Orphée, Eurydice : un mythe prométéen.

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Non, le mythe d’Orphée et Eurydice n’est pas une bouleversante histoire d’amour, mais une horrible déclinaison de celui de Prométhée, c’est-à-dire une variation sur le combat que l’homme mène contre les dieux à s’approprier des pouvoirs qui leur appartiennent.

Orphée est un humain, même pas un demi-dieu. Il a reçu par la naissance et obtenu, grâce à son travail, le talent de jouer de la musique. Mais pour en faire un grand musicien il avait fallu l’intervention d’Apollon, car seuls les dieux contrôlent le temps. Or la musique est une maîtrise du temps.

Oui, Orphée l’aimait son Eurydice, ô combien il l’aimait… Contempler son visage, ses yeux surtout, cette porte vers son âme infinie… Cette ivresse d’elle qui lui dictait les sons, poussait la voix, mettait ses mains en mouvement sur les neuf cordes de sa lyre, une par muse…
Et comme il n’y eut jamais d’amour humain aussi grand, il fallut bien que les dieux, jaloux, s’en mêlent…

Lorsqu’Eurydice meurt, piquée par le serpent, cet amour qu’Orphée lui porte est impuissant à la sortir des enfers. C’est son pouvoir musical, celui qu’il tient d’Apollon, qui le lui permettra : de son chant, il envoûtera le chien Cerbère, les terribles Euménides et parviendra jusqu’à Hadès.

Mais lui, ce n’était pas pareil : Hadès était un dieu. La musique ne pouvait endormir un dieu…

Pouvait-elle l’attendrir au moins ? Non, car les dieux n’ont pas de cœur. Ils jouent aux dés. Et ils peuvent rejouer, ouvrir des possibles aux destinées humaines.

Hadès a relancé les dés pour Orphée et Eurydice…

Mais il savait ce qu’il faisait en posant à Orphée deux conditions: ne pas se retourner sur Eurydice, ni lui adresser la parole avant qu’ils soient sortis des enfers… Il savait qu’il ne les respecterait pas. Mais  pas à cause de sa faiblesse d’ humain, incapable de résister à une telle tentation, à un tel amour pour elle.

Non, ce n’est pas tout à fait cela…

Contrairement aux dieux qui se suffisent à eux-mêmes, les humains ont besoin du regard de l’autre, de l’être aimé pour produire, créer, se sublimer. Et comment Orphée, pour réussir à quitter les enfers, aurait-il pu rester assez inspiré et talentueux pour maintenir Cerbère à sa niche et les Euménides endormies au fond de leur grotte, sans plonger ses yeux dans l’infini de ceux d’Eurydice ?

Il le savait ce salaud d’Hadès…

Les dieux en avaient décidé ainsi : les humains ne peuvent s’approprier leurs pouvoirs.

Prométhée en avait été puni. Mais si sa punition a été légère comparée à celle d’Orphée : c’est que la musique est un grand pouvoir divin. Bien plus grand que le feu.

8 comments to Orphée, Eurydice : un mythe prométéen.

  • D. Furtif

    Ils prétendent avoir chassé le Chaos pour mettre en place l’ordre et la raison : le Cosmos.Il n’ont installé que leur bon plaisir la pagaille de leurs jeux pervers et l’absolutisme de leur indifférence .
    Ils se jouent de nous en nous faisant espérer, en nous laissant croire à la charité.
    Ils nous enseignent que sont des vertus ces trois faiblesses.La foi l’espérance et la charité
    Mais nous avons su les chasser en les frappant là où ils étaient fragiles , vulnérables.
    Pas en leur faisant la guerre c’est un leurre qui les rend plus forts avec son cortège de souffrances et de barbarie.Simplement en les laissant tomber dans l’oubli , en les privant de nos regards. Il aura suffi de ne plus jouer à leurs jeux sadiques à ne plus tenir compte de leurs promesses puériles de paradis éternels.
    En délaissant leurs hochets d’après la mort nous nous sommes tournés vers nos vies. Les Anciens nous avaient montré la voie , nous avons su la retrouver.Le bon vieux stoïcisme sans phrase les renvoie à leur théâtre d’ombres ce ne sont plus, eux et leur successeurs prétentieux avec leur omnipotence, que des chimères qui s’évanouissent dans l’esprit des hommes.
    Orphée est la victime d’un jeu pervers , victime non pas de la mort d’Eurydice qui n’était pas assez pour ces sadiques jaloux d’un sentiments qui ne leur était pas destiné. Il leur a fallu distiller le poison de l’espoir, de l’espoir qui fait croire à un mouvement charitable du destin .Le chat avec la souris.
    Il se noyait dans son chagrin ils ont fait semblant de lui tendre la main et…il ont piétiné cet espoir en ricanant.
    Orphée est le mythe de la grandeur de l’homme, le mythe de son destin: la mort, et le mythe de ce qu’il aura à payer s’il l’oublie et croit un bref instant qu’il peut s’en extraire.C’est l’avertissement suprême à l’artiste qui croit pouvoir accéder au ciel mais n’y monte jamais.Le Poète a toujours raison qui voit plus loin que l’horizon . Ce royaume doré n’est pas pour lui. S’il l’oublie c’est la chute d’Icare qui lui est réservé.
    L’Olympe est une cité dorée de retraités millionnaires qui se veulent éternels comme Miami et sa région, où des mémères emperlousées et aux cheveux bleus règnent en interdisant l’accès aux étrangers , aux jeunes , aux enfants, aux malades….à la vie.
    Nous n’avons rien à y faire.

    • Léon

      J’ai bien envie t’intégrer ce texte dans le mien. Je ne sais pas encore comment. Mais je trouve que ça vaut le coup.

      • D. Furtif

        Oh Léon! je me levais …j’ai laissé venir…c’est plein de fautes.
        Ça fait plus d’un mois que ton Nartic est en attente , un mois que je me retiens ,… ne pas aller le lire.
        Enfin ce matin ….J’ai dû aller faire réchauffer ma tasse .
        J’ai trouvé que les Dieux d’aujourd’hui jouaient le même jeu que ceux d’Orphée , la même vieille mécanique.

  • D. Furtif

    Je vous en parlais avant hier .
    L’horrible mort , l’ignoble mort l’a frappée à 41 ans!
    Mon dieu comme les femmes sont belles à 40 ans!

  • Lapa

    Bien vu! mais la mythologie n’est-elle pas finalement toute entière prométhéenne?

  • Léon

    Toute entière prométhéenne ? A la réflexion je ne crois pas. Sauf dans le sens que suggère Furtif, celui de l’existence des dieux par notre unique regard. Ca peut se plaider…
    D’ailleurs, un truc m’a toujours interpellé. Nous n’arrivons pas à vraiment voir la mythologie greco-romaine autrement que comme une sorte de récit du monde, alors que pour ces antiques c’était vraiment une religion.

  • D. Furtif

    Ça se pourrait bien Lapa, alors…dans cette optique le Christianisme les enfonce toutes.
    Mais le christianisme qui …
    Celui que nous saurions voir dans la face tourmentée de notre frère qui geint et pas dans les grimaces de la valetaille ensoutannée tout occupée à sa quincaille de miracles et de commerce des reliques.
    Rien à voir avec la charité conditionnelle mais la fraternelle exigence de justice.
    Si on va dans ce sens le christianisme vécu dans une réelle communion avec le crucifié , n’a plus besoin de Dieu créateur.
    Et on s’en fout de la vie éternelle et de la récompense.Quelle minable mentalité de boutiquiers.

  • asinus

    yep , vous excuserezl’ex soudard mais le panthéon grec m’a jamais branché pour tout dire m’a toujours semblé
    manquer de testostérones et puis cette lutte des humains contre les dieux pffff je prefere de loin le hof avec ses ases et ses vanes et les humains passant leur temps a essayer de fumer les dieux .Yep lisez r Boyer
    ou l’edda de snorri ,au nord les hommes pissent debout face à la camarde .Et puis des siecles de peintures et de statuaires d’ephebes pffff les vieilles barbes propagandistes d’athenes ne pensaient qu’a leur giton.
    Croyez votre ane pythie préféré l’heure de la castagne s’approche yep entre filer l’obole à Charon pour passer le fleuve et le banquet au valholl mon choix est vite fais !!!!