Elle glissait silencieuse…..

Lectures :497

Elle glissait ,chantonnant dans les couloirs pour s’annoncer comme pour des chevaux craintifs au box que l’on prévient de la voix . Je guettais son passage la porte de la chambre entrouverte , je me tordais le cou pour l’entrevoir, la sonde me brûlait les entrailles , le drain tel un cordon ombilical me clouait à partir du ventre sur le lit , la perf et les électrodes «  ces mouchardes » finissaient ce corset de « vierge de Nuremberg. Rien de mes émois de mes tremblements de mes reptations vers le bassin n’échappaient aux moniteurs clignotant et murmurant des ding bzing qui, je le savais, me balançaient à l’infirmière veillant tasse de thé en main sur l’étage .

« Et je viendrai vous voir : « Monsieur Non » .

« Trois jours ! » elle avait dit

Dés le début j’avais résisté fait preuve de mauvaise volonté et elle, impavide, m’avait contraint, rasage ,sonde …Pied à pied j’avais cédé jusqu’à l’ultime humiliation , grondante et ne manifestant aucune joie d’avoir vaincu un vieux mâle blanc . Elle m’avait souri et admonesté « Pff… tête de mule, vous m’avez fait perde du temps » , piteux et vaincu ,tête basse j’avais confessé ma terreur de finir comme un légume .Ne dépensez pas votre énergie contre nous ; gardez la contre « lui »  disait elle .Lui, l’ennemi invisible que nul n’osait nommer . Fugacement, au moment du ménage j’entrevoyais la dame de la chambre en face , si belle , qui, ayant sentit mon regards avait instinctivement porté la main sur un attrait désormais absent , j’avais esquissé un faible sourire non rendu .J’avais partagé la chambre avec un déjà vaincu qui n’émettait plus aucun son muré dans son silence terrifiant refusant les pauvres gestes de tendresse d’une épouse, perdue, dépassée, et déjà dans l’après. Puis est venue l’attente , la veille ce guet nuit et jour «  les résultats »

Maligne ?

Pas maligne ?

Parti ?

Revenu ?

En recul ? ou progression ? Et ces mots prononcés par de doctes enfoirés ne donnant pas d’informations intelligibles au profane .

Transparents !!!

Ils m’auscultent comme un anonyme, un bout de viande , mais elles nous vengent ! Elles, la vraie colonne vertébrale du service .Ostensiblement , pour que nous n’en perdions pas une miette , elles racontent les turpitudes les mesquineries et les défaites intimes et personnelles de ces «  sachants » .

Yep ! l’œil lumineux de ma fée Piquouze tourné vers moi quand le froid chirurgien dénie les douleurs que j’évoque .

Cet œil moiré me disant :hein ? qu’il est aussi con que je le disais à Annie hier dans le couloir.

Cette dérision envers l’icône du service qui joue a Dieu et ne me manifeste ni empathie «  c’est son droit »…. ni respect « qu’il crève ! »  .

Dans ces services il n’y a pas d’au revoir . Ce mot impliquerait trop de désillusions .Et puis elles sont trop occupées, le travail et leur vie qu’on espère lumineuse à la hauteur de ce qu’elles donnent, souriantes ou lasses , fatiguées parfois exaspérées mais jamais leurs gestes n’oublient sûreté aisance et souvent douceur .

Nos hôpitaux sont plein de fées Piquouze qui voient chaque jour de vieux mâles les saluer se redressant du mieux qu’ils peuvent pour juste un peu être à leur hauteur !

Asinus ne variatur

27 comments to Elle glissait silencieuse…..

  • D. Furtif

    Comment dire son admiration sans être inconvenant et déplacé???
    Merci Asinus pour ce témoignage qui nous donne l’heure et le cap.

  • serri

    Vous êtes une belle personne avec une rare grandeur d’âme et des mots magiques.

  • ranta

    Hello amigo

    « elles la vraie colonne vertébrale du service »

    Comme les sous-off le sont dans l’armée

    Comme tu l’as été.

  • Dora

    Bonsoir Asinus, en plus de la compétence des infirmières, j’évoquerai la gentillesse de ces jeunes hommes infirmiers, de cette radiologue venue sans doute d’un pays de l’Est qui a trouvé la formule toute simple, « Comment ça va? » pour ramener les malades à leur vécu au quotidien et les faire sortir de l’état de stupéfaction où ils sont plongés, de ces jeunes femmes chirurgiennes qui répondent aux questions, sont beaucoup plus dans la relation que leurs confrères.

  • D. Furtif

    Bonsoir à tous
    Sandro Serri
    Ranta et Dora…..

  • Buster

    Un amical Salut !

  • D. Furtif

    On ne peut que se réjouir de voir, en ce jardin chaleureux et convivial ,se rassembler auprès d’ Asinus des gens que des liens étroits quoique disparates rassemblent dans une communion de sincérité.
    Il ne m’appartient pas d’en jouer le propriétaire seulement d’en chasser les intrus et les pitres
    .
    Heu …
    Bonjour Buster….

  • snoopy86

    Bon,

    Moi aujourd’hui je me connecte du CHU où je suis depuis 48 h et sur le point de me faire enlever une vésicule biliaire à laquelle je tenais énormément
    Une connection de m… qui fait que je serai bref :

    Asinus magnus est

  • Asinus

    yep a toutes et tous merci, comme d’hab les costumes et les décors sont de Donald Cald….. heu Furtif , @Snoopy salut et fraternité !

  • D. Furtif

    Bonsoir Asinus….
    Comme je n’étais pas disponible , je n’ai pas ouvert la grille ce matin….
    Dans l’impossibilité de commenter sur Maisdisons un « correspondant » s’est rabattu sur AVOX…..
    ….

  • SANDRO

    « Soldat Cova, repos ».
    Vous pouvez fumer.

  • Asinus

    yep , Sandro les instants se prêtant a l’introspection ce faisant plus nombreux entre deux reveries médicamenteuse , vous me pardonnerez cette digressions sur votre amicale interjection , SOLDAT !!!

    je crois que je n’ai jamais été aussi conscient de ce que j’étais ,de l’image que je projetais avec un sentiment aboutis de mes facultés de mon utilité et de la complémentarité entre mes capacités physiques et mon potentiel cognitif
    que durant la période ou l’on m’a définis comme soldat .Non pas que j’étais plus heureux ça n’a rien a voir , c’est cette sensation d’être a sa place qu’aucune argutie justificatrice n’était nécessaire , non pas que je n’ai pas eu peur ou envie de voir la fin de l’aventure juste cette prescience que j’ETAIS !! debout face au soleil j’existais différent relevant d’un code et de norme différente l’existence liée a un sentiment d’appartenance , a l’heure ou les comptes se solde , dans la battée de la vie ne reste que les paillettes ayant rendu la traversée supportable ! beaucoup ricanerons peut être juste d’incompréhension mais moi le péquenot bac -5 j’ai aimé être soldat j’ai aimé le rituel et les codes
    j’ai aimé être : au service !
    Comptez-vous, soldats –
    soldats depuis longtemps comptés ! déclama le Duc.
    Votre fardeau est fait de dollars et de souffrance.
    Nos colliers d’argent brillent sur vos âmes.
    Comptez-vous, soldats – soldats depuis longtemps comptés.
    A chacun son dû de temps, sans illusion.
    Et passe le mirage de la fortune, avec nous,
    lorsque s’achève notre temps sur un dernier rictus.
    Comptez-vous soldats – soldats depuis longtemps comptés.

    asinus: ne varietur

    • D. Furtif

      Bonsoir Asinus
      Bonsoir à tous .
      .
      Le Duc ????
      Atréides ou de Nemours ????
      J’ai beau regarder ma souris ….il me faut bien de l’imagination pour trouver le Nord au bout de sa »queue »

  • Sandro

    @ Asinus,
    Oui, je vois bien.

    Les English ont une belle formule:
     » not everything that counts is countable ».

    Ca rend moins bien en français, mais ça donne quelque chose comme « tout ce qui compte vraiment n’est pas mesurable », ou encore:
    « on ne peut pas compter tout ce qui compte ».

    Yep, quand on est en rang, il faut toujours un homme de base, vous savez bien.
    Un repère. Une borne.
    Le problème, c’est quand on a plus de bornes, ou qu’on a perdu celui/celle qui vous servait de borne.

    Bon, j’arrête aussitôt ma philosophie de comptoir, car chez Furtif, il n’y a rien à boire….

  • snoopy86

    Là les gars, côté philo, c’est quand même une autre pointure que Taverne ou Dugué, et avec 10 fois moins de mots…

    En plus j’ai compris 😀 …

    Mais comme Sandro, ça me donne envie d’aller boire un coup ( en douce, car ce con de chirurgien me l’a interdit … )

  • SANDRO

    @Snoop
    Te fais pas de bile: la perte de ta vésicule te seras rendue au centuple ici ou ailleurs…par une caisse de Nuit sans Georges ou de Castagne ma trachée….par exemple.
    Une vésicule, dix de retrouvées.. c’est l’idée générale. Enfin, j’crois…

  • sandro

    Sur le « repos, vous pouvez fumer », on voit bien en quoi l’armée porte une lourde responsabilité dans l’éclosion du crabe dans les bronchioles de ceux qui sont nés dans les années 60 ( un peu avant ou un peu après).
    Le fameux « Vous pouvez fumer » était alors un symbole de l’état normal, du repos, de la vraie vie.
    Un peu comme on dirait : « vous pouvez vous reprendre une activité normale, c’est à dire fumer… »
    Pour ma part, ayant fait l’armée tard, je fumais déjà en entrant dans le monde kaki.
    Mais combien d ‘autres y ont laissé leur vie , au gré des « Gauloises troupes », qui ont justement fait qu’ils ont de moins en moins pu faire des gauloiseries, puis ont carrément du rendre leur certificat de naissance….
    La vie est évidement une pute, mais parfois, en plus, elle est étrange.

  • D. Furtif

    En Mai 68 , une époque où je ne buvais ni ne fumais , les petites bourgeoises , dont une très proche , se mirent à découcher d’une manière quasi institutionnelle…
    C’était le nouvel âge.
    Quelques semaines plus tard j’entrai dans le monde du salariat. J’y perdis beaucoup de mon aura. En revanche elle m’avait appris à fumer en échange de quelques apprentissages que je lui avais gracieusement offerts.
    On a les générosité qu’on peut.
    Quelques mois plus tard on prétendit m’enseigner les vertus supérieures de la Vodka polonaise…
    La première méritait qu’on lui accorde un intérêt la seconde était une grossière erreur…..
    .
    Ahhh les femmes …..Mon foie me fait payer, encore aujourd’hui, les innocents penchants de ma jeunesse…..
    ….
    Par ailleurs
    Saviez vous que , outre la variole, la varicelle connaissait un regain de succès ces derniers temps, particulièrement dans le Sud Ouest????
    Saviez vous que d’avoir eu la Varicelle vous protégeait de l’avoir encore mais pas d’être victime d’un sien cousin qui joue à vous faire comme si vous aviez mal tout en ayant rien mais ça fait tout pareil………
    .
    Ahhh la famille!

  • snoopy86

    Je vous trouve tous un peu tristounets …

    J’espérais en parlant vésicule que vous exploiteriez toute la richesse possible de la rime …

    Je sors demain. Une semaine sans un verre de vin rouge

    Ma dernière bouteille de Beychevelle 2005 est condamnée :-))

  • Sandro

    @Snoopy
    J’espère que tu as pu repérer une infirmière prête à entendre ( au moins d’une oreille) tes histoires de gens qui avancent et qui reculent sous la canicule.
    N’étant pas proctologue, je ne peux que te dire cette contrepèterie africaine:
    « l’Afrique est bonne hôtesse ».

    PS: connais le Bécherelle ( voire le Gaffiot), mais pas le Beychevelle.
    Encore un vin de l’Ouest, sans doute. Pffuuuu. Un vin de chinois, quoi.

    Nan, hors les Bourgogne, point de Salut. Epicétou.

    Faites pas attention, Asinus. Ce sont paroles d’hommes saouls ( les pires étant ceux qui sont à jeun…)

    • D. Furtif

      Pour Beychevelle on prend le bac à Blaye …C’est en face.
      À Lamarque tu prends à droite vers le Nord et …

      img

      • snoopy86

        Beychevelle est un deuxième ou troisième grand cru classé de Saint-Julien qui fut il y a quelques siècles propriété d’un grand amiral de France d’où son nom  » baisse voile  » en vieux françois qui vient du fait que passant devant la propriété les mariniers de la Gironde abaissaient la voile en signe de respect.

        C’est surtout pour moi une histoire de famille. Lorsque mon père reçut sa première décoration des mains de Charles de Gaulle en 1945, il était côte à côte avec un jeune officier de marine de la France Libre nommé Aymar-Achille Fould héritier des lieux. Il s’en suivit une longue amitié et jusqu’à la mort de Fould mon père reçut tous les ans une caisse du nectar.

        C’est donc devenu le vin des fêtes de famille. J’en achète depuis plus de 30 ans et mon fils, encore plus amateur que moi perpétue déjà la tradition.

  • SANDRO

    Bon, bon.
    Si c’est une affaire personnelle, familiale et ancestrale, je veux bien faire une exception.
    Mais bon, hors le Vosnes Romanée, y’ a rien…

  • sandro

    Revenons à vous, Asinus (car après tout, nous sommes sous votre article).

    Avec Snoopy, nous faisons semblant de parler avec légèreté de choses graves ( ou avec gravité de choses légères, je ne sais plus).
    Alors, allons-y.
    S’il vous fallait rendre votre copie demain (ce qu’à Dieu ne plaise), et aussi parce qu’on vous connait pas mal et peu à la fois, qu’est ce que vous emmèneriez avec vous sur l’ile déserte, comme musique et comme livre?
    PS: Vous n’êtes pas obligé de répondre, bien entendu.
    Bonne soirée.

Leave a Reply

You can use these HTML tags

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>