grossière technique de défense et de communication. Pendant son intervention de mardi, le journaliste lui pose une question sur les vols de portables de ses confrères et il répond : « Et vous voulez qu’en tant de chef de l’État je m’occupe des vols de portables ? » ou « vous m’accusez de les avoir volés ? ». Il y a donc, selon Sarkozy, des chefs d’État qui « volent les portables » et « ceux qui ne les volent pas »… Même trucage verbal quand il ajoute : « quel est l’intérêt d’écouter tous les jours un journaliste qui écrit tous les jours ? ». Dit comme cela, aucun. Déduction : je ne mets donc pas sur écoute les journalistes.

Une formule apparemment anodine et de plus en plus entendue dans les déclarations ministérielles est intéressante : on ne parle plus des pauvres, mais « des plus pauvres », entité élastique qui a le double avantage d’être floue et non quantifiable, et de faire taire les autres, les « seulement pauvres », à qui l’on dit en substance : mais que réclamez-vous ? vous n’êtes pas les plus à plaindre, laissez-nous aider ceux qui en ont le plus besoin, taisez-vous. Dans le monde selon Sarkozy, il y a donc « les plus pauvres » et les autres, tous, peu ou prou, des « privilégiés », rappelés à l’ordre et à la décence, astreints à la résignation.

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Mais à cette logique simpliste et manipulatrice du pouvoir politique répond une réaction tout aussi simpliste, les « y-a-qu’à » des causalités linéaires, comme si « il suffisait de… », alors qu’« il ne suffit pas de », faire ceci ou cela, pour régler le moindre problème. Chaque action politique, même mineure, se répercute sur l’ensemble du fonctionnement social, avec ses effets pervers, ses résonances inattendues, ses retours de bâton, ses ricochets et rétroactions, et au final : des résultats imprévisibles (et de toutes façons imprévus) et parfois non souhaités.

Cette question de la propriété privée et de l’héritage – que je prends en exemple car elle vient d’être longuement débattue sur Disons – me paraît représentative de ces mises en exergue de symboles censés être une réponse à un grave problème jusque là irrésolu : celui des inégalités. La question des inégalités dans toute communauté humaine d’importance représente un champ d’investigation et d’action qui traverse l’ensemble de la réalité sociale : économique, politique, culturelle, symbolique, religieuse, morale. On ne peut pas espérer les traiter par des solutions à la hache sans savoir que le coup de hache tranchera par contrecoup, de façon inattendue ou indésirable, de proche en proche, d’autres liens du tissu social, et que chacune de ces déchirures déterminera à son tour force problèmes nouveaux et force nécessité de remèdes ad hoc, de raccommodements ou de nouvelles dissensions…

Cette tendance aux réponses ad hoc est d’ailleurs très « sarkozyenne », elle a conduit à l’annonce des innombrables lois sécuritaires successives, prétendant régler à chaque fois un fait divers monté en épingle et transformé en fait de société. Elle est le fruit d’une incapacité structurelle à comprendre la société réelle, tout en faisant semblant – c’est le plus grave – d’en maîtriser et d’en prévoir le fonctionnement. Tout s’explique : les « bombages de torse », les déclarations péremptoires, les écrans de fumée, la prééminence de la « com » au lieu de l’action, la fuite en avant, les promesses plutôt que les bilans… Cette absence de prévisibilité de l’action politique, édifiée sur une incapacité à analyser dans sa globalité un système aussi complexe qu’une société moderne ne peut que mener à ces esbroufes et ces mensonges, et aux fameuses « usines à gaz » qui empilent les fausses solutions et finissent par créer des réalités inextricables et qui ne résolvent rien.

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J’en tire personnellement trois enseignements :
• soit on accepte définitivement l’incapacité des intellectuels à expliciter la situation et à en extraire des analyses d’ensemble efficaces, et donc s’ensuit la manipulation des élites politiques et médiatiques – et l’on s’en va cultiver son jardin ;
• soit on choisit des voies révolutionnaires en espérant que du chaos et des ruptures radicales sortira un mieux – pourquoi pas ? après tant d’échecs, le désordre pourrait ne pas être pire ;
• soit on admet la complexité du monde, on cherche à tirer quelques fils du tissu social, on tente en toute humilité des bribes de solutions, même radicales mais surtout novatrices, on teste plusieurs critères en synergie, on analyse les résultats au fur et à mesure, on communique dans la transparence les avancées et les échecs des actions entreprises, on prend à témoin le peuple, on travaille avec lui et non contre lui, on équilibre les sacrifices demandés par de la justice et des compensations, on est attentif à mettre de l’huile dans les rouages et pas du sable, on donne un grand pouvoir aux corps intermédiaires comme les syndicats, on met l’accent sur les bilans et les expériences qui marchent… etc., etc.

On comprendra que cette dernière option, qui a évidemment ma préférence, n’est ni prestigieuse ni éclatante, et ne saurait susciter l’enthousiasme superbe et flamboyant des prédicateurs de Grand Soir et des solutions retentissantes, mais elle est plus révolutionnaire qu’il n’y paraît. Les programmes présomptueux et clefs en main ont échoué – sinon à créer de la bureaucratie, de l’injustice, de la pauvreté et du désespoir… Va-t-on encore se donner, une fois de plus, à ce fameux Homme providentiel « qui-a-le-costume-taillé-pour-la-fonction » pour qu’il nous concocte un magnifique programme de magnifiques promesses censé, bien évidemment, tout résoudre avec l’intelligence prédictive et la hauteur de vue qui sied aux Grands Hommes qui guident le peuple ?… Alors ? On reprend les mêmes rengaines et l’on repart vers les mêmes impasses ?
Finira-t-on par admettre la pertinence d’un « pragmatisme » qui n’est pas un opportunisme et participe, au contraire, à une véritable  « intelligence de la complexité »¹ ?

¹ Épistémologie et pragmatique, 2007, sous la direction d’Edgar Morin & Jean-Louis Le Moigne, colloque de Cerisy.

133 comments to Le renoncement médiatique et politique face à la complexité du réel

  • Monique Peyron

    Bonjour et merci pour cet article.

    Quand on pense que Mani a été mis à mort à cause de sa vue binaire de l’existence, on reste pantois.

    Notre « Mani » ne peut pas utiliser d’autre parade car il est « complexé » par son incompétence.

    Ce galimatias est fait pour désorienter certains électeurs qui voteront encore pour lui, hélas, refusant de reconnaître qu’ils n’ont rien compris.

    • COLRE

      Bonjour Monique,
      Je ne connais pas l’histoire de « Mani » qui ne nous a légué que « son » manichéisme… C’est sûr que Sarko ne l’a pas inventé 😉 mais il est passé maître dans la manipulation à son avantage de cette vision du monde.

      D’ailleurs, je ne le crois même pas conscient et cynique (ou pas seulement) mais inculte, primaire, névrosé et incapable de concevoir la nuance, la transition, les solutions alternatives… Il est le Centre du monde (son monde) et sa construction personnelle tourne autour de « MOI » (et ceux qui sont avec moi), et le « NON-MOI » (les autres, qui sont contre moi) : c’est tout…

      • Monique Peyron

        Mani était un Maître spirituel iranien du 3è siècle après J.C.mis à mort par Bahrâm 1er.
        Son enseignement était essentiellement basé sur uneloi nouvelle qui n’était pas celle d’un seul peuple, d’une seule race, mais d’un seul enseignement.
        Après sa mort, ses oeuvres ont été détruites et sa doctrine essentiellement résuméeà la séparation du bien et du mal.Pour ma part,je le rapprocherai de Khalil Gibran.

        J’ai découvert sa vie grâce à Amin Maalouf : Les jardins de Lumière. Passionant et bien étayé.

  • Léon

    Colre, c’est un texte très intéressant et qui invite à réfléchir, ce qui est en soi un exploit par rapport précisément à ce que vous dénoncez. Je suis d’accord avec vous sur beaucoup de points, sur la difficulté à rendre compte de la complexité, sur le simplisme démagogique de certaines solutions. Je reste toutefois sceptique sur un certain irénisme, sur l’idée qu’on pourrait avancer sans fâcher ni brutaliser personne. Plus j’observe l’évolution de nos sociétés plus j’y vois des causes de radicalisation en raison de verrous qu’on ne pourra pas faire sauter par du réformisme, aussi intelligent soit-il. Je viens de terminer, par exemple « Le Président des riches » et je vais peut-être en faire un compte-rendu pour Disons. C’est accablant : des classes sociales telles que les définissait Marx, en réalité il n’y en a plus qu’une, c’est la bourgeoisie, formidablement organisée, structurée ; et en face un éclatement individualiste qu’elle a admirablement su fabriquer et qui ne pèse plus rien. On ne pourra pas faire l’économie d’un rapport de forces, simpliste, qualifié de « démagogique » ou « populiste ». Ce qu’exprime par exemple Mélanchon, qui l’a très bien compris lorsqu’il intitule « Qu’ils partent tous ». Aucun progrès social n’est plus possible en conservant nos élites économiques, politiques, intellectuelles actuelles. En d’autres termes, vos solutions 2 et trois ne sont pas incompatibles, il faut juste les mettre dans l’ordre : 2 d’abord, 3 ensuite.
    Etant entendu que je souhaite évidemment la solution 2 la moins sanglante possible et que je souhaite d’abord pousser le réformisme au maximum de ce qu’il peut produire… On ne sait jamais, je souhaite avoir tort.

    • COLRE

      Bonjour Léon,

      J’ai écrit ce texte un peu vite et j’y ai mis bout à bout des aspects un peu divers, mais qui pour moi font « sens »… 😉

      Pour l’aspect qui vous intéresse, je ne suis pas loin de penser comme vous, la solution 2 « révolutionnaire » est d’autant plus attirante que l’on est dans une situation de blocage, une sorte de fin de cycle, où les rapports se sont rigidifiés (sclérosés) et qu’il faut sans doute donner un gros coup de pied là-dedans pour casser les liens nocifs qui se sont ossifiés. Simplement, être alors cynique et conscient qu’il va y avoir aussi du dégât (« omelette/casser les oeufs », etc). On regarde après le résultat (imprévisible) et on ramasse les morceaux, on reconstruit et (espérons !) on garde alors le meilleur (ou le moins pire).
      Ce que je veux dire alors : c’est que la solution 2 n’est aucunement une « bonne » solution en soi, tout peut naître d’un truc pareil, mais évidemment, peut-être n’a-t-on plus le choix…
      Je pense que Sarko est allé trop loin, a détruit trop de bonnes habitudes éthico-sociales, trop de garde-fous, et c’est trop tard. La révolte et peut-être une forme de contre-démagogie ont pris le dessus.

  • Léon

    Bonjour Colre, votre texte a le mérite tout de même de pousser à une réflexion qui ne soit pas simpliste et à militer pour des moyens, des lieux où elle puisse s’exprimer. Il faut du temps pour cela. Par exemple, les émissions longues à la télévision, arrivent à être productives de sens. Si nous arrivions à faire quelque chose dans ce sens avec Disons, nous serions bien contents.
    Je voudrais bien que l’on réfléchisse à l’instauration des contre-pouvoirs. Ils sont sans doute la clé de la démocratie.

    • COLRE

      Absolument d’accord ! le « contre-pouvoir » est sinon « LA » solution, elle en est un élément essentiel et même un préalable.
      Sinon, « longue vie à Disons »… Je vous fais confiance, Léon et le triumvirat, mais moins confiance en l’humain… 😉

  • Monique Peyron

    Le MOI et le NON-MOI c’est bien une pensée binaire. Nous en sommes d’accord.

  • Buster

    Bonjour Colre, bonjour Léon,
    Vous me semblez accorder une importance démesurée, et même un peu fantasmée, à ce cher Sarkozy.
    L’important pour moi n’est pas tant Sarko, qui est un épisode certes peu glorieux de notre vie politique mais qui restera sans doute un épiphénomène, que ce qui se passe au niveau mondial avec la crise et ses retentissements sur pratiquement tous les citoyens du monde. Les suites de cette crise non digérée sont encore pour la plupart inconnues et les implications dans la réorganisation des finances mondiales seront certainement importantes mais ne pourront se faire que très lentement, ne serait-ce que par l’obligation de redéfinir des nouvelles règles à appliquer au niveau mondial, et à commencer bien sûr par les USA.

    Autant dire que les Etats nationaux ont perdu (définitivement ?) une grande partie de leur liberté d’action.
    Le nouveau combat idéologique se situe maintenant à un stade supra-national.
    Les résistances aux changements nécessaires (principalement bancaires et financiers) seront difficiles à vaincre, mais la prise de conscience de beaucoup de libéraux honnêtes (il y en a) est déjà en route.
    Reste à savoir si ces réformistes parviendront à prendre la majorité et à convaincre suffisamment de l’obligation dans laquelle nous sommes de changer nombre des règles actuellement en vigueur.
    Ce qui se passe actuellement à Wall Street est l’un de ces premiers combats Post-Crise.

    • COLRE

      Bonjour Buster,

      Les hommes de pouvoir sont dans « l’air du temps » : soit ils vont dans le sens du courant, soit à contre-courant. Sarko, lui, non seulement va dans le sens du courant, mais il a mis les manettes à fond ! 😉

      Dans notre petite fenêtre d’observation (la France et qques pays au-delà, notamment en Europe), on réalise que Sarko crée un mouvement « boule de neige », fait plus qu’accompagner la crise, il casse le tissu social au lieu de le préserver et le raccommoder.
      La crise est une chose, mais la perception qu’on en a en est une autre… Le sentiment du malheur, de la pauvreté, de l’injustice est aussi une perception en partie relative. Je parle de la France, je suis française et je ressens ma situation et celle des français que je connais bien, là où on peut agir… Je sais que la pauvreté chez nous sera vécue comme opulence dans certains pays où le salaire moyen est de 15 euro par mois. Mais si l’on s’arrête à ce constat, on va « cultiver son jardin », comme je le dis plus haut.
      Non, Sarko est responsable, réel (pas fantasmé), là où il est, là où est son pouvoir (énorme). Car, en outre, il peut aussi agir sur l’international, or : il ne fait rien… là aussi, il s’agite, bombe le torse, se met en avant, mais ne fait RIEN qui aille dans le bon sens, ni même en paroles et en symboles, son truc en plumes….

    • Léon

      Buster, non, je n’attache pas plus d’importance à Sarkozy que ça. Mais il a un mérite immense, c’est celui de la pédagogie: avec lui, au moins, les choses sont claires.
      Sur la perte de liberté de mouvement des Etats-nations, je me demande dans quelle mesure ce n’est pas aussi de la propagande. Une manière d’obliger les gens à se résigner. D’ailleurs, l’exemple que tu donnes de la chasse au délits d’initiés aux USA montre bien que les Etats ne sont pas totalement impuissants.

      • Ph. Renève

        Bien d’accord, Léon: le pouvoir d’action des gouvernements est sciemment sous-évalué. Par exemple, en matière de réglementation, il suffirait que les grands pays pénalisent suffisamment le recours aux paradis fiscaux pour que ceux-ci disparaissent en pratique. Mais la finance toute-puissante est vent debout contre cette mesure qui l’empêcherait de frauder comme elle l’entend…

      • Buster

        Léon,
        La bagarre principale se situe aux USA. Voilà effectivement un Etat qui peut encore agir.
        C’est malheureusement à eux et à eux presque seuls qu’il revient de donner le signal de la fin de la récré pour tous les affairistes financiers.
        Mais inutile de s’illusionner, la partie n’est pas gagnée d’avance, les intérêts en jeu et les lobbies financiers sont puissants.
        L’attrait du Dieu « FRIC » est un mal qui ronge depuis si longtemps qu’il faudra des volontés surhumaines pour parvenir à régenter et à faire appliquer les règles.

  • D. Furtif

    Tiens ..je ne suis pas d’accord, comme c’est curieux.

    Le deuxième enseignement [soit on choisit des voies révolutionnaires] est présenté d’une façon on ne peut plus sommaire , on peut même dire fausse.
    On ne le voit que conduisant à des ruptures radicales et au chaos. C’est vraiment curieux quand on sait que c’est la société telle qu’elle est soumise aux diktats de l’accumulation des profits qui provoque ruptures déchirements et chaos. On pourrait même dire que le signe exacte de l’apparition de voies révolutionnaires est au contraire l’ordre , la maitrise et le contrôle par chacun de sa destinée. Des structures de mises en commun de participation aux décisions de manières collectives se créent chaque jour.

    Soyons plus clair comme le dira Léon ci-dessus , il n’y a qu’une seule classe la bourgeoisie qui impose son mode de vie d’exclusion mais aussi sa grille de lecture de la réalité.
    On appelle ça l’idéologie.
    Soyons encore plus clair dans ce cadre là ( celui de la paix sociale) la classe ouvrière n’existe pas. Les bureaucraties syndicales et politiques viennent appuyer ce mouvement de dissolution d’une conscience différente dans le sens où elles arc-boutent à contrer tout mouvement de prise de décision , d’auto-organisation du mouvement ouvrier.Pire elles participent tant qu’elles peuvent à sa désorganisation . Le mouvement qui redonnerait de la vie aux organisations ouvrières contient leur condamnation. Il ne s’agit pas de leur destruction , mouvement gauchiste regardé avec tant d’affection par la bourgeoisie, mais de réappropriation.Ce que la société future contiendra de prise en main par soi même de sa propre destinée les ouvriers le vivent d’abord dans les sections syndicales d’entreprise. Ce mouvement est la préfiguration de la société à venir. Rien à voir avec le fatalisme et le laisser faire les autres de la société actuelle

    Pourtant , les derniers mouvements l’ont montré, les travailleurs retrouvent presque naturellement les solutions de solidarité et d’entraide que leurs ainés leur ont laissées. On appelle ça l’expérience historique. Cela n’a rien à voir avec le chaos . C’est leur ordre à eux .
    Un exemple ce n’est pas les seuls chefs qui s’expriment à la tribune mais la parole offerte et permise à tous. En clair la démocratie ouvrière.Les solutions , ils les inventent dans leur mouvement . Ce sont ces bribes , ces germes qui sont la société future. Évidemment rien à voir avec la société de compétition, d’élimination et de concurrence actuelle.Elles sont radicalement opposées , elles entreront obligatoirement en conflit.L’histoire nous apprend que c’est toujours la classe possédante qui prend l’initiative de l’agression.Il n’y a rien de moins révolutionnaire qu’un ouvrier, il s’y trouve porté sous la contrainte de la situation.
    À ce propos un signe indubitable de l’évolution vers une radicalisation du mouvement est la présence de femmes.Je l’ai fait remarquer à celles de ma famille qui venaient manifester avec moi: à Poitiers elles constituaient les deux tiers des effectifs des manifs.
    Ce caractère , lui aussi est un trait du nouvel ordre social contenu dans le mouvement ouvrier.
    Une manif ouvrière, est une représentation de la société future , ordre, détermination mais aussi esprit bon enfant. Rien à voir avec la représentation médiatique des casseurs , qui ne sont que la tentative de dénaturer ce mouvement par la bourgeoisie et sa police mais aussi de le ré inscrire dans un schéma compréhensible par elle.

    Des assemblées générales , des votes , de l’ordre, pas de délégation de pouvoir sans mandat, la préférence pour la réflexion collective tout cela associé à la transmission de l’expérience historique…Voici les germes de ce que sera la nouvelle société.Si les intellectuels ne savent pas le lire c’est peut-être parce qu’ils ne peuvent arracher les liens avec les prébendes que leur délivre encore pour le moment la société ancienne.

    Leurs conditions d’existence leur opacifient pour le moins leurs capacités d’analyse.

    • COLRE

      Bonjour Furtif… présentation « sommaire » (de mon point 2) : exact, 😉 difficile pour moi de condenser la complexité… (re-clin d’oeil) et difficile d’éviter les erreurs ou approximations d’expression.
      Tu vois, j’aurais dû mettre des guillemets à « chaos » car j’utilisais plutôt un cliché qu’une opinion personnelle sur la « Révolution » (quoique d’un autre côté, le « chaos » est plutôt pour moi la loi du monde « indéterminé »… et c’est plus une réalité qu’une critique).

      Sinon, il faut que je te relise mieux, car derrière ton exposé « paradoxal » (au point de présenter la révolution comme « l’ordre , la maitrise et le contrôle par chacun de sa destinée »), j’y sens au contraire bien des points d’accord. Où serait alors le désaccord ?

      Par ex, je te suis complètement dans ton analyse en termes de « classe » (ouvrière / bourgeoise) et dans le fonctionnement égalitaire (« horizontal ») des sections syndicales d’entreprise. En revanche, je ne peux pas y voir « la préfiguration de la société à venir », ou en tous cas, pas aussi facilement ni simplement.
      Je vais réfléchir…

      (et là, en te répondant, je réalise que je suis en retard à répondre aux autres interventions… 😯 ! C’est toujours le temps qui manque…)

  • Ph. Renève

    COLRE,

    Merci de cet article qui ouvre un débat nécessaire.
    En revanche, je ne suis pas vraiment d’accord quant à estimer que la complexité va croissant, dans les domaines socioéconomiques et politiques notamment. Je vous prie par avance d’excuser la longueur de ce post !

    Les choses ne sont pas nécessairement plus complexes qu’il y a quelques décennies, mais les pouvoirs en place se plaisent à le faire croire.

    Il y a il est vrai quelques arguments objectifs. Les fluctuations économiques sont plus rapides: les crises se succèdent du fait de « bulles », c’est-à-dire de spéculations artificielles des « marchés » (lire banques et grands groupes) car les moyens de communication et d’action sont infiniment plus efficaces pour rechercher le profit maximum dans le temps minimum (quitte à sacrifier sciemment l’avenir: les banques sont toujours renflouées). Et la part croissante de la finance dans l’économie mondiale (due uniquement à la déréglementation) ne fait qu’accentuer le phénomène des crises rapprochées puisqu’elle est toute-puissante et retombe toujours sur ses pieds, pardon ses profits.

    De même, les outils de suivi de l’économie sont bien plus nombreux et détaillés, à défaut d’être précis: les statistiques mensuelles (stupides mais impressionnantes) du chômage, de la production ou de la consommation entretiennent une impression d’instabilité qui n’existe pas avec des indicateurs moins présents.

    Il faut aussi noter que la capacité de prévision n’est pas nécessairement liée à la complexité: par exemple en matière démographique, où, si l’on sait à peu près comment faire des enfants (je vous expliquerai les détails une autre fois), on est à peu près incapables de prévoir l’évolution d’une population à moyen terme.

    Les véritables révolutions que sont la mondialisation ou l’intégration européenne (seulement économique) limitent terriblement les outils à la disposition des politiques économiques: manquent ainsi les droits de douane et autres barrières parfois salutaires, les dévaluations et les actions nationales sur les taux d’intérêt: il y a une impuissance croissante des Etats, ce qui ravit les ultralibéraux pour qui l’Etat est Belzébuth et Méphistophélès en une seule personne maléfique.

    Et précisément, les éléments idéologiques sont au moins aussi importants et efficaces pour donner aux citoyens l’impression – ou l’illusion – que tout est abominablement compliqué et qu’ils ne peuvent que se fier aux pouvoirs en place.
    L’idéologie libérale
    de la quasi-totalité des gouvernements occidentaux, à des degrés divers, entraîne une formidable mauvaise foi dans les diagnostics et les remèdes, pour souligner l’impuissance de l’Etat, ou le manque de choix disponibles pour agir: c’est la célèbre propagande TINA (There Is No Alternative), inaugurée par Maggie la Peste et appliquée avec délices par les pouvoirs dès qu’un problème un peu fâcheux survient.

    Un magnifique exemple a été fourni en France par la réforme des retraites: par cette propagande habile, on est passés d’une réforme nécessaire (ce qui est du reste contesté) à une réforme indispensable, puis à LA seule réforme possible: l’allongement de la durée du travail. Une solution évidente, juste et peu douloureuse aurait été, dans un système par répartition, d’augmenter tout simplement les cotisations, de quelques pour mille, ce qui aurait suffi à financer le système de façon durable. Mais cela aurait supposé une hausse des cotisations patronales, ce que les entreprises ne voulaient à aucun prix; on a donc prétendu que des hausses amputeraient le pouvoir d’achat (de quelques pour mille… !), casseraient la croissance, tueraient des petits enfants, et que donc cette solution devait être écartée a priori, circulez ou j’envoie les CRS.

    Toutes ces raisons font que, même si les situations réelles ne sont pas foncièrement plus complexes que naguère, tout est fait pour en persuader les citoyens et électeurs, qui sont ainsi amenés à décider de leurs choix sans pouvoir (du moins le croient-ils) se forger une opinion valable sur les grands problèmes du moment. C’est toute l’adresse de la communication des pouvoirs politiques que de faire penser que le gouvernement prend des mesures efficaces parce qu’il est compétent pour le bien de tous, et non parce qu’il cherche, en bon valet, à privilégier les « élites » économiques comme il le fait sans désemparer.

    • COLRE

      Merci Philippe de ce long commentaire qui démontre, justement, à quel point bcp d’aspects sont liés et je rajouterai : « en synergie ».
      Mon pb (mon drame !) est qu’aucune solution d’ensemble ne peut être envisagée. Chacun des éléments que vous évoquez (marché, banque, grand groupe, crise, déréglementation, capitalisme, libéralisme, lobby, propagande, défense des intérêts privilèges… etc etc) a son rôle et sa logique propre et je suis complètement d’accord avec vous sur leur importance dans l’analyse de la situation.

      Là où je diverge, c’est sur l’idée que tout ça ensemble conduirait à la même analyse… comme si leur « addition », la somme des solutions pouvait faire une solution.
      Je pense que des solutions libérales peuvent réduire des inégalités (par ex. en donnant des moyens et de la liberté à n’importe qui pour fonder une entreprise, en élaguant toute la bureaucratie), autant que des solutions socialistes peuvent en créer (cooptation des apparatchiks, mettre tout le monde sous la même toise, risque de nivellement par la moyenne, etc). Et bien évidemment, vice versa.

      Et encore, je parle de « solutions » élémentaires, partielles, en jouant sur un critère simple, facile à formaliser (par ex augmenter/baisser les impôts, la TVA, définir l’âge de la retraite, augmenter/baisser le nombre de flics…). Mais dès qu’il s’agit de faire fonctionner le « bouzin », comme dirait furtif, là il faut être conscient qu’on a pas les bons outils intellectuels pour modéliser VRAIMENT les conséquences.

      Je suis donc pour agir dans les interstices vraiment révolutionnaires du réformisme… ;-), par ex : rendre le syndicalisme obligatoire, couper absolument tous les liens incestueux entre les pouvoirs des grandes institutions, obliger à la transparence absolue des décisions (prévoir des structures de décision où l’opposition est présente), interdire des écarts de salaire indécents (genre de 1 à n, à définir), prendre des mesures coercitives pour la mixité sociale (vrais quotas des logements sociaux respectés), prise en compte des facteurs ethniques, promotion des femmes…
      + tous les essais en matière d’emploi : indispensables de tous les tester : le chômage est la principal problème, à régler de façon prioritaire, à la hache s’il le faut.

      • Ph. Renève

        Pas d’accord sur plusieurs choses, COLRE.

        « On a pas les bons outils intellectuels pour modéliser VRAIMENT les conséquences. » 
        C’est ce qu’on voudrait nous faire croire, COLRE. C’est trop facile pour un pouvoir de se retrancher derrière cette prétendue ignorance. Croyez-vous que quand on instaure le bouclier fiscal, quand on diminue le nombre de policiers, de personnel hospitalier, quand on baisse les subventions aux associations d’aide à domicile tout en inondant les grandes entreprises de subventions et de baisse des charges on ne voit pas toutes les conséquences ?

        « Des solutions libérales peuvent réduire des inégalités (par ex. (…) en élaguant toute la bureaucratie) » C’est quoi « élaguer toute la bureaucratie » ? Supprimer des postes à Pôle Emploi, dans les hôpitaux, les tribunaux ? J’attends votre définition d’« élaguer toute la bureaucratie » ! 😉

        • COLRE

          ah… j’oubliais : « élaguer la bureaucratie ».
          Pareil, mesures pragmatiques, simples au départ, et avec des conséquences radicales.
          Ex :
          1. mettre à plat toutes les réglementations où s’empilent des formulaires, des ajouts, des emboîtements infinis, des machins inutilisables dès que l’on fait un pas dans l’administration. ON décrète que toute le foisonnement des règles et clauses est purement et simplement SUPPRIMÉ. Et l’on remplace au même moment par une organisation nouvelle, simplifiée… (si vous êtes allé par ex dans un hôpital, vous avez dû voir le nombre incalculable de papiers à remplir, de bureaux à chercher, de file d’attentes à attendre à chaque fois).
          2. avoir pour principe une certaine dose de confiance à l’égard du pékin de base, et accepter en contrepartie de la simplification de la vie de l’immense majorité des gens, une dose d’arnaque et de filouterie de qques uns. Le monde ne s’arrête pas de tourner parce qu’il y a qques tricheurs…

          • Ph. Renève

            COLRE,

            Avez-vous travaillé dans une grande structure, privée ou publique ? Si oui, vous savez combien il est complexe, long et coûteux de réformer des procédures et des circuits. Vous évoquez une réforme « toute simple »: « mettre à plat toutes les réglementations »… Ce n’est pas si… simple !

            • COLRE

              🙂 🙂
              Je parlais de « simplicité » théorique = la logique du changement est archi-simple !
              MAIS… la mettre en pratique, aller à l’encontre d’habitudes tentaculaires, d’une masse complexe qui résiste, qui est maltraitée et n’a pas envie de faire d’efforts (on la comprend), ça, c’est évidemment une autre histoire…

      • COLRE

        « Croyez-vous que quand on instaure le bouclier fiscal, quand on diminue le nombre de policiers, de personnel hospitalier, quand on baisse les subventions aux associations d’aide à domicile tout en inondant les grandes entreprises de subventions et de baisse des charges on ne voit pas toutes les conséquences ? »

        Si, bien sûr, on voit « des » conséquences, mais pas forcément les bonnes… Ex :
        – baisse du nombre de policiers : c’est lié aussi au choix de les mettre là où l’on en a pas besoin (dans le sillage des déplacements sarkozyens, par ex 😉 ), à une politique volontaire de laisser à l’abandon les banlieues déjà à l’abandon… Augmenter le nombre de policiers n’est pas une fin en soi.
        – baisse des charges des entreprises : oui, mais, ciblées, AVEC contreparties, en matière de salaires, ou d’emplois, ou de maintien local, et AVEC bilan régulier, tous les ans, des résultats.
        Pour le reste (bouclier fiscal ou subvention des aides à domicile), là, oui, ces mesures ponctuelles conduisent irrémédiablement à ce que l’on voit, c’est sûr.

        En fait, nous somme sans doute en partie d’accord sur le diagnostic, mais pas sur la méthode… non ?

        • Ph. Renève

          Partiellement d’accord: à mon sens, vous mettez de la complexité où il n’y en a pas nécessairement, et si vous écartez des solutions trop radicales, vous semblez croire que des changements de réglementation sont simples et efficaces.

          Et puis pour changer les choses il faut un peu de pouvoir politique; or, il est tout entier aux mains des puissants, qui ne seront sûrement pas d’accord pour instaurer des contreparties aux subventions aux entreprises… Alors ?

  • D. Furtif

    À Buster

    En effet Buster j’ai tenté de dire dans mon billet de réponse à Léon : Sarko ne risque rien à quel point Sarko n’est que la clef de voute mais pas la voute. J’ai tenté de montrer aussi comment ceux qui le soutiennent et ceux qui s’opposent à lui participent du même édifice

    Pour la lecture de l’avenir , il faudrait être Johnny Lloydy pour prétendre pouvoir la faire. La financiarisation du capitalisme mondial transforme peu à peu les capitalisme nationaux en bourgeoisie compradore. Les quelques groupes qui vont décider de l’avenir de la planète vont éliminer un maximum de concurrents locaux. La Grèce l’Irlande et le Portugal et bientôt quel autres??? ne seront plus que des annexes où ne se prendront plus aucune décision. Qui dans la bourgeoisie française survivra, qui disparaitra? Qui peut le dire.

    Il ne faut pas voir dans la politique frénétiquement brouillonne de nos pouvoirs successifs que la tentative de dévier sur d’autres les coups qu’ils voient venir mais qu’ils ne peuvent empêcher parce qu’ils pensent pouvoir in extremis en grappiller encore un petit profit et que pour certains de leurs membres( FMI) ils sont les premiers à porter.

    Réduire la France au rang de république bananière c’est que curieusement la droite nationaliste contribue par ses votes à mettre en place . Le petit actionnaire qui soutient cette politique sait , mais veut ignorer que toutes les actions qu’il détient seront bientôt traitées comme les premières émissions d’Euro Tunnel . Il y a de l’autruche dans notre capitalisme national. Depuis les emprunts Russes c’est une tradition, et quand on sait le poids des traditions chez nos amis de droite……….

    • Ph. Renève

      Furtif,
      Pour l’évolution future des pouvoirs, une chose est certaine: dans un monde déréglementé, ce sont les plus puissants financièrement qui gagnent. L’argent est plus que jamais le nerf de la guerre, quelque forme qu’elle prenne. Les grands groupes internationaux ont déjà une influence énorme dans les politiques des Etats; à terme ils les remplaceront d’une façon ou d’une autre si des contre-pouvoirs n’émergent pas.

    • Buster

      Furtif,

      La bourgeoisie compradore !

      J’en ai des excellents exemples dans mon entourage professionnel.
      Ce sont d’ailleurs en majeure partie des belges flamants ou des hollandais, qui sont en train de truster le commerce international en se soutenant tous mutuellement, en organisant des charters d’acheteurs volants en direction de la Chine ou de l’Inde et en inondant l’Europe de leur nouvelle puissance financière.
      Il ne s’agit pas de vraies multinationales, plutôt de petites entreprises familiales à croissance phénoménale, qui tuent tout sur leur passage. Tous ceux qui ne veulent pas suivre leur logique de business opportuniste et qui n’ont pas leur goût du commerce, quelle que soit la finalité pourvue qu’en définitive elle leur rapporte des centaines de milliers d’Euros.

  • Léon

    Y a du vrai, Philippe. Disons que l’argument de la complexification a tendance à paralyser aussi la prise de décisions. Pour autant ce n’est pas possible de nier que nos sociétés sont devenues plus complexes. Je le vois, par exemple à la difficulté croissante de créer des catégories socio-professionnelles un peu homogènes. Avant on pouvait s’appuyer sur la propriété du capital, sur le pouvoir dans l’entreprise, sur le niveau de revenus et leur nature. Maintenant il faudrait pouvoir prendre en compte la précarité, l’origine l’accès à des réseaux de relations, le capital culturel transmis, la santé etc… Voyons par exemple la tentative de Science-po de recruter en ZEP. Au bout du compte il s’avère qu’au prix d’un travail, il est vrai, important, ils sont devenus aussi bons que les autres, mais à la sortie ? On verra bien que leur destin sera différent.
    Mais c’est difficile de porter un jugement d’ensemble, c’est ça un peu la marque, l’indice de la complexité.

  • Ph. Renève

    Léon, il y a aussi de la propagande dans le domaine sociologique: quel gouvernement « libéral » voudrait que soient dénombrés précisément les plus défavorisés, les catégories sous le seuil de pauvreté, etc ?

    • Ph. Renève

      Je crois vraiment que la complexité est exagérée à dessein. Etre pédagogue en matière sociopoliticoéconomique est dangereux pour les pouvoirs en place, qui prêteraient ainsi le flanc à une critique compétente donc fâcheuse: en surestimer la difficuté d’appréhension est une manière de tout ramener à une prétendue expertise que seuls les gouvernants posséderaient parce que conseillés par les spécialistes adéquats.

      Remarquons du reste que beaucoup d’hommes politiques, et Sarkozy le premier, lorsqu’ils sont un peu en difficulté sur un sujet, ne manquent pas d’avancer, pour clore le débat, que tout cela est beaucoup plus compliqué que ne le dit l’interlocuteur gênant…

  • asinus

    bonjour , est ce que l appartenance sociale reste un critére realiste face à un ennemi commun?.J’ai bien conscience que pour la plupart d’entre vous les criteres ethniques
    nationnaux et culturels frisent le blaspheme mais avoir une lecture uniquement  » marxisante » des conflits a venir me semble reducteur de ce qui affleure réeellement dans les soubressauts que connaissent nos pays.

    • Ph. Renève

      Asinus,

      Je crois que ce n’est pas faire une lecture « marxisante » que de dire que les gouvernements roulent pour les économiquement dominants, quand ils baissent les impôts pour les plus riches…
      Il y a donc un pouvoir donc une domination politique de cette partie de la population.

      • Buster

        Philippe,

        La baisse des impôts pour les plus riches semble être maintenant une idée oubliée.
        C’était une idée d’avant crise.
        Il faut le temps d’abandonner l’idée, d’analyser la nouvelle situation et de s’engager dans la politique inverse.
        Mais il est à craindre pour les plus riches que cette compréhension généreuse à leur égard soit maintenant à ranger aux oubliettes, même de la part de la droite.

        • Ph. Renève

          Buster,

          Tu te leurres totalement: tu verras que l’an prochain la « réforme de la fiscalité » aboutira, bien sûr par des voies un peu détournées pour cacher le caca du chat, à maintenir la faible imposition des revenus et fortunes les plus élevés, voire à l’abaisser encore.

          Crois-tu vraiment que Nicolas Fouquet’s trahira ses commanditaires ? Allons…

          • Buster

            On verra, mais j’ai bien peur (façon de parler) que si l’on souhaite vraiment éviter, ou retarder, une solution « irlandaise » pour la France, il n’y ait guère d’autre choix.

      • asinus

        quand je dis lecture marxisante c’est au sens ou certains lisent classe bourgeoise française
        la ou moi je lis une classe française avant que d’etre bourgeoise .Si dans le systeme économique nos interets divergent  » encore que cela n est pas une constante » la perenisation de son statut procedant pour bonne part de l’assentiment subit ou non
        de ma classe . Bref il faudras bien que cette classe réalise que plus qu un gauchisme fantasmé le pouvoir actuel inféodé aux banques et à des interets  » aliens » et plus destructeur plus corrupteur de ce qui fait le  » vivre ensemble’ qu une hypothetique revolution. Il m’importe peu de savoir qu’elle classe changerait de chaise en cas de 1793 mais juste si cela serait les bases pour la reconstruction d’un etat régalien et d’une Nation proposant comme pacte des droits obligatoirement accompagnés de devoirs.

    • COLRE

      Bonjour asinus,

      Je ne pense pas qu’il ne s’agisse que d’une lecture marxisante. Le vocabulaire est commun et entretient une forme de confusion (capital, possédants, bourgeoisie, classe ouvrière, privilèges, etc).

      Mais si on n’a pas conservé sa théorie historique (le Capital non seulement n’a pas perdu à l’avènement du socialisme soviétique mais a repris du poil de la bête), ni sa mise en pratique (Russie, Chine, Cambodge, Corée du Nord…), les outils d’analyse sont toujours intéressants et utiles, d’autant qu’ils ne sont pas que de Marx !
      Les classes sociales, la domination des unes sur les autres, la reproduction des avantages de cette domination par des mécanismes politiques bien connus, tout cela est d’actualité ! et je rajouterais la domination d’un genre sur l’autre… mais cela : tout le monde s’en fiche 😉

      « pour la plupart d’entre vous les criteres ethniques nationnaux et culturels frisent le blaspheme ». Pas pour moi, en tout cas… Mais il faut d’abord rénover nos propres valeurs, les constituer et révolutionner la pratique démocratique avant d’espérer régler la question (multi)culturelle, et peut-être même qu’il n’est pas possible de la « régler », avec un retour à un « âge d’or », d’avant l’immigration du sud, comme s’il ne s’était rien passé.

  • Causette


    on donne
    un grand pouvoir aux corps intermédiaires comme les syndicats… arrivée là, j’ai fait un bond de 10 mètres 😯

    • Causette

      La bataille des retraites qui évoque la mise à mort programmée de la protection sociale, ne se fera pas en manifestant sous la seule bannière du syndicalisme timoré qui va chercher, au bout du bout, à négocier avec les autorités étatique et patronale deux ou trois pauvres amendements. Elle se fera lorsque tous – toutes distinctions de classes sociales confondues – enfin solidaires autour des mêmes principes de réalité, du moins des mêmes aspirations de résistance acharnée à l’oppression économique, à l’hypocrisie politicienne et à l’autoritarisme étatique pour enfin favoriser la liberté, l’entraide et la justice sociale.
      Et il y a fort à penser que les prochains gouvernements vont sous-estimer la colère qui va, un jour, se réveiller du tréfonds de la société, lorsqu’enfin le peuple ouvrira les yeux sur la puissance créative de ses propres capacités. Cela, même s’il nous faut patienter encore !

    • COLRE

      Le syndicalisme est devenu « timoré » car la vulgate ultra-libérale a réussi à imposer des schémas de pensée dévalorisants à l’égard du syndicalisme.
      Les médias traditionnels – presque tous ultralibéraux – y ont bien contribué et la gauche, au lieu de défendre bec et ongles les syndicats, les ont presque vus comme des concurrents !

      L’une des propositions les plus appréciables de SR en 2006/2007 fut sa volonté de contribuer à un syndicalisme fort, avec des connections européennes. Si mes souvenirs un peu flous sont bons : l’une de ses premières décisions aurait été de lancer des sortes d’Assises syndicales au niveau européen, à la fois pour discuter des solutions de l’emploi et du pouvoir d’achat, partager les expériences, et pour créer des ponts d’action entre les salariés des différents pays.

      Alors oui, Causette, on peut donner un grand pouvoir aux syndicats par la volonté politique (et législatif)… je ne vois pas où est le mal ?…

  • Léon

    Pourquoi, Causette ? Est-ce que vous pensez qu’un tel pouvoir ne peut être conquis que de force ? Ou que vous ne faites pas confiance aux syndicats ?
    Supposons, par exemple que l’on confie l’indemnisation du chômage aux syndicats. Il y aurait alors un intérêt à être syndiqué. Cela ferait des syndicats autrement plus puissants… Il n’y aurait m^me pas besoin de rendre la syndicalisation obligatoire. En revanche Colre a raison avec son texte d’attirer l’attention sur la complexité. Par exemple, ici, il faudrait immédiatement réfléchir aux effets pervers qui pourraient résulter d’une telle mesure.

    • Causette

      Bonjour Léon,
      Faut-il que les salariés attendent bien gentiment que ON donne un pouvoir à leur représentants ?
      Après on s’étonne qu’il n’y a que 7% des salariés syndiqués tous syndicats confondus!

  • Léon

    Que l’ON donne un pouvoir aux représentants passe techniquement parlant par la loi, donc par une victoire politique et non syndicale, non ?

  • yohan

    Durant les 3 dernières décennies, il y aura eu peu d’hommes politiques honnêtes, courageux et exemplaires dont on pourrait retenir les noms, même si je sais que ces trois qualités réunies ne suffisent pas à garantir l’efficacité en politique. Politicien, une race à part avec ses médiocres, ses bons élèves, ses fayots, et ses arrivistes…. L’abstention galopante montre que personne ne croit plus à l’homme providentiel, capable de changer le cours de choses et encore moins depuis que l’on sait que les gouvernements nation n’ont presque plus de prise sur les décisions, et que Bruxelles et la pan économie gouvernent le monde. Sarko était le dernier joker, au propre comme au figuré. Les gens iront voter sans flamme.
    Quant aux intellectuels, ils n’y croient plus eux-mêmes, certains occupent le terrain pour se promouvoir avant tout. Il n’y a plus de grandes utopies, le monde est résigné puisque l’appétence à la guerre, à la révolution s’est affaiblie, merci aux archives de l’histoire. Qu’est-ce qui portait nos aïeux, sinon l’espoir ou l’illusion de pouvoir changer la société, rectifier ou rebâtir en changeant les équipes, par les armes au besoin. Franchement, les élucubrations d’un Villepin, d’un Sarko, d’une Ségolène montrent une vérité universelle. Quand un espace de vie est déserté, les premiers à l’occuper sont les rats.

    • COLRE

      Salut yohan, tu n’as pas complètement tort, 😉 mais je ne pense pas du tout qu’il faille mettre l’ensemble de la classe politique et médiatique dans le même sac. Je m’y refuse absolument.

      En revanche, ce sont les plus « pourris » qui gagnent, ça c’est vrai, et ce sont donc les plus visibles. J’en veux aussi (peut-être plus ?) à la grande presse, aux directions de rédactions qui font la pluie et le beau temps dans les journaux, alors que la plupart des journalistes bossent et font ce qu’ils peuvent dans l’urgence « structurelle » de leur métier. Mais, ils se révoltent assez peu, c’est vrai, quand la dignité de leur métier est foulée aux pieds par les Sarko et autres Frédéric Lefèbvre. Je pense qu’ils finiront par être moins connivents par intérêt commercial : sinon, les gens se détourneront de cette presse aux ordres.

      « personne ne croit plus à l’homme providentiel » : ben si, encore du côté de l’isoloir (s’ils votent), par esprit un peu moutonnier, par frilosité, parce qu’ils ont peur du pire, parce qu’ils finissent par croire que celui qu’on leur vend a le « costume pour »…
      Quand les électeurs finiront pas voter pour un « petit », un différent, un intègre, ça changera peut-être.

      Mais avant cela, il faudra supprimer l’élection du président de la République au suffrage universel. Je ne vois pas comment on pourra se passer de cette mesure de salubrité républicaine.

  • Le jardin des délices

    Bonjours Colre,

    Bel article.

    Parfois je me demande si la contestation ne doit pas prendre d’autres formes que celles que l’on connaît.

    Imaginez par exemple une grève générale de la consommation, excepté pour le strict minimum vital, genre alimentation et déplacement…

    Tout le monde pourrait participer sans risque et sans violence, et je pense qu’à terme cela pourrait constituer un levier assez puissant pour faire réfléchir nos gouvernants.

    C’est juste une piste comme ça …

    • COLRE

      Bonjour « Le jdd »… 😉 😉 😉 quel plaisir de vous recroiser depuis nos amusements complices sur AV aux dépends de morice notamment.

      Eh oui, belle proposition, à laquelle je souscris tout à fait : on a (« on » = nous tous…) des armes extraordinaires à notre disposition, on pourrait faire plier n’importe quel pouvoir (démocratique) si l’on voulait/pouvait se donner « le mot »… et sortir des sentiers battus et rebattus.

      Comme disait Coluche, une phrase que je cite souvent : quand je pense qu’il suffirait qu’on n’achète plus de conneries pour que ça ne se vende plus
      ah là là… quand on pense que la classe dirigeante et possédante, elle, elle sait ce que solidarité veut dire !…
      J’ai souvenir d’un mouvement (en RDC ?) ou les femmes africaines avaient commencé une « grève du ventre » pour dénoncer l’épouvantable discrimination dont elles sont victimes… A cause du SIDA, je crois.

  • Monique Peyron

    Nous sommes au delà de la frilosité, pour beaucoup il s’agit de résignation. La lutte pour la vie ou la « survie » est plus importante que les urnes.

    Enlever à un être tout ce qui lui donne envie de se battre politiquement, c’est fait… Nous voyons bien que même les syndicalistes les plus actifs baissent les bras au bout d’un moment (les syndicalistes) pas leur représentants qui eux continuent leurs relations avec le pouvoir.
    La grande presse est aux ordres,se désolidariseront-ils de leurs mentors, j’en doute. Leur intérêt,commercial est encore si grand.

    Quant à l’élection du président de la république au suffrage universel..Il faudrait pour celà, remettre en cause la Vème république, même les opposants ne s’y résoudront pas. On ne mord pas la main de celui qui vous nourrit. Seule une révolution peut mettre fin à cette situation. Qui sera à même de la déclencher, un « petit » comme vous dites, je ne le crois pas.

    Tout est vérouillé. Dans ce monde de riche et de copains, il faudrait être comme eux et donc peu crédible.

    • Causette

      Attention, pour certains, la Révolution française est un truc regrettable

      Jean-François Copé, lui, fête à sa manière la révolution française en expliquant aux auditeurs de France Inter les dégâts qu’elle a engendrés dans la société française et que nous payons encore deux cent vingt ans plus tard. «le ah ça ira, n’est plus d’époque: les temps sont passés»; «la révolution a fait beaucoup de mal et a fracturé la société». Jamais depuis longtemps un dirigeant politique de droite n’a été aussi loin dans l’éreintage de la matrice de notre république, qui fait partie du patrimoine de la société politique.

      • COLRE

        Oui… on peut tout se permettre, maintenant… Pourquoi se gêner ?! Ce n’est pas la première fois que je l’entends dire cela. Il aurait évidemment préféré la monarchie autoritaire fossilisée à jamais, ce cher Copé, mais en étant du bon côté du manche, évidemment…
        Toujours cette insupportable arrogance des puissants ! 🙄

      • Ph. Renève

        Hallucinant cet aveu de Copé… La contre-révolution est en marche, vers des lendemains radieux pour les privilégiés; les autres ne comptent pas.

  • Causette

    Bonsoir Jardins des Délices, bonsoir Colre (je me trompe ou vous militez au Parti socialiste?)

    Imaginez par exemple une grève générale de la consommation, excepté pour le strict minimum vital

    Bonne idée, mais qui n’est pas nouvelle, j’en exprimais le voeu en 2006 avant l’arrivée de Nicolas Fouquet’s (bien vu Philippe), ministre à l’époque de l’Intérieur, et ministre des Finances de la France, mais bonne idée quand même pour celles et ceux qui ont encore un revenu plus ou moins correct pour vivre

    quant aux 8 millions de personnes pauvres vivants en France, la « diète générale », c’est une réalité « imposée« 

    • Causette

      (fin de l’article)
      Enfin, «phénomène nouveau», l’ONPES s’inquiète d’une «désespérance accrue des personnes pauvres» qui se traduit par des états «dépressifs» et des attitudes de ressentiment. D’autant plus préoccupant, note le rapport, qu’on «peut y voir moins l’effet de la crise que l’expression d’un processus long de fragmentation la société française».

    • COLRE

      Bonsoir Causette,
      Non, je ne milite pas au parti socialiste, mais je me sens une socialiste « à l’ancienne », tendance Louise Michel ou Blum… 😉
      Je crois en effet que la situation creuse de plus en plus un gouffre de misère, de frustration et de révolte, d’autant plus profondément qu’il y a de l’impuissance à l’exprimer.

    • Ph. Renève

      Ho ho, Causette, merci pour la bonne photo de l’Orchis (ou Anacamptis) longicornu, qui en France ne se trouve hélas que dans l’Hérault et en Corse.

  • Causette


    ah oui!
    bien pourpre, celle-ci 😉
    Louise Michel, d’accord Colre

    La difficulté actuellement c’est de re-re-mobiliser, encourager les gens à continuer, à reprendre le combat pour une meilleure répartition des richesses produites par les travailleurs, en rejoignant les groupes politiques ou/et syndicaux qui défendent réellement leurs intérêts.
    Il faut insister sur le fait que les riches, les nababs, eux, sont solidaires entre eux pour continuer à profiter au maximum de leurs avantages acquis grâce aux (leurs) salarié(e)s.

  • Monique Peyron

    J.F Copé critiquant la révolution, c’est un scoop 🙂 Et pourtant c’est elle qui nous a apporté la République (après quelques rois et 2 empereurs)
    dont ils se servent, se gobergent, q’ils écrasent (sous leurs bottes) euh! leurs souliers vernis. Cette République qui pourrait bien leur foutre un coup de pied au c… Nous ne coupons plus les têtes heureusement (merci Mr Badinter) mais le foot est à la mode.

    • Ph. Renève

      Oui, je crois que cette diatribe de Copé marque un tournant historique: la clique de droite classique ne se cache plus de vouloir revenir à un système politique où les seuls privilèges (cf sa sortie sur « l’ambiance malsaine de nuit du 4 août ») fondent la légitimité du pouvoir.

      Remise en cause de la démocratie, de la souveraineté populaire, de « l’égalité » de la devise française: c’est le début d’un retour à un régime où le pouvoir est aux mains de quelques-uns.

    • Causette

      leur foot un coup d’pied dans leur fondement :mrgreen:

      Copé & Cie et la Révolution c’est pas nouveau, mais c’est bien de s’en souvenir, pour bien comprendre la mentalité de ces politico-serviteurs des riches.

  • maxim

    on ne peu plus voir comme avant ,cet avant du temps où tout était bien rangé,bien en ordre avec tout le monde à sa place ,l’ouvrier,l’employé,le fonctionnaire,le cadre,le patron etc….les syndicats et les partis politiques ,l’armée etc …tout bien à sa place avec de temps en temps quelques chahuts,on avait fait ami ami avec les Allemands pour ne plus se foutre sur la gueule tous les vingt ans,et puis ça ronflait pas mal,il y avait du boulot,parce qu’il fallait justement tout reconstruire,et puis le modernisme et le confort et la consommation arrivant dans les ménages,ça turbinait tranquillement partout,et celui qui voulait pouvait faire carrière toute une vie dans la même boite .

    puis un jour sans crier gare,le premier choc pétrolier est arrivé,puis les entreprises ont commençé à dégraisser ..

    puis mine de rien à la fin des années 70,il y avait un million de chômeurs,des entreprises foutaient la clé sous la porte,l’hémorragie continuait,on a viré Giscard,on a mis Mitterand qui briguait la place depuis que De Gaulle était au pouvoir,et le Pére François s’est même acoquiné avec les Cocos et la Gauche alors qu’il n’avait jamais été de Gauche ,mais tous les moyens étaient bons pour arriver à ses fins ,et avait promis de faire son affaire de ce million de chômeurs ( il y en avait 3 millions à sa sortie) puis tous les politiques qui se sont succédés ont été infoutus d’arranger les choses,parce qu’ils n’avaient pas anticipé ce qui menaçait,l’effondrement de nos industries parce que d’autres pays s’étaient mis à bosser prix moindres que nous,les Japonais ,Taiwan,la Corée du Sud bossaient ,exportaient,ne faisaient pas grêve,et inondaient nos pays de produits souvent de meilleur qualité que les nôtres et assuraient un service après vente efficace .

    j’en veux pour exemple les bagnoles,les motos,les appareils photo,le matériel hi-fi,bien meilleurs et mieux finis que nos maigres productions nationales …

    en Europe,il n’y avait que l’Allemagne capable de rivaliser avec eux grâce à la qualité mondialement reconnue et du sérieux des produits d’outre-Rhin !

    on avait bonne mine avec nos Renault 25,face à une Mercédes ou une BMW pourtant bien plus chères,mais autrement plus bandantes pour le même segment !

    et puis malgré les serments et les promesses de ne pas laisser les entreprises partir et de tout mettre en oeuvre pour les sauver,à grand renforts de visites politiques alors que l’état n’a pas à intervenir dans le privé d’autant plus que les belles promesses de ceux et celles qui les avait faites se sont envolées !….

    et que les employés se sont retrouvés comme des nouilles partant avec une somme dérisoire en compensation …

    puis avec l’Europe élargie,vu qu’il faut à tout prix maintenir un plafond de PIB coûte que coûte,que tous les pays sont endettés au point de faire l’aumône au FMI et à la Banque Centrale Européenne,que les dettes sont tellement colossales que les rentrées fiscales ne couvrent même plus les intérêts qui continuent à courir,qui sera en mesure de redresser la barre,avec une équipe solide ? qui aura le courage de dire aux Français > on va en baver pendant pas mal d’années vu qu’il faut se serrer la ceinture tout en assurant les services sociaux,….. il va falloir réformer tout nôtre système sinon,c’est la faillite assurée et nous ne pourrons plus assurer les prestations sociales auxquelles vous aviez droit !..qui va dire > il va certainement falloir revoir le code du travail ,changer nos habitudes,fermer les frontières,sortir de la Zone euros,faire du protectionnisme et augmenter nos taxes douanières,pour favoriser nos productions et exporter !

    qui va dire ça dans son programme pour 2012 ?

    • Causette


      …qui aura le courage de dire aux Français
      (à tous?) on va en baver pendant pas mal d’années vu qu’il faut se serrer la ceinture tout en assurant les services sociaux,…..

      qui va oser leur dire?

    • COLRE

      Salut Maxim, 🙂
      On peut voir les choses comme toi jusqu’au 1er choc pétrolier, mais tu enjolives sacrément les années d’après-guerre, dis donc, qui n’étaient absolument pas rose bonbon comme tu voudrais bien te les rappeler.

      Par contre, je décroche franchement à partir de : « parce que d’autres pays s’étaient mis à bosser prix moindres que nous,les Japonais ,Taiwan,la Corée du Sud bossaient ,exportaient,ne faisaient pas grêve »… « ne faisaient pas grève », vraiment, tu crois que c’est la raison ?… 😉 On va plutôt dire qu’ils étaient exploités jusqu’à l’os, au point d’y laisser leur santé pour des salaires de misère… Les esclaves, ça ne fait pas grève non plus.

      Quant à la fin de ton histoire, mes petits camarades t’ont répondu : quand les riches amis du président se serreront la ceinture au pro-rata de leur fortune, le peuple aura davantage de courage pour entendre l’annonce des sacrifices. Je suis d’accord avec eux…

      • maxim

        salut Colre ….

        même si ce n’était pas rose bonbon,on trouvait du boulot en tout cas,d’accord,il n’y avait pas les avantages actuels mais quand même bien contents de gagner sa croûte si on voulait se retrousser las manches .

        les peuple d’Asie surtout dans les années 50 et 60 ne fonctionnaient pas du tout comme nous,pas la même culture,pas le même rapport au travail que nous,donc on ne peut pas faire la comparaison,et même encore dans ces pays,on est un sujet de son entreprise et celle ci passe en priorité sur la vie privée .

        pour la fin de mon histoire,mais moi aussi quand j’entends se serrer la ceinture ,ça commence par ceux qui ont le fric,mais ça n’exonère pas pour autant nous tous si l’on veut nous en sortir,c’est ça ou on se fait bouffer à terme !

    • yohan

      L’europe est en lent déclin et personne ne veut le voir. Pourtant, c’est une réalité bien palpable, inutile de faire l’autruche. Auparavant, le gâteau se partageait à cinq et aujourd’hui c’est à 30 au moins. Aujourd’hui, les nouveaux ont de l’appétit et exigent plus qu’une simple part de gâteau. On ne peut que s’y soustraire, qu’on le veuille ou non, c’est la loi de la mondialisation, le balancier des civilisations. C’est inéluctable, il y aura bien sûr des moments de rémission mais qui seront suivis d’une nouvelle chute (c’est d’ailleurs ce que nous vivons depuis 20 ans, crise, rémission, crise…..), il suffit de relire les livres anciens sur les civilisations d’avant. Heureusement pour nous, nous avons d’autres atouts que nos voisins anglais, irlandais, hollandais qui ont tout misé sur les services et la finance…nous avons le terroir, la bouffe, des sites touristiques riches et variés, un art de vivre, une langue, un patrimoine, une position géographique de choix et ça n’est pas délocalisable facilement. C’est probablement ce qui va nous sauver et nous permettre de vivre comme des grecs, chichement mais sûrement. Il faudra simplement apprendre seulement la modestie et à se montrer plus accueillant…moins franchouillard quoi

      • COLRE

        « nous avons le terroir, la bouffe, des sites touristiques riches et variés, un art de vivre, une langue, un patrimoine, une position géographique de choix et ça n’est pas délocalisable facilement. C’est probablement ce qui va nous sauver et nous permettre de vivre comme des grecs, chichement mais sûrement. »

        yohan, je trouve que tes avantages franchouillards sont assez bien vus, finalement… 😉 😉 Oui, pourquoi pas ? on tiendra mieux que d’autres, c’est possible… mais on a une grosse culture de revendication en France, et on se laissera moins faire que les autres, et ça, c’est un sacré +.

        Pendant les manifs retraites, les Italiens et certains Anglais lorgnaient avec envie de notre côté… et ils n’étaient pas les seuls ! les revues de presse étrangères étaient assez amusantes à lire, incrédules mais envieuses, tandis que notre presse à nous claironnait la prise en otage et les privilégiés de l’allongement de la durée de la vie…

        C’est sûr que ce qu’on a gagné entre 75 ans et 82, à l’hosto et chez les médecins, c’est super comme résidu de retraite. Entre 58 ans et bientôt 67 ans : au chômage ! finalement, entre 67 ans et 75 ans, il reste 8 bonnes années, avec un minimum vieillesse, on peut quand même s’offrir des carambars ! 8)

        • Castor

          reportage intéressant hier soir, sur l’industrialisation de nos restaurants…

          L’estaminet ou la brasserie de luxe n’est certes pas délocalisée, mais ce qu’on y sert est fabriqué ailleurs. En cuisine, des « assembleurs » ou « réchauffeurs au micro-ondes ».

          La classe, quoi.

          • asinus

            yo Castor! une de mes cartonneuses fabrique des emballages  » champignons de paris » qui partent se remplir à l étranger et se vider dans les arrieres cuisines des grands chefs , mondialisation hé hé

          • yohan

            Salut castor.
            Croustillant aussi les propos du commercial expliquant comment licencier son cuistot en évitant les prud’hommes.
            Ce serait facile de jeter la pierre au patron. Malheureusement, c’est bien le nouveau monde qui nous attend. Acheter ses produits élaborés dans les pays à faible coût de main d’oeuvre et supprimer un poste de cuistot, puisqu’il suffit de faire travailler le micro onde. Micro onde acheté en chine, fois gras acheté en bulgarie, cuistot formé en france au chômedu. Tout va bien madame la marquise. Les français iront quand même skier en masse cet hiver. :mrgreen:

        • COLRE

          Salut Castor, 🙂

          Pas vu… mais ça me rappelle un très vieux souvenir…

          Quand j’étais très jeune et encore très inculte, j’essayais de comprendre la logique de ce que j’entendais « dans l’poste », et je m’étonnais d’un truc : on parlait toujours de la balance du commerce extérieur, et qu’il fallait qu’elle soit fortement « positive ».
          Et je me disais : mais comment peut-on construire une morale économique internationale sur un critère pareil ? dans le meilleur des mondes possibles il y a donc des pays qui exportent (c’est bien !) et donc, forcément, des pays qui importent… Alors comment ça peut marcher, des principes pareils ?

          Tu vois, j’étais naïve… Ça marche pour le plus fort et sa loi, tout simplement.

          A cette époque, les pays dit « du tiers-monde », sans industrie ni « technologie », vendaient (à prix bradé) leurs matières premières aux pays dit « avancés », qui les traitaient en les transformant en produits manufacturés, dans nos usines à nous, chez nous, puis les vendaient aux pays « du tiers-monde », retour à l’envoyeur, avec moult profits au passage, bien sûr, et aides de coopération en sus, pour aider à acheter nos produits et fournir des marchés d’import-export à nos « entrepreneurs » à nous, et de substantiels profits aux potentats locaux…

          Tu vois, comme le monde était simple pour nous…

          Alors, évidemment, aujourd’hui, ce qui était prévisible est arrivé : les pays émergents ont émergé, ont commencé à inverser les circuits, et nous, on se retrouve à acheter non seulement leurs matières premières mais aussi leurs produits manufacturés, réalisés à bas prix de main-d’oeuvre exploitée, ce que nous ne sommes pas prêts à accepter chez nous…

          Entre parenthèses, les grands circuits financiers, eux, n’ont jamais été aussi florissants, normal, l’argent travaille très bien pour leur plus grand profit et ceux qui leur permettent toutes les crapuleries légales. En fait, ils reçoivent en toute impunité des sortes de gigantesques « rétro-commissions » : même principe.
          Je tonds la laine sur le dos de mon peuple, je te la vends, à charge pour toi de me renvoyer à moi de substantielles gratifications. A charge de revanche, bien sûr. 8)

          • Castor

            Salut tout le monde,

            il ne s’agit en outre pas d’une boite low-cost à l’étranger qui fournit nos restaurateurs, mais d’une boite anglaise, laquelle se fournit en europe.
            Le commercial que cite Yohan présente des escalopes de foie gras frais au « patron » en lui précisant qu’il convient d’éviter de les poeler par risque de voir disparaître la moitié de la marchandise !
            Le reste est à cette image, pitoyable.

            Je réclame un label comme on l’a imposé aux boulangers : interdit de mettre restaurant sur la façade si ce qu’on y mange n’est pas fabriqué à l’intérieur du bouclard !

  • Monique Peyron

    Qui va leur dire :vous allez en baver, vous devrez vous serrer la ceinture (souvent c’est déjà fait), assurez les services sociaux, sauf nous les nantis. Personne. C’est au peuple (vous savez la France d’en bas) de prendre les choses en main.

  • Ph. Renève

    Maxim,

    Qui va oser dire qu’il faut mettre un terme aux politiques bénéficiant aux entreprises et défavorisant les ménages ? Qui va dire que les 170 milliards de subventions et avantages fiscaux aux entreprises sont à remettre à plat ? Qui va dire que les politiques de rigueur comme en Grande-Bretagne et en Irlande asphyxient totalement l’économie d’un pays ? Qui va dire qu’il est anormal, antiéconomique et antisocial que les grandes fortunes paient si peu d’impôts et contribuent ainsi si peu à la solidarité que les gouvernements s’efforcent de mettre à bas ?

    Et qui va dire que depuis Pétain on n’avait pas entendu dans notre pays des déclarations d’hostilité à l’abolition des privilèges et à la Révolution comme celles du chef de la formation politique au pouvoir ?

  • COLRE

    Léon, pour ce qui est du Président des riches, j’attend avec impatience votre compte-rendu. J’ai souvent lu des bonnes feuilles ou des interviews des Pinçon, et je trouve leur analyse « accablante », comme vous dites. Le réseau de solidarité de classe que les dominants ont créé est d’une effrayante d’efficacité.

    On va encore dire dire que j’anthropologise à outrance… 😉 mais que voulez-vous, je suis une grande fan de Mauss, autant pour son « systémisme » avant l’heure, avec le « fait social total », que son Essai sur le don (et que sa vie, aussi, engagée, résistante, socialiste…).

    Or, les Pinçon décrivent une sorte de société clanique qui fonctionne sur le Don / contre-don et, en transposant son « obligation de rendre » : le « renvoi d’ascenseur »… C’est cela qui est effrayant, car voilà de la belle et bonne solidarité comme on en rêverait chez les moins riches. On sait que ça marche…

  • maxim

    ben oui ,ah ça y’est eureka !…..Mélanchon ?…..Besancenot ? …..Royal alors ?…..paraîtrait que Hollande se mettrait dans les starting-blocs ….DSK peut être ?

    j’ai même lu Louise Michel,Blum ,la Révolution !!!ça,ça produit toujours son petit effet la Révolution,ça fait frémir,pensez Révolutionnaire , ça vous pose son bonhomme,on pique l’argent des rupins et on le redistribue aux pauvres,quand en Russie au moment de l’arrivée des Bolchéviques au pouvoir,on n’a pas beaucoup vu de redistribution de fric pour les pauvres…les pauvres sont devenus encore plus pauvres,et les malheureux paysans,pas les gros,mais les petits qu’on a viré de chez eux et déportés !

    notez bien que je ne défends pas ceux qui nous tondent vu que je fais partie du lot des baisés comme tout le monde,mais dans la plupart des commentaires,j’ai lu c’est la faute à Sarko,c’est la faute à Sarko,C’est la faute à Sarko…..bon,dans 18 mois environ on va revoter,même ceux qui ont voté pour lui ne recommenceront pas,mais qui maintenant ? vous avez le nom de l’être providentiel qui va nous sortir de la merde dans laquelle nous pataugeons depuis plus de 30 ans ? parce que des propositions ….de la part de ceux que vous semblez porter aux nues,on n’en a pas beaucoup entendues ….

    on sait ce que ça fera si jamais vos amis arrivent au pouvoir,on laisse les gros tranquilles vu qu’on a peur qu’ils se barrent avec leur fric,et c’est le pekin moyen,vous et moi,qui verra sa feuille d’impôts gonfler et qui sera obligé de la fermer,mais oui,c’est pour votre bien qu’on lui dira !

  • yohan

    Ce premier tour va réserver de grosses surprise. j’ai hâte de voir ça

  • Waldgänger

    Salut COLRE,

    Très bel article, qui explore bien un thème intéressant. Finalement, tu as préféré limiter l’application du thème de la complexité du réel à la sphère de l’action politique, ce qui est au fond une bonne chose, il aurait été démesuré de procéder autrement, en élargissant à l’ensemble des champs d’application des idées « systémiques ».

    Sur le fond du sujet, je ne crois pas que beaucoup se joue au niveau politique, pas l’essentiel en tout cas. Ma position est assez minoritaire, car je ne pense pas non plus que ça se joue tellement au niveau économique. Pour moi, les politiques sont des sortes de comparses de deuxième rang qui appuient sur des leviers vides et tentent désespérément d’avoir prise sur un réel qui ne maîtrisent plus depuis déjà longtemps. Les Davos, les affichages d’un Sarkozy avec les milliardaires, toutes les tentatives de frayage des hommes politiques avec le monde des avocats et des affaires, tout ceci je le vois avant tout comme une tentative de s’arrimer par une forme de pensée magique à ce qui serait le vrai bon levier et leur conférerait les signes de la puissance.

    Mais au fond, je ne crois même pas que ceux qu’ils se targuent de fréquenter détiennent tellement plus le pouvoir qu’eux. Je pense aux aristocraties espagnoles des latifundia, à celles de la Rome antique et de l’otium ou à celles du « Mort à Venise » de Visconti, et il est patent que là on était vraiment en présence de personnes qui d’une certaine manière profitaient du travail des autres pour mener la belle vie. Aujourd’hui, c’est tout autre chose, pour moi, ce ne sont que des participants au grand jeu du tourbillon de l’échange sans fin de signes qui composent le gigantesque réseau de codes qui est pour moi un aspect bien plus fort du monde actuel que ce que l’on appelle l’économie.

    S’il doit y en avoir une preuve, c’est qu’à ma connaissance, je ne connais pas de cas de milliardaire ou de très fortuné replié chez lui et vivant pour ainsi dire comme un rentier d’avant 1914, au contraire, tout ce qu’ils ont obtenu durant leur vie est en permanence réinvesti, argent, temps, énergie. Un Messier ou un Jaffré, débarqués de leurs sociétés en tant que PDG n’ont jamais fini à faire le tour du monde, il a fallu qu’avec leurs parachutes dorés, ils se relancent dans les affaires, et il en va de même chez les capitaines d’industrie asiatiques, tout comme chez les milliardaires américains des nouvelles technologies.

    C’est bien pour cela que je ne pense pas que la contestation puisse se passer par les voies habituelles. Contester une exploitation par le travail, c’est bien gentil, mais le problème est que dans ma maigre carrière professionnelle, je ne me suis jamais senti exploité par le travail. Par contre, que l’on m’ait demandé énormément en termes de gommage de la moindre trace d’individualité et de particularité me semble évident.

    C’est pour cela que je trouve l’idée du jardin des délices intéressante, non pas par son aspect purement économique, mais parce que, en s’attaquant à la société de consommation, elle attaque frontalement le système de signes sociaux qui se cache derrière le système des objets, pour reprendre le titre de l’ouvrage de Baudrillard, la société de consommation étant à peu près tout sauf un monde où la fonction principale des objets soit leur utilité purement pratique. Refuser l’amoncellement des objets, refuser sa réduction à l’état d’individu cloné (et refuser la consommation en est une des manifestations) et comparable à des millions d’autres par sa personnalité, ses goûts, sa vision du monde et ses modes de vie, là est la vraie contestation actuelle. Le système actuel n’a pour moi pas de véritable maître, c’est un gigantesque maillage dont tout le monde est partie prenante à des degrés divers, sans véritable tête.

    De formation universitaire, je suis historien et, allé jusqu’à la maîtrise, je l’ai faite en histoire médiévale. Même si ce ne furent que quelques années, j’ai été très influencé par l’histoire médiévale de l’école des annales, dont Jacques Le Goff est le plus illustre représentant, une histoire avant tout attachée à l’étude des mentalités collectives et à l’histoire culturelle. A ce titre, je vois la scène politique un peu comme la vieille histoire évènementielle, faire notre époque avec seulement ces éléments, c’est lui appliquer « l’histoire bataille » que l’on plaquait sur les périodes précédentes.

    Ce qui est contenu dans le dernier paragraphe de ton article, c’est pour moi la bonne solution, mais je n’y crois pas tellement au fond, c’est finalement un modèle qui me fait penser à l’Allemagne, aux Pays Bas, ou plus encore aux pays scandinaves, mais si on me demandait de raconter l’histoire de la France des quinze dernières années, je choisirais un angle bien précis pour en parler, c’est de son incapacité à se transformer en un état type Europe du nord et à trouver véritablement son modèle de société, réussissant à cumuler les inconvénients des modèles libéraux comme ceux des pays à forte protection sociale, sans avoir véritablement les avantages d’aucun.

    • Ph. Renève

      Bonjour Wald

      Tu prends le problème à l’envers: ce sont les gouvernants, Sarkozy en tête, qui sont les outils, les marionnettes de ceux qui détiennent le pouvoir économique, qui contrôlent ainsi également le pouvoir politique.

      Deux exemples pour illustrer, sans parler du bouclier fiscal et des 170 milliards de subventions aux entreprises: la soirée au Fouquet’s du président élu, avec le cercle non pas de ses amis mais de ses commanditaires, et la récente réforme des retraites, qui réussit l’exploit de ne pas faire dépenser un centime de plus aux entreprises.

      Je parle souvent à ce sujet d’un retour à l’époque des maîtres de forges, où à la fin du XIXe et au début du XXe la politique se faisait au Comité des Forges. Il n’y a plus de comité, mais les maîtres sont toujours là…

    • COLRE

      Salut Wald, 🙂

      Merci de ton commentaire, d’autant qu’il me fait réfléchir : j’ai fluctué au cours de sa lecture, entre l’accord (tu sembles même encore plus radical que moi) et le désaccord (tu es encore plus pessimiste… 😉 ).

      D’abord ton 2è § : « Sur le fond… ». Tu le dis avec talent et désespoir, mais oui, je pense que personne n’a vraiment de prise sur le réel dans sa globalité (mais tout est dans le « vraiment »… jusqu’à quel point ?), un immense opportunisme qui régit la prise d’intérêt, appuyé sur des structures qui « tendent à » remplir ses poches plus facilement que celles du couillon de base, et ajustements perpétuels au fur et à mesure des événements.
      « Pensée magique » ? oui, un peu, mais on sait que ce n’est pas suffisant comme explication : les « chamans » aussi se « remplissent les poches » par la pensée magique et la crédulité générale….

      Par contre, ton contraste de situation entre « avant » et « après », entre les rentiers et les patrons qui courent le monde, bossent et se fatiguent… euuuuhhh, bof bof.
      Courir le monde puis partir se reposer sur l’Île d’Argos aux Seychelles, ce n’est quand même pas du taf de base…. 😉
      La puissance de l’argent est identique, même si les comportements sociaux du loisir ont changé.

      Enfin, merci de ton témoignage sur la pensée des Annales. Perso (mais je ne suis pas historienne), j’ai toujours trouvé que le balancier était allé trop loin dans le sens du temps long et des grandes structures profondes qui seules feraient bouger l’histoire (et notamment les infrastructures économiques, hyper-déterminantes selon Saint Marx).
      Sans réhabiliter l’histoire événementielle, je rajouterais tout de même un zest d’humanité individuelle et autre « micro-histoire » dans la balance.

      A ce titre, je suis totalement opposée à la théâtralisation guignolesque de la scène politique, mais je prends en compte les personnalités des acteurs politiques : ils jouent un rôle néanmoins crucial.
      Ex : je pense que la personnalité très charismatique de Le Pen a fortement gonflé le score de l’x-droite par rapport aux autres pays européens. Je crois, disons, à l’importance d’une singularité comme une personne puissante, dans le fonctionnement du système…

      • D. Furtif

        Bonjour à tous, bonjour Colre

        Petit à petit les commentaires sous ton article se mettent à ressembler ( ou à souffrir) du même mal que celui dont tu nous parlais : une accumulation de complexité, une absence de ligne de causalité simple, pour aboutir parfois à des paradoxes inacceptables comme les pauvres patrons de Wald peints comme des êtres souffrant eux mêmes de la frénésie qu’ils créent et qui les entraine dans son tourbillon.En affinant toujours l’analyse et en perfectionnant la description on aboutit non pas à un schéma explicatif mais à la reproduction / entretien de la complexité insoluble.En clair à l’impuissance.

        ( Wald , pas la peine de protester , j’ai bien vu qu’il n’y a pas que ça dans ton commentaire, souligner ce passage conveanit à mon exposé , rien de plus)

        Crois-tu qu’il soit encore l’heure de la description du monde? Les nuages qui s’amassent nous imposeraient-ils pas de chercher plutôt un mode de transformation de ce monde? La faillite des intellectuels que tu regrettais plus haut dans ton article n’est-elle pas tout simplement liée au refus de cette alternative.

        Les pauvres chéris tout éloignés qu’ils sont de la réalité de l’exploitation, en viennent à ânonner des sentences aussi profondes que  » « il y a du bon et du mauvais partout ma bonne dame » parce qu’ils refusent tout simplement de s’inscrire dans le chantier de la transformation du vieux monde, de s’inscrire dans l’histoire.Ne serait-ce pas ce qu’un vieux barbus alors fringuant avait appelé la misère de la Philosophie ?

        • Ph. Renève

          On ne peut être pragmatique à l’infini, trouver du bon ici et là, du mauvais aussi, de la complexité divergente et de l’entropie foisonnante, lorsque l’un des termes du choix est visiblement inapproprié.

          Le système socio-économique triomphant actuellement, qui repose entièrement sur un laissez-faire de l’Etat encouragé par les oligarchies, est à l’évidence aussi inefficace qu’inégalitaire; ceux qui le justifiaient par une prétendue efficacité globale sont bien obligés devant sa faillite économique et morale de reconnaître que l’Etat doit tenir un rôle, ne serait-ce que pour sauver les armateurs du bateau qui coule.

          Les soutiers paieront, comme d’habitude; mais il serait temps qu’ils fassent usage de la seule force qui leur reste: le nombre.

          • D. Furtif

            Petite Enorme divergence Philippe, le nombre n’est rien seule le groupe organisé compte et influe sur les évènements.
            C’est même ce qui fait la différence entre la masse et la classe.

        • COLRE

          Bonjour furtif et Philippe, 🙂

          J’ai l’impression que vous prenez ma position pour du « centrisme », et que vous vous gaussez d’un pragmatisme impuissant, p’tète ben qu’oui, p’tète bien qu’non, un coup oui, un coup non, on réfléchit, on attend, on réfléchit, on décide, on avance, on recule, on réfléchit… 😉
          Si tout est dans tout (et vice versa 😉 ), à quoi bon expliquer ? et si tout conduit à n’importe quoi d’imprévisible, à quoi bon agir, prévoir ? restons assis sur nos derrières…

          Ce n’est pas du tout ma position.
          Celle-ci commence par un bilan que l’on ne peut pas nier : l’échec… l’échec du libéralisme sauvage, c’est évident, mais aussi l’échec de l’Etat qui a laissé faire et a même armé le bras des spéculateurs et autres faux investisseurs.

          Si l’ultra-libéralisme est le seul ennemi désigné, le seul coupable, comment se fait-il qu’il se soit retrouvé en position de force, position qu’il n’avait pas il y a 40 ans ?!!
          Faut-il alors aller chercher d’autres coupables ? quoi ? qui ? qui a donné les clefs à Thatcher ? à Reagan ?…
          Si l’ultra-libéralisme était le seul coupable il y a moins de 2 ans, les traders montrés du doigt, les « plus jamais ça », les profils bas : comment se fait-il qu’aujourd’hui ils repartent comme en 40, comme si de rien n’était ?
          Faut croire que la soupe de l’Etat est bonne pour les ultra-libéraux. Ils ont découvert qu’ils étaient intouchables : pile, je gagne (spéculation), face, je gagne (subventions)…

          Je veux tout simplement mettre l’accent sur l’ECHEC, patent, confirmé, consommé, criant, hurlant même…

          Le peuple, le peuple, le peuple… ok, la classe ouvrière, ok, les syndicats, ok, l’opposition anti-capitaliste et anti-libérale… mais alors, MAIS ALORS : pourquoi le peuple a élu Sarko, la droite, les libéraux ? pourquoi Besancenot a fait moins de 5% ? pourquoi Bayrou a fait 18 %, lui, l’Européen, le libéral ?

          Alors ? vous me répondez quoi ?
          On fait quoi ?…

          Moi, je suis pour des solutions radicales, mais créatives, conditionnées au donnant-donnant… c’est fini les menaces, les chantages, les gne veux des allégements de charges ou je m’en vais, merci des allégements alors je n’engage qu’au SMiC, et puis même je dégraisse, et puis quand j’ai essoré les salariés, les futurs chômeurs, les collectivités, la sécu, ben je m’en vais, comme si de rien n’était, sans payer un sou à qui que ce soit.

          NON…

          Il faut des lois coercitives pour les employeurs en cas de manquements à la plus banale conformité à un droit du travail revu, simplifié et rénové, où les syndicats auraient une place prépondérante…
          Etc etc.
          Et je ne parle même pas des autres domaines : il y a à donner le même coup de balai et les coups de pouce là où il faut (recherche, service public, santé).

          • Ph. Renève

            Pourquoi le peuple a-t-il élu ces gens-là ? Parce qu’ils ont menti, en prétendant faire le bien de tous. Parce que l’oligarchie a inventé ce « libéralisme » qui justifie les inégalités en affirmant qu’elles sont plus utiles que honteuses.

            Soyons clairs: il faut apprendre aux citoyens à juger de la sincérité des hommes politiques. La tâche est ardue puisque beaucoup mentent, mais elle est nécessaire. Si on y réussit un peu, tout peut changer.

            • COLRE

              Un peu léger comme explication, Philippe… 😉
              Tout de même, cela fait 30 ans que le reagano-tchatchérisme a pris son élan. Entre-temps, il y en a eu des pouvoirs successifs, des événements, des constats à faire… Et ce ne serait que la grande crédulité populaire à croire aux bobards qui serait en cause ?

              Non… c’est bien plus grave que cela. Si l’on ouvre vraiment les yeux, on réalise qu’il y a une bonne quantité de gens qui aiment les valeurs de droite, qui ne sont pas gênés par la pauvreté des autres, et qui ne conçoivent et espèrent qu’une seule chose quand cela leur arrive à eux : que grâce à la droite, ça ne va pas durer…

              En appeler à des solutions idéologiques « clefs en mains » de type anti-libéral ou anti-captitaliste à la Besancenot, même si vous avez la foi en ce système Philippe, eh bien cela ne marchera pas.

              • Ph. Renève

                Un peu léger comme affirmation, COLRE… 😉

                Je maintiens que la clique Sarkozy, comme la clique Chirac, est arrivée au pouvoir en mentant: fracture sociale par ci, baisse des impôts par là. La meilleure preuve en est que plus personne ne défend Sarkozy en dehors de ses fidèles et obligés, et des plus nantis pour qui il roule. Les autres ont compris, mais un peu tard.

                • COLRE

                  Philippe, je prends cela comme une très grave insulte personnelle 😈 , que vous puissiez me faire, à moi 😯 , une leçon d’anti-chiraquisme primaire et me rappeler les exploits de super-menteur ! cela se réglera dans les formes, on ne m’avait jamais offensé à ce point… 8)

              • Causette

                le libéralisme sauvage, l’ultra libéralisme, c’est le capitalisme ni plus ni moins. Les enfants et petits-enfants descendants des « deux cents familles », qui désignaient du début du XXe s. les plus gros actionnaires français, sont tous actuellement des actionnaires de la Finance et très actifs politiquement.

                Compétition, flexibilité du marché du travail, libéralisation des services, baisse des impôts, privatisations… rien de nouveau pour les capitalistes.

              • Ph. Renève

                COLRE,
                « Apprendre aux citoyens à juger de la sincérité des hommes politiques« , est-ce ce que vous appelez « des solutions idéologiques « clefs en mains »  » ? 😀

                • COLRE

                  🙂 🙂
                  Les « solutions idéologiques clefs en mains », c’est tout le saint-frusquin qui va avec la condamnation du libéralisme (confondu avec l’ultra-libéralisme) et de l’argent (confondu avec le Grand Capital)…
                  Je suis pour des solutions neuves… 😛

          • D. Furtif

            Heueueuueu , faites zexcuz mam Colre , j’ai pas encore lu vot’post
            alors pour commencer c’est pas moi c’est Philippe

            Bon je vais lire ton commentaire

            • D. Furtif

              Koukou c’est encore moi

              Je suis allé lire ton post de 16h06, celui où tu me prêtes des connivences honteuses ( suivez mon regard)
              Il me semblait avoir plutôt abondé dans ton sens…
              Il faut dire que d’aucun ( surtout parmi les non invités me prête un confusionnisme sibyllin)

              Bien alors avançons

              Il y a eu Thatcher et Reagan , tout le monde en convient , mais combien conviennent du nom de celui qui a joué leur rôle en France ? . Celui qui a tracé la politique de ce pays depuis quasi trente ans , celui qui tient tant à sa politique qu’il n’a pas voulu d’un pouvoir qui lui tendait les bras , ce pouvoir lui aurait été remis dans des conditions telles que ???
              Telles qu’il aurait été dans l’incapacité de mettre en œuvre sa politique .
              Depuis 1996 pas une voix au PS s’est élevé contre cette politique ( sauf Mélanchon peut-être et encore)
              – L’abandon de la protection sociale au nom du modernisme c’est lui
              – La mise en place des dispositifs favorisant la financiarisation de l’économie c’est lui
              – La référence unanime , la doxa européenne c’est lui

              Jospin comme un bon petit chien a mis en pratique sans sourciller

              Depuis il n’y a pas de programme de gauche . Ne faudrait-il pas chercher de ce coté la facilitation de l’évolution dernière du capitalisme mondial , le coup de main gigantesque apporté par la social démocratie

              • COLRE

                Pardon furtif… 😳 😉 c’est vrai que tu causes parfois au 17è degré et ta « sybillinitude » est bien connue, + un zest de parano de ma part… (ouf!)… 🙄

                Sinon, écoute… chais pas… j’imagine que tu parles du papa à Martine ? difficile pour moi de m’extraire du contexte de l’époque, tout le monde était emporté dans une vague où chacun devait croire que c’était le sens de l’histoire… Au XIX è siècle aussi, ils ont cru au progrès indéfini en la science, en la morale, en l’éducation… Et il y avait pourtant de grands penseurs, de grands politiques.

                Je ne crois pas à l’intelligence humaine, et que l’histoire soit marquée par de grandes conneries et de grandes erreurs, cela me semble être plutôt le lot attendu. C’est quand il y a des moments de grâce et d’intelligence que je m’étonne et je m’esbaudis…

                • D. Furtif


                  COLRE

                  Pour revenir à ton article , on comprend la difficulté à lire ce que tu appelles le deuxième enseignement, si les masses ouvrières appelées à transformer la société n’ont que ce guide « dévoyant » pour lire la société et s’armer pour la transformer

                  Ça fait 30 ans que nous avons à gauche des gens qui se proposent d’être les meilleurs gestionnaires du système au lieu d’être ceux qui le mettraient en pièce pour en installer un autre…

                  On comprends d’autant mieux le désarroi et la dégénérescence de ce que tu appelles les intellectuels

          • Lapa

            Juste une chose (pas le temps de développer): les employeurs sont en position de force. Plus il y aura de chômage, plus ils seront en position de force. L’état est voué à leur manger dans la main. De toute façon l’état est voué à l’échec et l’impuissance dans une économie mondialisée.

            Donc durcir le code du travail ou les sanctions: bah ils s’en foutent, car ils iront ailleurs. T’inquiètes. C’est pas comme si en France on était un pays avec le moins de contraintes patronales… (ah salauds de patrons!! ^^)

            le jour où on aura plus assez de richesse pour acheter ce qu’ils veulent nous vendre, croit-moi qu’ils les vendront à d’autres populations « montantes ». Et tu vivra de la mendicité du touriste chinois (au pif) qui viendra visiter la old france comme on va actuellement filer des crayons à des écoliers dans les villages en afrique lors d’un séjour au club med pour faire un safari.

            • COLRE

              Bonsoir Lapa, 🙂

              Les employeurs sont parfois en position de force parce que l’Etat laisse faire et abonde.
              A force de menacer de fermeture, qu’est-ce qui se passe, au final ? eh bien, ils ferment, ça ne change rien.

              Quoi qu’on fasse, vous l’avez bien vu, supprimer les charges patronales, faire des votes de salariés pour qu’ils travaillent plus pour en dessous du SMIC… eh bien ils ferment quand même, après avoir essoré tout le monde.

              J’ai quand même l’impression qu’ils nous roulent dans la farine :
              – ceux qui ont mieux à gagner ailleurs partiront, après avoir raflé un maximum d’avantages et en laissant les chômeurs dans la désillusion et le dégoût…
              – ceux qui préfèrent rester sur place (marché local, avantages des collectivités, des infrastructures, etc), essaieront d’abord de faire chanter pour obtenir toujours plus d’avantages et, grands seigneurs, mais malins, ils resteront avec de grands dégraissages, des salaires ratiboisés, des suppressions de charge, voire des aides…

              Mais sinon, j’aimerais bien que l’on me donne la réalité des entreprises françaises : 80 % de PME a dit yohan. Elles sont locales. Il y a un énorme tissu économique qui est implanté localement et des entreprises qui, d’ailleurs, n’ont aucune envie de ne pas travailler en France… Bien sûr, l’eau, les énergies, le BTP, mais pas seulement, les commerces, l’artisanat, l’agriculture, le transport, les services également, le nettoyage, par exemple, etc etc etc.

              Les menaces et chantages me paraissent proférées « à blanc »… et je viens de voir ce midi à la télé des chiffres entre les augmentations de salaires depuis 20 ans (je ne me souviens plus des chiffres exacts, à chercher) et l’augmentation des intérêts de l’argent en général : c’était hallucinant… genre de 1 à 100…
              Comment ne pas croire que l’on ne se fout pas de nous… ? 😉

              • Lapa

                L’état laisse et abonde car l’état et les collectivités territoriales ont besoin des voix des électeurs et donc se mettent à genoux devant n’importe quel groupe s’implantant sur leur territoire.

                Va expliquer à tes électeurs que tu as refusé l’implantation de 800 emplois directs parce que tu as été intraitable avec ce méchant groupe capitaliste…

      • Waldgänger

        Salut COLRE

        Mais je ne suis pas si pessimiste que ça, comme le dit un proverbe étranger, un pessimiste est juste un optimiste bien informé. 😉

        J’ai fait un commentaire sur Agoravox qui exprime assez bien une partie de mes opinions du moment, je n’en retirerais pas une ligne ou presque. Evidemment, je n’ai pas l’habitude de renvoyer à mes propres commentaires sur AV en ce lieu, mais je crois que pour une fois, ce n’est pas une mauvaise idée.

        Berlusconi, pour moi, il faudrait bien comprendre et connaitre la société italienne et ses ressorts, ce qui la rend spécifique par rapport à un pays comme la France, mais ce n’est pas du tout mon cas.

        Sur le reaganisme, le tatchérisme et leurs épigones actuels qui dominent majoritairement la scène politique européenne des années 2000, tout comme les USA des années G W Bush, je suis d’accord avec toi sur le fait que c’est plus qu’un simple concours de circonstances. Cette droite au discours fortement teintée de populisme, je pense qu’elle est dominante car elle a su mieux que la gauche sociale-démocrate profiter du ressentiment envers la politique traditionnelle et ce qui est perçu comme le discours des élites de la part d’un certain électorat qui a peur de l’avenir et ressent le chômage, la stagnation du niveau de vie et les frustrations de toutes sortes. La droite de gouvernement a su capter cette colère à son profit, pas la gauche, et je crois que c’est une donnée importante du champ politique actuelle, même si les gauches de gouvernement peuvent parfois gagner, comme aux USA.

        • COLRE

          Cher Wald, 🙂

          Je suis allée lire ton commentaire (tu as bien fait de nous l’indiquer, je ne vais plus sur AV).

          Mon pb est que j’ai lu Marx il y a bien (trop) longtemps… et qu’il m’en reste des analyses davantages dues aux marxistes (dogmatiques) qu’à Marx ! comme tu le sais, dans l’univers intellectuel des sciences humaines, les théories marxistes ont été suremployées à une époque, et n’importe quelle analyse se référait aux fameuses « infrastructures économiques », clef de toute explication historique, sociologique, archéologique, anthropologique…
          Je ne suis donc pas assez instruite sur les concepts que tu utilises et tes références à Marx pour pouvoir vraiment te comprendre et discuter avec toi.

          Néanmoins, je ne comprends pas ta conclusion : « … les leviers de la grève et du conflit social n’ont plus aucune efficacité »
          …selon la cause que tu évoques : « Au fur et à mesure que l’exploitation sauvage a cédé la place à un système économique et social où tout le monde était intégré dans le gigantesque réseau qu’est devenue la société, tous les repères se sont progressivement brouillés, c’est la fin des lignes de démarcation, des oppositions frontales entre syndicats et les possédants ennemis de classe. »

          La société a toujours été « intégrée », ce qui ne veut pas dire que le peuple est devenu « impuissant ».
          Simplement, c’est devenu plus difficile car justement, il faut jouer sur plusieurs leviers d’action : il faut être créatif, réactif, médiatique… mais la grève, les manifs et le militantisme politique ont aussi leur place (certainement primordiaux).

          C’est vrai, qu’à la différence, avant (il y a plus de 30 à 40 ans), chacun avait sa place, son rôle, ses leviers de pouvoir, ses idéologies simples, son statut, son avenir tracé, sa marge d’avancement salarial (je caricature, mais c’est un peu ça).

          Aujourd’hui, c’est vrai que les repères ont été brouillés et que la lutte est plus difficile car il faut à la fois combattre le camp adverse (« ennemi de classe ») et son propre camp, tout cela répercuté et amplifié par les médias et des interférences transversales : la question ethnico-religieuse et la question des femmes, + la mondialisation…
          En outre, le terrible manque d’argent (SMIC, temps partiels subis, petites retraites, chômage) et sans espoir d’amélioration, crée une ambiance qui incite à la méfiance à l’égard de toutes les institutions, à l’écoeurment et au chacun pour soi.

          Alors les solutions sont plus difficiles à concevoir, c’est vrai… le système est encore plus complexe, plus « synergique »… C’est pour cela qu’il faut une humble conscience des échecs, une remise à plat des solutions et à une rénovation audacieuse de nos schémas de pensée et d’action…

          En tous cas, j’attends impatiemment ton projet « d’articles sur la société contemporaine »… 🙂

          • Waldgänger

            Bonsoir COLRE

            J’ai pu voir par mes propres yeux que les stratégies individuelles étaient privilégiées au travail, dans le sens où la plupart essaient aujourd’hui de faire leur chemin en progressant à travers le subtil meccano de différentiations individuelles qui désamorcent dans le monde du travail actuel l’identification à une classe sociale homogène telle que le monde ouvrier a pu être perçu par ceux qui en faisaient partie.

            En outre, le terrible manque d’argent (SMIC, temps partiels subis, petites retraites, chômage) et sans espoir d’amélioration, crée une ambiance qui incite à la méfiance à l’égard de toutes les institutions, à l’écoeurment et au chacun pour soi.

            On peut même dire, mais je ne juge personne, et il faut toujours se garder soi même de telles idées, que ça tourne actuellement à l’hostilité envers plus mal placé que soi, qui est vu comme une menace de déstabilisation d’une société dont on tire malgré tout un profit, aussi minime soit-il.

            Les inégalités sociales, il y a deux causes qui m’intéressent plus particulièrement. La première est le statut de personnes dont le travail est jugé comme hautement rémunérable (passe le barbarisme) financièrement, par exemple des « consultants » ou « experts en audits », dont le travail est au final impossible à évaluer, et pour cause, ils s’auto évaluent, on ne peut pas le juger avec des quantités mesurables, ce qui fait que leur niveau de rémunération échappe à toute échelle mesurable et tend à devenir irréel, puisque justement non fondée sur la réalité. Il en va de même de pas mal de métiers d’encadrement, dont la fonction principale est la manipulation de signes et d’un discours sur le travail et son organisation. Contre ça, la seule révolte possible est de refuser dans son imaginaire personnel toutes ce jargon pseudo managérial, tout l’imaginaire qui l’accompagne, si chacun le fait à son échelle, le système actuel sera profondément différent, et meilleur, inutile de le dire.

            La deuxième est le monde industriel et économique en général, avec ce que je disais, la domination du capital mort sur le capital vivant, dans un tel cas, se révolter est quelque part le faire contre des machines, ce qui ne changera rien au problème, car les mêmes causes reproduiront les mêmes effets. Dans un tel cas de figure, les qualités d’un individu ne valent plus rien par rapport à la somme de savoir faire, de machinerie, de procédures accumulées. Le travailleur de base aura dans un tel système forcément un travail répétitif et mal considéré, renverser le patron n’y fera rien, il n’y a pas d’émancipation du travail à en attendre. Le patron profite certes d’un état de fait, car c’est lui qui possède le capital, mais la toute puissance des machines et des procédures, des savoirs faire dument systématisés et recensés ferait que cette domination se reproduirait sans une profonde réflexion sur les modes d’action collective et la place de chacun dans la société, chantiers sur lesquels on devrait se penche en profondeur tant on arrive au bout de la logique du mode d’organisation actuel.

            J’espère ainsi avoir plus ou moins répondu à tes interrogations par rapport à certains passages. 😀

            A vrai dire, il y a nombre d’idées dans ces commentaires qui ne sont pas de moi, mais qui viennent de diverses lectures, mon expérience personnelle, encore limitée, me faisant faire le tri et la synthèse personnels. Il y a une expérience dans un de mes petits boulots, que j’ai plus ou moins vécue en tant que spectateur, très dure sur le moment, mais qui m’a énormément appris de choses sur la société actuelle et notamment le monde du travail.

            Il y a un intervenant d’Agoravox qui était intéressant dans ses interventions sur la société contemporaine, c’est Badguru dans ses périodes d’activité sur Agoravox, quoique je ne sois pas d’accord avec tout ce qu’il peut dire. Je m’éloigne de lui notamment sur deux points, celui de la perception de la société contemporaine comme un système de contrôle gigantesque, ce en quoi je suis d’accord, mais il y voyait un instrument forgé par des individus intentionnés, ce qui n’est pas mon opinion. Autre point, plus essentiel, Badguru voyait différemment de moi la question de l’automatisation et des robots, qui menaçaient selon lui d’inutilité une grande partie de l’Occident à brève échéance et les menaçaient dans leur existence même, mais si je crois à ce que j’ai pu écrire, il ne peut en aller ainsi, car dans ce cas les activités économiques en Occident n’ont pas qu’une simple valeur dite productive et qui serait objectivable et mesurable, mais sont aussi échangeables les unes par rapport aux autres, dans tout un système symbolique, qui a d’ailleurs déjà commencé à masquer « l’inutilité » de pas mal de personnes . Là dessus, je partage les analyses qui sont pour moi lumineuses de Baudrillard dans la première partie de « L’échange symbolique et la mort », de 1976, sur la distinction entre valeur d’usage et valeur d’échange et dont on croirait par certains aspects qu’il a été écrit hier. Mais quoiqu’il en soit, ses interventions sur la société actuelle sortaient du lot dans le monde des forums.

            Pour mes articles à venir, je crains de ne pas être du tout prolifique à court et moyen terme.

            Sur les patrons, par rapport à mes commentaires de hier, oui j’en plains pas mal, voir des types pleins aux as et incapables de faire autre chose de leur vie est consternant pour eux, ça veut dire que quelque part ils n’ont rien d’autre à faire de leur vie, et tous loin de là n’ont pas des activités à la Steve Jobs, c’est plus le « marchand de tapis ». Oui, je n’envie pas un type qui peut revendre pour des millions d’euros ses parts dans une activité pas intéressante, qui pourrait ne plus travailler de sa vie, pour faire une thèse, faire des recherches, se cultiver, faire le tour du monde, monter un projet collectif différent de celui d’une entreprise. Au fond, je serais pour me retrouver dans leur situation, mais si c’est pour leur ressembler, je préfère ma place à la leur.

          • COLRE

            Bonjour Wald,

            Tu as été parfaitement clair et j’ai bien compris ton point de vue ! 😉
            En fait, nous sommes complètement en phase, me semble-t-il, et j’ai trouvé certains de tes développements d’un grand intérêt.

            Par exemple :
            Les inégalités sociales, première cause : bravo d’avoir mis le doigt sur un phénomène pervers et injuste qui mérite d’être mis puissamment en lumière. Cette sorte d’irréalité de rémunérations qui n’ont aucun sens, ni en termes d’utilité économique ni en termes de talent particulier…

            C’est ce que j’évoque d’habitude (et de façon approximative) sous l’expression de « cooptation », mais ton analyse est plus complète. Ce n’est pas QUE de la « cooptation »….

            Ainsi, je donne souvent le cas de la publicité. Les sommes en jeu sont considérables, et il n’a jamais été fait de bilan (d’audit, dirait-on… 😉 ) de l’utilité réelle de telles dépenses ! mais ça nourrit toute la chaîne, jusqu’en haut, évidemment.

            Même chose avec les instituts de sondages, qui vendent à des prix astronomiques des services qui, normalement, se font avec une poignée de personnes qui ne coûtent pas si cher ! normal, ils se rémunèrent avec de l’argent en grande partie public… Et ces services, comme tu dis, ne sont pas « mesurables ».
            On pourrait trouver des tas d’exemples, sans parler évidemment des salaires directoriaux du CAC 40…

            Or, la logique de cette économie « irréelle » est qu’il n’y a aucune raison que ces rémunérations ne soient pas régulièrement augmentées (de 50%, 150%, 400%… ! pourquoi se gêner ? on est loin de l’inflation et des augmentations de SMIC) puisque ces augmentations suivent des logiques de décision INTERNE, de caste (ce que j’appelle un peu à tort « cooptation ») ! Elles atteignent alors des niveaux de fou, et cela rejaillit complètement sur l’ensemble de la société : écart entre salaires de plus en plus énorme, biens de luxe devenus hors de toute portée et de rêve du pékin de base, existence d’une bulle des très riches, étanche au reste de la société, de gens qui n’en veulent que toujours plus (cela devient une fin en soi d’être le plus riche possible, quel que soit le moyen), déconnexion de cette caste qui perd tout sens des valeurs, notamment de solidarité, lobbying envers le monde politique et même pire : porosité entre les 2 mondes, du pouvoir et de l’argent, etc etc etc.

            Problème subsidiaire : ce monde devient un modèle qui attire la jeunesse, fait de clinquant, d’argent facile, de célébrité (même frelatée, mais qu’importe !)…

            Et – grand problème ! – effet boule de neige garanti, puisque l’argent est quand même ce qui travaille le mieux et rapporte le plus… et la richesse, devient de la grande richesse, qui devient de la très grande, etc…

            On est parfaitement dans mon propos, celui d’un monde « systémique » où des effets (notamment pervers) deviennent un phénomène « émergent », qui n’est pas que la « somme des parties »…
            Difficile alors d’agir dans ce fonctionnement où tout se tient et où des tas de solutions échappatoires existent pour la pérennité des privilèges.

            … et j’aurais encore plein de choses à te répondre car ton commentaire est très « riche »… 8) 🙂

            • Ph. Renève

              Bonjour COLRE

              Vous soulignez bien que ce monde de « super-riches » devient un modèle pour les jeunes (et les moins jeunes). C’est en effet une grande force du système que de faire croire à chacun, même le plus pauvre, qu’il peut y accéder: les émissions TV de compétition, les jeux d’argent, le matraquage sur la vie des « people », etc., sont là pour montrer que chacun peut du jour au lendemain parvenir au royaume des dieux. Le rêve ainsi créé aide à supporter sa condition, même et surtout misérable.

              C’est le système sociologique US, en fait, où les inégalités sont supportées pour deux raisons: d’abord parce qu’elles paraissent surmontables (tout soldat a dans sa giberne son bâton de maréchal – tu parles, Charles) et, ce qui n’est pas (encore ?) trop le cas en France, qu’elles ne sont pas ressenties comme injustes puisque chacun vaut ce qu’il est: le riche a réussi (par son travail, bien entendu) et est donc quelqu’un de bien, alors que le pauvre est un raté, un fainéant et un incapable, ce qui explique son triste sort. Pas de raison de se révolter puisque la condition de chacun ne dépend que de lui et que la valeur suprême (la richesse extrême) est accessible à tous.

              De plus, tout cela exalte l’individu et l’action personnelle, au détriment de toute solidarité et action collective, ressenties comme inutiles, coûteuses et stupidement altruistes.

              • Ph. Renève

                La solidarité et l’altruisme n’ont plus lieu d’être dans une société où chacun est à sa place: l’aidant est alors un stupide émotif gaspilleur et l’aidé est un « assisté », ce qui l’empêche d’agir pour se sortir de sa condition.

              • COLRE

                Bonjour Philippe,

                Oui, on ne sait plus où se niche le pire dans ce processus infernal…

                En revanche, je ne pense pas qu’on ait besoin d’aller chercher les USA pour critiquer ce qui se fait chez nous. D’une certaine façon, chez nous, c’est pire, car il y a un respect pour l’argent et le pouvoir quasiment monarchique. En plus, chez nous, on a les moyens d’agir, politiquement, et l’on est responsable de notre modèle.

                Je ne connais pas bien les USA, mais un peu quand même. Là-bas, du point de vue de l’argent, c’est vrai que c’est un symbole de réussite (comme partout dans le monde, d’ailleurs…), mais il y a un « petit » truc qui fait une très grosse différence : le « qui tu es » est assez important par rapport au « d’où tu viens ». Chez nous, on est toujours dans la reproduction des privilèges et la pérennité de la caste d’une manière aristocratique.
                De fait, l’ascenseur social reste une vraie valeur, même si l’ascenseur est souvent en panne…

                Bref ! , si on m’autorise l’image : nous avons le nez dans notre m…e, et c’est là que ça sent… 😉

            • Waldgänger

              Salut COLRE, salut Philippe

              COLRE, tu as raison de dire que le mot de cooptation est imparfait, car en effet ça ne relève pas forcément du copinage, mais plus du partage d’un même univers dans le discours, la manière de communiquer, de présenter son travail et d’en parler, de l’inclure dans une formalisation théorique, qui a finalement plus de valeur que le travail lui-même. Un bon exemple serait la circulation infinie de tout ce vocabulaire managérial, la prolifération des réunions de travail, des projets, des audits internes, externes, du discours sur l’évaluation permanente, sur la formation permanente (pas contre, mais il faut voir souvent le peu de contenu réel, c’est très général et ce sont des choses que les participants connaissent et mettent en pratique déjà).

              On pourrait trouver des tas d’exemples, sans parler évidemment des salaires directoriaux du CAC 40…

              C’est le principe, plus ce sont des postes qui sont en dehors de la production directe, plus ils sont guidés par toute une machinerie hyper complexe, donc totalement impossible à évaluer dans leur utilité, leur rôle et leur efficacité réels, et plus la rémunération est déconnectée, donc tend aussi vers l’irréel et l’astronomique. Mais au fond pas la peine de le répéter, tu l’as parfaitement expliqué toi-même. Le mot de « bulle » est parfait, tout à fait ça.

              C’est pour ça que si je trouve l’idée du principe de Dilbert intéressante, je ne peux en partager l’explication pour les causes du phénomène, car j’ai vu ce genre de cas de mes yeux, et des promotions à des postes où il pouvait vraiment y avoir du dégât, ce qui n’a pas manqué par ailleurs.

              Si tu es réceptive aux idées qui analysent le monde réel, je ne peux que te conseiller la lecture de Jean Baudrillard, que je commence à bien connaître, et les autres auteurs qui tournent autour de la notion d’hyperrréalité, comme Boorstin, Mc Luhan ou Walter Benjamin, mais que je ne connais pas.

              Comme tout auteur, il y a quelques inconvénients chez Baudrillard. Le premier et le principal reste une difficulté d’accès indéniable, c’est un auteur qui demande de la concentration et de la relecture, notamment dans ses ouvrages systématiques, ceux sous forme éclatée ou d’entretiens restant plus accessibles. Deuxièmement, il y a certains ouvrages moins bons que d’autres, même si je n’en ai pas vu de vraiment mauvais. Troisièmement, certains passages, très minoritaires, peuvent gêner. Accuser Baudrillard de misogynie relève pour moi et d’autres lecteurs que je connais (dont des femmes) du contresens, mais par contre, on a dit qu’il était homophobe et ce n’est pas une invention. Les ouvrages que j’ai préféré de lui sont « L’échange symbolique et la mort » (du début du livre jusqu’au chapitre qui est l’analyse la plus forte que j’ai jamais lue sur les tags urbains tu reconnaitrais pas mal d’idées que je n’ai fait qu’emprunter) et « Le miroir de la production », « Le paroxyste indifférent » n’est pas mal non plus, tout comme ses écrits sur l’Amérique ou ses ouvrages de la fin des années 60 (mais je trouve qu’il est allé plus loin depuis).

              Sinon, j’ai lu comme beaucoup d’autres des auteurs sensés aider à la compréhension du monde actuel, ou qui arrivent à le faire. Le deuxième tome de « De la démocratie en Amérique » de Tocqueville reste, 170 ans après son écriture, une oeuvre assez stupéfiante sur plus d’un point. J’ai pas mal apprécié Jacques Ellul dans un autre genre. Raymond Aron, pas méchant mais un côté insignifiant et « eau claire » pour ce que j’en connais. Zizek, une très bonne réputation dans la presse bobo (passe moi l’expression), mais pour moi ça a un fort côté esbroufe et est des plus surfait. René Girard, intéressant, mais ses idées ont beau mériter l’examen, sa tentative d’expliquer le monde à partir d’un concept unique est une impasse dès le départ, la réalité ne peut s’expliquer de manière monocausale. Ah, j’allais oublier, j’ai pas mal aimé ce que j’ai pu lire de Castoriadis.

              On aura encore l’occasion d’en parler, j’ai encore à dire, et encore bien plus à apprendre.

              PS : COLRE, ce n’est pas toi qui a une « tendresse » toute particulière pour George Yang ? Parce que je suis retombé sur ses posts récemment et il est toujours égal à lui même.

              • COLRE

                Salut Wald,

                Moi aussi, j’apprends… 😉
                Je découvre le « principe de Dilbert » dont j’ai, je crois, entendu parler un jour, mais que j’avais oublié… Excellent !
                Et je te suis patàpa sur le bluff des techniques managériales…
                C’est pour ça que cela me fait souvent sourire la grosse opposition entre le public (inefficaces et fainéants) et le privé (paré de toutes les vertus…). Tout cela se vaut… sauf que dans le public, il y a tellement moins de fric !

                Merci de tes avis sur les meilleurs auteurs. Je t’ai déjà entendu évoquer Baudrillard, mais je ne le connais pas, rien lu de lui. Essayé un jour, et arrêté aussitôt : j’ai du mal avec le jargon des philosophes, il faut du temps pour rentrer dans le lexique des concepts.
                Je garde ton commentaire.

                Sinon, Yang ? j’avais jusqu’à oublié son nom ! j’ai souvenir d’une grosse brutasse, grossière, misogyne, sans intérêt… berk berk :mrgreen:

  • Causette


    « Avec les impôts que nous payons en France, nous, les riches, sommes devenus tellement peu nombreux qu’on est obligé de créer des réserves »

    s’amuse l’un des résidents d’un groupe bien organisé

    (faits divers en fin de cet article, savoureux :mrgreen: )

  • Causette

    39 des 40 entreprises du CAC 40 ont au moins un administrateur en commun les unes avec les autres. Certains administrateurs siègent même dans six conseils à la fois. Malgré les promesses et les réformes, la consanguinité du capitalisme français est toujours aussi prégnante. Démonstration en images.
    Les cumulards du CAC 40

  • Lapa

    Merci pour cet article très intéressant qui lance des débats forts instructifs.
    j’aurai pas mal de choses à dire mais je n’ai pas le temps d’en faire un commentaire. Ce sera pour plus tard!

    Et bonjour à tous(tes) !

  • Buster

    Bonjour COLRE,
    J’ai relevé cette description savoureuse que tu fais du « centrisme ».
    « J’ai l’impression que vous prenez ma position pour du « centrisme », et que vous vous gaussez d’un pragmatisme impuissant, p’tète ben qu’oui, p’tète bien qu’non, un coup oui, un coup non, on réfléchit, on attend, on réfléchit, on décide, on avance, on recule, on réfléchit…
    Si tout est dans tout (et vice versa ), à quoi bon expliquer ? et si tout conduit à n’importe quoi d’imprévisible, à quoi bon agir, prévoir ? restons assis sur nos derrières… »

    Etrange vision du centrisme. 😯
    Le Pragmatisme impuissant ? 🙁

    Ce qu’il ne faut pas entendre ! 😆

    Ce qui est improductif pour la société ce sont les à-coups dogmatiques, les balanciers de yoyo, un coup trop à droite, un coup trop à gauche, et toutes les envies d’en découdre avec l’autre camp.
    C’est fort amusant que pour mieux « équilibrer » la société, pour amorcer « le chantier de la transformation du vieux monde » on en arrive à nier le pragmatisme, à le voir impuissant.
    Mais non, les solutions à apporter, puisqu’il s’agit de transformer (on imagine en profondeur) ne doivent surtout pas s’appuyer sur du pragmatisme, sur de l’efficacité. Il faut forcément une autre dimension, idéologique, dogmatique. Et le réel n’aura qu’à se plier à cette volonté philosophique. L’esprit triomphera de la matière.
    C’est bien cette crispation partisane qui me désespère, qui entretient chez moi une misanthropie croissante et qui ne me fera jamais suivre un seul idéologue, de quelque bord qu’il puisse bien être.
    Ce que vous mettez au crédit de convictions politiques affirmées ne sont que des rêves que vous cherchez à entretenir. Le rêve qu’une fois la bonne politique en place l’homme changera, se transformera lui aussi, comme la société, par un miracle surnaturel, par une alchimie interne, par infusion d’idées.
    Depuis que je discute virtuellement, je me frotte, avec curiosité ( et avec plaisir, parce que je suis curieux de nature ) aux interprétations politisées des uns et des autres.
    Ce côté « boite à outils de gauche » m’amuse plus souvent qu’il ne me chagrine. J’aime malgré moi cette part de merveilleux entretenue avec conviction par beaucoup.
    Navré, si je ne puis y adhérer.

    Le plus important est que votre compagnie est malgré cela fort agréable.
    Et que le « couteau à beurre » entre les dents de Philippe me fait surtout craindre pour sa santé, si par malheur il finissait par l’avaler. 😉

    • COLRE

      Salut Buster,

      Voyons, tu sais bien que ce n’est pas moi qui donne ce traditionnel cliché du centre « mou »…! j’ai mimé la caricature classique du centriste qui est d’être velléitaire et soumis à la droite… 😉

      Je crois que tu ne m’as pas bien lue : c’était ma propre caricature que je faisais là… 😉 telle que j’imaginais que Philippe et furtif me voyaient en moquant mon pragmatisme revendiqué… Mon article est plutôt un plaidoyer pour le pragmatisme, une pratique que je trouve même hautement intelligente et particulièrement difficile à mener, mais efficace…

      Comme tu m’as cataloguée « gauchiste », tu me lis en gauchiste, sans voir que moi aussi je critique la « crispation partisane », en fait parce qu’elle est pour l’instant un échec.

      • Ph. Renève

        COLRE

        Perseverare diabolicum… Le pragmatisme n’a jamais fait avancer ni les ânes, ni les civilisations. La « gauche modérée » ne cesse d’être « pragmatique », de ménager la chèvre libérale et le chou socialiste, et de sombrer dans l’immobilisme satisfait, la compromission honteuse et l’escroquerie intellectuelle.

        Le pragmatisme est comme la beauté de Baudelaire, qui hait le mouvement qui déplace les lignes.

        Une bonne devise du changement serait « mort au pragmatisme » ! 😆

        • COLRE

          Je vois bien que vous cherchez à vous venger bassement… ô que c’est laid !
          J’ai dit que le « pragmatisme » était hautement intelligent, peut-être trop…? 😀

          Allez, sans rire, la gauche modérée n’est pas « pragmatique » (à part SR), elle est au contraire rigide, pleine d’habitudes de pensée, sans créativité (comme tous les autres partis, avec des lignes attendues)… C’est ce dont je me plains dans ce nartic, de ne pas faire, avec courage et humilité, des expériences neuves, audacieuses, radicales ou nuancées, à voir…

      • Ph. Renève

        Le pragmatisme court les rues, comme les Porsche et les chômeurs. Nous croulons sous des coulées visqueuses de pragmatisme, qui paralysent toute réflexion d’ensemble et toute velléité d’action.

        Il est la tasse de thé des tièdes et dépasse de très loin en efficacité le principe d’inertie lui-même pour étouffer dans l’œuf toute tentative de réforme, toute pensée un peu élevée et tout discours qui ne soit pas pur exercice de style.

        Le pragmatisme est le ciment de l’immobilisme comme l’utopie est le moteur du progrès. 😉

        • COLRE

          Quelle forme, mon cher Philippe 😀 ! on sent que vous êtes chaud, là, aiguisé… prêt à en découdre ! alors que je dois bientôt m’absenter… que pena ! ce sera partie remise. 8)

          En attendant, je vous conseille de taper « pragmatisme utopique », et vous trouverez… car le pragmatisme est aussi une utopie, celle d’un monde intelligent et prêt à agir dans le bon sens sur une réalité objectivement analysée…

          • Buster

            A-t-on jamais vu une chouette utopique ?
            Une qui voudrait vivre en plein jour, ne plus chasser les mulots et vivre en bonne intelligence avec les chats et les renards.
            Z’en avons un beau spécimen ici ! 😀

            • Ph. Renève

              Buster,

              Utopie n’est pas aveuglement. Cette chouette n’est pas assez stupide pour vouloir ce que tu décris.

              Elle préfère tenter de convaincre ses copines de se regrouper pour chasser les chats qui leur bouffent leurs mulots; c’est une tâche difficile, mais qui ne tente rien n’a rien ! 😉

            • Léon

              L’être humain n’est pas la caricature individualiste, égoïste d’homo economicus que décrivent les libéraux. Les comportements de solidarité, d’amour, de générosité, d’ostentation, de gaspillage sont tout aussi « humains » et « naturels ».

          • Ph. Renève

            COLRE,

            Pragmatisme utopique… pourquoi pas inertie dynamique ? 😀

            L’absence de projet, d’utopie, de la gauche « classique » passée au libéralisme montre bien qu’elle n’a plus rien de socialiste mais tout d’opportuniste.
            On ne fait pas un projet politique avec ce « pragmatisme » qui doit tout à l’esprit conservateur et rien à la recherche d’un monde plus juste.

  • Léon

    On aurait tort de confondre les valeurs et la politique. Les unes sont des idéaux, les autres des accommodements avec la réalité. Les rêves existent par la politique. Par exemple on a souvent qualifié la sécurité sociale d’utopie concrète. Quasiment tout ce qui dépasse l’individualisme bourgeois en fait partie. Je pense à Germinal et à la caisse de secours.
    Je suis toujours étonné et attristé du peu d’enthousiasme que je constate de plus en plus envers les aventures collectives, alors qu’elles ont été, pour moi, mes plus belles expériences humaines, les moments les plus heureux de ma vie. J’ai l’impression d’avoir affaire à des handicapés.

    • Buster

      Bonsoir Léon,

      De réelles aventures collectives celle qui m’a le plus marquée est celle qui m’a value pendant 15 ans d’être le méchant patron d’une troupe d’une quinzaine de personnes.
      Cela avait démarré comme une aventure personnelle, artisanale. D’année en année une équipe s’est constituée, formée par des personnes que j’ai soigneusement choisies et l’aventure est réellement devenue collective.
      Et ce fut passionnant, ce fut une source de rencontres riches, de grand plaisir à travailler à plusieurs sur des projets, sur des objectifs ambitieux.
      L’aventure collective c’est aussi l’entreprise.

      • Léon

        Salut, Buster.
        L’entreprise, pourquoi pas, effectivement ? Mais j’ai des doutes tout de même, car dans une entreprise les dés sont quand même très pipés. Seules des entreprises sous des formes collectives et égalitaires comme les scoop peuvent vraiment entrer dans ce cadre.

  • Le jardin des délices

    Je comprends votre colère COLRE,

    Mais peut-être faut-il envisager que si tous ces mensonges ont marchés et que l’on se retrouve avec des gens comme Sarkozy ou Berlusconi comme représentant des peuples, c’est simplement parce que la MAJORITE se retrouvait ou s’identifiait dans les valeurs de ceux qui prospéraient, ou alors qui souhaitait faire partie de cette caste…

    Mais, à partir du moment ou le rapport de force s’inverse et que ces derniers, soit ne pourront plus prospérer, ou verront leurs illusions de base genre « fric, pouvoir et sexe » s’effondrer, alors ces valeurs vont peut être pouvoir changer voire s’inverser, et le rôle d’Internet par rapport aux médias dominants ne me paraît pas négligeable dans ce constat.

    • COLRE

      Si cela pouvait… mais je pense qu’il faut une génération pour changer en profondeur un système de valeurs. Est-ce que le mouvement serait enfin amorcé ? de gré ou de force, peut-être…
      Oui, internet pourrait servir, mais on y trouve encore davantage de « morice » que de triumvirés… 😉

  • Causette

    L’oligarchie qui est au manette de la France depuis des décennies a un soucis:
    Jusqu’à 2012, il y a Sarkozy, très bien!
    Mais en 2012 quel(le) candidat(e) va t-elle se choisir cette élite, et pouvoir vendre au bon peuple par l’intermédiaire des médias qui leur appartiennent, et de la totovision surtout cet instrument qui sait si bien hypnotiser les masses, pour garder leurs privilèges? Leur bouclier? Leur paradis fiscaux? Leur candidat-président fait partie de leur caste, du réseau. Peu importe que ce soit un(e) « droite » ou un(e) de « gauche », du moment que le gouvernement qui sera mis en place défende leurs intérêts.

    DSK ils y pensent, en cas de trop forte perte de confiance pour la droite, ce n’est pas un problème insurmmontable pour eux, DSK c’est un pragmatique. :mrgreen:

  • Causette

    Selon l’ex-ministre Paul Quilès:
    en 1936, environ 33% des députés exerçaient un mandat local ;
    sous la IVe République, ce chiffre est monté à 40% ;
    il a dépassé aujourd’hui 80%

    Faut-il sanctionner les députés absents de l’Assemblée ?

    hit-parade des cumulards
    La plupart des ministres du gouvernement Fillon ont gardé des fonctions dans leurs fiefs respectifs, 74 % des sénateurs et plus de 85 % des députés disposent également d’un mandat à l’échelon local. Petit palmarès des champions du cumul en France.
    …de l’Assemblée
    Au Palais Bourbon, ils sont près de 500 sur 577 à disposer, en plus de leur mandat national, d’un mandat local (38 d’entre eux en ont même deux
    …du Sénat
    Chez les sénateurs, ils sont environ 250 sur 343 à jouer sur les deux tableaux. On y retrouve quatre barons régionaux du PS
    Seuls 13,5 % des députés ont un mandat unique. Les sénateurs sont à peine plus nombreux : 26 %.