La querelle autour de la Villa Medicis: un débat significatif

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Je ne sais pas si vous êtes comme moi passés à côté du scandale ébranlant le monde la musique fin juin qu’a été la nomination de Claire Di Terzi comme pensionnaire musicienne de la villa. Rétrospectivement, cet événement et les joutes qui suivirent ont pu mettre en avant le malaise de la culture et de la création musicale en France ainsi que la faiblesse de la politique culturelle associée et il me semble intéressant d’y revenir car remarquablement symptomatique de notre gouvernance.

Reprenons depuis le début: chaque année; la Villa Medicis accepte les candidatures d’un certain nombre de pensionnaires dans le domaine des arts. C’est l’académie de France fondée en 1666 par Louis XIV qui a accueilli au cours des siècles les plus grands artistes dans de nombreuses disciplines.

Actuellement  l’Académie de France à Rome remplit deux missions complémentaires:

« 1 – offrir la possibilité à des artistes et à des spécialistes francophones de nationalité française ou de toute autre nationalité de se perfectionner dans leurs disciplines (mission « Colbert ») ;

2 – stimuler les relations et les échanges culturels entre l’Italie et la France dans un esprit résolument ouvert sur l’Europe et le monde (mission « Malraux »).

Les grandes expositions, les concerts publics, les projections cinématographiques, les colloques, réalisés en collaboration avec des organismes publics italiens mais aussi avec la participation des pensionnaires de la Villa Médicis, illustrent particulièrement cette double mission de l’Académie.« 

Or pour la première fois cette année a été nominée une artiste interprète de musique « actuelle », de la variété en quelque sorte, certes « intellectualisée » mais parfaitement issue du monde de l’industrie musicale. De plus la nomination n’a, étrangement, pas suivi le cursus habituel (voir plus bas). Les compositeurs contemporains de musique dite « savante » ont donc crié au scandale et une lettre ouverte a été envoyée au ministre de la culture, lui-même ex-directeur très temporaire de ladite villa.

Pour information Claire Di Terzi c’est ça.

Difficile il est vrai de voir là dedans une forme quelconque d’art pérenne, ni une véritable maîtrise technique (instrumentale, vocale ou de création mélodique). La lettre dénonçait donc ce choix en se basant sur ces arguments:

D’abord la musique populaire touche un public déjà nombreux et jouit d’une médiatisation plus large que la musique savante; le rôle d’équilibrage de l’état n’est donc plus tenu.

Ces nominations montrent un désengagement de l’état vis à vis de la musique contemporaine de tradition nécessitant exigence de l’écriture et expérimentations, dans la lignée des prédécesseurs pesnsionnaires.

La villa est plus appropriée aux compositeurs dont les oeuvres (opéra…) nécessitent une longue gestation, qu’aux interprètes pouvant parfaitement vivre de la scène. Elle est de plus un moyen unique de possibilité de création en dehors de critères commerciaux.

Plus largement par la suite, c’est l’inquiétude et la colère sur le manque de soutien en France de la musique contemporaine qui fait l’objet des autres paragraphes.

Cette lettre a eut tôt fait de médiatiser l’affaire et de créer de nombreux commentaires. D’aucuns la trouvèrent sectaires et maladroite, d’autres sans nier ces éventuels défaut, ont vu un cri d’alarme sur le manque de réflexion concernant la politique culturelle musicale en France et le risque de dérive populiste. Cette lettre en a créé une autre, en réponse,  essayant de relativiser cette querelle et recentrant le débat sur cette politique culturelle (en clair elle réclame du pognon pour tous).

Parmi toutes ces interventions j’ai particulièrement apprécié cette reprise d’un article de Frédéric Durieux qui date de 1999 qui mène une réflexion intéressante et aboutit à ces commentaires:

« Quel rapport avec ce qui nous concerne aujourd’hui ? Les similitudes me frappent : au nom d’une « ouverture », d’un « décloisonnement » et du « dépassement des chapelles », on permet aux musiques dites actuelles d’être représentées à la Villa Médicis et cette ouverture supposée se fait au détriment, comme par hasard, de la création de la musique savante contemporaine. Il ne s’agit pas d’offrir des bourses de résidences à la Villa Médicis en plus, pour d’autres musiques (comment cela se pourrait-il, vu la configuration des lieux et à une époque de restrictions budgétaires ?), mais bien de limiter davantage l’aide et l’encouragement aux jeunes compositeurs de musique contemporaine.  […] et comme tout, dans nos sociétés, devient de plus en plus formaté et prévisible, la musique contemporaine devient une source d’inquiétude et est considérée comme dispendieuse, élitiste et fermée sur elle-même »

Il est effectivement troublant de s’apercevoir qu’on appelle ouverture le fait d’imposer à une minorité un style déjà majoritaire en réduisant ses possibilités d’expression!

Enfin la lettre du chef d’orchestre Guillaume Bourgogne.

« Tout d’abord, le pouvoir qui est aux affaires actuellement aura réussi dans un domaine dans lequel il a toujours excellé : diviser, ce qui a poussé certains de ses plus farouches opposants à soutenir un de ses nombreux abus en signant un texte. Ainsi, des débats très violents ont lieu entre des artistes qui travaillaient très bien ensemble auparavant. Le pouvoir ? Oui, car il s’agit du pouvoir. Pour se faire une opinion, il faut connaître les conditions dans lesquelles se sont faites ces nominations : fait rarissime, les trois rapporteurs n’ont pas été suivis dans leur sélection (qui comprenait notamment le compositeur lyonnais Stéphane Borrel et l’argentin Sebastian Rivas), par un jury nommé directement par le ministre. Deux rapporteurs ont démissionné quand il ont compris que des candidatures ont été “dénichées” par des personnes proches du pouvoir (chacun sait que la culture est un peu le domaine réservé de l’épouse du président). Ainsi, à une sélection impartiale pour une institution certes dorée mais républicaine et démocratique, succède une nomination plus proche du fait du prince.[…] »

Analyse pertinente et information intéressante sur la procédure!

Alors véritable évolution de vénérables institutions où des instruits imbus couchent des partitions atonales pour quelques ensembles confidentiels et sans public, massacre de la création contemporaine qui  sera le répertoire de demain ou signe évident du fait de la reine et des bidouilles du show bizz?

A vous de vous faire une idée.

Pour finir une citation célèbre:

« Ah ! J’attendais ça. Mes instruments de ménage. L’ironie du primate. Humour Louis-Philippard. Le sarcasme Prudhommesque. Monsieur Naudin, vous faites sans doute autorité en matière de bulldozer, tracteur et Caterpillar, mais vos opinions sur la musique moderne et sur l’art en général, je vous conseille de ne les utiliser qu’en suppositoires. Et encore : pour enfants ! »

25 comments to La querelle autour de la Villa Medicis: un débat significatif

  • chantelois2010

    Est-ce que le chef Bourgogne n’a pas tout dit : à une sélection impartiale pour une institution certes dorée mais républicaine et démocratique, succède une nomination plus proche du fait du prince.[…] ? Pierre R.

  • D. Furtif

    Aïe misère , on ne va pas en sortir.
    Parler comme Claude Rich, en dehors de l’élégance et du phrasé, nous enferme dans la même impasse que lui. Faut-il pour être artiste et « faire » de l’art être condamné à vivre en dehors du monde réel, celui des gangsters maquillés en marchands de bulldozers,celui des vertus mise aux enchères de l’opinion vulgaire et versatile, faut-il vivre l’amertume d’une notoriété refusée à jamais?
    L’art a, suivant la règle générale de la marchandise, suivi la ligne de plus grande pente.Il est entrainé dans le naufrage qu’il a accompagné ne l’ayant pas combattu.

    La liberté en art a un prix, celui de son impuissance sur ce terrain là. Peut-être l’art doit-il payer , en France tout particulièrement, sa fréquentation trop assidue et voyante du monde des margoulins de la politique et du spectacle. Pour s’être un peu trop compromis dans le spectacle de la politique il en est maculé .En attendant les prébendes l’art s’est un peu trop frotté à des pouvoirs décomplexés privés de gout mais pas d’appétits. Politique culturelle et marché de l’art sont des piédestals dont il faut bien un jour acquitter la taxe . L’art y survivra. Les artistes?

  • ranta

    Allez, une pierre de plus dans le jardin de la vulgarité de notre gouvernement.

    Pour comprendre, on n’oubliera pas que sarko est le fils spirituel de Balladur. Un Balladur, ministre de la privatisation sous le gouvernement de chirac en 86 et qui a posé les premiers jalons avec TF1 et M6. Deux chaînes responsables des plus grandes catatrophes culturelles.

    Rien de surprenant donc.

  • Léon

    Je n’avais pas du tout suivi cette affaire, aussi je remercie Lapa pour son article. Je ne connaissais pas non plus Claire di Terzi. Après avoir écouté ce qu’il y a de disponible sur You Tube, j’aurais un jugement contrasté sur elle. C’est relativement original mais c’est aussi incontestablement de la variété qui n’a absolument pas sa place à la Villa Medicis. Pardon mais il me semble qu’on est là exactement dans le débat concernant la culture populaire. Le fin mot de l’histoire est probablement ici :

    Deux rapporteurs ont démissionné quand il ont compris que des candidatures ont été “dénichées” par des personnes proches du pouvoir (chacun sait que la culture est un peu le domaine réservé de l’épouse du président).

    On a, à la fois le fait du prince et quelque chose de proche du relativisme culturel. Lamentable.

    • Lapa

      j’ai lu avec intérêt votre article. Il est intéressant de noter que vous parlez de pratique soixante huitarde d’une certaine gauche. Oui c’est intéressant de voir à quel point Sarkozy, qui la veille de son élection communiquait encore sur « mettre fin à mais 68 », est en réalité un pur produit de cette période. J’avais commencé un article là dessus pour le site si moyen, mais j’avais laissé tomber. Un jour peut-être…
      Nous avons ici un bon exemple supplémentaire.

  • maxim

    est ce que les pensionnaires perçoivent toujours une bourse de 15000 € mensuels sans contrainte de résultat ni quota d’aucune sorte ?

    ceci pour une période s’étalant de 6 mois et pouvant atteindre deux ans.

    est ce que ces 15000 € mensuels sont vraiment justifiés pour certains ?

    je ne suis pas réfractaire à l’art,bien au contraire,mais c’est le contribuable qui pose la question .

    je sens que je vais me faire incendier,mais je m’en fous je vais faire un tour de vélo !

    • ranta

      Maxim,

      qu’est-ce qui justifie que Féderer gagne ce qu’il gagne ? qu’est-ce qui justifie que Shumacher gagne ce qu’il gagne, qu’est-ce qui justifie que Zidane gagne ce qu’il gagne ? qu’est-ce qui justifie que les traders gagnent ce qu’ils gagnent ? qu’est-ce qui justifie que tes tas de gens gagnent ce qu’ils gagnent ?

      Ah, du pognon, ça en manque pas, et pourtant…. quel fumier se Rmiste, quel fainéant.

      • maxim

        Ranta ….

        là le contexte n’est pas le même et tu le sais bien …

        entre une vedette du sport internationale à forte audience et générant des recettes énormes payées par le public et les sponsors ,c’est de l’argent privé qui paye un Footeux ou un Pilote de renom,et plus la côte est élevée,plus le type touche de fric,fric privé !

        hors pour le cas d’artistes subventionnés,bien souvent produisant des trucs passant soit dans des théâtres ou des salles de spectacles subventionnées par l’état,où bien souvent la recette est nulle,c’est l’argent public qui est gaspillé !

        et ça m’emmerde ,parce que bien qu’à la retraite,des impôts j’en paie un paquet !

        bon,et puis avec tout le respect que je te dois et l’estime que je te porte,le coup du fumier de Rmiste ?……ça craint quand même sur les bords !

        • ranta

          Maxim,

          ma dernière phrase, ce n’était pas pour toi. je me suis laissé emporter par mon élan au sujet des rémunérations que rien ne justifie.

          • ranta

            Mais pour te répondre, rien, je dis que rien ne justifie de tels émoluments, pub ou pas pub. C’est tout simplement indécent.

    • Lapa

      la bourse est de 1500 euros par mois. auquel il faut retirer 350 euros si on loge à la villa.

      • maxim

        Lapa …

        mille excuses pour l’erreur,je m’étais référé à un ancien article de l’Express  » à quoi sert la villa Médicis »

        et il y était question de 15000 Francs mensuels alloués aux boursiers …

        donc si je fais la conversion ça doit donc faire environ 2000 € mensuels ….

        ce qui n’exclue pas ma question pour autant .

  • COLRE

    « Alors véritable évolution de vénérables institutions où des instruits imbus couchent des partitions atonales pour quelques ensembles confidentiels et sans public, massacre de la création contemporaine qui sera le répertoire de demain ou signe évident du fait de la reine et des bidouilles du show bizz? »

    À votre avis ?… 😉

    Le pb, c’est que, c’est vrai que, à mon humble avis personnel, la musique « contemporaine » relève davantage du massacre de la musique que du massacre de la création…
    Mais c’est tout aussi vrai qu’on a là un fait du prince, et quand le prince, en plus, est un gabarit exceptionnel en matière d’inculture et de mauvais goût…
    Il serait bon qu’il se détournât de l’art pour mieux s’occuper de tout le reste, qui n’est pas plus dans ses cordes, mais au moins il a été élu pour cela…

    • Lapa

      Il est vrai que la musique atonale… néanmoins c’est le mouvement contemporain, l’histoire jugera.

      Mais pour juger encore faut-il pouvoir créer et composer! Le problème est donc là: d’un côté une interprète de variété qui vend ses albums et se produit sur scène où à la télé, de l’autre des compositeurs qui ne peuvent vivre que si leur œuvre est achetée, jouée par des ensembles puis diffusée. Il est clair que le système de bourse de la Villa est bien plus indispensable à un créateur qu’à un interprète intermittent du spectacle!

  • Causette

    hello Lapa, c’est un plaisir de vous lire ; je n’avais pas connaissance de cette affaire, et ne connaissais pas vraiment cette artiste. Je viens d’écouter quelques productions sur youtube, c’est pas trop ma tasse de thé. Colre a déjà dit ce que je pensais 😉

  • maxim

    je suis passé sur Youtube pour me faire une idée de la créativité et des talents artistiques de Claire Diterzi ….

    perso,je ne pense pas que ça fasse un raz de marée à la Fnac,ni des collectors qu’on ne trouvera qu’à prix d’or dans quelques decennies ..

    tout juste bon pour de la musique de galerie marchande !

    là, je sens que je vais me faire des « copains » !….

  • maxim

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  • maxim

    désolé,j’ai voulù faire un lien,ça a visiblement merdé !

  • Buster

    J’ai toujours regretté de n’avoir pas pu concourir pour le Prix de Rome, malheureusement remplacé en 68 par une sélection sur dossier.
    L’aura du titre, les récipiendaires célèbres ont du me faire peur.
    Il m’était resté d’un passage à la Villa Médicis une assez haute idée.
    J’y avais pourtant vu le travail étrange d’Anette Messager, qui m’avait laissé … perplexe.
    Trop pointu pour moi, sans doute.
    Mais la Villa est belle, dominant Rome, et son parc est magnifique !
    Une année dans ce cadre ne m’aurait certes pas déplue.

    En écoutant cette Claire di Terzi, je me dis que j’y avais peut-être plus ma place que je ne l’imaginais.
    Dommage j’aurais pu y rencontrer des pensionnaires « intéressantes »
    Par exemple, une qui chanterait « A quatre pattes » ou pourquoi pas « En levrette » tant qu’on y est ?
    L’art moderne est décidément une énigme, mais n’en parlez pas à Villach, par pitié.