Petit rappel : la lettre de Dalil Boubakeur de 2006

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Il n’est pas inutile de rappeler ici, puisque, semble-t-il, les auteurs de l’attentant contre Charlie aient voulu « venger le Prophète », ce que le représentant emblématique de « l’islam modéré » écrivait en 2006, au moment de l’affaire des caricatures. Lettre publiée ici, fautes d’orthographe comprises.

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« Caricatures offensantes du Prophète Mohamed »

Paris, le 1er février 2006
La publication de caricatures du Prophète de l’Islam par le quotidien danois « Jyllands Posten » relayé par un quotidien parisien est un acte exécrable mettant une nouvelle fois en exergue l’Islamophobie ambiante, raciste et méprisante, envers plus d’un milliard de musulmans.
La personne du Prophète Muhammad est fortement vénérée dans le monde. Il ne viendrait à l’idée d’aucun croyant de ridiculiser les fondateurs d’autres religions ou croyances tels que Jésus, Moïse, Bouddha, Confuciusn etc…
De tels actes prémédités pour porter atteinte et humilier la foi musulmane sont gratuits, délibérés et pernicieux pour nuire, notamment à la paix religieuse.
Cela ne peut que raviver les tensions en Europe et dans le monde où l’on cherche plutôt à rapprocher les idées et les hommes, non à la diviser et à les opposer.
Les caricatures danoises apportent ainsi des éléments supplémentaires à tous ceux, de tous bords qui ne travaillent que pour aggraver les fractures entre l’Islam et l’Occident.
Aujourd’hui les boutefeux du révisionnisme et les négationnistes touchent à la relecture du nazisme et de ses crimes, et ne se gênent plus pour porter atteinte au sentiment du Sacré qui n’a pas à être jugé ni ridiculisé et encore moins caricaturé par ceux qui n’y croient pas.
Il n’y a plus dans ce cas de liberté de la presse mais détournement de cette liberté.
Hier les musulmans du monde étaient incapables de réagir à leurs détracteurs qui des siècles durant n’ont pas cessés de déverser des tombereaux de calomnies sur leur religion, leurs livres sacrés, leur Prophète.
La modernité d’aujourd’hui leur permet d’exprimer leur profonde désapprobation de cette atteinte profanatoire et diffamatoire portés à leur religion caricaturant et affublant leur Prophète d’une image de terroriste accréditant une fois de trop l’Islam à la violence et au terrorisme.
Comme dit le proverbe « Qui sème le vent récolte la tempête ».
La Grande Mosquée de Paris condamne fermement cette atteinte inqualifiable du respect que mérite toute croyant quelle qu’elle soit de par le monde. “

Docteur Dalil Boubakeur Recteur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris.

11 comments to Petit rappel : la lettre de Dalil Boubakeur de 2006

  • Lapa

    Excellent rappel.

    le bal des faux culs a commencé!

    Nous retrouvons ici aussi le « qui sème le vent récolte la tempête »:

    https://twitter.com/paulribot/status/552816594582507520/photo/1

  • Cosette

    «La religion, une forme médiévale de la déraison, lorsqu’il est combiné avec l’armement moderne devient une véritable menace pour nos libertés. Ce totalitarisme religieux a provoqué une mutation mortelle dans le cœur de l’islam et nous voyons les conséquences tragiques à Paris aujourd’hui. Je me tiens avec Charlie Hebdo, que nous devons tous, pour défendre l’art de la satire, qui a toujours été une force pour la liberté et contre la tyrannie, la malhonnêteté et la stupidité. «Le respect pour la religion» est devenu une expression de code qui signifie «la peur de la religion. » Religions, comme toutes les autres idées, méritent la critique, la satire, et, oui, notre manque de respect sans peur. »
    Salman Rushdie

  • Cosette

    Demain tous les bigots vont se réunir pour ouin!ouin! devant les caméras.

    On aurait les 3 identités des islamistes.

  • Cosette

    l’interview de Jeannette Bougrab

  • Léon

    Tu regardes ça et tu as des envies de meurtre vis à vis de tous ces cons. Et là je parle non pas des islamistes eux-mêmes, mais tous les abrutis, les lâches, les lécheurs de babouches, islamo-gauchistes ou bobos « antiracistes », les promoteurs du multiculturalisme et du relativisme culturel.

  • Cosette

    Bougrab accusée de « haute trahison »
    6 décembez 2011 | Le Parisien

    L’interview parue samedi dans nos colonnes dans laquelle Jeannette Bougrab, secrétaire d’Etat à la Jeunesse, disait s’inquiéter du succès électoral des partis islamistes dans les pays arabes n’a pas du tout plu à Matignon.
    S’exprimant à titre personnel, en tant que « femme d’origine arabe » et non comme ministre, elle a réfuté la notion d’« islamisme modéré », défendue par le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé. Elle a aussi mis en garde contre toute restriction des droits des femmes. Cette prise de position lui a valu un coup de fil incendiaire de Jean-Paul Faugère, le directeur de cabinet de François Fillon. Il lui a reproché de remettre en cause la politique étrangère de la France, allant jusqu’à l’accuser de « haute trahison »!

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    Jeannette Bougrab : «Je ne connais pas d’islamisme modéré»
    2 décembez 2011 | Le Parisien
    Dans une interview au «Parisien», Jeannette Bougrab, secrétaire d’Etat à la Jeunesse, s’inquiète du succès des partis islamistes au Maroc, en Tunisie et en Egypte. Fille de harki, elle pousse un coup de gueule contre la montée de l’islamisme après le Printemps arabe.
    Il ne faut pas croire ceux qui se présentent – ou que l’on qualifie – de « modérés » ?
    Non. L’égalité ne peut pas être à géométrie variable. L’Etat de droit se mesure notamment en fonction du degré ou du respect des droits des femmes et je n’accepte pas l’idée qu’on puisse fonder une Constitution sur la charia, système religieux fondamentalement inégalitaire. La démocratie n’est pas un supermarché où l’on pourrait prendre uniquement ce qui nous fait plaisir.

    Ces « modérés » disent que la charia peut n’être qu’une source d’inspiration…
    Il n’y a pas de charia light. Je suis juriste et on peut faire toutes les interprétations théologiques, littérales ou fondamentalistes que l’on veut, mais le droit fondé sur la charia est nécessairement une restriction des droits et libertés, notamment de la liberté de conscience, car l’apostasie est interdite. Il n’est pas possible de se convertir. Les mariages mixtes ne sont pas reconnus. Une femme musulmane ne peut pas se marier avec un non-musulman. Aux yeux de certains, ce n’est peut-être pas grave si des femmes doivent désormais être voilées ou si demain elles n’ont plus les mêmes droits. Pas pour moi. Je ne transige pas sur cette question de l’égalité juridique. Et il faut être attentif au double langage.

    Le discours de la diplomatie française, plutôt mesuré envers ces régimes, devrait être plus ferme ?
    Je ne suis pas ministre des Affaires étrangères. Je réagis en tant que citoyenne, en tant que femme française d’origine arabe. Je sais le prix qui a été payé par les gens qui sont restés de l’autre côté de la Méditerranée, notamment au moment du terrorisme islamiste qui a fait plus de 200 000 morts en Algérie. Je suis d’ailleurs contente de voir qu’à Alger une loi est adoptée pour interdire la constitution de partis politiques par les anciens du FIS.

    Alain Juppé a félicité les dirigeants d’Ennahda en Tunisie et du Parti de la justice et du développement au Maroc…
    Il ne s’agit pas de rompre les liens diplomatiques avec le Maroc. En 2003-2004, dès les premières années de son règne, Mohammed VI a modifié la Moudawana (Code de la famille) pour réduire la polygamie, la répudiation et interdire les mariages précoces. Va-t-on revenir sur ces textes ? En Egypte, on a vu les violences dont sont victimes les chrétiens coptes. Aujourd’hui, sur la place Tahrir, des femmes sont agressées parce que ce sont des femmes. Ben Ali ou Moubarak avaient agité le chiffon rouge des islamistes pour obtenir le soutien des pays occidentaux. Mais il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse. Moi, je ne soutiendrai jamais un parti islamiste. Jamais. Au nom des femmes qui sont mortes, de toutes celles qui ont été tuées, notamment en Algérie ou en Iran, par exemple, parce qu’elles ne portaient pas le voile.

    La France aurait-elle dû être plus exigeante au moment où les nouvelles autorités libyennes ont parlé de charia ?
    Le président de la République a assuré que la France serait très vigilante sur la question du droit des femmes et de la liberté religieuse. Les manifestations d’ouvriers, de femmes, de jeunes qui se déroulent en ce moment à Tunis ou au Caire, pour réclamer le respect des principes d’égalité et de laïcité, montrent que les choses ne sont pas jouées. Je me refuse à croire qu’il y aurait une sorte de malédiction sur ces pays arabes, que le choix devrait se résumer entre les dictateurs et l’islamisme, entre la peste et le choléra.

    Mais il y a eu des élections…
    Parfois la dictature est venue des urnes. Je fais partie de celles qui estiment qu’on peut interdire des partis politiques fondés sur des pratiques qui portent atteinte à une Constitution. C’est ce qui se passe en Allemagne avec l’article 21 de la loi fondamentale. L’histoire a montré aux Allemands que la démocratie peut être fragile.

    Plus de 30 % des Tunisiens de France ont voté pour Ennahda aux législatives…
    Oui et cela montre un vrai échec. Alors que les jeunes en Tunisie ont risqué leur vie pour la liberté, les forces conservatrices sont aussi venues de France. Je trouve choquant que ceux qui ont les droits et libertés ici aient donné leur voix à un parti religieux. Je pense à ceux qui, dans leur pays, ont été arrêtés, torturés pour défendre leurs convictions. On leur a en quelque sorte volé la révolution.