Les rythmes scolaires : une priorité

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lundi 1er septembre 2014, par

Grosse Fatigue

J’adore les rythmes scolaires : c’est un débat très utile. Je regarde mes gamins, j’en ai quatre, je sais de quoi je parle. Merde alors.

Ils maîtrisent assez bien les rythmes. Savent différencier le binaire du ternaire, et les animaux du quaternaire, la jungle en folie. Binaire : le temps se divise par deux. Ternaire : le temps se divise par trois. Je crois que Najat ne le sait pas encore, elle préfère découper les semaines, étonnons-nous ! Le blues est ternaire, 12/8 : douze croches dans quatre temps. 12 veut dire « douze » et le « 8 » en-dessous symbolise la croche. Il faut juste apprendre tout cela par cœur. Oui : par cœur, comme un poème de Mallarmé, et mal armé, pour un ministre, c’est un minimum. 12/4=3. Trois croches par temps. Chantez un blues, vous comprendrez. Au pire, attendez novembre.

Je poursuis : le 4/4, c’est quatre noires. Quatre temps. Le rythme de quatre-vingt dix-neuf pour cent de la merde radiophonique, internet, télévisuelle, David Guetta. Boum boum boum boum. On doit théoriquement taper des mains sur le second et le quatrième boum. Mais depuis bien avant Sophie Marceau, ça n’a plus aucune importance. C’est comme le français, la conjugaison, vous pensez bien : l’important est que l’on se comprenne à défaut de s’entendre, non ? Le contraire peut-être ?

Anecdote : un copain adorant les nouvelles technologies demandait à son Ipad™ mini de lui dire quel était ce morceau en anglais…. Si le service de Google™ avait été vraiment malin, il lui aurait répondu : it’s shit. Mais ne nous vexons pas.

Le 3/4 : la valse. Vienne, l’avant-guerre mais laquelle, vous voyez bien, les publicités pour du café ou des voyages en paquebot avec Luc Ferry, ce qui la fout mal sur un paquebot qui dépasse la Manche comme la Rolex™ du monsieur… Trois temps, ou mille pour Brel. Un rythme en voie de disparition. Je lui préfère le 6/8. Six croches, deux temps. All Blues : c’en est un. J’ai longtemps confondu le 6/8 et le 3/4. J’ai mis dix ans à comprendre tout cela. Je pensais – prétentieux – que la musique, c’était avant tout du feeling : j’étais rasta autrefois. Mais c’est oublier les statistiques : il n’y a pas de musique au bac, il n’y en a pas à l’école française. J’ai compris pourquoi en écoutant la nouvelle ministre. En musique, on ne peut pas tricher. Le 6/8, comme le 9/8, c’est ternaire. Un point c’est tout. Certains nous diront que l’Afrique n’apporte rien à l’histoire…. Ils ont tort.

Alors que le mercredi matin chômé ou pas ne va rien changer au niveau de français des gamins en sixième : il paraît que les règles n’ont plus aucune importance. A chacun de définir son rythme et son harmonie, à chacun de s’épanouir. La fabrique du crétin fonctionne à plein régime présidentiel, c’est formidable. Peut importe si l’on joue faux : il n’y a plus de règle.

YOUPI.

Money : un 7/4. C’était quand même très osé à l’époque de la pop.

Et pour le niveau des gamins, on fait quoi ? me dit leur mère. Bah, on s’en fout, on leur paye des cours supplémentaires, maintenant qu’on est des bourgeois bohême, non ? Ah ben si qu’elle me dit, on s’en fout.

Restent les pauvres qui nous obnubilent. Pour les signatures rythmiques, il y a Wikipedia. Mais pour les pauvres, il y a les réformes. Le mieux est de faire des réformes cosmétiques. La France, c’est le pays du cosmétique. On ripoline, on fait dans la façade. Tu parles qu’un mercredi matin en plus ou en moins va changer la face du bac…. L’important, c’est le parfum, le maquillage, l’illusion. Etre bien habillé. Cravate veston. Chanel. Je me demande même à quel point la gauche gouvernementale n’est pas un sous-marin de la droite grande bourgeoisie qui met ses enfants dans le privé pour qu’ils intègrent un jour Science-Po ou une école de commerce de Province. A saborder le public, on amène de l’eau au moulin du privé. Vous comprenez bien, ma chère madame, dans le public, c’est plein de…. Enfin, vous voyez ce que je veux dire, n’est-ce point ?

J’ai compris pourquoi on n’enseignait pas la musique à l’école. Aucune réforme en vue à ce propos. En musique, on ne peut pas tricher. Il faut apprendre le solfège, jouer, travailler. Pas moyen de mettre ses gamins dans le privé si jamais c’était le bordel. Personne ne parle de réformer les Conservatoires : le nom indique la direction. J’ai l’impression qu’il aurait fallu faire de même à l’école. Ne jamais réformer quoi que ce soit. Laisser à l’état brut d’autrefois. La panoplie répressive en moins.

Sinon, il y a aussi le Tango. Le 8/8 qui pourrait être un 4/4 mais qui se divise assez bien en 3/3/2. Tatata – tatata – tata. A chanter sur Libertango. Vous comprendrez. Avant novembre. Avant le blues.

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