Tony Blair ne regrette rien. C’est regrettable

Lectures :3054

Si les États-Unis voulaient rendre la situation plus complexe, ils ont réussi. Le National Constitution Center, de Philadelphie, vient de décerner à l’ancien premier ministre britannique Tony Blair la Liberty Medal pour son engagement en faveur des droits de l’Homme. Très apprécié aux États-Unis et dans de nombreux autres pays, ce dernier est de plus en plus dénigré dans son pays. Cette remise concorde en tout point avec le lancement de ses mémoires. Elle lui sera donnée par l’ancien président, Bill Clinton, et sera accompagnée d’un chèque de 100 000 $.

Tony Blair, 57 ans, est le mal-aimé dans son pays. Il a, à la dernière minute, reporté, la semaine dernière, la soirée de lancement de son autobiographie en raison de menaces lancées par des protestataires. En effet, une soirée gala devait avoir lieu mercredi dernier à la Tate Modern de Londres pour souligner le lancement de ses Mémoires, « À Journey ». À Dublin, alors qu’il arrivait dans une librairie pour une séance de dédicace, Tony Blair fut conspué par quelque 200 manifestants qui lui ont lancé … des œufs et scandé des slogans hostiles l’accusant d’avoir « sang sur les mains ». Le livre pourrait avoir de bonnes chances de se vendre aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Europe, poussant les ventes au total vers le million d’exemplaires, avant même une sortie en poche. L’à-valoir de 5,6 millions d’euros que Tony Blair a reçu pour écrire son livre, ainsi que les futures royalties, vont être consacrés à la construction d’un centre sportif pour les blessés de guerre britanniques. Tony Blair versera à la Royal British Legion les dividendes perçus. Les contestataires anglais qualifient ce cadeau d’argent sale, d’argent du sang. Et de l’autre côté de l’Atlantique, le Washington Post s’étonne de la cinglante réponse des Anglais à l’offre de Blair.

Au passage, pour être en mesure de verser une telle somme, encore faut-il que Tony Blair en ait les moyens. Il aurait gagné en trois ans 18 millions d’euros. Il est sous contrat – 2,4 millions d’euros par an – avec la banque américaine JPMorgan en tant que consultant. Ainsi qu’avec la banque suisse Zurich Financial. Il facture à prix d’or, en général 120.000 euros, ses interventions publiques en tant que conférencier. Tony Blair serait le mieux payé au monde avec des cachets qui pourraient même aller jusqu’à plus de 400.000 euros. En tout, selon le Telegraph, ce business lui aurait déjà rapporté 11 millions d’euros. Tony Blair, l’astucieux, a mis au point un montage financier extrêmement complexe – mais tout à fait légal – lui permettant de ne pas dévoiler l’ensemble de ses gains.

Ce qui est remarquable chez cet homme est la vision qu’il propose de son action en politique étrangère. Dans un entretien diffusé à la BBC, et cité par Radio-Canada, Tony Blair a rejeté les allégations selon lesquelles les interventions de troupes étrangères en Irak et en Afghanistan avaient entraîné une radicalisation dans le monde musulman. Il a ajouté que « la plus grande menace » en matière de sécurité internationale était ce « mouvement radicalisé », « assez similaire au communisme révolutionnaire ». Selon lui, l’extrémisme lié à Al-Qaïda est un « mouvement idéologique mondial » soutenu par l’Iran. Tony Blair, le va-t-en-guerre, se montre dur, très dur à l’égard de l’Iran : « Je pense qu’il est totalement inacceptable pour l’Iran d’avoir une installation nucléaire militaire, et je crois que nous devons être prêts à les contrecarrer, y compris militairement. Je crois qu’il n’y a pas d’alternative s’ils continuent de mettre au point des armes nucléaires. Ils doivent recevoir le message haut et fort ». Blair, qui n’en est pas à un amalgame près, déclarait à The Guardian : « Ce qu’il y avait de choquant avec le 11 septembre, c’est que 3 000 personnes sont mortes en un jour, mais ça aurait été 300 000 s’ils avaient pu le faire. C’est pourquoi j’ai bien peur que, à propos de l’Iran, je ne prendrais pas le risque de les laisser acquérir des capacités nucléaires » (The reason for that, let me explain it, is that in my view what was shocking about September 11 was that it was 3,000 people killed in one day but it would have been 300,000 if they could have done it. That’s the point).

Sur la guerre en Irak, Jeune Afrique rappelle un épisode qui en dit long sur les désapprobations qui étaient clairement signifiées au Premier ministre de l’époque, Tony Blair. En 2003, Nelson Mandela s’était publiquement opposé à l’invasion de l’Irak. Ses déclarations laissaient alors sentir que Tony Blair était tombé bien bas dans son estime. Il l’avait désigné par le titre peu flatteur de « ministre des affaires étrangères des États-Unis ». Et dans cette brique de 800 pages, Tony Blair revient sur la vision anti-américaine de Jacques Chirac qui a refusé de participer à la guerre en Irak : « Son attitude envers les Américains s’apparentait à une caricature de Français, de haut en bas. Il les analysait avec une sorte de détachement, les considérait tel un sénateur romain à la fin de l’Empire face aux Wisigoths : puissants certes, mais qui n’en demeuraient pas moins des Barbares ». Jacques Chirac a déclaré ne pas aimer la gastronomie anglaise et a affirmé « qu’on ne pouvait faire confiance à des gens dont la nourriture est aussi mauvaise », rapporte Tony Blair dans ses Mémoires.

L’homme, Tony Blair, ne s’est pas trompé dans son choix de partir en guerre aux côtés de Georges W. Bush : « Je ne saurais regretter la décision d’entrer en guerre. (…) Sur la base de ce que nous savons vraiment maintenant, je reste persuadé que laisser Saddam au pouvoir se serait révélé un risque plus important pour notre sécurité que le renverser. Malgré les conséquences terribles de la guerre, la réalité d’un pays laissé aux mains de Saddam ou de ses fils aurait été sans doute bien pire ». Et du même souffle, Tony Blair ajoute : « Je regrette de toutes les fibres de mon être la perte de ceux qui sont morts […] mais sur la base de ce nous savions, je reste persuadé que laisser Saddam au pouvoir était un risque plus important pour notre sécurité que de le renverser ». Ce passage est révélateur de l’homme : « Je ne peux pas m’excuser avec des mots », écrit-il. « Je ne peux qu’espérer me racheter un peu de ces morts par les actions que je mène dans ma vie, qui, elle, continue ». À propos de Georges W. Bush, Tony Blair n’a que de bons mots pour l’homme : « L’une des caricatures les plus grotesques à propos de George, c’est qu’il serait un illustre crétin arrivé à la présidence par hasard. (…) J’en suis venu à l’aimer et à l’admirer. (…) C’était, d’une façon bizarre, un véritable idéaliste, (…) d’une grande intégrité ».

13 comments to Tony Blair ne regrette rien. C’est regrettable

  • Léon

    Voilà un article intéressant qui remet à sa juste place ce metrosexuel arriviste et affairiste. Comment ce type a pu arriver et se maintenir à la tête du parti travailliste, un parti supposé de gauche, reste pour moi un grand mystère.
    « Perfide Albion ? » Et je suis bien d’accord avec Chirac : « on ne peut pas faire confiance à des gens dont la nourriture est aussi mauvaise  » 😆
    Il y aurait, d’ailleurs, une réflexion à mener sur la cohérence des hommes politiques entre les engagements qu’ils défendent et leur comportement personnel, privé. Il mes semble me rappeler quelque chose chez Michéa, va falloir que je cherche…

  • snoopy86

    Titre inexact

    Tony Blair, interviewé sur Antenne 2 a déclaré regretter avoir interdit la chasse à courre

    C’est effectivement un crime contre l’humanité …

    Pour le reste j’aimais bien cette gauche là, mais je préfère de loin Cameron 😆

  • chantelois2010

    Léon. J’ai bien hâte de voir si la vente de son livre va connaître un succès en comparaison des attentes aux États-Unis. Ça va être à suivre.

    Snoopy : Très bonne remarque. Je n’avais pas pris connaissance de ces regrets. Je comprends sa tristesse. Interdire la chasse à courre, non mais…

  • Causette

    Bonjour Chantelois,
    Bonjour Léon, à Londres il y a beaucoup de choix de restaurants chinois, indiens, italiens, japonais, français… heureusement 😆

    Tony Blair, ancien rocker Ugly Rumours, redoutable homme d’affaires,
    a joué un rôle majeur dans l’élargissement de l’Union européenne de 15 à 27, favorisant l’ouverture de l’Europe ainsi que la volonté de développer la libre concurrence au sein de l’Union. Il a eu des relations très proches des hommes d’états comme Silvio Berlusconi, Angela Merkel, José Maria Aznar, Nicolas Sarkozy. Ses relations étroites avec Rupert Murdoch, homme d’affaires anglo-australo-américain, actionnaire majoritaire de News Corporation, l’un des plus grands groupes médiatiques du monde, ont été l’objet de critiques sur l’indépendance de la presse.

    article de Sylvain Biville, Rue89 : http://www.rue89.com/2010/05/26/en-trois-ans-17-millions-les-bons-menages-de-blair-152558

    Salut Snoopy
    Londres: appel au bénévalat 😆 http://www.london2012.com/indexb.php

    • Causette. Merci pour ces infos et les liens. De bonnes lectures en perspectives. Une question : qui achètera ses Mémoires de près de 800 pages ?

      • Causette

        Chantelois, pas besoin d’acheter ce livre pour le lire, les Bibliothèques en France vont sûrement le proposer dans peu de temps – lecture gratuite donc 😆

        ? ? ? ? ? ? ? Je m’appelle Tony Blair
        je mappelle Tony Blair ? ? ? ? ? ? ?
        Je m’appelle Tony Tony Tony Tony Tony Blair
        J’ai un p’tit ventre mou et un slip kangourou
        Je suis pas comme les autres tout doux moi je suis un p’tit loup… ? ? ? ? ? ? ?
        http://www.youtube.com/watch?v=0kolT27xygQ

  • D. Furtif

    Bonjour Causette , please connecte toi...tu restes sans cela scotchée en modération…

    • Léon

      Furtif, ce n’est pas pour ça: la machine, dès qu’elle constate deux liens au minimum dans un post, considère que c’est peut-être un spam et le met en modération.( Les liens nombreux sont caractéristiques des spams) et Causette met souvent deux liens ou plus dans ses commentaires.

  • Merci Pierre pour ce billet sur un bouquin que je ne lirai sûrement pas. Complexe, ce phénomène du blairisme. Je passe outre Blair lui-même, qui au début n’avait pour autre ambition que d’être une rock-star et qui a presque changé d’aiguillage carriériste. Rappelons que quand le blairisme est arrivé au pouvoir, c’était sur le champ de ruine social des années des longues années de thatcherisme. Sans rien renier de l’ultra-libéralisme thatcherien, le blairisme s’est quand même efforcé malgré tout de pallier à ses pires ravages dans le domaine de la santé et de quelques autres services publics. C’était bien le moins pour le néo-Labour qui se prétendait l’héritier du travaillisme socialiste (mort de rire). A ce propos j’ai vu avant hier le film It’s a free world de Ken Loach, qui montre formidablement les ravages de l’ultralibéralisme blairisto-thatcherien. Labour my ass… En plus, sur DVD le film est suivi d’une croquignolette intervention de Lionel Jospin tenant à se démarquer du caniche à W.

    Pour le reste, je trouve parfaitement scandaleux qu’il n’ai pas interdit la chasse à courre en Irak.

    Blair est par ailleurs un grand ami de ce qui reste des Bee Gees, chez qui il va régulièrement passer des vacances (normal, vu qu’il rêvait au début d’être une star de la chanson…). Les Bee Gees, c’était pas ce groupe qui chantait I started to choke (version originale sans jeu de mots ici) ?

    Les frères Gibb ont-ils un jour pensé à faire une adaptation blairiste de leur excellente chanson New York mining disaster 1941 ? Du genre :

    « In the event of something happening to me,
    there is something I would like you all to see.
    It’s just a photograph of someone that I new.

    Have you seen my wife, Mr. Blair ?
    Do you know what it’s like on the outside ?
    Don’t go talking too loud, you’ll cause a landslide, Mr. Blair.

    I keep straining my ears to hear a sound.
    Maybe someone is digging underground,
    or have they given up and all gone home to bed,
    thinking those who once existed must be dead.

    Have you seen my wife, Mr. Blair ?
    Do you know what it’s like on the outside ?
    Don’t go talking too loud, you’ll cause a landslide, Mr. Blair »
    .

  • Marsu. Non mais quelles accointances il a ce Blair. Avec le fric qu’il gagne, il pourrait se tartiner un petit DVD de vieux succès du terroir remis à la sauce moderne. 😆

  • Asinus

    bonjour , s’agissant de l’armée anglaise on aura noté qu au niveau professionnel elle fut cent coudée
    au dessus de celle des etats unis s’agissant du maintien de l ordre et du sang froid de ses troupes qui
    ont globalement evités les debordements us .Les professionnels anglais plus agés que la moyenne des gi encadrés par des nco plus nombreux et ayant reçu des notions de gestions de populations hostiles en irlande
    etait commandés par des officiers formés par des anciens ayant une bonne connaissance du monde arabe .
    Vous n avez pas vu a la télé d arrestation humiliante d un chef de famille par les troupes british  » et pour cause »mon laius a juste pour but d expliquer que les pertes reprochées a blair auraient pus etre justifiée si l armée britannique avait servit de modele aux crétins de suffisances yankee.