Les folles aventures de Galla Placidia

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Octobre 387, Théodose empereur d’Orient, la quarantaine bien sonnée, veuf depuis peu, arrive en Illyricum. Il vient faire une petite visite chez Valentinien II, empereur d’Occident, réfugié depuis peu à Thessalonique avec sa sœur Aelia Galla. Pendant son séjour on lui présente la jeune fille, promptement il l’épouse, et entre ainsi dans la famille de l’empereur d’Occident. Peu après le voilà reparti batailler en Italie. En juillet 388, Galla Placidia, dernière impératrice d’Occident naît à Constantinople.

Le temps passe. En 394, peu de temps avant un nouveau départ à la tête de son armée, sa jeune épouse décède. Aussi fait-il venir à sa cour de Milan son fils Honorius et Galla Placidia. La fillette est élevée par les soins de Serena, la nièce et fille adoptive de Théodose, qu’il a mariée à Stilicon, chargé, lui, de veiller sur ses demi-frères. En 395, Galla assiste à la mort de son père. Par sa double ascendance impériale elle est considérée de plus grande noblesse que ses demi-frères. Un beau parti pour le généralissime Stilicon qui commande la cour impériale, et qui aimerait marier son fils à la princesse d’Occident.

Le 1er mai 408 Arcadius,  le beau frère de Stilicon,  meurt. En août, il est lui-même exécuté sur ordre d’Honorius. Cette exécution déclenche une violente réaction contre les barbares au sein du gouvernement impérial et du sénat. Serena est accusée de trahison. Il est dit que c’est à la demande de Galla Placidia qu’elle est arrêtée, jugée et exécutée par étranglement. Parce que Serena voulait la marier à son fils pour que son mari prenne le pouvoir?

En tous cas le parti anti-barbare et nationaliste est très actif en 408/409. Galla Placidia, alors âgée de 20 ans, est au centre des nombreuses intrigues et manigances préparées avec les ministres d’Honorius. Alaric impose Attale au sénat et obtient la déchéance d’Honorius. En 410, Alaric et ses hommes pillent la ville. Ils repartent en emportant le fameux butin de Rome et enlèvent Galla Placidia par la même occasion. Rome est ainsi mise à sac pendant 3 jours. Alaric aurait spécifié d’avance cette durée de 3 jours. C’était la sentence de punition qu’il rendait contre la ville, une condamnation qu’il lui inflige. (En comparaison, en 455 les Vandales infligeront à Rome un sac de 14 jours – le deuxième sac de Rome).

Ainsi notre Galla Placidia est devenue otage d’Alaric.

A la mort de celui-ci, inhumé à Cosenza en Calabre, fin 410, elle reste l’otage d’Athaulf, le beau-frère et successeur. Elle le suit à Ravenne et assiste aux pillages de ses Wisigoths. Le général Constance refuse de collaborer avec les Wisigoths tout le temps où la princesse impériale ne sera pas délivrée. Athaulf tombe amoureux de Galla et elle a l’air de l’apprécier aussi. Ils se marient à Forli, selon le droit gothique. Enfin elle peut espérer décider son demi-frère à faire la paix avec ses Wisigoths. Car Honorius avait besoin de soldats en Gaule pour affronter un autre usurpateur, Jovinus, mais il refuse les services d’Athaulf. Qu’à cela ne tienne, toute la compagnie d’Athaulf avec Galla part pour la Gaule dans l’hiver de 412, accompagné d’Attale, pour offrir leurs services à Jovinus.

Mais retournement de situation, Constance a l’autorisation d’embaucher les Wisigoths et Athaulf contribue à la défaite de l’usurpateur. Toutefois Constance insiste, il veut récupérer Galla Placidia, sinon il ne paye pas les soldes des Wisigoths qui sont installés maintenant dans la province de Narbonne. Athaulf refuse de restituer son épouse et décide de ravitailler ses troupes sur place. En 413, ils s’installent à Narbonne où ils sont plutôt bien accueillis. Puis il repart guerroyer à Marseille pour prendre quelques convois de blé. Il est repoussé par le général Boniface. Constance proteste et insiste encore pour récupérer Galla.

Attale fait de nouveau office de marionnette, il donne à Athaulf la citoyenneté romaine, et reçoit en contrepartie les titres de général et d’empereur. L’union du roi des Wisigoths et de la princesse romaine à lieu en grande pompe, selon le rite romain, à Narbonne le 1er janvier 414. Athaulf revêtu du costume romain offre à son épouse une partie du butin de Rome, des coupes remplies de pièces d’or et de pierres précieuses, pfff!, et Attale chante… des poèmes. Le même jour, à Ravenne, Constance reçoit la promesse d’Honorius qu’il deviendra le prochain mari de Galla Placidia.

Peu de temps après, la reine des Wisigoths se retrouve en Espagne, et c’est à Barcelone que naît en 415 leur fils, prénommé Théodose, comme son papy, ce qui inquiéta fort la cour d’Orient (il y avait déjà un Théodose là-bas). Car Athaulf et Galla Placidia voulaient restituer toute la grandeur de Rome avec leur armée de Wisigoths. Mais leur bébé meurt et avec lui l’opportunité pour un éventuel rapprochement romano/wisighoto. (On dit que cet enfant serait mort assassiné par la faction des Wisigoths qui était hostile à Athaulf.) Peu de temps après Athaulf est assassiné, poignardé par un serviteur dont il ne se méfiait pas. Son successeur, Sigéric, règne 15 jours avant d’être zigouillé à son tour. Ce Ségéric maltraita Galla Placidia et la fit marcher avec d’autres captifs devant son cheval pour l’humilier. Puis c’est Wallia, le responsable du meurtre d’Arthaulf, qui devient roi des Wisigoths. Il échange la princesse d’occident contre 600 000 boisseaux de blé et une reconnaissance comme fédéré en Aquitaine.

Galla Placidia, jeune veuve de 28 ans, retourne à Rome accompagnée d’une escorte des fidèles d’Athaulf (début 416).

Attale, qui tente de fuir, est attrapé, mutilé et exilé sur une île sur ordre d’Honorius. Celui-ci pour garantir la dynastie, impose à sa sœur le mariage avec le général Constance qui est nommé co-empereur. Elle demande un délai pour être en conformité de l’opinion des chrétiens et obéir à la morale des st-Jérôme-st-Augustin-Pape & Co. Finalement la veuve tient à servir les intérêts de la cour, le mariage est célébré au printemps 417. Bien que ce second mari lui plaise moins que le premier, Galla apprécie son nouveau rôle qui est utile à l’Etat. Son influence sur Constance s’affirme un an plus tard, avec la naissance de leur fille, Honoria. Il accepte un nouveau traité avec le roi wisigoth qui remporte des victoires en Espagne contre Alains et Vandales et leur attribue des terres. Un an plus tard, à la mort de Wallia, ces Wisigoths éliront Théodoric, neveu d’Athaulf, qui est apparenté à leur ex-reine. L’influence de Galla se renforce encore à la naissance du petit Placidus Valentinianus, le 2 juillet 419.

Mais les Romains anti-barbares paganisants sont de plus en plus nombreux depuis l’installation des Wisigoths sur les terres provinciales. Ils se déchaînent contre elle, ainsi va-t-elle défendre avec encore plus d’énergie qu’avant la religion de l’Etat et sa dynastie. En 421, raconte Olympiodore, elle menace de divorcer si son époux n’exécute pas pour crime de magie un certain Libanios, un type venu d’Asie Mineure qui émerveille les foules en prétendant posséder des pouvoirs. En attendant, l’Augusta pense surtout à la succession d’Honorius par son fils, Valentinien.

Pendant ce temps-là, à la cour d’Orient, Théodose II se hâte de célébrer son mariage avec Eudocie pour assurer sa succession. Bien entendu, il ne veut ni reconnaître Constance comme Auguste, ni l’Augusta, ni le nouveau César. Pourtant Constance et Galla veulent imposer leur fils, une guerre se prépare contre l’empereur d’Orient. Mais en septembre, Constance meurt. Alors le parti anti-barbare hostile à cette guerre annoncée pousse Honorius à faire la paix avec l’empire d’Orient.

En automne les deux empereurs se réconcilient : alors le 1er janvier 422, grosses teufs dans les palais. Cependant la pauvre veuve Galla, seule à Ravenne, est accusée de tous les maux. On raconte que des bandes d’excités, dirigées par les anti-barbares du palais, s’attaquent aux anciens fidèles d’Athaulf qui défendent leur ex-reine. Honorius se rallie aux anti-barbares et envoie sa sœur avec ses deux enfants en exil, à Rome puis à Constantinople en 423. A la cour d’Orient l’accueil est tiède, néanmoins dans son palais de Constantinople, Galla et ses enfants vivent sans gêne. Le 15 août de la même année, changement de situation, Honorius meurt d’hydropisie.

Galla Placidia retourne à Ravenne bien décidée à accéder au pouvoir impérial.

Alors que le parti anti-barbare de la cour proclame empereur un haut fonctionnaire de Ravenne, Jean, elle obtient le soutien armé de son neveu, l’empereur d’Orient, qui n’apprécie pas trop ces anti-barbares païens. A Thessalonique, le 23 octobre 424, Galla Placidia, reproclamée Augusta et son fils noble César, devient régente de son fils âgé de 5 ans, on le fiance à sa cousine, la fille de l’empereur d’Orient. C’est la fiesta! Au printemps 425, Jean est emprisonné. L’impératrice le fait exécuter. Il est décapité à Aquilée après qu’on lui eut coupé la main droite et promené juché sur un âne dans toute la ville. Ensuite, pour imposer l’orthodoxie elle ordonne de combattre les hérétiques. D’autres lois suivront pour remettre en vigueur les peines frappant hérétiques et païens. Puis elle organise une armée afin de ne plus dépendre de l’empereur d’Orient, remplace ses personnels et nomme ses officiers. En octobre, le fiston est proclamé Auguste.

A partir de 426, Galla Placidia gouverne directement l’empire d’occident.

Cependant la restauration de sa dynastie rencontre quelques réactions, toujours de la part du parti anti-barbare, de plus en plus virulents, des difficultés suscitées par certaines décisions politiques antérieures, dont certaines remontent au IVe siècle. En 427, les armées romaines bataillent un peu partout, en Gaule, en Espagne, en Afrique, aux frontières italiennes contre les fédérés mais aussi d’autres barbares. Ça attise les rivalités entre les généraux, Galla doit négocier des concessions. Cette année-là Aetius vient à Ravenne pour demander les pouvoirs afin de défendre la Gaule contre des Wisigoths. En automne 429, puisqu’il défend avec énergie l’orthodoxie romaine, on le nomme généralissime aux côtés de Félix (qu’il tua l’année suivante ainsi que sa femme).

Puis en janvier 432, peut-être influencée par le parti anti-barbare, la régente rappelle Boniface et le nomme généralissime ainsi que patrice, un rang supérieur à celui d’Aetius. Boniface meurt à son tour, Aetius épouse sa veuve. Bref, on joue des rivalités entre ces généraux qui ont soif de pouvoir, Aetius est puissant, il sait servir l’empire et ses avantages personnels, il devient consul pour la 2e fois. En 437 Galla Placidia abandonne la régence mais demeure puissante à la cour de son fils. Aetius est renommé consul car il se rallie à sa politique chrétienne et pro-barbare.

Installée à Ravenne depuis 426, Galla Placidia fait bâtir des églises.

Elle priait des nuits entières à même le sol et en larmes, dit-on. Celle dédiée à Jean (l’apôtre) est décorée de superbes mosaïques où figurent les couples impériaux de sa dynastie. Contrairement à se qui se passe à Constantinople -on reproche à son neveu Théodose II de protéger l’hérésie- à Rome le pouvoir politique se met au service de l’église catholique.

Hélas, sa fille Honoria, la trentaine, lui donne beaucoup de soucis. Je n’ai pas encore compris pourquoi on l’obligea à rester célibataire et chaste, en tout cas, elle pète les plombs. En 449, notre Honoria prend un amant, Eugène son intendant, qu’elle pousse à comploter pour usurper le pouvoir. Le complot découvert, on lui enlève son titre d’Augusta et on la renvoie à Constantinople, tandis que son Eugène est condamné à mort. Ça ne plaisante pas. L’année suivante, toujours à Constantinople à moitié prisonnière, Honoria fait appel à un Hun (un certain Attila, vous connaissez, bou! qu’il est vilain), pour lui demander de l’aide. L’autre ne demande pas mieux que de croire à une demande en mariage en recevant le message avec une bague. Il en profite pour demander à Valentinien la Gaule en dot. On marie vite fait cette traitresse à un sénateur romain et elle disparaît de l’Histoire. Mais Attila continue à vouloir et comme on lui refuse, en 450 il se prépare à envahir la Gaule.

Galla Placidia meurt le 27 novembre 450.

Quatre ans plus tard, la vengeance de la dernière impératrice d’Occident poursuit Aetius, il succombe poignardé par Valentinien III.

Fin (ou presque)

Médaillon de Galla Placidia, frappé à Ravenne (425) Département des Monnaies, Médailles et Antiques, Bibliothèque Nationale de France http://commons.wikimedia.org/wiki/File:GallaPlacidia.JPG?uselang=fr

Galla et ses enfants http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/32/Galla_Placidia_%28rechts%29_und_ihre_Kinder.jpg


Un Diaporama de Ravenne

8 comments to Les folles aventures de Galla Placidia

  • Léon

    Saluons le premier nartic de Causette ! Quelle histoire… C’est un peu compliqué et j’imagine qu’essayer de rendre compte de la vie de cette Placidia n’a pas du être facile.
    Il va finir par y avoir un ton « Disons », plutôt rigolo, dans la manière de raconter l’Histoire.

  • D. Furtif

    Vain dieu quel boulot….
    Bravo Causette

    DAF

    • Causette

      Bin voui j’ai ramé :mrgreen: pour faire ce ch’tit nartik. Autour de Galla il y a tant d’évènements, de fortes personnalités et d’informations qu’on pourrait être tenté d’en faire une momoSSérie de 50 nartiks.

      J’ai jeté un oeil sur l’Histoire des Wisigoths. Le dernier, Ardo, a régné sur la Septimanie de 719 à 726.

      • Tall

        Bonsoir Causette
        .
        Bon, comme t’es sympa et bourrée de bonne volonté, je vais te donner un bon p’tit truc pour captiver les lecteurs.
        Et je peux te garantir par expérience que ça marche bien.
        .
        Parce qu’ici, tu vois, tu as une bonne histoire, remplie de rebondissements, un vrai dallas médiéval.
        Mais il est impossible de réduire tout ça à un seul article si on veut rendre le récit vraiment captivant.
        Parce que, comme tu dis, il y a tellement d’événements et de persos qu’on en arrive à un machin avec quasi à chaque ligne : un meurtre, une bataille, un complot, un mariage, une naissance … avec les noms qui changent, partent et reviennent à un tel rythme qu’il faut vraiment s’accrocher pour suivre. C’est un peu comme une bande-annonce de film, mais qui durerait tout un film. On est vite submergé.
        .
        Bon alors, la parade ?
        .
        Ben tu peux peut-être essayer de la réécrire, cette histoire, mais en xx épisodes… pourquoi pas ?
        .
        Mais … plutôt que de rester scotché par le seul souci de véracité historique ( dates, noms, faits .. ), tu essaies de faire un récit cinématographique sans pour autant modifier la trame de l’histoire réelle, of course.
        Exemple : tu situes un contexte historique, puis tu zoomes sur une scène-clé concrète et tu fais passer des images dans la tête du lecteur en la racontant avec certains détails qui font « voir » la scène. Peu importe qu’ils soient même un peu inventés, du moment que la trame reste vraie.
        Donc, tu imagines toi-même la scène comme au cinoch et tu la décris pour faire passer ce cinoch dans l’esprit du lecteur.
        Le but de la manoeuvre : c’est de faire du cinoch écrit, en quelque sorte.
        Si tu réussis à faire ça, tu scotches les lecteurs de bout en bout. C’est garanti.

        • Causette

          J’imagine la scène Tall

          O. Cabanel dans le rôle du type, Libanios :mrgreen: haranguant les foules de gogos

          elle menace de divorcer si son époux n’exécute pas pour crime de magie un certain Libanios, un type venu d’Asie Mineure qui émerveille les foules en prétendant posséder des pouvoirs.

        • Tall

          ben voilà … c’est tout-à-fait ça ! … 😆
          .
          évidemment, ça prend du temps d’écrire comme ça

  • Causette

    Merci à Furtif pour la relecture, la mise en page et l’illustration.

  • COLRE

    waou… 😯 quelle histoire… décidément, je ne savais pas grand chose de cette période. Merci aux wisigothologues de Disons ! 😉