Bande dessinée : Le point G en G

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Dans la même veine que Vittorio Giardino pour son sens du récit historique ciselé et du trait perfectionniste – qui va souvent de pair avec une production espacée – Jean Pierre Gibrat est un auteur de B.D qui mérite le détour.

Celui qui aime l’univers de Giardino se satisfera de trouver en Gibrat comme un prolongement de l’autre, une filiation, bref de quoi se consoler de la rareté de leurs productions à tous deux.
Des héros ordinaires et fragiles projetés dans des conflits qui perturbent leur destin pour en faire des acteurs involontaires d’un drame… et toujours… des femmes attirantes et fortes, sinon résistantes (pris dans les deux sens), pour les y précipiter… destins mêlés.
Des récits pleins de justesse, de sensibilité et de réalisme qui vous prennent dès le début pour ne plus vous lâcher. C’est bien ce que l’on demande au 9ème art, de sortir de ses planches comme on sort d’un grand film, touché, un brin groggy, avec en prime le rappel de l’urgence à vivre.
Gibrat dit volontiers des périodes de guerre qu’elles obligent les hommes à se révéler tels qu’ils sont. C’est aussi une mine d’observations pour un auteur, sans nul doute une aide précieuse pour scénariser.
Dans l’album « le Sursis », le héros Julien se planque dans une grande bâtisse désertée par son occupant, un maître d’école juif raflé par la milice. Du haut de son poste d’observation, il assiste à son propre enterrement, puis à la vie de son village au jour le jour. Autant parce qu’il refuse de s’impliquer dans ce conflit que parce qu’il est donné pour mort, Julien fait ni plus ni moins ce que 90% des hommes feraient dans de telles circonstances : survivre, se nourrir, aimer de loin ou de près.
Les personnages ne sont pas « tout noir » ou « tout blanc » comme dans la galerie marchande d’à côté, et en BD comme ailleurs, c’est plutôt un gage de sérieux et de qualité.

Ici, la palette des couleurs est parfaitement maîtrisée, tout comme le dessin,  mis au service de la narration, avec une beauté cinématographique qui se dégage de l’ensemble.


Dans le « Sursis » comme dans le « Vol du Corbeau », l’auteur fait la totale ; scénario, dessin, colorisation, rare pour être souligné, avec en récompense, le prix du dessin au Festival d’Angoulême 2006 pour le 2ème tome du « Vol du Corbeau ».
Comme Giardino, son « aîné », Gibrat délasse volontiers son pinceau dans l’érotisme… jolie femmes, histoires légères et délicieuses.

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A gauche : Gibrat… A droite : Giardino

Au final, pour l’un comme pour l’autre, c’est toujours un plaisir rare, trop rare même, à déguster avec un bon Bourbon près de la cheminée…

7 comments to Bande dessinée : Le point G en G

  • D. Furtif

    Tu l’as dit c’est l’heure du Bourbon

  • asinus

    yep yohan dans Gibrat je les trouves un peu  » passifs » meme quand ils agissent ils ont l’air en retrait les personnages et les decors un peu  » léchés » me demande ce que le « sursis » scénario génial aurait donné avec un noir blanc genre manara ou meme Prat?
    excusez le vieux grincheux par exemple la dernier toph de Gibrat autant on croit au décor derriere autant la jeune dame au premier plan fait vignette pornmanga .
    J’ai hate de vous lire de nouveau
    asinus

  • Lapa

    une bonne idée cadeau pour Noël ça!

  • ranta

     » fait ni plus ni moins ce que 90% des hommes feraient dans de telles circonstances : survivre, se nourrir, aimer de loin ou de près. »

    Je pense que tu es optimiste avec 90%. A mon sens c’est encore plus.

    Bon, salut Yohan, content de te lire. En fait je ne savais pas trop si je voulais commenter, tant je n’ai pas d’opinion sur la BD. En y pensant, je me rends compte que j’aime surtout la BD caricaturale. Binet, Franquin, Uderzo et P’tit Luc, etc… Dès que l’histoire devient sombre, dès qu’elle devient trop réelle, je décroche; sans doute que je ne veut pas pas rajouter à la grisaille quotidienne; alors qu’avec un roman je ne ressants pas la même chose : Mais dans un roman, on est tous notre propre metteur en scène et acteur.