En réaction à « l’humiliation arabe » : osons les valeurs démocratiques, patrimoine commun de l’humanité

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Manifestation à Khartoum en faveur de femmes condamnées pour port du pantalon.

À la lecture du billet de Léon qui s’interrogeait, suite à l’épisode Charlety, sur l’explication donnée par Tahar ben Jelloun à propos « de l’arabe contemporain qui vivrait dans un statut d’homme humilié », j’avais commencé une réponse qui m’a finalement menée trop loin pour un commentaire : trop loin, trop long, trop compliqué… d’où, ce billet.

Partir à la recherche des causes, en histoire, relève bien sûr d’une ambition condamnée aux déconvenues. Aussi en suis-je restée à des points d’observations susceptibles d’éclairer différemment le débat autour de cette fameuse « humiliation arabe », cause ou conséquence de réactions violentes, vécues côté « Occident » comme radicalement anti-occidentales pour ne pas dire anti-démocratiques.


1. L’unité du « monde arabe »

Si tant est qu’il y ait un « monde arabe », il faut de toutes façons dissocier deux catégories d’analyse. Sur internet (et notamment sur AV), il ne faut pas oublier que derrière les pseudos anonymes de personnes apparaissant comme arabes se fondent deux groupes bien distincts qui mélangent leurs voix et leurs réactions : ceux qui vivent en France et les autres, du Maghreb, du Proche Orient ou d’ailleurs.
Les Islamistes ne s’y trompent pas, eux qui tiennent bien à faire la différence entre l’Islam DE France (qu’ils récusent) et l’Islam EN France (qu’ils promeuvent)…

  • Ceux qui vivent en France : la question arabe se confond davantage avec les questions sociales et culturelles du pays, et elle en partage les problèmes avec d’autres populations, y compris « de souche » (pauvreté, précarité, communautarisme, « ghettos » urbains, chômage, délinquance, insécurité…).
  • Ceux qui vivent dans les pays arabes : là, la question est liée aux dictatures et autres potentats, à l’absence des droits de la personne, à la confiscation des pouvoirs, à l’injustice, à la violence, aux arrestations arbitraires, avec mauvais traitements et torture, à l’ostracisme des femmes, à l’obscurantisme religieux…

Problématiques différentes, donc, mais répercutant dans l’un et l’autre cas une image négative, génératrice de sentiments additionnés d’humiliation puisque nulle part n’existent de référents dont les Arabes pourraient être fiers. Les conséquences dans les pays occidentaux se traduisent bien en termes de révolte, violence, haine, rejet, et dans les pays arabes en termes de fatalisme, impuissance, frustration, désir d’exil, voire jihad…


2. La question du relativisme et de l’ethnocentrisme

L’ethnocentrisme s’inscrit dans le sentiment que nos propres principes (universalistes, républicains, laïcs…) ne seraient plus suffisamment défendus à cause de la complaisance idéologique à l’égard du relativisme des valeurs et des cultures.

Il faut donc entendre et écouter les grandes voix des pays arabes qui, par définition, ne peuvent être accusées d’ethnocentrisme. Or, elles en appellent au respect de la personne, à la démocratie, à la défense des femmes. Je cite souvent la parole des femmes ou féministes musulmanes car elles sont, malheureusement pour elles, aux premières loges de la maltraitance et de l’asservissement et donc en première ligne de la révolte et des luttes. Voir, notamment ici même, le magnifique discours prononcé par Djemila Benhabib au Sénat devant la Mission parlementaire le 13 novembre 2009.
Leur discours n’est évidemment ni ethnocentré ni relativiste : il est profondément universaliste et démocrate.

Mais il y a aussi des voix d’hommes qu’il faut absolument entendre et soutenir, sans les renvoyer par automatisme stratégique au statut de « vendu », « traitre », « harki », « collabeur », « supplétif colonial » ou « Bounty », comme le font les intégristes d’AV, de Oumma.com, alterinfo et des forums en général pour déconsidérer leur parole qui dérange…

Voici par exemple un entretien exceptionnel d’une très haute figure morale, Anouar Benmalek, écrivain d’un immense talent, et qui démonte admirablement le mécanisme fatal qui conduit son pays (comme d’autres pays arabo-musulmans de la Mer Rouge à l’Atlantique) de l’espérance libératoire d’antan à la déroute démocratique depuis la fin des années 80 et le fol espoir du « Printemps d’Alger » (voir d’autres références, son site, un interview télé à écouter absolument)…

Il le martèle : ne croyez pas que la solution viendra de l’extérieur : elle est entre nos mains.


3. Le paradigme

Chacun peut avoir son propre paradigme pour expliquer cette fameuse « humiliation du monde » due à ce qui est vécu comme une chute et une défaite. Pour A. Benmalek, elle conduit à « un ressentiment envers le monde entier », à un « nihilisme, à la fois messianique et apocalyptique […] d’une minorité —très agissante et sans retenue dans la violence… » et à une opinion publique arabe « vertigineusement attirée par le mirage mortifère de la revanche absolue sur la perte de la grandeur passée » (De la malédiction d’être arabe et de quelques moyens, pour un écrivain arabe, d’y échapper).

Le fil de commentaires sous l’article de Léon le montre : pour certains, le bon paradigme c’est la colonisation (Ben Jelloun), pour d’autres c’est la religion (MCM), pour d’autres encore (comme moi), c’est la mise sous tutelle de la moitié de l’humanité (les femmes), avec toutes les conséquences néfastes parfaitement prévisibles. La déroute était annoncée : comment se priver d’une pareille force vive pour la société et offrir aux jeunes le pitoyable modèle de l’injustice et la domination, pour ne pas dire la persécution ?

Mais, ce qui est sûr, c’est que le « statut humilié » des Arabes ne prendra fin que par une prise de conscience qui viendra d’eux et par un cheminement de conserve avec les démocrates occidentaux plutôt que contre eux, et cela aussi bien dans les pays d’immigration que d’émigration.


4. Enfin, des solutions ?

Un préalable : tout ce travail ne saurait être mené dans le déni de réalité, la dilution des responsabilités ou les repentances abstraites. Ensuite, il faut absolument aider et soutenir toute action, toute réflexion, toute thèse, qui tendent à faire cesser de voir le monde arabe avec ce prisme d’une grandeur perdue, et même volée… Ce prisme est masculin par excellence.

Interrogez-vous : les femmes musulmanes sont abominablement assujetties depuis des siècles, de véritables « sous-hommes », des mineures, aux droits inférieurs de moitié ou du quart, interdites de tant et tant de droits, d’éducation, de santé, de justice, d’économie, de patrimoine : sont-elles « humiliées » ? Parle-t-on de l’humiliation des femmes arabes ? Non… Elles ont intégré cette infériorité comme un statut qu’elles doivent accepter ou combattre. Entre fatalisme, impuissance et lutte féministe pour leurs droits élémentaires, les femmes arabo-musulmanes ne se situent pas dans l’humiliation.

Alors ?

La sacro-sainte « humiliation du monde arabe » est bien réelle, mais elle est avant toute chose le produit des sociétés patriarcales radicales structurées par les valeurs sexistes de l’Islam, de l’Islamisme et de la charia.

Agir , en priorité, sur le droit à l’égalité réelle et symbolique des femmes rejaillira sur l’ensemble du problème social. C’est un préalable à toute solution.

Ensuite, cette prise de conscience ne peut se faire qu’en synergie avec les valeurs démocratiques que doivent s’approprier avec fierté les mondes arabes. Comme le rappelle Anouar Benmalek à qui j’aimerais encore laisser la parole pour clore ce texte, quand il évoque l’assassinat d’un grand écrivain, Tahar Djatout :

« Quelque temps avant de recevoir deux balles de pistolet dans la tête, il avait écrit un poème prémonitoire :

Le silence c’est la mort
Et toi, si tu te tais, tu meurs
Et si tu parles, tu meurs.
Alors dis et meurs.

Des assassins n’ont pas supporté la plume acerbe mêlée d’humour de ce romancier qui se moquait de ceux qui entendaient interdire les bulletins météo parce que, selon eux, c’était une offense de prévoir ce que seul Dieu sait! Le pire pour moi, cependant, reste l’acquiescement lâche d’une partie de la population à l’extermination d’hommes et de femmes de la qualité de Djaout qui disaient haut et fort que les valeurs démocratiques sont, de même que l’ADN, un patrimoine commun de l’humanité. »

60 comments to En réaction à « l’humiliation arabe » : osons les valeurs démocratiques, patrimoine commun de l’humanité

  • Léon

    Avant d’entrer dans le vif du sujet, saluons le premier article de COLRE paru sur Disons. Je crois bien que même Agoravox n’avait pas eu ce privilège !

    • COLRE

      J’installe ce petit mot au début pour prévenir : je dois m’absenter 24 heures…
      Désolée de ne pouvoir être disponible pour les questions, débats ou sympathiques trolling en tout genre, mais je vous lirai avec plaisir demain soir… 😉
      Bonne soirée à tous.

  • Ph. Renève

    Bravo et merci COLRE pour cet article généreux.

  • ranta

    Si tant est qu’il y ait un « monde arabe »

    Ca commence bien….selon le professeur en hhistoireSS ont dit : si tenté !….

    Bravo COLRE pour ton article, là j’vas au boulot, je reviendra plus tard.

  • Léon

    J’ai toujours trouvé la thèse féministe centrale intéressante, celle selon laquelle la démocratie est avant tout la libération des femmes, à la fois comme but et comme moteur, tout en ne sachant pas trop ce qu’elle avait de juste. Je suis partagé. Selon votre article, Colre, si je l’ai bien compris, le déni de démocratie dans le monde arabo-musulman se situe centralement dans le statut déplorable des femmes structuré par l’islam. Ai-je bien compris ?
    La thèse est intéressante car elle donne un levier, une solution originale puisqu’elle déplace le combat politique des enjeux classiques comme le multipartisme, la liberté de la presse ou la séparation des pouvoirs vers le code de la famille, le droit à la contraception et l’avortement, la pénalisation de l’excision, l’instruction des filles etc…
    En même temps c’est très lourd de conséquences car cela veut dire un combat frontal contre l’islam. Je ne vois pas comment y échapper…

  • Très joli article COLRE. Comme Ranta, je suis au boulot, sur un poste de travail, j’y reviendrai plus tard dans la journée.

  • castor

    Bonjour, Colre,
    Je trouve étonnant que « ceux qui vivent en France » en viennent de plus en plus fortement à importer comme solution celle que prônent « ceux qui vivent dans les pays arabes ».
    Si je suis ton point de vue, cela voudrait dire qu’il y a un tel refus de placer la femme en position centrale dans leur mode de vie (politique,sociale) qu’ils en préfèrent une soumission à des lois islamiques d’une rigidité à faire peur.
    Pas très réjouissant…

  • COLRE

    Bonjour à tous, et merci de votre accueil chaleureux.

    Oui, Léon, c’est exactement cela, vous avez parfaitement compris.
    Je pense que la « thèse féministe centrale », comme vous dites, est une clef d’explication très puissante et complètement sous-employée dans l’idéologie politique, notamment française.
    Les conséquences que vous pointez sont exactes : il s’agit bel et bien d’un combat frontal contre l’Islam, c’est vrai, car c’est une religion qui a « réussi », grâce à son prosélytisme et sa structure simpliste (fondée sur la domination d’un genre), coercitive et politique.

    Mais n’oublions pas que toutes les religions sont sexistes et les religieux misogynes, et il faut toujours veiller à les empêcher de déborder de leur pré-carré qui ne devrait être QUE spirituel. Méfions-nous de l’eau qui dort, restons vigilants…

  • castor

    Bien évidemment, toutes les religions sont sexistes.
    C’est pourtant la laïcité qui a permis de nous affranchir de l’obscurantisme et de la misogynie.
    L’islam politique l’a bien compris, qui tente d’imposer le religieux dans le civil.

    une solution et une crainte :
    la lutte acharnée contre l’islamisation politique et ses incidences politiques ;
    l’absence de vigilance et le retour en force des extrémismes des autres religions, par réaction…et une nouvelle guerre de religions…

    • COLRE

      Salut Castor, 😉

      Eh oui, la laïcité est incontournable dans cette situation de rapport de force que nous impose l’intégrisme islamiste.
      Là, il y a urgence.

      Mais la question n’est pas que religieuse, la république, aussi, est sexiste… disons qu’elle aussi est hypocrite : dans une main elle brandit la parité qu’elle a fait voter, mais par l’autre main elle paye les amendes pour non respect de la parité dans les scrutins de liste…

  • D. Furtif

    Bonjour Colre ,
    Vive l’école mixte , laïque , gratuite et obligatoire.À bas toutes les bondieuseries en rappelant tout de même que les femmes sont hélas bien trop souvent les premières à se pourrir la vie elles mêmes à assurer la transmission de leurs chaines de mères en filles

    • COLRE

      Exact ami Furtif ! (bonjour aussi), « à bas la calotte ! » ;-), comme à dû crier mon grand-père rad soc rouge du début du siècle dernier…)

      Les « femmes », comme tu dis, sont une entité tout aussi conditionnée que les hommes par le bourrage de crâne qui commence à la naissance…
      En revanche, subissant leur infériorité sociale « dans leur chair », elles sont malgré tout plus nombreuses que les hommes à se révolter et à prendre conscience de l’incroyable inégalité qu’elles subissent jusque dans les plus petits interstices de la vie en société…

  • Aaaah ! COLRE a enfin fait ses ablutions rituelles, euh, pardon s’est enfin jetée dans l’eau du bain de la rédaction d’un article, qui est excellent, comme de bien attendu.

    C’est sûr que le problème du statut de la femme dans l’Islam est central et que s’il changeait dans le sens de l’égalité absolue, l’Islam s’écroulerait comme un château de cartes, privé de son plus essentiel pilier. C’est bien pour cette raison que les islamistes sont aussi virulents dans leur offensive contre les femmes et aussi pour cette raison que tant de femmes ex-musulmanes occupent le devant de la scène dans la dénonciation de cette religion sclérosée, machiste et patriarcale. Et effectivement, cela implique un clash frontal avec l’Islam, que l’Occident ne pourra pas éviter à moins de faire une croix sur le combat féministe autour duquel s’articulent tous les autres. Ceux qui nient le choc des civilisations en train de se produire se trompent lourdement.

    Le hic dans l’aide que peuvent apporter les pays Occidentaux sécularisés aux gens nés dans cette socio-culture débilitante qu’est l’Islam, c’est que la plupart des musulmans la considèreront toujours comme une nouvelle colonisation ou a minima une immixtion inacceptable dans leur domaine. C’est certes à eux de régler de l’intérieur ce gigantesque problème, personne ne peut le faire à leur place, mais c’est à nous de nous protéger des métastases de ce cancer dans nos sociétés sécularisées.

    Et à ce propos, justement, juste un bémol à ton analyse. Tu différencies à juste titre « Ceux qui vivent en France : la question arabe se confond davantage avec les questions sociales et culturelles du pays, et elle en partage les problèmes avec d’autres populations, y compris « de souche » (pauvreté, précarité, communautarisme, « ghettos » urbains, chômage, délinquance, insécurité…) » et « Ceux qui vivent dans les pays arabes : là, la question est liée aux dictatures et autres potentats, à l’absence des droits de la personne, à la confiscation des pouvoirs, à l’injustice, à la violence, aux arrestations arbitraires, avec mauvais traitements et torture, à l’ostracisme des femmes, à l’obscurantisme religieux ». Mais tu oublies que par-delà cette pertinente différenciation, il faut bien constater qu’une majorité de ceux qui vivent en France ont importé, dans leurs ghettos à antennes paraboliques branchées sur des télés arabo-musulmanes et à boucheries halal, toute l’horreur de ce qui se passe dans lesdits pays arabo-musulmans : dans les quartiers peuplés majoritairement de musulamans se sont installés des dictateurs et autres potentats de la charia ou du trafic de dope, dans un déni des droits de la personne, dans la confiscation des pouvoirs républicains au profit de la loi des gangs islamo-mafieux, dans l’injustice permanente, dans la violence permanente, et même des arrestations arbitraires avec mauvais traitements et torture, et bien entendu l’ostracisme des femmes qui doivent se bâcher si elles veulent être « tranquilles » (hem).

    Il va falloir sévir, et ce n’est pas la loi de 1905 sur la laïcité, désormais dépassée par l’irruption de l’Islam en France, qui constituera un cadre juridique adéquat pour ce faire. Va falloir trouver autre chose, et fissa !

    • COLRE

      Salut Marsu, merci de tes compliments.

      Evidemment, on se retrouve complètement sur l’analyse, et tu le dis encore plus brutalement que moi, mais le fond est le même.

      Oui, je crois l’Islamisme ne tient que par le statut qu’il impose aux femmes, tu as raison de le dire comme ça.
      On est, là, au coeur de la structure socio-politique, qui dépasse même la raison consciente.

      Je l’évoquais hier soir pour les interdits alimentaires, c’est la même chose pour l’infériorisation des femmes : elle est incrustée dans les habitudes imposées à l’individu depuis sa naissance, et elle participe à la pérennisation du système et de ses bénéficiaires.
      Comme par hasard, l’attaque intégriste se fait sur la nourriture hallal et sur la burqa (et le voile)… C’est clair, non ?

      • @ COLRE

        Les statuts de la femme et de la bouffe, oui, des fondamentaux intimement liés, non pas parce que la place de la femme est à la cuisine (ma compagne doit se battre pour que je la laisse accéder aux fourneaux !) mais parce qu’en coordonnant à coups de diktats, d’une part une ségrégation alimentaire qui plonge ses racines dans la toute petite enfance et donc formate très bien les cerveaux (quoi de plus essentiel que la bouffe ? Sans elle, plus d’idées…) et d’autre part un statut de la femme quasi-esclavagiste, ces monstres machistes ont un puissant pouvoir de coercition-persuasion.

        Et effectivement ce qu’il y a de terrible, c’est cette intériorisation par la majorité des femmes musulmanes de cette soumission. Quelle religion de merde, vraiment. Comme le disait très justement Marcel Gauchet, « le christianisme est la religion de la sortie de la religion ». L’Islam serait-elle celle de son éternel retour ? Quelle plaie…

  • Tyner

    Un autre drame est que l’alternative aux gouvernements autoritaires arabes en place n’est pas actuellement (par définition) dans des partis progressistes féministes que COLRE (avec nous tous) appelle de ses souhaits, mais bien des islamistes… Sauf en Iran (pour le dire vite), dont la jeunesse peut renverser à terme le pouvoir issu de la Révolution islamique – Iran chiite qui aurait, en somme, 20 ans d’avance sur les autres en tant qu’il aura été le premier à mener puis conclure sa période théocratique. Je sais, ça fait peur.

    Par ailleurs, il est des situations politiques fort complexes comme le royaume d’Arabie saoudite – coeur de l’Islam – qui, tout en appliquant la charia, porte un soutien indéfectible aux armées US [ce qui est différent de l’occident, certes, ma… Pas simple…

    • COLRE

      « Iran chiite qui aurait, en somme, 20 ans d’avance sur les autres en tant qu’il aura été le premier à mener puis conclure sa période théocratique. »
      Eh ?! pourquoi pas, Tyner, c’est une bonne perspective. Naissance, développement, décrépitude, raidissement, puis effondrement d’une idéologie totalitaire…

      Toutes les autres sont passées par là (nazisme, fascisme, communisme avec toutes ses variantes les plus intégristes, stalinisme, maoisme, pol potisme…), et donc, attendu : islamisme. Ça me plaît.
      A votre avis, il faut attendre combien de temps… ? 🙂

      • Léon

        J’aimerais beaucoup qu’un spécialiste de l’islam nous explique dans le détail les particularités du chiisme. Je suis chaque fois surpris de ce que j’apprends incidemment. Par exemple, qu’il est beaucoup moins respecteux de la lettre du coran et qu’il est beaucoup plus « interprétatif » et adaptable que chez les sunnites chez qui la « sunna » est intouchable etc… La République islamiste d’Iran par l’affirmation de son côté théocratique cache peut-être une forêt beaucoup moins rigide qu’il n’y paraît.

        • @ Léon

          Hum, c’est plus complexe que ça. D’abord, faut pas oublier que le chiisme iranien s’est greffé sur un fond de culture perse et de religion zoroastrienne beaucoup plus sophistiquées que l’islam des bédouins. Donc ce qui peut apparaître comme un caractère plus interprétatif et adaptable, comme tu dis, du chiisme par rapport au sunnisme, est largement dû à ces racines zorosatro-persannes. D’ailleurs, pour s’en convaincre, il suffit de constater que la plupart des grands savants de l’Islam jusqu’à sa débâcle au XIIe siècle avaient des origines persanes, qu’ils fussent chiites ou sunnisme.

          « Chez les chiites, l’Imam (c’est ainsi que s’appelle le calife ) possède une science surhumaine, son enseignement a valeur définitive. Il est impeccable, infaillible, il connaît les choses cachées. Pour les sunnites, l’impeccabilité et l’infaillibilité sont réservées aux prophètes et la connaissance des choses cachées à Dieu » (Source ici). C’est quand même pas très ouvert. Mais il y a plein de sectes chiites.

          Il me semble que ce côté (très relativement) adaptable du chiisme iranien vient de ses sources persanes pré-islmaiques. Pas du chiisme lui-même.

          Une info intéressante : il y a un mois ou deux, j’écoutais un reportage de France Inter sur la condition des femmes berbères dans les campagnes en Algérie. Elles en avaient tellement marre de l’oppression que leur faisait subir les islamistes sunnites qu’elles ne rêvaient que d’une chose : que le chiisme prenne le pouvoir dans leur région parce qu’il traite mieux les femmes… Tout est relatif, hein ?

  • Tyner

    Et puis c’est 30 ans

  • Tyner

    Le pouvoir des mollahs durs iraniens tombera, car une secte millénariste au pouvoir c’est très mauvais pour les affaires.

    Non, le vrai souci c’est de savoir à quel niveau de ce cycle sont les pays arabes (Egypte en particulier)… Je suis très pessimiste, hélas.

  • Emile Red

    Je trouve l’analyse plus qu’acceptable, il y a des signes qui ne trompent pas dans les évolutions que certains pays musulmans sont prèts à accepter et que d’autres refusent totalement (totalitairement ?).

    A savoir maintenant si on peut considérer que certaines monarchies arabes sont plus proches politiquement et socialement de nos monarchies constitutionnelles ou si ces pays restent dans une phase latente entre théocratie modérée et monarchie laïque.
    Entre autre le cas de la Jordanie dont le parlement est entièrement régi par le système du millet qui a été étendu du strict partage religieux à d’autre catégories de personnes dont les femmes depuis 2001.

    Il y a aussi le cas des pseudo-républiques laïques plus dictatures que démocraties qui maintiennent avec force la laïcité et un statut intermédiaire de la femme afin de garder les religieux à l’écart du pouvoir comme était l’Irak ou est encore la Syrie.

    Et enfin la troisième catégorie des anciennes républiques soviétiques, non arabes mais majoritairement musulmanes où le statut des femmes est comparable au notre pour certaines comme l’Azerbaidjan.

    Autant dans certains pays, en particulier Africains, une chappe de plomb est tombé sur le statut des femmes, autant on peut voir poindre quelques espoirs, je suis moins pessimiste que toi, Tyner, bien que pour l’Egypte l’avenir n’est pas des plus simples ni des plus roses.

    Maintenant, les moyens et les soutiens que les femmes pourront acquérir pour lutter en plus du temps nécessaire sont les paramètres qui feront bouger les lignes de l’interieur.

  • Tyner

    Dieu sait (hum… ?) que je ne suis pas pro-Fillon, mais là, je dois dire qu’il fait exactement ce qu’il faut faire :
    http://www.lemonde.fr/depeches/2010/06/28/fillon-appelle-les-musulmans-de-france-a-rejeter-l-extremisme_3208_38_42845451.html

    A saluer (pragmatiquement ;))

  • Léon

    Oui, Tyner, à une nuance essentielle près : il n’avait, en tant que représentant d’un Etat laïque, rien à faire à l’inauguration d’un lieu de culte, fût-il une mosquée…

  • Tyner

    C’est là que réside le pragmatisme de cette action (vraiment importante, je trouve) : il faut favoriser un sursaut interne au monde musulman à tous prix.

    Si les médias le traite correctement, c’est potentiellement notre « discours du Caire » à nous. Fillon, qui na rien fait jusque-là sous la Sarkosie et ne fera plus rien probablement, a agi : incroyable…

    • COLRE

      Tyner, je pense que c’est une vraie embrouille !!

      Si on lit les extraits de son discours, on voit que Fillon conseille de rejeter l’extrémisme ou la burqua parce que… ce n’est pas musulman !!
      C’est un cours de théologie musulmane qu’il donne ? Est-il dans son rôle ?

      « les personnes qui dissimulent leur visage au prétexte de leur foi sont consciemment ou non les opposantes à l’islam de France »
      « l’islam que vous vivez au quotidien n’a rien à voir avec cette caricature qui abaisse les lumières de votre foi »
      « c’est pour cela que vous devez vous dresser au premier rang contre ce détournement du message religieux »
      « cette pratique minoritaire […] ne reflète pas la réalité de l’islam »

      Non mais, pincez-moi, on rêve ? Donc, la polygamie qui reflète la réalité de l’Islam : on peut. Les mariages forcés qui reflètent la réalité de l’Islam : on peut. Le voile dans les écoles qui reflète la réalité de l’Islam : on peut.

      Attention… ça grignote, ça grignote, mine de rien, et l’on abandonne petit à petit les principes.
      Allez inaugurer une mosquée, c’est se mettre en situation pour abandonner encore et encore les principes républicains.

      Je n’ai AUCUNE confiance en Fillon, pas plus que le chanoine de Latran.

      • Emile Red

        Il ne faut pas oublier que Nabot 1er voulait remanier la loi de 1905 durant sa précampagne.

        Et que Fillon prend fait et cause dans sa région pour toutes les dérives religieuses, il a même soutenu le boycot du Hellfest, c’est dire où ils en sont rendus.

        • COLRE

          parfaitement ! j’ai un souvenir très précis des nombreuses entorses de Sarko à l’égard de la laïcité. Déjà, rien que le terme de laïcité positive est un scandale…

      • Buster

        Bonjour, et pas d’ac COLRE,
        Il lui est tout de même assez difficile d’aller plus loin que cela….. Dans une Mosquée…… Le jour de son Inauguration Officielle !

        Bien sûr tout n’est que voeux pieux, l’établissement d’un islam de France, laïcisé et conforme à nos goûts, comme si cela pouvait se décréter.
        Mais en appeler à un sursaut des musulmans modérés (disons les non pratiquants ou pratiquants occasionnels) va plutôt dans le sens souhaité pour chercher à apaiser les tensions et à faire taire les foutraques de Dieu.

        • Entièrement d’accord avec COLRE. Ce discours est une véritable honte, un concentré d’hypocrisie. Ça aurait encore pu passer s’il avait évité de jouer au théologien musulman exégète du Coran, ce qui n’est pas dans son rôle, en se contentant de dire un truc bateau genre « bienvenue aux musulmans modérés », ce qui n’aurait pas mangé de pain halal. Mais à sa décharge faut reconnaître qu’il faut préparer l’opinion publique musulmane (et surtout les électeurs musulmans) au très prochain projet de loi sur la burka.

          C’est fou quand même, cette religion à laquelle on doit tout le temps appliquer le qualificatif de « modéré » envers ses membres. Ça prouve bien qu’elle n’a rien de modéré par elle-même et qu’il faudra bien que la république laïque fasse ce qu’il faut pour la modérer de l’extérieur, par la loi et la force. Les accommodements raisonnables à la Québecquoise, on voit où ça mène et ça suffit comme ça.

        • gazi borat

          En appeler à un sursaut des « Musulmans modérés » parlant d’individus ayant quelque distance voire carrément indifférents à la pratique religieuse… conduit à n’amener ces individus à ne se définir prioritairement que comme « musulmans » plutôt que « Français » ou « Ouvriers » ou toute autre appartenance collective, en bref, à les enfermer dans le communautarisme confessionnel..

          Encore un paradoxe de ces débats qui ne conduisent finalement qu’à des impasses..

          GB

          • @ Gazi

            Sophisme, comme souvent avec toi dès qu’il est question d’Islam. J’ai été baptisé catho, je ne crois plus en ces conneries de l’Eglise depuis longtemps, et quand il est question de cathos dans une affaire ou une autre je ne me sens nullement personnellement concerné, vu que cette appartenance purement de papier ne me concerne en rien. Les individus nés dans la religion musulmane et qui se foutent du Coran et d’Allah peuvent faire de même et se contrefoutre de ce qu’on pense des musulmans en général, sauf que je reconnais que c’est nettement plus difficile pour eux de s’extraire de la plus oppressive des religions.

            • GAZI BORAT

              @ Marsupilami

              Idem en ce qui me concerne. Baptisé alors que je n’étais pas en mesure de m’y opposer, je n’ai par contre pas reçu d’éducation religieuse (ma première affirmation a été de refuser l’inscription au catéchisme).

              Par contre, indifférence quant à cette inscription sur un registre confessionnel et je ne vois aucunement l’intérêt de ces démarches longues de « débaptisation ».. Serait très gêné si on m’interpelait en tant que « Catholique modéré ».

              Plus difficile de s’extraire de l’Islam ? En France, le contexte n’est pas le même et, malheureusement pour certains, s’écarter, au niveau déclaratif, s’apparenterait comme un manque de « conscience de classe ». N’existe plus aujourd’hui, dans les quartiers populaires, une quelconque entité proposant une autre appartenance, comme on enseignait autrefois aux prolétaires qu’ils constituaient une classe qui dépassait les clivages nationaux..

              GB

              • @ Gazi

                Idem pour moi : je ne vois pas pourquoi je me ferais débaptiser vu que je n’accorde aucune importance à ce baptême qui n’est même pas un souvenir.

                Tu ne peux pas dire qu’il n’est pas plus difficile de s’extraire de l’Islam que du catholicisme, c’est faut. L’une des deux punit l’apostasie de mort, figure toi. Ceci dit tu n’a pas tout à fait tort : la seule identification collective qui reste dans ces banlieues déshéritées et peuplées d’une majorité de musulmans reste celle à l’Islam. C’est vraiment terrible…

          • Buster

            Bonjour Gazi,

            Pas vraiment d’accord avec vous.
            Il ne faut pas trop compter sur les plus fervents religieux pour espérer une « réforme » de quelque religion que ce soit.
            Il y a par contre un nombre important de personnes, qui sont par la force des choses (naissance), de religion musulmane (ou catho ou autre) et qui sans être de grands pratiquants se considèrent malgré tout comme appartenant toujours à cette communauté, et partagent une partie de la culture religieuse. Cette fraction est certainement la plus laïcisée en même temps que la plus importante en nombre. Les rapports qu’ils entretiennent avec la religion se limitent souvent aux grandes occasions : mariage, enterrement…
            Leur influence, de par leur nombre, pourrait être décisive dans les évolutions (ou dans l’apparition) d’un « islam de France ».

            • GAZI BORAT

              Ce qui me dérange ici, c’est d’interpeller les gens en tant que « Musulmans » « Catholiques » « Juifs » ou autres… Tout naturellement, la frange éclairée d’un groupe confessionnel s’intégrera dans un système plus vaste à condition que celui-ci soit attractif..

              Que l’on regarde les images en provenance de Gaza ou même d’ici : les jeunes y font un mixage, au niveau vestimentaire, entre sportswear américain et vêtements reliés à la tradition religieuse : les deux modèles les plus attractifs, assurément.

              Le déplorer ? Oui, on peut. En sortir ? Proposer autre chose..

              GB

              • @ Gazi

                Mais enfin, un peu de bon sens. Un Musulman, un Catho, un Juif ou un Bouddhiste qui se définissent eux-mêmes expressément comme tels font qu’on a le droit de les interpeller en tant que tels. Et la plupart des musulmans de France se définissent eux-mêmes comme musulmans, alors où est le problème ?

              • Buster

                Comme Marsu, je ne vois pas vraiment comment il faudrait appeler un musulman, lorsque l’on parle de religion, autrement que musulman.
                Et si dans sa vie professionnel il est toubib, je propose de l’appeler Docteur.

                Mais si vous avez une autre formulation à proposer…

      • Tyner

        C’est, de fait, un dialogue de l’Etat français avec une religion : cela n’aurait pas lieu s’il n’y avait pas de véritables soucis. Je pense que c’est un moment clé.

        Que Fillon aborde uniquement le thème de la burqa, c’est de bonne guerre : une sorte de recherche du plus petit dénominateur commun, non ?
        MAIS il faut a tous prix et en ce moment bloquer et isoler les plus sectaires : c’est ce que cherche à faire Fillon, je crois, en en appelant à la responsabilité des musulmans tout en promulgant une loi de la République. C’est habile, je trouve. Soutenir la majorité silencieuse de nos concitoyens musulmans (la considérer) contre les minorités extrémistes prosélytes, c’est confirmer leur place entière dans le pacte républicain : c’est essentiel car le reste [ce qui me préoccupe, bien sûr] ne peut suivre qu’à ce prix-là, ça me paraît évident, non ?

        • Léon

          Tyner, je rejoins COLRE : de fait, par la voix de son 1e ministre, l’Etat Français explique aux musulmans ce qui est conforme à la religion musulmane ou pas.. Mais de quoi se mêle-t-il ? Son rôle est de dire aux musulmans, uniquement ce qui est conforme ou contraire à la République, non ?

          • Emile Red

            Bien d’accord Léon, déjà en prenant part à cette sauterie, comment peut-il se démarquer en prenant les seuls atours de la république, il y a bien une volonté de régir le fonctionnement des religions et en suivant de faire nécessairement des entorses à la laïcité.

            Si on regarde bien depuis 2007, il y a eu le Latran et les curés supérieurs aux instituteurs, les prises de positions aux diners du Crif, maintenant ça… sans compter les petites gateries au Lama, tout est dans la lignée d’une remise en question voulue de l’intangibilité de la laïcité.

            Ca explique aussi pourquoi aucune action répressive contre les prières de rue ou les formations paramilitaires des tradis cathos.

          • Tyner

            Il faut bien « se mêler » pour « dialoguer ».
            En plus, ces phrases sont des évidences absolues pour les musulmans – pas du tout de la théologie malvenue ou donneuse de leçon, puisque ce sont des évidences polies : il n’empêche que le fait de les prononcer créer du lien républicain [et pas du lien religieux, je crois]. C’est ce dont il est urgemment besoin en ce moment.

            (moi qui conchie Fillon à longueur de journée, me v’là beau…)

            • COLRE

              Tyner, là où je suis peut-être d’accord, c’est qu’il faut faire des signes aux musulmans (imams ou simples croyants) qui se sont déjà engagés dans la voie de la laïcité.
              Mais, il faut être attentif aux moyens et aux moments et aux contextes : choisir une cible à fort potentiel symbolique.

              Là, on est dans une com diluée, tout azimut qui ne devrait servir à rien, sinon à encourager les intégristes qui se frottent les mains d’une nouvelle petite avancée.

        • COLRE

          Mouais… c’est pour ça que c’était malsain d’y aller.

          Je ne crois pas à l’intérêt de ces manifestations avec des discours à 2 faces. Je trouve dangereux d’habituer les gens au mélange des genres qui trouverons ça de plus en plus normal. Je trouve complètement anormal que notre premier ministre disent ce qui est correct ou non pour l’Islam.

          Et puis je n’aime pas être informée avec des dépêches émises par la com des ministères ou de l’Elysée. Regarde les titres dans google info :

          Fillon appelle les musulmans de France à rejeter l’extrêmisme (l’Express)
          Fillon loue l’Islam de France lors d’une inauguration d’une mosquée (AFP)
          Fillon : la République reste intraitable à l’égard du racisme (Le Figaro)

          Tu vois la manip ? c’est l’auberge espagnole et la com à donf : tout le monde est servi…
          Non, je ne suis pas dupe, ça m’énerve.

          • Emile Red

            A chaque canard son mantra pour faire plaisir à sa basse-cours.
            Ca en devient dangereusement pathétique.

        • COLRE

          Pardon Tyner du tutoiement, je voulais répondre à Buster… 😉
          Mais, après tout, ce que j’ai dit est valable pour les deux…

  • Léon

    Je crains que cela ne brouille encore le message sur la séparation du religieux et du politique. Nous verrons bien ce qu’en retireront les musulmans…

    • Emile Red

      Il ferait mieux d’appeler à rejeter l’islam et les autres religions en suivant.

      Ce n’est qu’un caillou sur un tas de galets. Toujours à caresser un pan de l’électorat pour après mieux l’embobiner.
      Lui et son comparse à talonnettes ne font que ça depuis trois ans.

  • Tyner

    Léon a écrit : « Je crains que cela ne brouille encore le message sur la séparation du religieux et du politique. »
    Je crois que c’est un risque à prendre.

    Léon a écrit : « Nous verrons bien ce qu’en retireront les musulmans. »
    J’espère de la fierté (tout à fait dans la problématique de l’article de COLRE).

  • Lapa

    article intéressant. Une question à l’auteure:
    n’est ce pas justement cet aspect partiarcal et cette séparation bien marquée des rôles de chaque sexe qui attire dans la religion musulmane actuellement? Je pense à une réaction vis vis d’une féminisation de la société et d’une grave dévirilisation du statut d’homme et de père? A contrario la religion chrétienne, toujours considérée comme une religion de femmes, n’attire plus guère les foules car son discours est relativement impossible à détacher du politiquement correct ambiant (exceptées les questions sexuelles dont vous remarquerez que ce sont les seules qui font débat…)

    • gazi borat

      Les trois monothéismes sont tous marqués par l’exaltation du patriarcat !

      L’église catholique, en produisant sans cesse de la parole divine par les paroles de son pontife « infaillible » et de ses docteurs en exégèse a, à certains moment de son histoire, été tout autant oppressive pour les femmes que peut l’être actuellemnt le wahabisme saoudien ou le clergé chiite iranien…

      Que l’on ne se focalise pas uniquement sur le « gloria victis » qui hérissait tant Nietsche ou sur le culte marial et ses émanations psychanalytiques modernes (Françoise Dolto), l’Eglise aussi a manipulé un langage de violence et d’oppression. Que l’on pense à l’antisémitisme, à l’Inquisition et à son soutien à nombre de régimes fascistes (Espagne, Italie, France, Slovaquie, Pologne, Croatie..)

      GB

      • Lapa

        Gazi, je ne focalise sur rien du tout, c’est justement vous qui reprenez les habituelles antiennes (inquisition opression des femmes…) du fin fond moyennâgeux.

        je recherche si, actuellement, la religion islamique étant celle qui est la plus en décalage avec la féminisation de notre société occidentale et les pertes de repères concernant le rôle de l’homme tel qu’on la connu (grâce en partie à la religion catholique), n’a pas justement cet attrait de la réaction à une évolution mal vécu ou difficile à accepter pour certains(nes).

        Quant à comparer le moyen âge du catholicisme avec le wahabisme d’aujourd’hui, je suis même pas sûr que le wahabisme s’en sorte aussi bien… mais il est curieux de ne pas s’étonner de cette comparaison à 600 années d’écart. Diable, comment peut-on seulement aujourd’hui accepter de raisonner comme au moyen âge?

        Si on regarde actuellement la pratique religieuse chrétienne est largement le fait de femmes, celles-ci vont à la messe tandis que les hommes vont au bistrot devant l’eglise. Il me semble que pour l’Islam, c’est plutôt l’inverse avec une pratique du culte très masculinisée.
        Une religion qui aurait donc des couilles? Qu’en pense l’auteure?

        • @ Lapa

          Mais n’as-tu pas remarqué que Gazi est un sophiste de l’abstraction égalisatrice, surtout lorsqu’il est question d’Islam ? Et dans l’abstraction égalisatrice, il n’est pas de place pour le concret différentiateur de 600 ans de différence, sans parler des différenciations théologiques concrètes. En bon marxiste orthodoxe, il les défend mordicus comme damnés de la Terre exploités par le capitalisme, et si tu parles du ras-le-bol des européens envers les récriminations des islamistes et de l’envie de les foutre dehors, il te balance immédiatement un couplet sur l’extermination des Juifs. Toujours son abstraction égalisatrice, qu’il applique à tout sauf au marxisme…

          • GAZI BORAT

            « 600 ans d’écart » ?

            Qu’est-ce que 600 ans.. quand ils sont comblés par la puissance des petro-dollars, et que ceux-ci se déversent dans un monde (la sphère « arabo-musulmane ») en pleine reconstruction, entre la fin du stsatut colonial et l’écroulement du bloc soviétique et ses aides financières aux régimes « progressistes »…

            La féminisation de la pratique catholique est récente.. et date du XIX° siècle.. quant à une masculinité supposée de l’Islam, on trouve aussi des jeunes filles ayant fait un retour à la religion, moyen de s’affirmer parfois dans des familles encore machistes mais aynt pris du recul par rapport à la religion.. Toutes ne sont pas femmes suivant les injonctions paternelles et, même l’épouse du polygame carictural tant exhibé dans les media… était une ex-baptisée. Tout n’est pas si simple !

            Que serait le wahabisme sans les petro-dollars et l’oeil bienveillant de Washington ? Une secte perdue dans le désert !

            GB

          • Lapa

            @Marsu: oui il faut reconnaître que dans bien des discussions, Gazi est adepte de la réthorique du miroir. C’est à dire qu’il esquive le débat en nous relatant plutôt une situation supposée équivalente dans un relativisme empêchant toute prise de position.

            Dommage.

    • COLRE

      Bonjour Lapa,

      Je passe un peu en coup de vent et je ne peux vous répondre correctement car votre question est tout à fait d’un autre ordre : celui du fantasme davantage que celui de la réalité.

      La « grave dévirilisation du statut d’homme ou de père » : j’en pense qu’elle est une illusion à l’instar justement de cette fameuse humiliation arabe. Elle est un rêve de grandeur perdue et en réalité mythique. La véritable virilité se passe aisément des jérémiades que l’on entend ici et là sur la perte des pouvoirs masculins et les rêves de domination. La véritable virilité est une force intérieure qui n’a pas besoin de se montrer « contre », notamment contre les femmes, pour prouver qu’elle existe : elle va de soi. Il y a mille manières d’exalter sa force virile dans nos sociétés sans la faire exister au détriment des plus « faibles » physiquement, les femmes et les enfants.

      Je comprends que ça puisse attirer des Soral ou des Zemmour qui vivent dans des traumatismes de paradis perdu et d’âge d’or, des chimères de prédateurs tout puissants… Ce sont des rêves de pouvoir et de domination, c’est vrai.

      Quant à « la féminisation de la société« , à part d’être aussi un fantasme de pouvoir perdu, si elle veut dire que la société serait moins violente ou moins brutale ou plus empathique (ce qui à mon avis est loin d’être le cas), alors, je ne vois pas, personnellement, où est le regret devant ce qui serait un pareil progrès, après un XXè siècle sanguinaire où la folie guerrière et meurtrière des gouvernements et des armées du monde n’a pas, n’est-ce pas, montré un idéal de vie vers lequel on puisse rêver de tendre.
      Non, on en est très loin… mais le fantasme attire, c’est certain.

      • Lapa

        hum. vous ne répondez pas effectivement. dommage.

        éluder le fantasme (ou désigné comme tel) quand on aborde une question religieuse me semble quand même restricteur.

  • mcm

    Bonjour COLRE et tout le monde,

    Une phrase a retenu mon attention car je la considère comme pivot de la problématique :

    « pour certains, le bon paradigme c’est la colonisation (Ben Jelloun), pour d’autres c’est la religion (MCM), pour d’autres encore (comme moi), c’est la mise sous tutelle de la moitié de l’humanité (les femmes), avec toutes les conséquences néfastes parfaitement prévisibles. La déroute était annoncée : comment se priver d’une pareille force vive pour la société et offrir aux jeunes le pitoyable modèle de l’injustice et la domination, pour ne pas dire la persécution ? »

    Marsu avait employé judicieusement le terme de « l’oeuf et la poule », ainsi est-ce que la religion est une cause de la colonisation ? La mise sous tutelle de la moitié féminine humaine est-elle la conséquence de la religion ou de la culture, enfin religion et culture ne sont elles pas inextricablement liées dans le système de pensée humain ?

    Tout est lié, la culture française émaillée de roman courtois dès le moyen âge, est une des causes possibles de l’émancipation de la pensée féminine, tout du moins de la reconnaissance implicite de son droit à l’expression. Mais cette culture est en elle même, liée à la religion, on peut du moins noter que le christianisme fut un des, voire le premier monothéisme a fixer le canon culturel de la monogamie, et ce dès le deuxième siècle de notre ère comme en témoigne l’exclamation de Tertullien : « Nos adversaires nous reprochent donc comme une hérésie la discipline de la monogamie ».

    Certes la religion chrétienne n’a pas immédiatement produit la pleine émancipation féminine, mais elle en a sans doute semé les germes. Sans avoir grande connaissance des courants judaïques, je crois me souvenir que ces mêmes canons culturels de monogamie furent fixé par leurs rabbins du judaïsme au bas moyen âge, quelque siècle seulement après que l’islam eu réintroduit la polygamie abolie par le christianisme.

    Il y a donc corrélation entre la doctrine religieuse et le statut des femmes dans une société. L’émancipation des femmes, une suite logique de l’abolition de la polygamie ? On peut le supposer.

    Faire cohabiter des cultures et doctrines très différentes est une gageure. A mon sens la règle simple du chacun maitre chez soi serait plus efficace que la diversité imposée, laquelle ne peut combler les fractures inter-communautaires, une solution juste passe par la réciprocité, les concessions unilatérales ne feront qu’accentuer les déséquilibres.

  • Waldgänger

    Bonsoir COLRE, ton article est très intéressant et fait réfléchir. Je n’avais pas pensé à ce paradigme ni n’en avais entendu parler ailleurs. Il y avait bien sûr le cas souvent cité de la transition démographique, où il ressort que dans la multitude de cas particuliers, s’il y a un facteur plus déterminant que les autres, c’est l’éducation des femmes.

    Il pourrait en effet aller de même pour le monde musulman. avec des femmes mieux éduquées, ce qui modifierait les rapports au sein des familles, on aurait des agents puissants de modernisation, qui ne doivent rien aux cadres sociaux traditionnels et ont donc forcément moins de liens avec les vieux systèmes de valeurs, qui les ont longtemps opprimées.