Le droit islamique et ses travers

Lectures :2652

Nous allons publier une série de textes inédits d’Iskender relatifs à la Sharia; voici celui qui sert d’introduction à l’ensemble.

Léon

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J’ai vécu longtemps mais je n’ai jamais vu
une assemblée ou un rassemblement de gens
plus fidèles à provoquer leur soumission
(…)
un cavalier qui est venu chez eux les a divisés en deux , en disant:
« ça permis! ça interdit! et ce genre de discours.

(Poème d’Abu Afak.)

_oOo_

Religion et société, loi et monde: din wa dunya, l’islamisme n’est pas qu’une religion. Cela ferait tellement plaisir qu’il en soit autrement, pour rassurer les masses. Hélas non, si l’on compulse la doctrine dans ses recoins et détails, jusqu’à s’en dégoûter. Mais il faut bien que d’aucuns s’en aillent au charbon, là où l’oxygène manque et la sottise abonde.

La loi musulmane, la trop fameuse sharia, dont le nom seul suffit à inquiéter, est une loi globale, totale, qui régit en un bloc l’ensemble de la communauté. Elle a pour origine les prescriptions du Coran, qui sont confirmées et complétées par la tradition, les hadiths. Tout comme le Coran, elle ne sort pas toute armée du crâne d’Allah. Elle est le fruit d’un long processus de constitution, et à la fin de ce processus, pour fournir à l’ensemble un contexte avantageux et romanesque, la scène et la tente ont été plantées à Médine. C’est à Médine qu’aurait été promulgué l’essentiel de cette législation, sous la forme de révélations coraniques. Ce serait aussi à Médine qu’elle se serait appliquée pour la première fois au monde, dans sa rigueur native, autour d’un personnage obsédant et obsessionnel, source vivante de pensée et de législation, objet délirant de vénération, au détriment de la divinité elle-même et de toute réflexion sur celle-ci. Très vite, la théologie et la philosophie se sont soumises à une puissance tyrannique et toute puissante: le droit musulman. Il les a peu à peu remplacées intégralement et règne sans partage sur ce monde, et ce règne perdure dans certains territoires de la surface du globe, tels que l’Arabie Saoudite. Même en Occident, le personnage de Muhammad a conservé une forme de prestige, en tant que législateur archaïsant, au même rang que Lycurgue ou Charlemagne. Mais il serait temps de passer à d’autres références, à de vraies intelligences et non à de vils mystiques.

La sharia en tant que telle, stricto sensu, comme le concept d’un ensemble de règles, est-telle véritablement coranique? Pas tant que cela. Certes, le fait est évident, les lois pullulent dans le corpus, elles l’infestent, pour contaminer l’humanité par la suite. Telle est l’impression, d’autant que les lois sont surtout placées en tête du corpus. Mais au total, si l’on omet leur capacité de nuisance, elles ne forment que 10% du total environ, et surtout, l’essentiel est fondé sur un verset, que voici:

(Corpus coranique d’Othman 42/13).

Il vous a légiféré en matière de religion, ce qu’Il avait enjoint à Noé, ce que Nous t’avons révélé, ainsi que ce que Nous avons enjoint à Abraham, à Moïse et à Jésus: ‹Etablissez la religion; et n’en faites pas un sujet de division›.

Cela n’a pas semblé suffisant et la Sunna s’est chargée d’en ajouter tant et tant, et le résultat est celui qui saute aux yeux de nos jours, quand le contrôle s’étend sur tous, que les juristes mènent la danse et menacent toutes les tentatives progressistes. L’excès était prévisible, et il est préjudiciable. Mais il était aussi inévitable, puisque le Coran comme livre de loi, comme code, n’est pas le pire qui soit, mais il est tout de même bien difficile d’en faire une base de législation. Il a fallu ajouter d’autres sources, qui vont de la comparaison subtile entre le contenu des sourates et les cas présents, ou bien, une sorte de consensus général, de l’Umma entière, qui peut devenir une source, toujours secondaire et facultative, du droit.

Il serait intéressant, et même franchement cruel, de comparer cette structure à la fois archaïque et totalitaire au Code Justinien, antérieur pourtant d’un siècle : celui-ci rassemble l’essentiel du corpus juridique de l’empire romain, assurant ainsi une base incontournable pour le droit européen. Une référence rude mais plutôt glorieuse que l’Europe a hélas oubliée, comme trop souvent.

D’où vient enfin cet amour de la loi la plus contraignante possible? L’attrait de la norme est massif, et vient d’une fascination que les psychologues seuls, et non les prophètes, pourraient expliquer.

La réponse semble assez évidente: la Torah, loi des Hébreux puis des Juifs correspond le plus à cela. Le Talmud ensuite, sans doute; mais dans l’allure, la Torah est plus susceptible d’avoir inspiré les savants islamiques. Le processus s’est sûrement enclenché bien après la mort de Muhammad, et celui-ci n’a dû avoir qu’un rôle initiateur lointain. L’influence juive a dû enfin être favorisée par la réaction des normes shariatique par des musulmans eux-mêmes d’origine juive. Une fois de plus, l’islamisme s’est construit au regard d’autrui, pour égaler, pour dépasser, en réagissant à l’existence d’autres doctrines.

Le résultat est celui que l’on connait, parce que dans la théorie, la bête immonde n’a pas regressé, comme on aurait pu l’espérer. Non, elle s’est enflée encore, et tient la dragée haute aux pleutres réformateurs. Elle reste un énorme caillou dans la chaussure, une terrible écharde dans leur pied, qui les fait boîter, qui affecte l’allure de la marche, et infecte l’organisme. Son amendement est strictement impossible, et n’a pas été réellement tenté au demeurant. L’illusion a été de chaque fois revenir vers le passé, regarder dans le rétroviseur, et mettre les catastrophes sur le dos d’innovations blâmables. A cette allure, nous risquons de retrouver le Code d’Hammurabi au XXIIème siècle, comme référence sublime. Bref, rien à attendre de lâches et imbéciles clercs, sinon de faux semblants et de faux espoirs.

La solution, beaucoup l’ont déjà trouvée: elle est dans l’évitement, l’oubli, l’hypocrisie, qui fait en réalité, que la sharia n’est pas vraiment appliquée. L’Humanité sait ce qui lui est fondamentalement hostile, en général, et au contact du danger, est capable de trouver les solutions adéquates. La sharia est partout un danger, et seuls des sociétés pétrolières ou nihilistes peuvent s’y accrocher, sous les yeux du monde entier.

Finissons par rappeler deux points de comparaison.

Le judaïsme connait aussi un ensemble de lois sociales globales, qui sont d’origine religieuse. Mais l’évolution de ce même judaïsme, son émiettement surtout, ont fait en sorte que son application soit très amoindrie. Aucun Etat juif, même Israël de nos jours ne peut imposer une application globale de la Torah, enrichie de tous les commentaires talmudiques. Le parallèle avec la forme islamique doit tout de même être gardé en mémoire. Il est probable qu’à la base, la législation islamique était juive dans le fond et dans la forme, avant de bifurquer vers un « autre chose ».

Quant aux chrétiens, l’impression est que leur influence est moindre. Parfois, des demi-savants tentent de faire croire que la sharia correspond au droit canon dans l’occident médiéval. Mais le droit canon s’appliquait à l’église, sans s’étendre sur le reste de la société. Sans parler déjà de laïcité, un pas était déjà largement franchi, et pour cela, il convient de remercier les Romains, puis les grands royaumes européens, lesquels ont fait en sorte de contenir l’influence religieuse.

7 comments to Le droit islamique et ses travers

  • Léon

    C’est effectivement une curiosité ( et une vraie singularité) de voir le droit supplanter, au sein d’une religion, la philosophie et la théologie. Je me faisais la réflexion que ceux qui espèrent ou prônent un « islam modéré », en particulier dans la forme « islam de France », ne semblent absolument pas mesurer que ce qu’ils demandent, c’est ni plus ni moins un schisme au sein de cette religion. Il est utile, à cet égard de lire un certain nombre d’articles parus sur oumma.com, où l’on sent, incontestablement une certaine gêne des musulmans vis à vis de l’archaïsme et de l’obscurantisme de leur religion, mais aussi les limites infranchissables de leur éventuelle démarche réformatrice.Ici, par exemple. Un bon exemple de cette limite est la question du statut des femmes évoqué par l’article.

    On admirera les contorsions intellectuelles...

  • En français, nous avons un mot pour décrire les contorsions intellectuelles religieuses : le jésuitisme !

  • D. Furtif

    Le Mysticisme ahhhrrrg 👿 👿
    .
    Normalement la philosophie devraient nous apprendre à le reconnaitre . Le reconnaitre pour en cerner les limites et les dangers.
    Mais depuis le temps que les prétendus philosophes ont choisi de céder aux charmes de l’exotisme culturel, ils lui attribuent des vertus qu’il n’a jamais eu.
    Car au bout du compte qu’est-ce que le mysticisme sinon un appel à oublier sa conscience et toute la construction parfois millénaire du rationalisme.Un appel à la soumission, à l’ineffable, au révélé, un appel à faire taire l’appel à la liberté
    Le mysticisme une manière d’être sourd à sa propre conscience et une manière de faire taire celle des autres en utilisant tous les artifices du sophisme.
    Eh oui , …normalement les philosophes devraient nous en protéger, mais ils préfèrent quand ils jouent aux vénérables s’adonner aux joies des arts décoratifs de la pensée, ça fait plus joli en société et sur les forums.On fait ami ami avec tout le monde.

  • Causette

    Bonjour à tous

    L’autre jour je lisais la bio de Soheib Bencheikh, que l’on dit musulman progressiste et qui voudrait décomplexer les musulmans face au progrès
    « islam et laïcité »
    Soheib_Bencheikh s’oppose à toute recherche de compatibilité entre islam et laïcité car la problématique est à ses yeux, mal posée.
    « La recherche de la compatibilité de l’islam avec la laïcité est inutile. Elle risque même d’être injuste notamment si on en fait une condition préalable à l’intégration de cette religion dans le champ du droit. Toute l’épaisseur idéologique accolée à la laïcité, toutes ces idées libératrices, progressistes, athées ou anticléricales avec lesquelles je puis converger ou diverger, n’ont en pratique aucune légalité et ne jouissent d’aucun consensus. Dans ce cas, le débat entre l’islam et plusieurs formes idéologiques de la laïcité ne concerne que ceux qui veulent s’enrichir par le jeu des confrontations d’idées et la comparaison des pensées humaines…»

    Avez-vous souvenir que l’Humanité aurait offert une tribune à un rabbin ou à un curé? peut-être un bouddhiste?
     » La laïcité doit s’enrichir de la présence mulsumane  » Par l’imam Soheib Bencheick

    • ranta

      Allons causette ! le consensus divin, il n’y a que ça de vrai. Combien de fois faudra-t »il te le dire !

      Tu nous le copieras 100 fois.

      • Causette

        Bijor Ranta
        Tu te rappelles comment on fait pour gagner du temps pour copier les 100 fois :mrgreen:

        Cruelle réalité!

        sous titre: La djihad appartient-elle au passé ?

        La djihad est-elle terminée aujourd’hui ? « Pas du tout, affirme l’écrivain indien Suhas Majumdar dans son livre : Djihad, la doctrine islamique de la guerre permanente. Ce qu’il faut comprendre c’est qu’aujourd’hui encore le commun des musulmans prend toujours littéralement le message du Coran, bien qu’il ait été composé il y a 1 400 ans selon les termes et les coutumes de son époque et n’a pas été adapté aux exigences du monde moderne. »
        (…)
        Et l’Occident alors ? Nos intellectuels divisent l’islam en deux clans : l’un libéral, l’autre fondamentaliste, ce qui pourrait se révéler une grossière erreur : « Le refus de l’Occident à reconnaître la vraie nature de la renaissance islamique actuelle constitue un échec intellectuel colossal, écrit Majumdar, car l’islam continue de jurer par les injonctions du Coran. » L’intellitgensia européenne en général, et française en particulier – n’est-ce pas, Mr. Bernard-Henri Lévy ? – qui a soutenu la Bosnie, a-t-elle compris qu’elle laissait peut-être un cancer ravager l’Europe ? Que demain, ceux qui ont été défendus – souvent à raison – vont néanmoins réaffirmer le militantisme de leur foi islamique. Et Bernard-Henry Lévy et ses pairs se sont-ils donnés la peine de creuser un peu plus dans l’affrontement entre Serbes et Bosniaques ? …