Deux Napoléon pour un Coluche.

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Passé le temps de la mise en place Napoléon III est confronté à une obligation politique que le coup de force du 2 décembre 1851  n’a pas remplie . Trouver des partisans .Par delà les fidèles il lui faut trouver d’autres appuis pour que son régime s’installe dans la durée et soit épargné par les soubresauts violents traversé par la France environ tous les 20 ans depuis 1789.

En dehors du premier cercle des affairistes intéressés et des fidèles à l’Empire issus de l’armée ou des fruits de sa légende, il faut au régime gagner d’autres soutiens que ceux qui se pressent à la cour.

Le député Baudin sur la barricade du Faubourg Saint Antoine par le 3 décembre 1851 par Ernest Pichio (1840-1893) Musée Carnavalet – Histoire de Paris 1869

Mais Au-delà ?

Il faut emporter d’autres cercles sociaux, d’autres coteries mondaines , d’autres réseaux institutionnels, concilier d’autres intérêts . Napoléon III doit non seulement imposer mais il doit aussi plaire et rallier par delà les élites : le peuple. L’Église va jouer à fond son rôle , mais son prêche est trop nettement entaché par sa fonction de surveillance anti républicaine voire sa collaboration avec la police dans le mouchardage des carbonari orchestré centralement par le Vatican.

Dans un numéro d’estrade qui n’est pas sans évoquer le grand Barnum de la « Société civile », Napoléon III et « ses équipes militantes » doivent gagner : l’opinion publique, la rue , les cafés, les spectacles, les lavoirs, le monde des affairistes et même les usines.

Cela fait beaucoup et très loin de son centre d’influence.

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Malheureusement, certains appuis attendus , à la vérité, n’en sont pas ou si peu.

Les élites ordinairement reconnues légitimes par le peuple, sont bien ralliées au régime mais depuis la Révolution de 1789 elles sont régulièrement chassées du pouvoir et sujettes à une violente contestation morale qui laisse plus que des traces , une empreinte profonde, une détestation sourde, dans la mentalité générale.

La noblesse d’Empire n’est pas mieux lotie qui n’a pour tout bagage de n’être qu’une caste, une noblesse de titre et non une aristocratie millénaire. L’ancienne noblesse , elle , si elle n’a pas récupéré tout son lustre, a conservé son prestige dans la société. Elle est toujours introduite profondément dans le fonctionnement de l’État et dans l’armée . Mais…..

Mais le boulevard Saint Germain , son centre territorial « psycho politique » sans chercher à nuire au nouveau régime , se tient à l’écart. La Vieille Noblesse snobe le Palais des Tuileries .

Ça mégote dans la haute

Qu’à cela ne tienne il y a d’autres cibles.

Faisons donner les vieilles machines de Saint Louis .

a)Faisons dans le caritatif.

Les sorties caritatives des souverains sont très calculées et organisées . Elles sont aussi une pratique efficace pour s’attirer le soutien populaire.  Préfigurant nos meilleurs folliculaires citoyens une mémorialiste de l’entourage des Tuileries n’y va pas avec le dos de la cuillère dans l’enjolivure à l’eau bénite et à l’harmonium.

Selon Stéphanie Tascher de La Pagerie, « n’est-ce pas le plus beau joyau de la couronne que le privilège de sécher les larmes et de secourir les malheureux ? L’Impératrice le fait avec une ardeur qui prouve assez que ce n’est point un devoir seul qu’elle accomplit, mais une joie qu’elle se donne ».

On n’avait pas inventé les ONG, la croix rouge était encore vagissante . On n’hésitait pas à ressortir la vieille grosse ficelle des rois thaumaturges . En outre il n’y avait aucune contradiction à réutiliser un procédé familial inscrit au magsin des accessoires de la légende napoléonienne .

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Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa peint par Antoine-Jean Gros  

 

Ainsi on accumule jusqu’à la surcharge dans la posture. Le souverain se penche sur les malheurs du peuple le synecdoque du particulier du fragile et malade valant pour le tout. Revisitant en l’amplifiant un procédé ancien , ce que les libelles et pamphlets du XVIIIè siècle véhiculaient en critiques et ordures injurieuses , la Presse du XIXè est un acteur essentiel de l’autopromotion du régime. Le Prince tout puissant présenté comme le l’ultime recours . Quand ce n’est pas lui c’est « sa femme ». Eugénie invente le poste de première Dame. Ainsi elle rend visite aux malades atteints du choléra en 1866 à Amiens où elle leur apporte le réconfort de ses propos apaisants.

b) Il faut élargir la base

Il faut convertir les dangereuses masses ouvrières

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Les bonnes œuvres , ça ne suffit pas. C’est accompagné de tout son tralala d’apparat de la Maison Impériale que les souverains s’attaquent aussi au « créneau » ouvrier. Rien à voir avec la blouse blanche des labo nucléaires et le casque des chantiers  contemporains . Il ne manque , au contraire, pas une dorure ni « un bouton de guêtre » aux officiels. C’est l’État qui se déplace . Il n’a pas encore trouvé l’astuce de faire semblant de ressembler au peuple…….Ça viendra avec les équipes de « com »

En 1858 c’est la très patrimoniale et vénérable manufacture de Saint Gobain. En 1865 l’impératrice accompagnée de toute une volière de suivantes se rend à Clichy à l’imprimerie Dupont à Clichy. Sa modestie est même allée jusqu’à  visiter les maisons des ouvriers et leur dispensaire médical. La Presse se charge aussitôt de louer l’esprit social du régime et son intérêt pour le développement des sciences et des techniques. Le Progrès et la Prospérité sont les deux mamelles du régime.

 

c) Le segment militaire

Ce programme média-com accompli il ne faut pas oublier de satisfaire la base originelle du régime, celle qui a permis au prince président d’imposer l’Empire : l’Armée.

Préfigurant une crise très 3è millénaire le pouvoir est confronté à des tensions entre le discours et la réalité des mesures concrètes. L’Armée ça vous mange un argent fou. …Et politiquement….Ça ne rapporte pas grand chose.

Aussi on va tenter de la noyer dans les discours ce qui préfigure encore une fois ce que nos princes républicains ont coutume de faire. Les Dotations en canons modernes en mitrailleuse l’augmentation des soldes , la réalité de la préparation……..On va vous remplacer tout ça par des défilés , des expositions d’armes modernes aux grandes expositions universelles  et par un truc tout à fait à part……….mais qui sera repris plus tard …jusqu’à plus soif.

On commémore et on décore l’ancien combattant.…..Ça ne coûte rien , ça vous conduit partout et la Presse se chargera d’en faire la mise en scène a postériori.

À chaque fois ( selon les gazettes) l’Empereur et sa dame et sa troupe d’accompagnateurs arrivent comme à l’improviste. Musique , fillettes avec bouquets, petit discours et bousculade pour le voir et hop …. Il est venu …Il est parti .

Les visites abondamment relatées dans la presse invitent à faire le lien entre le premier empire et le second . Ça exalte la nostalgie et gonfle la légende fondatrice de  la continuité dynastique. Si les souffrances et les déchirement de la réalité du Vol de l’Aigle s’évanouissent peu à peu , la légende , elle, enfle de plus en plus. C’est bon pour l’image de la maison en franchise Bonaparte and co

À chaque déplacement on rameute ce qu’on peut d’anciens grognards et on décore .

On décore beaucoup , _____ on vient de créer , en août 1857 , la médaille de Saint Hélène à cet effet. On décore les français et les étrangers qui ont servi l’empire. Ça fait du monde et la foule qui regarde ,admire .

C’est à une occasion de ce genre que les équipes techniques du Prince vont réaliser un coup double.

Un jour l’Empereur est venu à Nangis , petite localité de Seine et Marne , inaugurer la nouvelle gare _ « Prospérité Progrès Propagande » . Un grognard, nommé Coluche  l’y avait vu …mais rien n’était prévu pour lui .

Aussi……

Tiré du blog

Le soldat Coluche avait une histoire à lui raconter

La sentinelle Coluche

http://lesapn.forumactif.fr/t1314-coluche-jean-baptiste-grandier-du-17eme-de-ligne

L’histoire tout court du grenadier Jean-Alexandre dit Jean-Baptiste Coluche du 17ème de ligne

[……..« On raconte qu’au soir de la bataille d’Ebelsberg Le grenadier Coluche pointa l’Empereur de sa baïonnette au motif que celui-ci cherchait à “forcer la consigne”. Mis en faction sur le devant d’une maison occupé par Napoléon, Jean-Baptiste (soyons familier…) avait reçu la consigne de ne laisser entrer ou sortir quiconque qui ne serait pas accompagné d’un officier de l’état-major. A la tombée de la nuit,

Napoléon en sortit, seul : “On n’passe pas ! “ lui intima le factionnaire.

L’Empereur, incrédule, continua d’avancer : Coluche dirigeant son fusil contre lui intima : “Si tu fais un pas d’plus, j’te fous ma baïonnette dans le ventre !

Quand (bien même) vous seriez le Petit Caporal, on n’passe pas !”.

L’entourage de l’Empereur alerté par les éclats de voix accourut et entraîna Coluche à l’intérieur du corps de garde en le menaçant : “Demain tu seras fusillé, car tu as voulu tuer l’Empereur.” »….]

Il décida

[……« de se rendre à Fontainebleau le 27 juin 1862. La famille impériale avait fait du château sa résidence d’été. Coluche  » sonne  » à la grille, s’annonce, se présente. Napoléon III ne peut laisser à la rue le conscrit de 1801 à l’annonce de ses états de service. Il l’accueille pendant une heure dans le parc, et laisse son invité lui livrer sa vie et sa rencontre avec son oncle. Il est présenté à la famille impériale et ne peut s’empêcher de complimenter l’Impératrice :  » Eh bien Sire ! Je vous félicite de votre choix et de votre bon goût.  » Qu’en jolis termes ces choses sont dites !

Avant que Coluche ne prenne congé, l’Empereur lui demanda ce qu’il pouvait désirer. Coluche lui répondit :  » Je n’ai plus besoin de rien maintenant que je vous ai tous vus, je suis content. Je vous prie seulement de me donner vos trois portraits « . Napoléon lui promit de donner une suite à sa demande. Il fit reconduire Coluche et lui fit remettre six cents francs »….]

 

L’histoire nous apprendra que ces mouvements du cœur savamment mis en scène ne suffirent pas à combler le déficit de réalité aux frontières du Nord Est

L’idée et l’essentiel de la matière de cet « article » viennent de Le ministère du faste : la Maison de l’Empereur Napoléon III

parXavier Mauduit

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