Les errements philosophiques de la quéquette de Philippe Caubère ( Réédition)

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La réaction du comédien Philippe Caubère publiée ici dans une tribune sur Liberation au projet de loi visant à pénaliser les clients des prostituées est intéressante à bien des égards. Et même si elle est intervenue durant la pause de Disons, cela vaut la peine d’y revenir.

Voilà donc que ce monsieur nous dit donc qu’il va aux putes, qu’il y a toujours été, marié ou pas et commence d’abord par nous faire le coup de la liberté sexuelle et de la défense d’un principe de plaisir qui sent bon le soixante-huitard (oserons-nous le « attardé » ?).

Bon, grand bien lui fasse. On lui fera déjà une objection de principe que sa liberté sexuelle, comme toutes les libertés d’ailleurs, se heurte au principe de responsabilité, mais nous y reviendrons.

« Marié pour la deuxième fois, très proche encore et toujours de ma première femme, m’autorisant depuis toujours, amantes, amoureuses ou petites amies (avec tous les ennuis que ça implique…), acceptant naturellement la réciproque (et les ennuis… etc), je ne représente pas vraiment le prototype du mec frustré, sexuellement ou sentimentalement. Je n’ai pourtant jamais cessé depuis l’âge de 24 ou 25 ans d’avoir des relations – et des rapports- avec des personnes se prostituant. »
Bref, le monsieur est content et s’autorise des coups de canif tarifés ou pas,  avec « tous les ennuis que cela représente » et supporterait pareillement la réciproque.

Pour que l’argument ait un peu de consistance il aurait fallu qu’il soit un peu plus explicite sur ces « ennuis » et cette « réciproque ». Traiter ce poison destructeur de la jalousie, la perte de confiance en une personne aimée, l’horreur de la trahison, l’humiliation de l’autre, son insécurisation affective de simples « ennuis » est pour le moins sidérant. On se demande alors ce qui a de l’importance pour lui…

Quant à la « réciprocité », pour que cette tribune soit un minimum crédible, on aurait aimé qu’elle soit signée également de son épouse, pour voir…  D’ailleurs, dans la mesure où il défend (voir  la vidéo)  une  spécificité absolue de la sexualité masculine ( discours connu: cela signifie qu’elle serait par nature polygame, irresponsable, non investie affectivement, voire violente) la « réciprocité », on a un peu de mal à comprendre pourquoi il se croit obligé de l’invoquer…

Après le couplet classique sur l’atteinte aux libertés publiques et au retour de l’ordre moral, on en vient donc assez rapidement à la relation marchande et à son fondement.

Il s’agit d’abord d’expliquer que les prostituées rendent un vrai service.
Ainsi donc, Philippe Caubère trouve auprès des putes ce qu’il ne trouverait jamais dans une relation « normale ». Voilà qui ne manque pas d’interroger…
Que lui font donc-t-elles de plus , ces professionnelles, que lui refusent  ses légitimes, si l’on a bien compris : les bas résille, la voie étroite, le triolisme ?  Rhoooo, les vilaines…  Apparemment  monsieur est exigeant ; mais alors comment se fait-il qu’il choisisse des régulières aussi nulles au lit ?
On appréciera, incidemment l’humiliation publique qu’il leur inflige en publiant ainsi cette tribune, se donnant, au passage, un beau rôle de plus, celui du défenseur de la liberté…
Ou alors il veut des trucs tellement chelous, que même une femme totalement libérée de ce côté-là refuse de faire au nom de son instinct de survie ? On voudrait des précisions, Monsieur Caubère… Ce n’est pas qu’on soit curieux, mais il manque quelque chose à l’argumentation pour être convaincante.

Il énonce une autre piste très intéressante pour faire l‘apologie de la prostitution : il trouve le recours à la prestation tarifée beaucoup plus « gratuite » que la relation « normale » qui cacherait toujours, plus ou moins, un rapport marchand inavoué, mais qui comporterait aussi, sans doute, un enjeu affectif. Si l’on comprend bien, avec les putes c’est vraiment « gratuit » : on ne se prend pas la tête, on ne s’engage à rien, c’est « un bonheur simple, court et éphémère comme un orgasme ».

Bon, mais alors comment expliquer que, quelques lignes plus loin, il accuse cette loi de « frapper au plus intime, au plus secret, au plus fragile, c’est-à-dire le désir et le sexe » ?  Ou ce n’est rien qu’un petit plaisir sans conséquence qu’on a le droit de s’offrir comme une innocente friandise, ou il s’agit de quelque chose qui touche effectivement, comme la mort, à l’intime, au plus profond de l’être humain. Il faut choisir, monsieur Caubère, cela ne peut pas être les deux à la fois. Ou, à tout le moins, vous ne pouvez utiliser l’un pour argumenter sur l’autre.

Une autre objection à la « gratuité » paradoxalement invoquée de cette prestation tarifée, c’est qu’il est fait bien peu de cas à l’argent gagné pour l’honorer. C’est vrai qu’il considère lui-même qu’il fait la pute pour le gagner, ceci explique peut-être cela dans son esprit.  Je me demande juste comment Ariane Mnouchkine appréciera d’avoir été son proxénète, mais, passons c’est presque un détail.

L’essentiel des autres arguments est typique de la pensée libérale qui a, hélas, envahi celle de la gauche. (Je vous épargnerai cette fois la référence à JC Michéa. Quoique…).

Il s’agit de penser, mais sans le dire,  en termes de marché : on justifie le producteur par le consommateur, ce dernier ne faisant qu’exprimer des besoins ; l’extension capitaliste du marché nécessitant de repousser le plus loin possible les barrières de leur légitimité.

Il est fascinant de voir comment Philippe Caubère tente de justifier la liberté pour les prostituées de se livrer à leur commerce, non pas au nom d’une dignité ou d’un intérêt de ce métier mais uniquement par sa liberté à lui d’aller les voir ! D’ailleurs, faut-il lui rappeler que le projet de loi, cette fois ne pénalise plus les prostituées…

« Abjection », a-t-il dit ?

On observera, au passage, que cette extension du domaine du marché qui repousse toujours plus loin les barrières des exigences individualistes et libertaires acceptables, amène Philippe Caubère à s’indigner des poursuites engagées contre R. Polanski, B. Cantat ou J. Assange ! On s’étonne de ne pas y voir figurer Marc Dutroux qui, après tout, n’a fait, lui aussi, qu’assouvir des instincts de mâle, ce mâle  que les méchantes féministes prétendent vouloir castrer.

Car nous en arrivons à la partie la plus navrante de ce texte.

Ce sont ces odieuses féministes qui, en prétendant refuser une sexualité violente, objectivante, aliénée et machiste, en réalité refusent à la sexualité masculine d’exister et de s’exprimer dans sa spécificité ; la preuve elles sont quasiment toutes favorables à cette loi.
Des salopes. Et violentes avec ça, il en a eu la révélation en lisant Christine Angot.  Mais sa môman, déjà….
Invité chez Ruquier, il a défendu sa tribune..

Dans cette vidéo il y a un moment de narcissisme sidérant :
Si, comme le prétend Caubère (chaudement approuvé, d’ailleurs, par Zemmour)  qui se situe ici dans un contexte strictement hétéro, les sexualités de l’homme et de la femme, sont à ce point irréductiblement différentes (ce mystère divin !…), il faudra qu’il explique la noblesse de la prestation de la prostituée, totalement orientée vers la satisfaction exclusive de son client mâle. Y voir l’expression du mystère de la différence de ces sexualités est une escroquerie pure et simple… Où est-elle l’expression de la sexualité spécifique de la femme dans ce rapport ? A moins d’admettre que ce sont toutes des chiennes, qui adorent se faire dominer, soumettre et violenter pourvu qu’on les paye ?[1]

Vous voulez que je vous dise ? – Aimer la corrida [2] et aller aux putes ça doit aller ensemble… Quand va-t-on les inscrire aussi au patrimoine mondial de l’humanité ?

A lire

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[1] Ce qu’il y a d’intéressant finalement c’est qu’on a, avec cette tribune de Caubère, une sorte de condensé de toute l’argumentation anti-prohibitionniste qui, enfin, se lâche un peu partout. Je n’en veux pour preuve que ce texte hallucinant de Paul Moffen sur Maboulvox. On appréciera  ceci, par exemple : « Il existe des hommes qui, pour des raisons propres à leur trajectoire, sont incapables d’avoir des relations sexuelles [..Poursuivre les clients] c’est les empêcher d’accéder… à l’humanité. De jouir… De se faire homme ».
Voilà une idée de la virilité (et de l’humanité ) absolument stupéfiante…
D’ailleurs, pour une fois, grâce notamment à Kerjean, le fil de discussion est intéressant. On s’amusera évidemment de la défense de la prostitution par notre ami Sisyphe…

[2] Caubère s’est illustré il y a quelques années, au nom de la liberté, toujours,  par une critique véhémente des partisans de l’abolition de la corrida et récidive régulièrement en lisant sur scène un texte  qui fait l’apologie du torero Nimeño II…

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29 comments to Les errements philosophiques de la quéquette de Philippe Caubère ( Réédition)

  • Le péripate

    Bonjour Léon et tous les autres.

    Faut-il regretter l’époque où les prostituées étaient sacrées comme à Rome ? Peut-être. Et d’ailleurs en posant un tabou, une interdiction le législateur fait appel au sacré. Il va devenir extrêmement excitant de transgresser….

    Moralement je n’ai pas beaucoup de sympathie pour le client (et le Caubere) mais je cherche la victime et n’en trouve pas. Je ne parle pas de ce qui ressort de l’esclavage ce qui dépasse largement la prostitution. Pas de victimes mais une Victime ontologique, la Prostitué et paf retour dans le Sacré. On n’en sort pas. En tout état de cause, si on autorise l’État à rentrer dans nos chambres à coucher il faut s’attendre à voir un jour naître un droit opposable à l’amour. Patience.

    Caubere est un individualiste. L’individualisme ne dérive pas de l’idée de liberté mais bien de l’idée d’égalité. Pour être égal à quelqu’un il faut d’abord ne rien lui devoir et c’est là que l’échange (marchand) intervient. Pour comprendre comment, il faut voir que la relation amoureuse moderne est un mélange d’économie du don et du contre-don (une économie dans laquelle l’espace de temps qui sépare le contre-don du don constitue le lien de la dette) et une économie chrétienne de don absolu, l’agapé. Celui qui paie sa relation amoureuse ne doit rien à son (sa) partenaire, et réciproquement. C’est l’individualiste type de nos sociétés égalitaristes. Un cynique.

  • Léon

    Bonjour Peripate. Content de voir revoir parmi nous. La question est évidemment délicate . Pourquoi donc seul le critère de la « victime » vous importe ? N’y a-t-il pas d’autres manières de poser le pb de la relation entre les gens ? J’ai indiqué, en particulier que l’une des objections fondamentales à la vison « libérale » de la prostitution était que, peut-être il existait des choses qui étaient « hors commerce ». Je suis en particulier frappé de voir qu’il n’existe aucune civilisation dans laquelle les prostituées aient été considérées comme des personnes honorables. Les rares prostituées « sacrées » ne doivent pas faire illusion, en aucune manière elles n’avaient un statut égal à celui des hommes. De la même façon, une enquête récente (de l’ONU, je crois)menée dans des endroits très différents du globe montre que les prostituées perdaient l’estime d’elles-mêmes. Elles vivent ce commerce qui enlève à la relation sexuelle non seulement l’amour mais le plaisir, comme une dégradation de leur personne, de leur intimité, qui n’est en rien comparable avec toute autre mise à disposition de sa force travail, même la plus dure physiquement. Ce qui touche à la mort et au sexe relève probablement d’un domaine qu’on ne peut banaliser. Une « common decency » qui semble résister à l’analyse libérale ?

    • Le péripate

      Si c’est un crime sans victime, c’est une norme. Je ne vois pas qu’il y ait une vision libérale de la prostitution, sauf le bon sens têtu de la réalité.
      Le mot commerce désignait avant toutes choses les simples relations humaines, le saviez-vous ? C’est qu’en fait les modalités de l’échange sont très nombreuses, pour mémoire le vol (viol), le don et contre-don, le don de soi chrétien, l’échange monétaire,la charité etc… Alors hors commerce, je dirais qu’il n’y a pas de société.

      Cependant je veux bien croire que le (la) prostitué peine à avoir une bonne estime de soi : c’est qu’un des modes d’échange par lequel se fonde la famille n’est plus disponible dans le répertoire comportemental. Et ça c’est triste mais je ne crois pas que ces foutues lois puissent y changer quelque chose.

      • Le péripate

        Au fait c’est quoi cette tête d’extra-terrestre ! Encore un de vos tours, Léon…..:-D

      • Léon

        Ben, si, il y a une vision libérale de la prostitution. Elle est de dire qu’à partir du moment où il s’agit d’adultes « consentants », toute loi qui voudrait interdire serait liberticide. Je sais bien que commerce désigne pas seulement des rapports marchands, mais c’est une des particularités, sur ce point, du langage français d’avoir été perverti par la pensée économique libérale, d’avoir mercantilisé ce qui est rapport humain. Appelez ça comme vous voudrez, « norme », common decency, « morale naturelle », je demeure persuadé que la prostitution n’est pas un métier « comme les autres » et ne peut être banalisée.

        • Léon

          C’est vrai que la machine ne vous a pas raté ! 😆 😆 . La procédure pour choisir un avatar est expliquée dans l’onglet: « du bon usage de ce blog » .

          • Lapa

            on dirait un virus du sida :mrgreen:

          • Le péripate

            Je garde pour le moment, puisque virus il y a.

            Pourtant, il y a bien des adultes consentants, et même drôlement consentants activement, ce qui fait que en plus d’être liberticide dans l’intention ce sera un bide comme la pénalisation de l’usage du cannabis. On prend les paris ?

            Mais j’ai cru comprendre que ce n’était le sujet, directement. Et que le sujet était plutôt la contagion (le virus) du libéralisme y compris chez des gens bien propres sur eux à gauche, comme le susnommé Caubère. Et mon explication est qu’il n’est nullement contaminé par le libéralisme mais bien par l’individualisme des égaux. Alors oui, je sais, l’individu est au centre du libéralisme, mais en tant qu’individualisme méthodologique et non idéologique.

            Tenez, je vais expliciter cette notion d’individualisme à opposer à libéralisme par un exemple. Le travail dans une société capitaliste est spécialisé, l’échange trouve sa pertinence, la création de richesse, dans la division du travail. En tout état de cause la vie au travail est faite de millions d’interactions dont la plupart ne sont même pas visibles. Jusque là, je crois que vous êtes globalement d’accord.
            Or que se passe-t-il à l’école ? Jusqu’à la fin de ses études, à de rarissimes exceptions près, l’étudiant travaillera tout seul, sera jugé seul. C’est de l’individualisme idéologique qui s’oppose complètement aux nécessités d’un monde de liberté où jamais personne ne travaille réellement tout seul. Est-ce que l’école est libérale parce que individualiste ?

            Allez, avant de sortir, un dernier exemple de la différence entre individualisme et libéralisme : la charité. L’individualiste la déteste parce que elle est susceptible de créer du lien, des dettes morales. Il lui préfère la solidarité forcée de l’état qui le libère de l’obligation de regarder son prochain et plus surement de fuir des remerciements. Pas de dettes personnelles est la morale de l’individualiste.

            • Léon

              Je vois que vous n’avez pas changé : :lol:. L’individualisme n’est pas idéologique dans le libéralisme!! ! Aïe aïe aïe, vous avez visiblement un libéralisme bien à vous…
              Je vais vous pondre un communisme ou le collectivisme n’est pas idéologique, si vous continuez… Vous confondez l’égoisme et l’individualisme. Je me demande comment vous arrivez à vous y retrouver dans ce foutoir philosophique…
              Un libéralisme qui ne serait pas individualiste ce serait, hum, quelque chose comme la social-démocratie ? 😆 😆 😆 😆

              • Le péripate

                Écoutez, vous m’avez mis, une seconde le doute. Aussi une rapide recherche sur Contrepoints qui est devenu ces derniers mois le site de référence français du libéralisme, ou plutôt libertarianisme pour éviter toute confusion avec le libéral américain.
                http://www.contrepoints.org/2011/04/14/21370-prohibition-de-la-prostitution
                une réaction d’actualité et ensuite une étude économique sur la prostitution, http://www.contrepoints.org/2010/12/10/8795-l%E2%80%99economie-de-la-prostitution-2
                Je n’y ai rien lu qui soit de l’ordre du normatif, qui expliquerait par exemple que la prostitution est une activité comme une autre. Ce qui n’empêche pas de l’examiner avec un raisonnement économique. Qui met d’ailleurs (voir deuxième article) en évidence les effets pervers de la prohibition généralisée, en ce sens que le marché du sexe est en pleine crise (baisse de la demande) et salaires élevés des prostitués, grâce à la prohibition !

                C’est vous qui confondez ce qui est de l’ordre des valeurs, une affaire de conscience, et ce qui est de l’ordre de la Loi, la protection de tous et la réparation des victimes. Or je ne vois pas de victimes, même si mes valeurs sont heurtées, comme je l’ai expliqué par ailleurs.
                Et vous n’avez pas percuté sur la différence entre individualisme méthodologique et individualisme idéologique. Mes exemples étaient pourtant bien choisis concernant le second. Et c’est plus de l’égotisme que de l’égoïsme, mais passons.

                Sur les valeurs, nous sommes d’accord. Je désapprouve, vous désapprouvez. Sauf que je crois que s’il n’y avait pas eu de prohibition (surtout celle qui vise les prostitués, la plus hypocrite !)la prostitution serait, aujourd’hui, marginale. Parce que, normalement, il faut être à la fois très moche et très con : un bon resto coute moins cher et on a le plaisir de la conversation….

                Bref, c’est effectivement comme la corrida : on peut être contre, on peut être pour, et on peut s’en foutre et cultiver ses fraises. Et n’avoir pas envie d’être commis au nom de l’intérêt général introuvable, de la République ou de la Nation à poursuivre ceux qui sont de pauvres pêcheurs, et non des criminels.

                • Le péripate

                  Et aussi une prise de position libérale sur l’utilisation à des fins de propagande antilibérale de la prostitution étudiante,http://www.contrepoints.org/2011/01/26/12253-prostitution-etudiante-encore-la-faute-au-marche

                  La conclusion je la copie, elle est trop bonne. Appelons donc les choses par leur nom : s’attaquer au libéralisme à travers la prostitution, c’est s’avouer hostile aux inconvénients nécessaires de la liberté et, partant, à la liberté elle-même.

                  Qu’en pensez-vous ?

                • Léon

                  Peripate il est tard, je ne vais pas traîner. Mais il n’y a pas d’argumentation en faveur de la prostitution dans cet article de contrepoint, seulement la critique des facilités explicatives fondées sur la pauvreté, le marché etc. A la fin de l’article sur la prostitution j’ai mis ce que je considère comme l’argumentaire libertarien type.
                  Examiner la prostitution sous l’angle économique c’est une fois de plus rentrer dans le jeu libéral qui voudrait substituer l’économie à la morale. C’est un fait désormais assez bien établi que la prohibition du client est la méthode la plus efficace pour la réduction de la prostitution. Dire que ce n’est pas efficace à 100 % c’est comme dire que vous n’arriverez pas éradiquer la cruauté ou la méchanceté … Ben non. Mais il y des degrés. Et c’est un but qui peut être honorable. Mais les libéraux n’ont pas ce concept dans leur vocabulaire. Je ne veux pas dire qu’ils ne le sont pas ou moins que les autres, juste que c’est un concept qui n’y a pas sa place.
                  De toute manière c’est quoi la solution libérale sinon ne rien interdire ? Sauf que l’on a vu ce que cela a donné dans les pays qui l’ont fait. Mais ça, les libertariens ne veulent pas voir. Cela ne les intéresse pas.
                  Le problème, Peripate, c’est qu’on a vu ce qu’elle a donné cette solution. Que les libéraux continuent de bavasser là-dessus n’y changera rien. Pas de pot, on a là l’épreuve des faits.

                  • Le péripate

                    Bon, bon, interdisez, puisque personne ne peut vous en empêcher. Mais comme je l’expliquais, la prostitution est de toute façon en basse-eau alors voilà une loi qui arrive après la bataille

                    Quant à « bavasser » j’avais cru comprendre que c’était un sujet qui intéressait plus les prohibitionnistes que les libéraux.

                    Toujours est-il que je n’ai trouvé aucun texte qui soutienne votre version fantasmée du libéralisme. La balle est dans votre camp.

                    Bonne journée.

                    • Léon

                      Peripate, l’argumentaire, le voilà, pris sur un site libertarien québecois.

                    • Le péripate

                      Mais il est très bien ce texte !

                      Et je n’y ai retrouvé aucun des pros de Caubère.

                      Bon interdire la prostitution au niveau du client ne lésera pas grand monde (on imagine le flagrant délit difficile à établir), les prix monteront, et les étudiantes préfèreront toujours faire une pipe à un inconnu plutôt que de demander de l’aide à des proches. Et vous appellerez libéralisme le monde tout de travers que vous aurez créé.

                      C’est comme ça, et je ne m’attends pas à ce que ça change.

                    • Léon

                      Vous pouvez le trouver très bien si vous voulez, personnellement je le trouve ignoble.
                      A part ça, ce qui me gêne le plus dans ces apologies de la liberté putassière, c’est que toutes les expériences de dépénalisation-légalisation ont été des échecs flagrants. Alors je trouve un peu fort de café qu’il se trouve encore des gens pour les défendre au nom d’une cohérence idéologique qui ressemble fort à un dogmatisme aussi borné que celui des sectes gauchistes. Si vous trouvez ça si bien Peripate, je vous souhaite d’avoir une fille qui vous annonce un jour qu’elle se lance dans le métier, ou que madame, pour arrondir les fins de mois… On verrait alors juqu’où votre engagement libéral sera compatible avec une common decency qui vous hurlerait que non, ce n’est pas une activité philosophiquement acceptable.

        • ranta

          je demeure persuadé que la prostitution n’est pas un métier « comme les autres » et ne peut être banalisée.

          Oui, ça c’est sûr, difficile d’installer un C.A.P ou un bac pro.

  • yohan

    Tout à fait d’accord avec Léon

    C’est le propre des queutards intello, ils sont toujours obligés d’intellectualiser leur démarche, car aller aux putes quand on a tout à portée de la main, ce n’est au fond guère défendable. Faire subir à d’autres ce qu’on n’ose pas faire à sa régulière, c’est admettre qu’on est plus guidé par sa bite que par sa tête,ce qui est embêtant pour un intellectuel. En plus, Caubère s’épanche sur les plateaux, faisant passer sa femme pour une brèle. Aller aux putes, ça devrait logiquement être réservé aux gens qui sont dans le désert sexuel. Si ce n’est pas le cas, il faut que Caubère s’interroge un peu plus sérieusement sur le sens de son addiction.

    • ranta

      Je ne pense même pas qu’il ait l’excuse d’être un queutard, mais bien plus que cela soit la relation de subordination qui l’intéresse, le mec qui ne peut trouver le plaisir que si il peut imposer un avilissement à sa partenaire. Le genre de mec à qui il faut les couper, quoi.

  • Fantomette

    Ce coup-là (si vous me permettez l’expression) Caubère m’a déçue, mais déçue…
    Le coup de la prostitution « gratuite » il fallait l’oser quand même!

  • Léon

    Peripate : je trouve cet article excellent en tous points, et n’y trouve pas grand chose à critiquer. J’ajouterais juste une chose : se prostituer, pour celles qui ont l’indignité de s’y livrer est, pour une belle femme, le moyen le plus simple et le plus facile de gagner beaucoup d’argent très vite. Je dis bien : beaucoup, pas: « de quoi payer son loyer », ça c’est des conneries… Ensuite on peut se demander si « gagner beaucoup d’argent » peut être considéré comme un but philosophiquement acceptable, et là dessus-le capitalisme libéral a une réponse à apporter. Mais je n’ai personnellement jamais rendu le capitalisme ou le libéralisme responsable de la prostitution, qui lui est bien antérieure, je me contente de trouver inadmissible l’argumentaire libéral en sa faveur, nuance… A une prostitution honteuse il veut substituer une prostitution normale, indifférente.
    Au fond il n’y a que deux passages imbéciles dans cette analyse : la conclusion justement, qui n’a rien à voir avec le développement et ceci, qui mériterait de longs développements : « On explique doctement que la prostitution satisfait les caprices d’une masculinité archaïque, mais on ne conçoit pas qu’elle réponde aux besoins d’une forme archaïque de la féminité. »

  • Léon

    Je vous en propose une autre : « Appelons donc les choses par leur nom : justifier la prostitution par la liberté, c’est s’attaquer à la vie en société, c’est s’avouer hostile aux inconvénients nécessaires à la vie en groupe et, partant, à l’autre, quel qu’il soit, et par principe. »
    C’est facile.

  • COLRE

    Bonjour Léon,

    Vous avez raison de bout en bout, car ce monsieur est une exceptionnelle caricature : pas un des clichés habituels sur la question ne lui échappe…

    Une nouveauté, tout de même dans le concert de stéréotypes : la fascinante détestation de sa mère qui semble l’avoir fait bcp souffrir, pauvre chou.
    Une litanie violente, agressive et quasi-ordurière qu’il rend publique, comme ça ! c’est décidément un monsieur qui aime les femmes, la sienne qu’il bafoue dès le titre, et sa mère qu’il insulte à la face du monde… quelle élégance ! et ce monsieur donne des leçons de civisme ?!

    Voilà donc d’où lui vient son amour pour le sexe acheté : sa méchante maman…

    Extraits :
    « J’ai vécu longtemps sous la coupe et la dictature d’une femme… ❓
    Dès qu’il s’agissait de sexe et de plaisir, elle devenait folle, méchante, abrutie, assassine, moyen-âgeuse… ❗
    Son discours […] devenait obscurantiste, obscène et mortifère… ❗
    Et j’ai dû, tout au long de ma longue, si longue adolescence en subir les effets, les tourments, le martyre. 😯
    Ce discours imbécile…
    Ma mère était une obsédée. Une vraie. Gravement perturbée, que sa frustration agitait parfois jusqu’à la démence, déclenchant en elle des accés d’une violence affreuse, castratrice et terriblement prédatrice… »
    ❗ ❗ ❗

    Eh bé… une splendide pathologie…! :mrgreen:

  • voxagora

    Mon dieu mon dieu mon dieu .. (c’est le cas de le dire) .. que cet homme est transparent dans ses comportements !
    Depuis le temps que les religions inventées par des hommes ont coupé les femmes en deux
    parce qu’ils ne supportent pas une femme complète (c’est à dire deux en une : tranquillement sexuée et maternelle à la fois),
    et qu’elles (les religions) ont réglé ce problème
    1) en faisant des femmes (mère ceci, pute cela ..) LE problème, LE diable, et patin couffin
    2) et en le faisant porter par deux stéréotypes incarnés : d’un coté la mère/femme qu’on ne doit pas toucher, de l’autre la pute soumise à tout,

    Depuis le temps, donc, on pourrait s’attendre qu’il y ait plus d’hommes tranquilles de ce coté là.
    Mais Caubère est trop occupé à se déverser partout (ainsi ce qu’il fait dans toutes les femmes coïncide avec sa profession ..
    si c’est pas un symptôme ça !), pour entendre.

    Je lui conseille de lire « Psychanalyse des contes de fées », de B. Bettelheim, qui nous explique très bien comment les enfants,
    pour qui il est impensable que la même femme soit leur mère attentionnée et leur mère méchante,
    aiment entendre des contes où l’auteur INVENTE qu’il peut imaginer DEUX femmes : la mère attentionnée ET la méchante sorcière ..

    A moins qu’il le sache, et que tout ce foin ne soit qu’un rôle ..

    • ranta

      Bonjour voxagora,

      plutôt d’accord avec vous, mais êtes-vous certaine que ça vienne des religions ou que ce sont les hommes qui sont tout bêtement ainsi ?

  • voxagora

    Bonjour ranta,
    Cette séparation des fonctions que Caubère institue chez les femmes m’a fait penser à B.Betheilhem et la limpidité avec laquelle
    il explique pourquoi les contes de fées satisfont les enfants.
    p.107 éd.pochePluriel « .. l’adulte est capable de concilier l’ordre rationnel avec l’illogisme de l’inconscient, comprend comment les contes
    aident l’enfant à réaliser cette conciliation .. la métamorphose de la bonne grand’mère en loup sanguinaire peut paraître saugrenue ..
    p.108.. incapable d’établir un rapport entre 2 manifestations aussi opposées .. en la coupant en deux il peut protéger son image de la
    grand’mère bonne .. de même la mère infiniment généreuse peut se muer en une marâtre cruelle .. grâce à cet artifice les contradictions
    sont résolues comme par miracle .. etc etc..
    Mais ce n’est pas spécifique aux hommes, c’est valable pour nous tous, vous avez raison,
    les religions n’ont fait que « surfer » sur ces fantasmes universels.