Moi Joelim, ouvrier du bitume, sans rancune ni amertume….


Le pouvoir du petit écran est décidemment étonnant. C’est ainsi que depuis quelques semaines, j’observe, entre deux volutes chaudes de bitume fondu, les regards appuyés, les bouches contrites des badauds, les mêmes qui, hier encore, pressaient le pas à la vue de mes seaux dégoulinant de lave noirâtre.

Curieux, ils semblent aujourd’hui vouloir tout savoir de mon métier et peut-être même de ma vie,…sans oser me le demander.

Je sens bien que derrière ce soudain élan compassionnel, ils ne cherchent au fond qu’à me témoigner un peu de leur affection.

Résolus à tromper un quart d’heure de leur solitude en partageant les vapeurs de mon bitume, je note qu’ils ont déjà l’instinct du fauve pour se jouer du vent mutin.

Parfois, j’entends parler de moi comme d’un mort en sursis et pourtant, hormis les avants bras qui me grattent et une toux nocturne récurrente, je me sens presque aussi vaillant qu’à mes débuts.

C’était il y a bientôt quinze ans. Marco m’avait refilé un tuyau de taf de première bourre, un emploi d’ouvrier du bitume chez un sous traitant d’une filiale d’un grand groupe de Travaux Publics dont je tairai le nom. Une question d’honneur chez nous qui avons pour coutume de laver nos guenilles sales en famille.

Des experts, des médecins, des sommités scientifiques viennent de désigner mon métier comme l’un des plus dangereux de l’année. Depuis que je suis passé furtivement au journal de JPP, j’ai même eu le droit à une franche poignée de main du chef du bureau de Poste.

Bien que nous passons près de six heures par jour dans les vapeurs d’un bitume chauffé à plus de cent degré, nul n’avait jusqu’ici évoqué en ces termes les risques sanitaires de notre métier. Ce n’est qu’à la suite d’un reportage sur les nettoyeurs bénévoles des plages souillées par la catastrophe de l’Erika que cette affaire est sortie du bois.

Hier une blague a fusé à la cantine : Quelle est la différence entre la retraite du patron et la tienne ?. Il parait que ce n’est qu’une question de chapeau… avant ou après. Ainsi, pour l’ouvrier du bitume, c’est « chapeau !…. la retraite ».
Il faut dire qu’entendre parler des risques que prenaient les bénévoles, ces chochottes, à manipuler du goudron froid, nous avait passablement agacé.
Nos supérieurs nous ont tellement seriné sur l’innocuité de ces molécules de bitume, selon eux, un cadeau comparé au redoutable goudron que nous utilisions jadis pour couvrir les routes.

Goudron, bitume et comme pour l’amiante, il est fort possible qu’on nous ait un peu bourré le mou. Le bitume est probablement aussi toxique, si ce n’est plus….

Franchement, au fond de nous, qui en doutait encore ? Chaque année, de sinistres échos nous reviennent, toujours les mêmes. Hier, c’était Roger et aujourd’hui c’est Daniel, et à chaque fois, ce satané crabe qui te prend aux premiers jours de la retraite…. Faut dire aussi que les lascars burinés du bitume clopent pour deux.

Hier, malgré la fatigue, j’ai allumé le poste pour écouter Fillon et les comparses syndicalistes se succéder sur l’avenir des retraites…

La pénibilité, ils n’ont que ce mot à la bouche et pourtant, qui se préoccupe concrètement du sort des ouvriers incinérateurs, ceux du bitume, les agents de nettoyage des cimetierres et bien d’autres encore, du même tonneau ?

Allez, nous savons bien que l’avenir de vos retraites dépend de l’aspect hautement hypothétique des nôtres. Un ministre le sait fort bien, mais un ministre, ça se tait, non ?.

Au fond, nous ne sommes pour leurs comptables que des variables d’ajustement.

Mais, moi Joelim, ouvrier du bitume et fier de l’être, je n’en veux à personne….

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Addendum du 13 Novembre 2012 __ D. Furtif

http://www.francetvinfo.fr/le-cancer-du-bitume-reconnu-comme-maladie-professionnelle_169351.html

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ranta
ranta

Allons, allons Joelim, comme a dit un intervenant il y a deux jour ici même, tu toucheras ce pourquoi tu as cotisé. Et que ça ne dure pas longtemps n’a aucune importance, d’aucuns pensent que c’est encore mieux comme ça. Pour ton bonheur, tu n’en veux à personne, c’est parfait ça…ça t’aura permis d’intéger cette Lapalissade cynique.

D. Furtif
D. Furtif

Bonjour vous autres , …

« Et comme c’est pas sûr que dans son souci de ne déranger personne , notre ami Joelim ait cotisé réellement toutes ces années. Que dire? Ça a souvent été comme ça les entreprises de TP , une chaude ambiance familiale. »

snoopy86
snoopy86

Yohan

J’ai questionné la snoopette spécialiste de la question

Sur la toxicité des HAP rien n’est vraiment trés clair ni médicalement démontré …

Toutefois, en vertu du principe de précaution, tous les grands groupe de TP qui contrairement à une légende sont en pointe en matière d’hygiéne et de sécurité au travail, ménent des recherches pour diminuer les températures d’application.

Waldgänger
Waldgänger

Salut Yohan, je me suis contenté de lire ton article ce matin, n’ayant pas vraiment de commentaires à faire, à part dire que c’était intéressant, sur un domaine que je ne connais pas.

maxim
maxim

mon cher Joelim … le BTP,j’ai connu ça,à l’époque où il fallait construire dare dare ,tu sais,ces fameuses 30 glorieuses,quand les HLM fleurissaient,permettant à l’ouvrier de se loger décemment avec une salle de bain et des chiottes à l’intérieur de l’appartement ! et alors,ma pomme,comme je sortais de l’armée et qu’il fallait bien bouffer et se loger,je me suis fait embaucher dans le bâtiment,en apprenant sur le tas,un des rares Français à y bosser avec quelques potes… j’ai débuté en coupant la pierre de Paris,qui arrive encore fraîche et tendre mais qu’il faut vite ..et couper,et calibrer,et tailler aux bonnes dimensions ,c’est à dire en parallèlipipède rectangle bien net ,et pratiquement contre la montre vu que cette pierre sèche et durcit au contact de l’air ,et c’est un boulot payé à la tâche,c’est à dire que t’as pas le temps de pisser et même souvent de bouffer si tu veux gagner ta croûte … et puis petit à petit,on se coltine le ciment,la chaux,le plâtre,qu’on respire à plein poumons,les tuyaux d’amiante ciment également qu’on découpait à la scie vu que dans les années 60,il n’y avait ni masques,ni protection,et qu’il fallait bosser sans précautions,vu que le temps c’est de l’argent,et si t’es pas content tu vires de là,il y en aura toujours un autre pour prendre ta place ! alors le bitume,l’enrobé comme on dit,on en a étalé aussi quand on faisait un parking,ou une cour d’école,ou un garage,on en prend plein les soufflets,mais comme on est jeune et costaud et immortel,on s’en fout… et puis le boulot à tâche ça paye bien,en liquide à la fin de la journée,mais attention, on est déclaré à la sécu et à la caisse des Congés du BTP ainsi qu’à la mutuelle,enfin en principe ,parce que des tauliers qui t’embauchent pour un boulot bien défini,et qui te raquent en espèces une fois tout terminé,y’en a plein qui passent au dessus des lois sociales !… et puis au cours des années,j’ai déjà pris des cours du soir pour adultes pour progresser et pouvoir commander les autres,mais même chef de chantier,tu mets la main à la pâte,tu respire la même merde,tu bosse pour remplacer le compagnon qui s’est fait porter pâle,tu coupe la ferraille à l’oxy-découpeur sans lunettes parce que c’est un truc de gonzesse et qu’il y a pas de temps à perdre,tu fais mille conneries où tu pourrais y laisser une main,ou une… Lire la suite »

maxim
maxim

faites pas gaffe au fautes d’orthographe,j’ai tapé à l’arrache sans relire !

maxim
maxim

franchement Ranta…

est ce que je donne l’impression d’être un mec chiant ? 🙂

salut Yohan..

si c’était à refaire,je le referai …

on y gagne bien sa vie,on est libre,on prend des initiatives,pas de routine,c’est dur certes,mais tellement passionnant .

rocla
rocla

Par dessus tout , ça fait une vraie vie celle de Maxim , on construit , on mouille sa chemise , on est près des gens , le soir on est crévé , le lendemain rebelotte , un vrai trajet de travailleur , on a des copains de chantier , on voit les magouilles en tout genre ( le contraire des belles paroles syndicales et politiques ) et l’ apothéose , on le lit chez Maxim on est fier d’ avoir réussi à la sueur de son front là où des milliers de gens préfèrent vendre leur âme dans toutes sortes de turbins et professions où les tenants et aboutissants sont à années lumière du lieu de travail .

A quand une revalorisation des métiers manuels ?

D. Furtif
D. Furtif

Le bla bla bla sempiternel de « revalorisation du travail manuel » a autant de valeur que celui tout aussi sempiternel de dévalorisation du travail intellectuel.Il est étrange et maladroit de le voir tenu par les mêmes.
Il s’agit de s’atteler à la revalorisation du travail tout court .

On peut être un peu las d’une glorification auto distribuée quand elle s’accompagne d’un dédain et d’un déni des autres catégories de travailleurs.Dire que le travail manuel n’est pas reconnu ,certes, mais sa reconnaissance doit-elle passer par la déconsidération systématique des autres formes de travail.Cela ressemble fâcheusement aux idées de Poujade qui seules avaient cours à la maison. Il y a de la jalousie mal éteinte dans ces vantardises et ces moqueries. On doit se demander au profit de qui?

Cela procède d’un esprit de division du monde du travail qui profite essentiellement à ceux qui n’en sont pas .

Pour faire simple , il m’a semblé que ma propre formation a été assez difficile et les difficultés que j’ai rencontrées aussi ardues que celles de mon père menuisier, dont j’ai bien sûr fréquenté les chantiers .
En tout cas ce n’est pas en refusant la valeur et l’honorabilité aux autres que l’on en acquiert une once. On ne peut à la fois distribuer les médailles et les recevoir

Ayant toute ma vie vécu dans le monde des métiers du bâtiment et de la formation professionnelle.Je sais que la différence entre mes élèves futurs travailleurs manuels, excellents à l’atelier (1), se faisaient en enseignement général (2)
La vie montrait et montre encore à tous, que la progression des carrières et l’accès aux postes de responsabilité se construisaient dans ce deuxième volet de formation générale que le patronat et les politiques tous confondus ont détruit avec application depuis 30 ans.

COLRE
COLRE

Complètement d’accord avec toi furtif,

À quoi bon participer au clivage social qui ne profite qu’à ceux qui aiment présenter à la vindicte populaire des boucs émissaires désignés ?
Tu évoques Poujade, oui, en effet, cette manip ne date pas d’aujourd’hui, mais avec le sarkozysme, on est en plein dans cette technique usée jusqu’à la corde : opposer les catégories de gens, 2 à 2, et pendant ce temps-là, vaquer à ses petites et grandes affaires derrière cet écran de fumée qui cache aussi ses échecs.

Causette
Causette

… que le patronat et les politiques tous confondus ont détruit avec application depuis 30 ans.

Comment les syndicats vedettes ont-ils pu laisser faire ? (ma question est ironique et sérieuse à 50/50, car j’avoue que, après plus de 15 ans de fréquentation en tant qu’adhérente et salariée, j’ai été écoeurée jusqu’à la nausée de l’hypocrisie de ce « milieu » qui entoure les patrons syndicalistes);

snoopy86
snoopy86

Parce que nous avons bien lubrifié les rouages 😆

Je vous rappelle avoir annoncé que l’affaire UIMM serait bien enterrée 😆

Causette
Causette
D. Furtif
D. Furtif

@causette

Ne pas confondre syndicats et directions syndicales.Nous nous retrouvons aujourd’hui dans la même situation que nous avons vécue avec la loi Juppé. Au moment où dans la plus parfaite unité les salariés mobilisés représentés par leurs organisations se prononcent pour le retrait de la loi Woerth on assiste à la conjuration des dirigeants politiques et syndicaux ( sauf exceptions) arque-boutés à en interdire l’expression unificatrice .

Il s’agit bien sûr d’un affrontement social et politique, et encore une fois, les intérêts des représentants ne sont pas ceux des représentés. Les politiques Besson ou Kouchner et Lang ont leurs homologues dans le monde syndical.L’affaire des retraites dans cette sphère vaut celle du traité européen dans celle de la politique.

rocla
rocla

Ne m’ étant pas bien fait comprendre car je me suis mal exprimé , ne parlant pas spécialement de revalorisation des métiers manuels dans la perspective de l’ éducation nationale . Je parlais de la revalorisation du travail manuel dans l’ image perçue par le pékin moyen . Vous annoncez à votre entourage , dans une garden-party l’ air dégagé assis au bord du jaccuzzi en train de siroter une coupe de champagne que votre cabinet d’ analyses médicales en est à son troisième contrôle fiscal en 5 ans , que fonctionnaire européen à La Haye les Hollandais ne font qu’ à parler batave , ou que votre fils polytechnicien veut ouvrir un magasin de tatouages ça a quand-même un effet sinon sexuel mais au moins admiratif des auditeurs trices présents . Si vous dites en lieu et place que Germaine dans la boucherie familiale on lui fait que demander si elle a des pieds de cochon , ou qu’ à Jeanine dans la boulangerie si elle a des miches croustillantes , c ‘est pas le même résultat . Juste pour ajouter au rirement , l’ autre année je rencontre un copain d’ école qui a fait le tour du monde en avion travaillant pour unr très grosse boîte , il me dit tout sérieux , tu vois Jean-Claude ( c ‘est pas mon vrai prénom ) malgré mon statut social je parle même à toi ….ça peut pas s’ inventer une phrase comme ça . En effet , nous avons tous besoin les uns des autres , un maraicher qui a mal aux dents va chez le dentiste , qui lui quand il a faim est ravi de trouver de bons légumes …

D. Furtif
D. Furtif

Nous vivons dans un monde où plus on parle de valorisation de l’image du travail manuel ????? plus on oublie d’en valoriser les salaires…
Comme je le disais plus haut ?????

De toute façon qu’elle soit nationale ou privée la formation ne peut s’envisager que dans la perspective de mener un vie digne en la mettant en œuvre dans l’exercice du métier.
Il se trouve , et l’article de Yohan en est une sinistre illustration, que le travail manuel est traité d’une manière indigne .

Par ailleurs je ne suis pas sûr de rencontrer la dignité dans les garden jaccuzi c’est bien pourquoi je n’envisage même pas de m’y mêler et encore moins d’en rêver.

rocla
rocla

C ‘est un tort , Emile Zola a écrit sa plus belle page dans un jaccuzi 😆

D. Furtif
D. Furtif

Il y a ici comme un manque de pekin moyen , on n’en a pas reçu la livraison habituelle venant du forum simoyen
Je rappelle que l’éducation nationale ne fixe pas les salaires des travailleurs manuels sauf à leur apporter la qualification la plus aboutie qui puisse être rétribuée sur le marché du travail…