Manger des insectes…

© IRD /E.Dounias

« Science au sud », le magazine de l’IRD, s’intéresse dans son numéro 63 aux insectes dans l’alimentation humaine en Afrique et c’est, comme d’habitude, tout à fait passionnant.

Il s’agit d’une ressource particulièrement abondante en milieu tropical et les invertébrés sont de consommation courante chez de nombreux peuples d’Afrique, cela s’appelle de l’entomophagie. Termites, criquets, coléoptères au stade larvaire, chenilles de papillons etc, la liste des insectes comestibles est très longue. A certains endroits il s’agit d’un apport alimentaire régulier pouvant constituer jusqu’à 40 % des protéines consommées, à d’autres c’est une consommation occasionnelle, voire une friandise particulièrement appréciée des enfants.

Les insectes ont des propriétés nutritives tout à fait exceptionnelles.

Riches en protéines, les insectes constituent ainsi un substitut idéal du poisson et de la viande. Mais en sus de leurs apports en protides, lipides et glucides, ils sont également une source de vitamines et de minéraux essentiels tels que le calcium, le zinc, le fer et le potassium. Les chenilles, par exemple, contiennent entre 40 et 80 % de protéines, à comparer avec les 20 % de la viande de bœuf.

Incidemment, mais c’est un autre sujet, contrairement aux animaux d’élevage, les insectes produisent très peu de méthane, gaz à effet de serre au moins aussi redoutable que le CO2, et ils émettent très peu de déjections. Ils ont aussi parfois des propriétés médicinales reconnues.

D’un point de vue gastronomique, la star reste incontestablement la termite.

Comme il est à peu près impossible de détruire une termitière construite au sol autrement qu’à l’explosif, les termites sont piégées et capturées au moment de l’essaimage, lorsqu’une partie d’entre elles quitte la termitière et s’envole, dès les premières pluies, pour en fonder d’autres.

Il s’agit d’une chasse très particulière qui a ses spécialistes. En effet, ces envols ne se produisent qu’une fois par an et il s’agit de ne pas de les manquer. Les termites sont averties des conditions favorables par le changement de degré hygrométrique et le bruit des premières pluies ; l’envol a lieu le lendemain ou le surlendemain.

Les chasseurs de termites savent interpréter, en écoutant, ce qui se passe à l’intérieur de la termitière, si l’envol est proche ou pas. Ils auront, au préalable, construit une sorte de tente en paillage qui recouvre toute la termitière mais laisse une ouverture en bas qui conduit vers une rigole pleine d’eau. Les termites ne peuvent sortir ailleurs et, une fois leurs ailes mouillées, ne peuvent plus s’envoler. Elles sont alors facilement attrapées par tout le clan, réuni pour l’occasion.

Certains chasseurs encore plus malins, calfeutrent soigneusement toutes les ouvertures et les libèrent en imitant le bruit de la pluie qui tombe sur la terre et la termitière, avec un bâton. Ils arrivent ainsi à mettre en vente leurs termites beaucoup plus tard que les autres sur le marché, à un moment où il n’y en a quasiment plus et en tirent ainsi un meilleur prix.

La vente des insectes est d’ailleurs passée d’un stade artisanal à une forme d’agro-business puisqu’on commence à les trouver sous une forme déjà transformée : cuits, surgelés, dans des conserves, en brochettes etc…

Miam, miam…
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D. Furtif
Administrateur
D. Furtif
6 avril 2012 9 h 54 min