Quatre pour le prix d’une. La polygamie, chancre de l’islamisme

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Quatre pour le prix d’une, sacrée promotion sur le marché de la femme !

La polygynie islamique.1

Procédons par ordre. Polygamie: le phénomène d’union officielle ne concerne alors que des individus, sans égard pour leur sexe: homme ou femme.2 Une femme ayant plusieurs époux, par exemple. Le cas est rare, mais a pu exister dans la jungle de l’anthropologie.3 Le terme technique est polyandrie et le fait, rarissime. Le fantasme existe sans doute, de sortes de mantes religieuses dévoreuses d’hommes, mais dans la réalité, nenni.

En revanche, la polygynie, elle, gagne sur les deux tableaux. Elle existe, si l’on peut dire, d’abord dans la fantaisie.4 Sa part dans les fantasmes est immense. Parmi toutes les populations (musulmanes ou autres), à toutes les époques et certainement, on le verra, en lien étroit avec l’idée de pouvoir.

Retenons déjà cette idée que la polygynie, c’est d’abord dans la tête.

Rhetorica islamica

Alors que se passe-t-il donc avec l’islamisme? Nous allons répondre par une autre question, ce qui est une indélicatesse.5 Avez-vous vu des érudits islamistes se tortiller? Se perdre en circonvolutions verbales? Noyer le poisson jusqu’à plus soif? Avec la polygynie, le spectacle est courant et gratuit. Il faudrait presque les plaindre. Leur problème essentiel est que le phénomène, on le verra dans les détails, est catastrophique en tout. Et personne, à moins d’être soit très imbécile, soit très musulman, ne peut prétendre qu’il ne s’en rend pas compte. Le résultat est la gêne et une honte et, dans la pratique, une catastrophe quotidienne, individuelle et collective. Ils voudraient bien s’en débarrasser, s’en dépêtrer, les intelligents, mais par malheur le verset coranique6 est là, bien là, gravé dans le roc, en lettres de fer: une apparence de cadeau d’Allah, mais en fait, un poison; en apparence une miséricorde, mais en pratique, une malédiction; en apparence un délice, en fait, un supplice. Une phrase qui par la vertu et le vice du conformisme a bouleversé, affligé et souvent détruit les millions de vie.

« Et si vous craignez de n’être pas justes envers les orphelins,… 7Il est permis d’épouser deux, trois ou quatre, parmi les femmes qui vous plaisent, mais, si vous craignez de n’être pas justes avec celles-ci, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez. Cela afin de ne pas faire d’injustice.8« 

  • La première ligne de défense de ces érudits peut se contourner aisément: tels des enfants pas sages, ils expliquent qu’ils ne sont pas les seuls, qu’il y en a d’autres qui ont fait la bêtise. La tactique les contraint, première punition, à s’intéresser à autrui. Mais décidément, l’anthropologie ou l’ethnologie ne sont pas des sciences islamiques et ils s’adonnent aux sciences profanes des infidèles en dévots perroquets. Leur argumentation se résumera à égrainer quelques peuplades, si possible lointaines, mal connues, de façon à décourager.9
  • Dans le prolongement ethnologique, jamais compétent, jamais à propos, l’excuse vient ensuite de l’antériorité: autrefois, les Arabes auraient été polygames (-gynes) comme des furieux. Avant l’islamisme, avant la lumière. La tare vient d’eux, alors. Est-ce au moins vrai? Hélas, rien ne le prouve.10 Les très nombreuses inscriptions arabes du nord et du sud de la péninsule n’en révèlent rien. Pas le moindre cas. En revanche, des cas, pas certains certes, de polyandrie, dont personne ne sait que faire.11L’islamisme, la sagesse d’Allah, en gros, aurait édicté par humanisme une limitation de la polygynie à 4 épouses. Allah est un modéré, le fait est connu de son prophète. Mais l’argument est à la fois faux et mensonger. Est-ce seulement vrai? Encore hélas, encore faux, 2, 3, ou 4 fois faux. Pour Muhammad, personnage d’élite, le nombre est augmenté jusqu’à un montant qui fait débat. Sa préséance lui octroie une privauté. Pour les autres, le nombre est jusqu’à 4 pour les épouses12, mais c’est sans compter avec les esclaves, concubines, celles, comme dit le Coran, « que la main droite possède ». Dans les faits, donc, non.
  • Suivons encore le raisonnement et les arguments. La suite consiste à dénigrer les pratiques dites occidentales, autrement dit, décadentes, perverses, sataniques: l’homme occidental, décadent, pervers, satanique, est voué à l’adultère, la zina13, le comble de l’horreur.14 Il est une bête, il est la bête, puisqu’il ne connait pas l’hiiislâââm. L’ hiiislâââm lui, a la solution, pour éviter l’adultère. 15
  • Ensuite, vient l’argument humanitaire et l’on fait appel à la veuve, mais sans l’orphelin. La polygynie serait une occasion de recueillir dans son foyer une veuve, deux veuves, trois veuves, même vieilles, même laides, même grosses, par bonté. L’argument a été utilisé, en plein début de XXIème siècle à la fin de la guerre libyenne, par le nouveau potentat de Benghazi, un certain Mustapha Abdel Jalil, hiérarque habile, fine couleuvre. Il a officiellement réintroduit la polygynie aussitôt la fin des combats, bien haut, bien fort et devant le monde entier. La justification est coranique, bien entendu, mais il l’a associée à un raisonnement patalogique classique: la guerre a fait des veuves et il faudra les recaser.16 Son discours était conçu comme une douche froide, histoire de bien montrer au monde qu’il fallait encore désespérer. La raison essentielle de sa décision est en réalité de réinstaurer ce qui pour lui et les siens est la vérité, soit la sharia, dont la polygynie est un des aspects les plus voyants.17 A l’appui de leur thèse, les érudits, les scientifiques islamiques apposent l’exemple prophétique, en énumérant les mariages peu avenants du personnage avec des veuves, vieilles, usées, laides. La méthode rappelle l’adoption d’animaux, de vieux chiens qui sinon seraient à la rue.
  • Mais parfois, il n’est plus possible de mentir trop longtemps, et le naturel et le prophète reviennent au galop. En fait, le fond de la question est sexuel, voyez-vous: la vieille croyance qui ne meurt jamais, selon laquelle l’homme a des besoins sexuels impérieux et très supérieurs à ceux des femmes qui, d’ailleurs, n’en ont pas vraiment.18 Là, on touche enfin au vrai, avec cet aveu. Certes, ce n’est que vantardise et le Muhammad est le porte-drapeau turgescent d’une troupe armée surtout de sa frustration et qui veut commettre des ravages.19

Tels sont les arguments. Ils ne satisfont que ceux qui veulent l’être, les satisfaits de nature.

Les causes véritables

Ce serait vantardise de proclamer que nous les possédons, que nous les connaissons. Et puis, comme toujours dans les affaires religieuses, mieux vaut ne pas trop expliquer sous peine de plonger dans l’exégèse et dans un piège. En soi, un interdit, un rite, une règle ne s’explique pas. Expliquer serait justifier. Alors, la méthode sera d’abord de garder une certaine circonspection. Parfois même, les prétentions islamiques rejoindront, jusqu’à un certain niveau, ce que nous dirons.

Alors, lançons-nous sur des pistes, comme si dans le désert, nous suivions des traces effacées par des tempêtes.

En premier lieu, oui, il y a eu des coutumes, un peu partout, de polygynie. Il y a toujours eu des vantards, des m’as-tu-vu, des gars à rolex qui ont plus de femmes que les autres, rien que pour montrer que… Pour l’instant, tout va bien. A ceci près qu’elle n’est jamais devenue une règle fixe, figée, et même universelle, sanctifiée, étant décision divine. Elle était un fait, une initiative individuelle et une coutume. Ensuite, et c’est le plus important, la règle n’a jamais, au grand jamais, été appliquée à un grand nombre. Le plus grave ici est que la règle, qui se présente comme une limitation d’un excès (qu’on peut imaginer comme celui de pillards revenant de razzias avec un nombre excessif de femmes et voulant les installer toutes chez eux), est prise ensuite comme une permission. Or, le corpus coranique n’est pas particulièrement permissif et l’on aurait dû se méfier. Ailleurs et autrefois, y compris dans la Bible, la polygynie est un honneur, une médaille, un signe de puissance accordé aux chefs, chefs suprêmes et petits chefs : la marque d’une aristocratie (tout comme, sous d’autres cieux –où les mêmes-, le banquet et l’homosexualité). La piétaille n’y a pas droit et tant mieux: cela pourrait déstabiliser toute la société, la mettre sens dessus-dessous. Le monde allait ainsi, avec calme, quelques-uns, puissants s’arrogeant un petit groupe de femmes autour d’eux. Soudain, une loi présentée comme divine accorde le droit à n’importe qui, au vulgum pecus. Là est la nouveauté, presque démocratique (dans le sens le plus dévoyé du terme)20: l’honneur est dévalué et n’importe qui, à condition qu’il soit ou se fasse musulman, il reçoit en partage le droit d’avoir à sa disposition quelques femmes et quelques autres. Voilà ce que beaucoup de chercheurs et pas forcément des demi-chercheurs à la sauce islamique, n’ont pas vu.21 Le basculement reste un mystère. Il le restera longtemps et ce n’est pas être prophète que de la dire.

La question

Pour avancer, la question adéquate doit être formulée et elle serait celle-ci:

Qu’est-ce qui a poussé ce texte (ceux qui l’ont rédigé, collecté) à intégrer, sans doute par inadvertance (la forme du verset prêche en faveur de cette hypothèse) une règle non écrite qui était réservée autrefois aux rois, princes  et aux pervers, à la fantaisie, sous forme de restriction, mais qui sera ensuite universellement pris comme permission22, accordée à n’importe qui? Y a-t-il derrière cela comme une intention, ou est-ce une inadvertance? Ou les deux?

Comme nous l’avons dit avant: la forme, qui est tronquée, semble être une limitation d’un usage. Les exégètes estiment que la règle concerne alors un usage antique, préislamique, sale, laid, etc… Mais qui est assez stupide pour suivre les exégètes? Le faire n’est plus digne de notre temps. Comme le même usage n’est absolument pas attesté auparavant, sur des siècles, il aurait mieux fallu se poser des questions au lieu d’ ânonner à la mode coranique ce qu’on dit ailleurs. La forme du verset, comme dit avant, est anormale, parce qu’il lui manque une partie et la façon de faire sent le travail bâclé. L’intégration du passage serait en partie fortuit.23 Au moins au commencement. Après, les semi-juristes qui en sont responsables ont glosé, réfléchi, concédé, adapté: un vrai petit travail de droit primitif, interprété plus tard par des demi-primitifs.

Imaginons donc: un chef, plutôt de guerre24 que de paix, qui décide sur le pouce pour ses troupes, au moment d’un partage de butin (la grande affaire) et qui doit répondre à des questions: chef, peut-on… chef, doit-on… chef, est-ce possible que…???

Et là, la réponse vient. Oui, vous pouvez. Un bon chef de guerre doit satisfaire ses troupes. Sinon, assez tôt, il n’aura plus de troupes. Il voit le paquet de captives et décide de répartir celles-ci, 2,3,4 chacun, si vous voulez. Lui, il est magnanime, mais comme chef, a le droit à plus. Il correspond au schéma traditionnel, rien à dire. Si l’on en était resté là, la suite serait sans histoire et sans scandale, sans catastrophe.

Malentendu

Mais l’intégration à un corpus considéré comme un livre divin, parfait, qui ordonne, objet de dévotion, oeuvre de référence, véritable oracle sous forme papier change la situation du tout au tout. Du point de vue du croyant, obéir à n’importe laquelle de ses injonctions fait qu’il est encore plus pieux et considéré comme tel par son entourage: il existe, le bougre à travers cela.25 Si de plus, l’ordre semble agréable, ainsi qu’une gratification, s’il a l’air d’un avantage social sur autrui, s’il permet d’assouvir des fantaisies, s’il permet d’humilier des femmes quand on a peur des femmes, alors, pourquoi hésiter? A ce moment, tout fidèle, le plus médiocre soit-il, deviendra un petit roi, petit calife, chef adulé d’un petit peuple de femmes, adulé ou détesté (peu importe, qu’elles me haïssent pourvu qu’elles me craignent). Ainsi, depuis la marque identitaire, le gage absolu d’islamité qu’elle est au départ, l’union polygynique et les ménages qui en sont issus, deviennent un phénomène social et une manière de vivre: un fait culturel, indéracinable, indécrottable. Des centaines de strates de commentaires, de règlements, des effets de barbe, de fatwas torses vont s’accumuler, rendant impossible le retour en arrière.

Une religion, eh oui, peut construire sa doctrine sur des malentendus et tant pis pour les humains.

La conclusion est celle-ci: une décision conjoncturelle est devenue un règlement structurel. Ses conséquences ont-elles été calculées? C’est bien possible, comme nous allons tenter de le démontrer plus loin, en intégrant la mesure dans la conquête et, plus tard, dans le jihad.

Face à la démographie.

Accorder un droit injuste, ou du moins, en restant neutre, inégalitaire à tous peut paraître une mesure juste et en soi, démocratique. Que la démocratie se fasse en excluant, quoi de plus banal, et sur le dos des femmes, quoi de plus naturel? L’Athènes de Périclès ne faisait guère mieux.26

Mais elle doit ensuite être confrontée à la réalité et surtout celle de la démographie. Allah est grand, sans doute, mais il ne peut rien contre les mathématiques, la biologie, la loi des nombres et les statistiques. Le fait est qu’une population humaine, qu’on le veuille ou non, comporte à peu près autant de femmes que d’hommes, d’hommes que de femmes. La guerre, les accidents de monture d’un côté, de l’autre, la mort en couche et les accidents domestiques: un équilibre macabre s’établit tant mal que mal.27 Or, si d’aventure, un chef ou un oracle décide d’accorder à un grand nombre un droit restreint, comme celui de fonder des familles de composition déséquilibrée, avec un nombre au moins double de femmes, le marché matrimonial est bouleversé. Les hommes les plus puissants, riches, les notables ont tous moyens pour monopoliser les épouses disponibles et, pour obéir aux motifs précédemment cités, ils ne s’en privent jamais. S’il n’y a pas de voiture de course à acheter, achetez une femme. Deux femmes, trois , quatre et ce sont autant de femmes qui manqueront aux autres de la société, pourtant égaux a priori. Pour parler comme un économiste, le marché connait une forte tension: trop de demandes, pas d’offres ou si peu. Même des offres de seconde main, médiocres, pas de quoi se lever le matin, pas de quoi coucher avec le soir. La tension, dans ce type de société, dérive vite vers la violence: viols, meurtres, suicides, adultères, vengeances, etc…28 Pas si fameux, le cadeau d’Allah.29 La société entière risque de disparaître.

A moins que… Là, Satan montre sa queue fourchue. Le chef des guerriers aussi quand il se révèle un peu foutraque et génial aussi. Cette classe de jeunes frustrés, sans moyens, sans avenir, sans talent, qu’en faire? La réponse est simple, ces jeunes excités doivent chercher ailleurs les femmes qui leur manquent. Cela n’a rien de nouveau. Entre tribus arabes, le rapt mutuel entre tribus de leurs femmes (leur réservoir génétique) n’était pas rare autrefois.30 Mais le processus ne pouvait être qu’épisodique,  eu égard à la faible densité du territoire et au piètre poids démographique des tribus et des clans.31 Tout change si d’aventure un chef décide d’offrir des femmes à certains, puis de frustrer tous les autres du même droit. Il déclenche une sorte d’explosion presque atomique. Des nuées de jeunes exaltés, dont le rut le dispute à celui de leurs chameaux, grimpent sur ceux-ci, puis sur leurs chevaux32 pour s’approvisionner vers les tribus voisines, lesquelles, prises de court et mises devant le fait accompli, pratiquent de même chez leurs voisines. Ainsi va la conquête, pour laquelle l’appât du gain s’accompagne de l’attrait du stupre. Pour résumer, l’institution, bancale par essence, est viable, mais si le système est en expansion constante, dans un processus impérialiste. Sinon, la catastrophe n’est jamais loin.33

Nous ne prétendons pas que cette thèse explique à elle seule l’expansion arabe. Mais elle constitue au moins une des pistes à suivre.34

Impérialisme, sexe et sauvagerie

Si le monde était infini, en perpétuelle expansion, ou qu’il y eut plusieurs mondes, comme l’espérait Alexandre le Grand afin de les conquérir, le mécanisme par la conquête et la capture serait viable, quoique profondément injuste, inhumain, discriminatoire. Mais le monde est fini et chaque impérialisme est appelé à faiblir, à s’émousser, puis à sombrer. Après une irruption fracassante, le vaste et fastueux empire arabe a connu une chute rapide et des coups imparables de toutes parts. Son modèle, séduisant pour les raisons que l’on a dites, a tenté d’autres cultures, d’autres peuples. Dans l’attrait de l’islamisme qu’ont connu des peuplades aussi diverses que des Turcs, Mongols, Indiens, Persans, Slaves, Berbères, Maures, la place de la polygamie ne doit pas être négligée. Même les occidentaux pourraient se faire contaminer  parce qu’ils en ont une vision soit romantique, soit libertine… La réalité est moins scintillante.

Le poison d’un cadeau d’Allah

A propos d’un sujet comme la polygynie, puisque le fantasme est si fort, il conviendra de recourir à l’artillerie lourde pour démonter radicalement, sans remord et avec la froideur requise l’institution entière, autrefois comme de nos jours, puisqu’elle subsiste encore, d’une manière ou d’une autre.

Un catalogue peut être dressé des petits torts et grands malheurs, des désastres et pleurs qui ont résulté d’une décision d’autrefois dans le désert il y a presque un millénaire et demi, à l’ombre des palmiers, sous les chameaux, entre la soif et la poussière. Pour dire les choses, bienvenue chez Muhammad.

Entrons tout d’abord dans l’ombre des demeures, banlieue de Médine, vers 630 , ou du Caire, vers 2010.

Le texte coranique, notons bien, comme dans un repentir, prévoit aussitôt après la promulgation d’une loi dite divine, une concession. Sans en avoir la preuve, il serait assez bien vu d’imaginer que la seconde proposition, qui amoindrit la portée de la décision principale, est l’oeuvre de juristes. Ainsi, les responsables du Coran juridique ont perçu une partie des graves difficultés sociales qu’allait engendrer la permission de polygynie.35 Ce qui est pris en compte est le point de vue et l’intérêt des hommes, puis des femmes. Les premiers doivent limiter leurs ambitions selon leurs moyens pour ne pas faire sombrer leur maison sous les frais; le texte compte sur la modération et sur l’esprit de justice. Mais celui-ci est mis en pratique pour éviter le désastre domestique et non par volonté intrinsèque de justice envers les femmes. La mesure est aussi de police, au sens strict: l’équilibre des ressources et des dépenses aboutit à la paix des familles.

Le chaos familial

Dans le cas contraire et dans la majorité des situations, le fait d’intégrer à la famille des femmes, qui sont le plus souvent improductives36 aboutit à un premier déséquilibre. Une autre législation, celle sur la répudiation doit y remédier, mais le remède est aussi un mal.37

Le texte prévoit un autre type de déséquilibre et la Sunna rajoute encore, non une couche, mais plusieurs: les femmes sont des êtres fragiles qui réclament de l’attention, en plus de nourriture. Le danger est la jalousie et le déséquilibre affectif qui fait que le maître ressent ou émet des préférences pour telle ou telle (souvent la nouvelle venue, la plus fraîche). Alors l’hystérie surgit que rien n’arrêtera. La psychologie féminine vue par l’islamisme est une belle fleur. Elle mériterait mille natures mortes. Les récits coraniques qui témoignent des troubles intestins, et ceux surtout issus de la Sunna concernent, en apparence, Muhammad, dit le prophète. Mais ils sentent le vécu, comme si le système durait déjà depuis un certain temps et que, depuis longtemps, il provoquait des crises et des scories. Il n’y a pas d’autres moyens pour expliquer pourquoi Muhammad, être suprême comme il n’en fut jamais, muni d’une autorité de sous-marin nucléaire, soit infoutu de gérer le bordel généré par la furie de ses bonnes femmes en son logis quand elles se crêpent le chignon, menacent de s’ébouillanter ou cherchent à s’entrecrever les yeux. Illogique, capitaine.38

Platon, dans la République, fait parler un de ses personnages qui déclare qu’il serait stupide pour une communauté de se passer de la moitié de son potentiel sur le plan économique. Il songeait aux femmes et sa remarque était révolutionnaire. Dans le système polygynique, les femmes sont regroupées en petites unités de non-production. Elles constituent davantage des unités de consommation, moyennement autarciques. En gros, la seule production notable est celle de marmots et de plats roboratifs.39

Des femmes sont rassemblées sous l’autorité d’un homme (prenons l’exemple maximum, soit quatre). Chacune compte pour un quart et ne reçoit qu’un quart de l’attention et de l’affection du maître, en supposant qu’il est un pieux équitable. Comment les contenter alors? Comment aussi leur faire confiance? Comment garder un oeil dessus et ne pas laisser le doute, la suspicion détruire leur amour? La réponse est très simple: l’enfermement. Elles doivent être contenues dans un espace clos qui n’a que peu d’ouverture sur l’extérieur. Une sérieuse ségrégation doit accompagner la polygynie. Sinon, elles s’éparpilleraient et iraient papillonner on ne sait où. La rançon de la mesure de ségrégation, vous la devinez, la promiscuité, car tous les pieux n’ont pas des palais. L’être humain, parce qu’il est aussi un animal a besoin d’un minimum d’espace. L’espace privé devient une prison, peuplée tantôt de copines tantôt de rivales. C’est le « Je t’aime à la saoudienne ».

Dans les bons moments, le calme, dans les mauvais, qu’évoquent déjà Allah ou ceux qui écrivent en son nom, le drame et le crime: meurtre d’une favorite, défiguration, ou révolte générale et massacre du chef, ou résistance passive, lent empoisonnement, étouffement par la mauvaise humeur émise.40

Il arrive alors que le chef sente son pouvoir lui échapper et ce n’est pas par peur qu’il ouvre la porte du logis où son ambition et sa lubricité l’ont mis en état d’infériorité numérique. Il doit porter beau dans la société des hommes et dans son intérieur le désordre l’attend, l’encercle et le submerge. Des milliers d’intrigues, pour écrire des centaines de romans, naissent tous les mois dans les immenses bidonvilles des mégalopoles de jadis et d’hier. Même le Coran s’en fait l’écho quand il mentionne les calomnies, les jalousies; même la Sunna s’en fait l’écho quand elle évoque les adultères, les ruses des femmes. L’ambiance n’est pas bonne dans l’Umma des villes et des champs, des masures et des palais.

Là, ce que vous avez vu est le désordre interne aux maisons et préjudiciable au pieux quand, après une dure journée de jihad, il rentre chez lui et se trouve dans un chaos pire que la bataille. Aucune source n’a pressenti les troubles plus globaux, sociétaux (de ce néologisme laid). Ils sont inévitables, mais invisibles parce que la documentation manque. La liste sera brève, puisque notre but n’est pas d’ennuyer ou de désespérer le lecteur.

La violence, on l’a déjà dit, sera la réponse des femmes en surnombre. La violence, on le suspecte, sera la réponse des maîtres à la réponse des femmes. Le Coran y fait allusion, en agitant deux bâtons: la réclusion et les coups, peu après le verset polygynique, dans le sourate 4/34 :

« Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les. »


Traumatisme social

A l’extérieur, la violence sera le fait de ceux qui n’ont pas pu goûter à ce paradis qui est en fait un enfer. Le livre saint parlait des houris et de leur compagnie délicieuse et, naïfs, ils veulent en rester là. Si la guerre extérieure qui offre ses butins et ses femmes n’est pas déclarée, la violence, encore et toujours elle, s’exprime, avec la vigueur de la jeunesse. La gamme est alors vaste des crimes. Le viol vient à l’esprit, mais il peut, ô surprise concerner autant les hommes que les femmes, ces dernieres étant recluses et fermées.41 L’instinct de mort submergeant l’instinct sexuel, le principe de plaisir évoluant vers le sadisme, la frustration aveuglant l’entendement, les meurtres ou suicides se multiplient: d’aucuns ne peuvent plus attendre encore les dix ans qu’il faut pour fonder un foyer, le temps que les vieux meurent ou s’effacent. Cette énergie folle est dépensée en vain et ne concourt pas à l’intérêt général.

Pour pacifier, les dirigeants ont intérêt à maintenir, coûte que coûte, un état de guerre envers le monde entier.42 Il se maintiendra en fait à l’intérieur comme à l’extérieur. Les femmes, étant absentes, ne pourront pas freiner les pulsions morbides et bellicistes. La fonction militaire sera surreprésentée, surévaluée, surcélébrée, sans pour autant que l’efficacité s’en ressente. La ségrégation, condition de la polygynie, implique immanquablement cela.

Pour finir, deux observations qui ne mettront pas de baume au coeur. Quand l’homme au foyer nombreux meurt et laisse ses femmes (le fait est commun, puisqu’il est le plus âgé, l’âge étant alors une qualité) comme veuves. Un mort et quatre veuves d’un coup à recaser, pour éviter qu’elles ne se reconstituent comme individus dans le célibat. Une guerre vient à éclater, le moindre trouble civil et, au-delà du massacre, les veuves abondent, submergent le marché et elles inversent soudain la tendance du marché à la pénurie: crises qui ne seraient pas si terribles, si le produit n’était humain.

Enfin, l’espoir. Oui, mais l’espoir dans les générations futures qui, hélas, sera aussi miné par la polygynie. Une cellule polygynique, mettons, de quatre épouses43 (sans compter les concubines et servantes à engrossage) produira des enfants44 et ces enfants seront -espérons- des demi-frères et demi-soeurs. A une échelle plus vaste, une multitude de demis, par la force des choses consanguins du côté paternel, qui diminuent d’autant la variété génétique et qui, s’associant à l’endogamie persistante45, aboutit à des phénomènes gravissimes de consanguinité.46

Le goût suranné d’un fantasme

Comme les pays arabes puis musulmans ensuite, avant la manne pétrolière, ont décliné, sclérosés tous par conservatisme, leur capacité à capter les femmes extérieures s’est évanouie: plus d’argent, plus de force militaire, plus rien en somme.

L’attrait pour l’Occident et sa modernité qui, quoique parfois refoulé, persiste, explique le recul (relatif) de la polygynie. Le modèle du couple équivalent (pour ne pas dire égalitaire) peut se répandre. La monogamie est actuellement, sans conteste majoritaire.

Cependant, c’est plutôt le manque de moyens financiers, autant que l’arrêt des conquêtes et des razzias qui a épuisé le procédé. Tout n’est pas rose au royaume de Muhammad et des Muhammad. Le fantasme persiste malheureusement, dans les zones les plus reculées, pourquoi ne pas le dire, les plus musulmanes, à chaque fois. Les hiérarques trainent encore les pieds et ne condamnent pas nettement la pratique. Dès que les conditions s’y prêtent, les hommes profitent d’elles pour instaurer à nouveau le fléau.47 Même dans des pays réputés très laïques, elle relève la tête, et n’a jamais disparu: en Tunisie, les événements récents vont permettre à des notables de revenir aux anciennes pratiques ou de se déclarer polygames au grand jour. En Turquie, dans l’est, les grands féodaux kurdes, les potentats locaux cultivent aussi leur petit harem, au su des autorités. Atatürk lui-même ne vivait-il pas entouré d’un essaim de charmantes personnes, connues comme étant ses « filles ».
Ainsi, même officiellement réprouvée ou réprimée, elle subsiste et bénéficie d’une tolérance de fait, un peu partout, d’une sympathie, presque, d’une nostalgie, sûrement. Elle taraude les esprits et jouit d’un certain prestige, de la noblesse de l’Antique.

Seules, répétons-le la limitation physique de l’offre et la faiblesse des revenus empêche une résurgence massive.48

La permission dont nous parlions au début, en Libye, aura valeur de test: il n’est en effet pas certain du tout que les foules de pieux en profitent. Les jeunes ont sans doute envie d’autre chose et leur modèle culturel concernant le couple n’est plus Muhammad et Aïsha, pas si glamour que cela. Ils regardent la télévision, consultent internet et vendraient père, mère, Coran et médrésa pour prendre la place de David et Victoria Beckham.

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NOTES:

1 D.D. Souza, « The muslim practice of polygamy », Bulletin of the Heney Martin Institute of islamic studies 8, 1985 ; J. Chamie, « Polygyny among Arabs », Population Studies 40, 1986; Bjørnstjerne Bjørnson, Monogamie et polygamie, Paris 1897; Hussein Moussa Joheir, Polygamie et condition de la femme dans l’islam , Dakar, 1983; Pierre Mercier, Conflits de civilisations et droit international privé : polygamie et répudiation Genève, 1972; Samuel Amsler, “Quelques remarques sur la polygamie dans l’Ancien Testament : regard d’un exégète” , Flambeau : revue de réflexion théologique. Nouvelle série, octobre 2000, no 5; Ludovic Beauchet, “Étude sur l’ancien droit attique : de la polygamie et du concubinat à Athènes par Ludovic Beauhet”,… Paris, 1895 Nouvelle Revue historique de droit français et étranger, Juillet-octobre 1895; Gassan Asha, Mariage, polygamie et répudiation en islam. Justifications des auteurs arabo-musulmans contemporains , Paris 1998; Muhammad Badr, “The Number of Wives: An Historical Study [arabe]”. Bulletin of the Center of Papyrological Studies 1988; G. Ascha, Mariage, polygamie et répudiation en islam . Justifications des auteurs musulmans contemporains, Paris 1998.

2 La polygamie doit aussi être stable, se matérialiser sous le même toit, et se signaler par des rencontres régulières. La justice se doit d’avoir en sa possession des outils précis et solides, sans quoi elle se retrouvera comme une poule devant un couteau, ou un juge face à un cas d’excision.

3 Nous en avons déjà parlé, à propos de la condition féminine, quand des indices montrent des traces de polygamie féminine, de polyandrie donc, en Arabie du sud.

4 Le peintre Ingres, qui avait quelque chose d’un peu pervers, peignit la Grande Odalisque, ou le Bain Turc, pour que ces tableaux soient regardés, scrutés même, par des plus vicieux que lui. Le contact avec le réel peut être décevant, et lugubre. Lisez le désespoir exalté de Flaubert quand il parle, tout suintant pourtant de la petite Koutchouk Hanem (« Petite Madame »).

5 Dans quelques siècles, les érudits appelleront ce vice le sarkoziasme, et les ignorants se demanderont bien d’où peut-il venir.

6 Sourate 4/3.

7 Il y a ici, une césure inexpliqué: lors de la composition du recueil, des fragments épars ont été assemblés, et parfois, mal.

8 Ajout d’Hamidullah : « (ou afin de ne pas aggraver votre charge de famille) ».

9 Le monde d’internet, dans les langues les plus diverses, fourmille de ces explications qui ne valent pas le clic de la souris qui les a vu naître.

10 Un seul cas est présent dans la biographie prophétique, concernant un ancêtre lointain, grand notable mecquois. Mais il est aussi affublé d’une épouse très libre. Testus unus, testus nullus, et encore plus si c’était en arabe.

11 Nous faisons le point à ce sujet dans un autre chapitre, consacré à la condition féminine préislamique, qui révèle beaucoup de surprises.

12 Des vieux malins, en Afrique, par exemple au Nigéria, ont outrepassé largement. Les religieux du cru les obligent -pas par humanité, ou féminisme- à revenir à des proportions plus coraniques.

13 La Zina n’est « que » l’adultère à l’égard d’un mâle musulman, quand il est victime, c’est-à-dire quand une de ses femmes est coupable, ou soupçonnée seulement.

14 Mécanisme de transfert psychologique, banal: plutôt que de voir ses propres tares, l’individu les distingue chez autrui.

15 Croyez nous, et visitez un peu internet, pour voir que la question est sans cesse évoquée, à coup de fatwas et de grands discours pataphysiques, ou pour être charitables, para-scientifiques: ils se développent dans des territoires, d’ailleurs, où la pratique est strictement interdite, sans qu’aucune mesure ne soit prise.

16 La guerre libyenne a fait peu de morts, au total, et l’essentiel -des combattants- devaient être des jeunes, célibataires, des chiens fous, et peu efficaces. L’introduction de la polygynie avait été en fait déjà opérée sous le régime précédent, pour calmer les milieux intégristes, qui trépignaient. En leur donnant quelques multitudes de femmes, on pouvait espérer les calmer. La suite prouva que non. Mais le fond, le tréfonds de l’affaire reste que la femme n’aura pas le droit de dire que que ce soit. Elle n’aura pas, si elle est veuve, la possibilité de patienter, et sa tribu lui trouvera vite comme nouveau foyer celui d’un puissant, d’un riche, d’un influent. Il y aura alors toujours autant de jeunes célibataires surexcités et surfrustrés.

17 Etant mentionnée avec précision dans le recueil coranique, elle fait partie intégrante de la sharia, et elle est défendue comme telle dans le monde, jusqu’à maintenant.

18 Cf. le mythe de Tirésias, et … le Tafsir d’ibn Kathir.

19 Manque de chance, la masturbation n’est pas bien vue non plus (et en général par les religions). Elle est vue surtout comme une antichambre de l’homosexualité.

20 Le nivellement, terreur des aristocrates, refus de l’exigence et abandon des normes.

21 Liste fournie sur simple demande…

22 En dépit, par exemple, des commentaires, les Tafsir, des intellectuels, qui ne sont pas suivis. Sont-ils même lus?

23 Cette remarque n’a rien d’incongru pour qui étudie le processus de composition du Coran. Nous suivons là les travaux d’A.L. de Prémare ou de M. Cook. Les ignorants n’ont qu’à s’y frotter.

24 Le fait que la polygynie soit faite à l’usage des hommes plaide pour une origine militaire du processus. Mais il faudrait avoir plus d’informations. Les sources, au moins, sur les rapts collectifs de femmes, ne manquent pas (un chapitre complet, dans la partie sur le jihad pratique y est consacré), et il suffit de jeter les yeux sur le Livre des Conquêtes de Waqidi (réédité depuis peu en anglais) pour s’en convaincre. Si l’on entre dans la mentalité des pillards, on peut se retrouver dans la même situation qu’eux: capturer est sympathique, violer, formidable, mais après? Que faire des femmes prises et souillées? Le chef va nous dire, ou le prophète va nous dire, ou le dieu va nous dire. Ou les trois en même temps.

25 La religion, -toute religion- est pour beaucoup un moyen d’exister. Privé de celui-ci, l’individu, souvent des plus médiocres, dépérit, ou se révolte, use de violence. Il ne ressemblait pas à grand chose, puis il n’existe plus que par sa colère, et ne ressemble à rien.

26 L’Acropole entière tremble de ses marbres à entendre qu’elle est comparé à la Médine mohammédienne. Athéna fulmine et fourbit ses armes contre nous. Mais nous n’avons point Allah comme protecteur.

27 Les cas actuels de la Chine et de l’Inde sont dus à des circonstances exceptionnelles: repérage in utero du sexe des foetus, etc…

28 L’homosexualité est aussi une conséquence, mais qui ne peut être intégrée dans la violence. Elle est pourtant aussi répandue que fustigée. Répandue du fait du déséquilibre démographique évoqué plus haut.

29 A comparer à l’autre don d’Allah, le pétrole, qui devrait être source de bonheur et d’espérance, et qui produit le contraire.

30 Thème de poésie classique, cf. le chapitre sur la poésie pré-islamique.

31 L’Arabie était un vide d’hommes, un désert, au juste sens du mot. Constater qu’un vide envahit le monde n’est pas une chose facile à l’historien. Il peine à trouver le sommeil devant cette énigme.

32 Dans une seconde phase de la conquête arabe.

33 A moins de recourir aux achats de femmes à l’étranger, comme dans les émirats du Golfe. A moins, comme autrefois de recourir à l’esclavage de masse, au nord et au sud, mais de femmes avant tout, ou d’enfants.

34 La thèse peut s’appuyer sur un parallèle. Les invasions arabes, il faudrait en fait les considérer non pas comme l’aube du Moyen-Âge, mais comme les derniers mouvements de peuples, pour reprendre la formule de l’historiographie allemande. L’empire romain/byzantin est assailli partout, et pour les mêmes motifs. Du côté des peuples germaniques figurait une institution similaire: les chefs de bande pour motiver leurs hordes, accordaient des privilèges de polygynie. La technique a fonctionné un temps, avant la sédentarisation. Et puis aucun texte n’est venu inscrire de manière éternelle cette initiative. Au contraire, le christianisme veillait au grain et a rabattu vite l’orgueil des barbares.

35 Ils n’étaient pas si stupides. Sans être des génies juridiques, ils ont tenté ici et là d’apporter une forme de rationalité au texte, autant que possible.

36 La femme, dans la lignée hésiodique, est la mangeuse de récolte : une femme gourmande est le début de la faillite. Elle mange la richesse, la consomme sans la créer.

37 Le Coran l’autorise, dans un discours assez technique, froid. La Sunna a un son de cloche un peu différent, comme souvent: elle insiste pour dire qu’elle est néfaste, quoiqu’autorisée.

38 Silence général des commentaires sur la question. Souvent, le personnage de Muhammad doit être considéré comme constitué de plusieurs éléments.

39 Le situation désespérée et le statut inférieur de ces femmes ne leur laisse guère de dérivatif, sinon… la religion. Parfois, le désespoir est si grand, l’ennui si profond que lire le Coran en devient un réconfort. Il est le seul livre de la maisonnée, ayant tel un requin avalé tous les autres.

40 Prenez pour exemple la rubrique des Faits Divers des quotidiens algériens francophones; et mutipliez par 2,3, ou 4. Il est peu de lecture plus terrible.

41 Le garçon d’à côté peut faire les frais de la frustration, pour peu qu’il n’ait pas de protection sociale et ait des allures efféminées.

42 On serait bien inspiré de considérer la rhétorique martiale ou belliciste des dirigeants iraniens de cette manière.

43 Des malins ont estimé que le maximum de femmes était 9: d’abord à cause du modèle prophétique, mais surtout du fait d’une ambiguïté arithmétique. En effet, le texte coranique mentionne les chiffres 2,3,4. Mais s’agit-il d’une alternative (ou) ou d’une accumulation (et)? Si l’on penche pour le seconde solution, cela fait 9 au compteur. Les sunnites pensent que les shiites pensent ainsi.

44 La polygamie provoque-t-elle une hausse de la fécondité ou une baisse? Il reste difficile de répondre. Le débat est ouvert. D’un côté, la structure familiale n’a que cette destination, mais de l’autre, la partie masculine est soit sous-sollicitée, soit sur-exploitée, au moment où elle n’est pas à son meilleur sur le plan reproducteur. Un époux globalement stérile, comme Muhammad d’ailleurs, n’apportera plus rien. Mais l’impression, du point de vue du petit groupe est autre: il se sent plus nombreux, mais ce n’est qu’une grossière illusion car il ne sent pas ce qu’il fait perdre à la collectivité comme potentiel reproducteur.

45 Cf. J. Chelhod, « Le mariage avec la cousine parallèle dans le système arabe« , L’Homme 5/1965.

46 Sans vouloir trop médire, sur des phénomènes de toute manière impossibles à étudier (ou alors il serait possible d’étudier des nécropoles de Médinois des premiers temps, pour reconstituer les parentés par l’étude des squelettes -ne rêvons pas trop fort), l’idée que Muhammad a lancé dans ses conquêtes, et ses successeurs ensuite, des nuages de sauterelles composés de guerriers très consanguins -et donc assez proches de la débilité mentale- a quelque chose d’à la fois réjouissant et terrifiant. Les actuels Mutawwa, la police religieuse saoudienne, sont les purs produits de la polygynie et des mariages entre cousins: le résultat est une troupe composée d’individus débiles au physique, et tarés au mental, incapables qu’ils sont de faire autre chose de leur vie que de surveiller autrui et punir. Mais ils sont faciles à repérer et ne peuvent courir très vite: l’obésité et les difformités achèvent de leur donner une allure de peuple de fin du monde, les véritables Gog et Magog.

47 Notamment dans les territoires d’immigration, dans les pays occidentaux, où les aides sociales favorisent, comme un effet pervers, ce comportement; alors, pour certains, la polygynie devient, en plus d’un mode de vie, une forme de résistance identitaire et un moyen de subsistance financière. Les femmes sont par leur fonction reproductrice les ouvrières d’une petite entreprise. Les petits chefs religieux cautionnent et les autorités occidentales indigènes n’osent trop remuer la fange.

48 Qui n’a pas vu ces touristes saoudiens, accompagnés de leurs épouses asiatiques, malaises, indonésiennes, qui sont suivies à leur tour de rejetons très asiatiques aussi. Dans un siècle, le visage de l’Arabie aura changé, comme le visage des Saoudiens.

NB : l’auteur de ce texte nous a demandé provisoirement l’anonymat. César.

17 comments to Quatre pour le prix d’une. La polygamie, chancre de l’islamisme

  • COLRE

    Voici un angle d’étude du phénomène islamique qui correspond exactement au mien… C’est dire si j’adhère à cette analyse avec enthousiasme.

    Ce long exposé est remarquable, il faut en goûter chaque développement. La forme un peu polémique et ironique déplaira à « qui on sait », évidemment, et permettra au lecteur dérangé par le propos de s’en prendre aux intentions cachées de l’auteur, de le traiter d’islamophobe et de détourner ainsi l’insupportable réalité.
    Car, derrière cette forme, il y a une réalité féroce et pathogène qui est dénichée dans toutes les causes et implications de l’instauration polygamique.

    J’aurais tant de choses à dire sur cette question et j’ai plaisir à les voir exposées aussi clairement et complètement.

    Le traitement des femmes, leur statut inférieur et leur domination dans les sociétés musulmanes est au coeur d’une organisation vraiment « systémique », qui relie de très nombreux aspects et explique beaucoup des dérives pathologiques de l’idéologie sociale et politique de l’islamisme, réglée par la sharia.

    Je suis à fond d’accord avec ce paradigme : le contrôle des femmes est au centre de toutes les préoccupations et fantasmes des islamistes, et je trouve intéressant d’avoir fait commencer la chaîne de causalités par la polygamie (polygynie)

  • Lapa

    Au delà de l’intérêt évident de l’article qui est très étoffé et dru à lire, j’ai quand même du mal avec le style. l’apposition à l’infinie de virgules dans des phrases n’en finissant pas rend l’exercice de lecture assez saccadé.
    C’est une remarque purement formelle (que l’auteur ne le prenne pas mal) , le travail effectué est remarquable et les idées développées sont très intéressantes. 🙂

  • Léon

    C’est de ma faute, je n’ai pas fait le travail de corrections convenablement. Je m’y mets de suite.

  • D. Furtif

    Les éléments rassemblés par cet article sont évidemment incontestables. J’apprécie particulièrement les tentatives et les « contorsions des savants docteurs » qui commencent toujours par un
    – « C’est pas vrai »
    – suivi par un  » on était pas tout seuls »
    .
    La razzia comme mode de progression économique conduit au vol
    du stock de grain ,le contenu des silos
    Du stock de viande les troupeaux du voisin
    Le stock de force de travail , l’esclavage . Les femmes sont les premières à avoir subi ce fléau directement issu de la révolution néolithique et de la division spécialisation du travail .
    Le stock de femmes c’est le Harem, au départ une usine à travailleurs des champs ou à soldats.
    .
    Le sujet de l’article me fait penser à l’esclavage au Nouveau Monde , fréquent dans les sociétés agricoles indiennes du Nord Est et du Sud Ouest.Vous vous rappelez sans doute le cas de polygamie de « survie » exposé dans Little Big Man

  • Léon

    C’est un texte que je trouve remarquable par les thèses qu’il défend et qu’effectivement je ne crois pas avoir lu ailleurs … ( Notamment l’attrait de l’Islam par cette permission accordée d’avoir 4 femmes et plus…) 😆

  • Causette

    Il n’est pas si rare que ça de voir dans nos banlieues un homme avec 2 ou 3 femmes entouraient d’une ribambelle de gosses… 14, 17, 19 parfois. En Seine&Marne je connais deux cas. Ils n’habitent pas en hlm « ordinaire » mais ont obtenu des pavillons mitoyens avec jardin. Et les autorités (mairie, région etc…) savent parfaitement que là vit un homme avec plusieurs femmes (je serais curieuse de savoir la somme des allocations familiales pour 19 enfants 😯 ).

    Un cas a été médiatisé (mais pour seulement pour le niqab)

    Lies Hebbadj et ses 4 compagnes:

    – Nina G, dite Nisrin À 18 ans devient « l’épouse religieuse » d’Hebbadj et donne naissance à un garçon. Après 3 ans de vie plus ou moins commune, son mari lui présente, lors d’un voyage aux Émirats Arabes Unis, un ami avec lequel elle vit désormais. Seulement voilà, Hebbadj a conservé la carte bancaire de sa dulcinée, son chéquier et sa pièce d’identité. D’où la plainte en 2007 chez les gendarmes, contre son ancien compagnon. D’où aussi le blog qu’elle tient la même année à la rubrique « soeurs nantaises ». « Elle y décrit son endoctrinement, son “mariage” dans l’arrière-boutique de la librairie de Lies Hebbadj, en présence de personnes qu’elle ne connaissait pas. (…) Ses conditions de vie, les coups reçus d’Hebbadj. »

    – Sonia Y. Cette autre épousée est retrouvée errante, dans les rues de Nantes, en juin 2004, vers minuit, sans papiers, ni argent, mais avec le voile sur le visage. La jeune femme est enceinte. « Mon mari, explique-t-elle,voulait me faire avorter en me rouant de coups. » Entendu par les services de police, Hebbadj reconnaît l’existence d’une dispute en raison d’un désaccord sur le fait de garder cet enfant. Aucune plainte ne sera déposée.

    – Yona I. Lies Hebbadj est mis en cause pour avoir emmené une jeune mineure voilée à Dubaï, Yona I., sans le consentement des parents, qui portent plainte. Un projet de mariage religieux avec Lies Hebbadj naîtra de cette échappée.

    – Sandrine M. La désormais célèbre Sandrine M., verbalisée au volant de sa voiture et mère de quatre enfants, touche l’allocation de soutien familial. Le « soutien » financier de son « mari religieux », patron de trois PME, aurait-il été insuffisant ?
    Car Lies Hebbadj né en 1975 à Alger avait à Nantes une boucherie halal, un magasin de taxiphonie et un commerce de produits alimentaires de gros.

  • maxim

    j’ai retenu le numéro 36 des notes suivant ce remarquable article …

    c’est au sujet de la femme gourmande générant le début de la faillite, mangeant la richesse et consommant sans créer ….

    nous avions un invité à midi, j’ai acheté pour le dessert un flan, il en restait une belle part que je destinais à notre 4 heures, arrivé au frigo à l’heure du goûter …horreur et stupéfaction, elle avait tout bouffé !

    que dois-je faire ? :mrgreen::mrgreen:

  • COLRE

    C’est intéressant cette hypothèse consistant à lier la frustration des jeunes musulmans exclus du mariage et leur encouragement à se lancer dans la guerre de conquête…
    J’ai toujours pensé que ce que l’islamisme avait de plus pathologique c’est la polygamie.
    Comment légitimer une organisation sociale fondée sur l’exclusion sexuelle des 3/4 des hommes ?! la frustration est structurelle.
    Comment le supportent-ils ?

    Imaginez chez nous, les plus riches et les plus puissants, les Sarko et autres grands patrons disposant de 4 femmes, tandis que les 3/4 des hommes pauvres n’auraient aucun accès au mariage et aux femmes ?

    Comment nos gentils maboulocrates peuvent-ils accepter et défendre cette inégalité sociale abominable ? Comment la respecter ?! comment ne pas hurler au fascisme et à la dictature des riches ?!
    C’est à ne pas croire… 😯 🙄

    La polygamie est une vraie perversion politique et sociale.

    • Causette

      C’est intéressant cette hypothèse consistant à lier la frustration des jeunes musulmans exclus du mariage et leur encouragement à se lancer dans la guerre de conquête…

      Ne pas oublier que les jeunes musulmans ont, eux les gars, le droit de se marier avec une non-musulmane. Par contre les filles, elles, n’ont pas le droit, et que ça peut se terminer très mal pour elles si elles transgressent cette règle.

      on n’est donc pas étonnée de constater que la grande majorité des musulmans qui arrivent en Europe sont des hommes. Voir par exemple Lampedusa:
      – en février 2011, un millier de réfugiés supplémentaire.
      – avril 2011, La première embarcation est arrivée à Lampedusa peu avant l’aube avec 133 personnes à bord, dont trois femmes, la deuxième vers 8 heures (heure de Paris) avec 113 autres immigrés…
      – mai 2011, 800 immigrants ont débarqué à Lampedusa
      – sept 2011, Lampedusa au bord de l’implosion.

      Bref, sur le nombre d’arrivants combien de femmes? ce serait intéressant de savoir.

  • Causette

    De mieux en mieux. 50 millions d’euros à destination des banlieues françaises… Pourquoi tant de générosité ? « Les français d’origine arabe peuvent nous aider », affirme l’ambassadeur, qui n’exclut pas une possible augmentation de l’enveloppe si nécessaire. Pour lui, nos quartiers populaires représentent « l’avenir de la France ».

    Les Français d’origine arabe, musulmans ou non, les athées aussi?

  • Asinus

    de l’ambiguité du discour du male occidental face à cette spécificité orientale qui n’est pas uniquement musulmane
    déja Montesquieu affirmait
    A regarder la polygamie en général, indépendamment des circonstances qui peuvent la faire un peu tolérer, elle n’est point utile au genre humain, ni à aucun des deux sexes, soit à celui qui abuse, soit à celui dont on abuse»: L’Esprit des lois . Mais à lire de prés ce grand esprit un rien  » faux derche » le lecteur des Lettres persanes ne peut s’empêcher de supposer, de la part de Montesquieu, quelque plaisir complice à être spectateur des événements du harem –
    bain, déshabillages, fessées, larmes, etc. Le regard indiscret sur les mystères du harem est la contrepartie du regard libre sur la civilisation française. Les images «voluptueuses» sont décrites avec trop de complaisance pour ne pas correspondre aux convoitises imaginaires de Montesquieu
    in j Starobinski
    hé hé la raison l’éducation nous convient à rejetter cette inclinaison , l’envie l’appetit ne l’enfouissent guere loin dans ce que Colre nommerais mon cerveau reptilien.
    Yep tout homme  » civilisé » est une guerre civile .
    Asinus/ ne varietur

    • D. Furtif

      Nabsolument
      Il faut considérer les multiples maitresses et les presque autant de bâtards de Louis XIV tous légitimés qui sont dans l’esprit de tous et de Montesquieu lui même quand il écrit les Lettres Persanes
      Excellent la citation des convoitises.

      • Asinus

        Excellent la citation des convoitises.

        yep j’ai cité de mémoire c’est tiré d’une these sur Montesquieu que j’ai lue il y a quelques temps .

  • D. Furtif

    En passant
    **********
    Si les réactions enragées de l’exponaute et de ses semblables sont à la mesure de la qualité de ce texte. Il est excellent.
    Il faut continuer à puiser dans cette source cher Caesar

  • Léon

    En Inde, un truc sidérant: en principe la polygamie n’est autorisée qu’aux musulmans ! Il existe toutefois chez les non-musulmans une polygamie indienne traditionnelle et illégale mais, à l’appui de cet article il paraît que beaucoup d’indiens se convertissent à l’islam pour avoir le droit d’être polygames ….
    http://www.courrierinternational.com/breve/2009/02/17/une-foule-de-polygames-en-inde

  • Causette

    Ne Serait-ce pas une preuve de laïcité pour toute la France ? ici. un seul commentaire mais intéressant.