Janis Joplin à Monterey

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Le premier festival de Pop Music des année 60-70 qui ait eu lieu a été celui de Monterey aux USA en 1967, deux ans avant  celui de Woodstock. On en a tiré un film « Monterey Pop », qu’à l’époque j’avais été voir une bonne dizaine de fois.

C’est là que j’ai vu pour la première fois, à côté d’artistes déjà connus comme Otis Redding, un certain nombre de musiciens dont la renommée était encore plus ou moins confidentielle en France à cette époque : Jimmy Hendrix, Jefferson Airplane, Cannet Heat, les Byrds, Grateful Dead, les Animals, les Who… On trouvera ici la liste de tous les participants de ce festival qui a duré trois jours et où les artistes ont tous joué gratuitement .

Mais celle qui m’a vraiment scotché sur mon fauteuil, d’autant que j’en n’avais jamais entendu parler, c’est Janis Joplin dans Ball and Chain.
Contrairement aux autres artistes qui étaient frigués à la mode hippie multicolore et extravagante, elle était en tunique–pantalon en maille claire, très classe, avec des mules à petit talon, mais sa furieuse chevelure en vrac.
Malgré son calamiteux orchestre, lorsque ce petit bout de bonne femme s’est mis  à rugir  ho-o, wowou-wowou-wo, en frappant du pied, j’ai eu  le cœur qui en a oublié de battre, se disant que ce n’était  pas possible, qu’elle allait rendre ses tripes sur scène… ( Mama Cass, l’imposante chanteuse des Mamas and Papas que l’on voit en plan de coupe est tout aussi stupéfaite de la performance.)

J’ai revu ce film une fois, plus de vingt ans après.
Entre temps, beaucoup de ces artistes étaient morts prématurément : Ottis Redding, Mama Cass, Keith Moon, (le batteur des Who), Jimmy Hendrix et Janis Joplin. Overdose d’héroïne pour elle.
Quand, ressuscitée à l’écran, elle a attaqué Ball and Chain et qu’elle s’est remise à éructer comme un diable, je me suis demandé en pensant à son destin épouvantable par quoi pouvait être alimentée une telle rage, une telle souffrance ?

C’est un mystère. Celui de l’artiste qui, d’une certaine manière, a la chance de pouvoir en faire quelque chose de socialement utile en médiatisant ses émotions par une technique. Mais on ne dira jamais assez combien il est souvent sur une corde raide, à la limite de basculer définitivement dans son mode intérieur, celui de l’indicible et de l’enfermement suicidaire sur soi.
L’artiste a droit au respect. C’est grâce à lui que le bourgeois peut se donner des frissons à contempler l’horreur, le sublime ou la passion extrême sans prendre de risque pour lui-même. Parce que c’est l’artiste qui les prend à sa place.

37 comments to Janis Joplin à Monterey

  • ranta

    Je me demande si la vraie performance n’est pas de pouvoir envoyer malgré une guitare complètement fausse, à moins qu’elle ne se soit appuyée que sur le support rythmique.

  • Ph. Renève

    Le moins étonnant n’est pas son sourire de petite fille après toutes ces douleurs: c’était bien de l’art…

  • gazi borat

    AAaahh.. Janis Joplin !

    Même des années après, la musique ne vieillit pas.. On a beaucoup glosé à l’époque sur la formation qui l’accompagnait, le « Holding Company » et ses approximations. Personnellement, l’accompagnement ne m’a jamais dérangé, la voix de JJ arrive à couvrir n’importe quoi et même, je me demande si le celà n’ajoute pas à l’effet « corde raide »…

    Ball ‘n’ chain ? Bouleversant… mais plus jeune, je craquais sur une interprétation du Summertime de Gershwin..

    GB

  • Un calamiteux orchestre pour Calamity Janis, c’est un compliment ! Je l’écoute toujours avec autant d’émotion. En passant puisqu’il est question de Monterey, un petit lien sur… l’excellent Monterey, d’Eric Burdon & Animals.

  • ranta

    Je ne parviens pas à comprendre comment vous pouvez faire abstraction de l’orchestre…. j’ai plus le sentiment que vous êtes dans une sorte de dévotion qui ignore qu’un artiste ne peut pas permettre à son groupe, à ses musiciens d’être à côté de la plaque.

    Bon sang…et léon ne me contredira pas : il est impensable d’évoluer et d’accepter que la structure mélodique et/ou rythmique soit fausse. NON de dieu, j’ai 12 ans de guitare classique, de 8 à 18 ans derrière moi, pour en avoir assez chié et affirmer que le n’importe quoi n’est pas, ni autorisé, ni vivable.

    • @ Ranta

      Janis et son groupe, c’était pas de la guitare classique. La puissance émotionnelle et l’inspiration transcendent la musique et la justesse. Pareil pour La Callas, qui était très loin de toujours chanter juste ! Bon, j’ai juste une vingtaine d’années de gratouillage de guitare pas classique du tout alors, s’cuse…

      • ranta

        Et alors, ça change quoi ?….tu crois que le genre, le style s’affranchissent des règles ?… en l’occurence c’est un instrument qui est faux, et plus que faux…tu accepterais ça d’un orchestre classique ?….

        Pour moi, ce morceau est de la merde, indépendemment de la voix et de la mise en place rythmique.

        • ranta

          Bon sang, je ne te comprends pas…les premières choses qu’on apprend est la justesse : placement rythmique et justesse harmonique…tout le reste c’est à la fois du blabla et beaucoup de travail…..Putain, le nombre le nombre de gus que j’ai vu dire improviser alors qu’ils n’avaient aucune connaissances de leurs manches,aucune connaissance des gammes et qui se contentaient de tourner en rond sur une pentatonique tout en étant incapables de se projeter ne serait-ce qu’une mesure plus loin en sachant exactement où ils voulaint aller…..désolé, il y a un minimum.

          • ranta

            Heu…sans même savoir où ils voulaient aller…bien sûr.

            • @ Ranta

              Raisonnement typique d’un nazillon. Pourquoi la chanteuse et l’orchestre devaient-ils chanter juste et d’un même pas de l’oie ? Je ne transmets pas ça à momoriSSe, ça doit déjà être dans ses stasifiches avant que j’aie eu le temps de réécouter Janis Joplin.

              • ranta

                😆 😆 😆 damned, me v’la démasqué..le pas de l’oisillon qui défile au son de la musique qu’il n’a pas écrite….. merci de me révéler.

  • Sandro

    Ah, p…
    Janis Joplin.
    Ca met un coup, difficile du reste de situer où, car cette bonne femme m’a toujours pris d’un peu partout.
    L’article est court, mais la dernière phrase sauve tout le reste:

    « L’artiste a droit au respect. C’est grâce à lui que le bourgeois peut se donner des frissons à contempler l’horreur, le sublime ou la passion extrême sans prendre de risque pour lui-même. Parce que c’est l’artiste qui les prend à sa place. »

    Pas mieux.

  • yohan

    Merci Léon pour ce rappel à la mémoire. Nos jeunes connaissent Jim Morisson et bcp moins Janis Joplin

  • yohan

    Effectivement, musicos médiocres, ce qui rehausse ses performances.

  • Alpaco

    C’est surtout l’enregistrement qui est pourri. A l’époque c’est pas 128 pistes avec 15 potars d’égalisation par piste plus tous les effets parfaitement gérés le tout retraité par ordinateur, mais maximum du 6 pistes truandées reconverties en 2 pistes stéréo.

    Janis Joplin c’est une reine. Elle a le génie musical qui permet à ceux qui la maitrise de transcender la technique brute en émotions et sensations. Comment créer de l’émotion à partir d’une vibration sonore, Janis savait le faire.

    • ranta

      Alpaco, tu fais fausse route. Peu importe le nombre de piste….un concert live est un concert live….et toutes les pistes, en cas d’enregistrement, ne pourront pas compenser la fausseté d’un instrument, ou de plusieurs.

      Janis Joplin, réalise une véritable performance à poser sa voix et faire vivre le mmorceau en dépit de la gguitare qui est archi fausse. IL serait intéressant, mais on ne le saura jamis, de savoir quel retour elle avait, entend

  • ranta

    entendait-elle vraiment la quitare ou seulement la basse/batterie ?…

  • Léon

    En 1967 on est plus probablement en 4 pistes maxi et seulement en studio. Il est beaucoup plus vraisemblable que l’enregistrement de ce concert ait été tout bêtement réalisé en stéréo. Sous réserve de confirmation….

  • Léon

    Ranta, à part l’épouvantable intro, la guitare ne joue quasiment pas, c’est en réalité ce qui sauve un peu cet enregistrement de la catastrophe.

    • ranta

      Non Léon.

      La guitare est calamiteuse en intro mais réécoute le tout, son jeu rythmique, en place, mais harmoniquement faux plombe le morceau, et c’est un véritable miracle que Janis Joplin envoie ce qu’elle envoie. Sincérement réécoute.

      • ranta

        Oui la guitare ne joue quasiment pas, mais elle souligne les temps forts et vocalement tu t’appuies dessus….comment t’appuyer sur un truc completement faux ?….. je persiste en disant que Joplin réalise une véritable performance tout en étant dans l’incomphrésion, notamment que dès l’intro : elle aurait dû dire : oh, oh ça le fait pas.

      • Léon

        Je suis d’accord, il n’est pas accordé et joue faux du début à la fin. Simplement, après l’intro on l’entend beaucoup moins et grâce à la perf de Janis Joplin on arrive à l’oublier un peu… Et ce jeu « faux » n’est ni volontaire ni contrôlé, c’est du grand n’importe quoi. Mais j’ai quand même voulu mettre cette version-là, c’est celle que j’ai entendue la première fois…

    • Alpaco

      Si ranta,
      la guitare n’est pas calamiteuse en intro, elle est d’époque, Hendrix aurait pu faire la même. Quand tu tires sur les cordes de la guitare (bend ou tiré )tu ne joues plus des notes « pures ». Dès le début le guitariste se lâche (un solo d’intro), juste accompagné par la basse et la batterie. il utilise le vibrato (tige métallique qui tend ou détend toutes les cordes) de la guitare à partir de 00:27 sur quelques secondes, puis à partir de 00:41 ce qui « fausse » les notes qu’il joue. On dit jouer « out » en jazz, mais la c’est plus du rock.
      donc ranta , c’est voulu.

      • ranta

        Alpaco, deux choses : primo, on doit pas avoir les mêmes oreilles, secondo, merci le sait parfaitement ce qu’est un bend ou un pull off et je m’arrête là ……tu ne veux pas entendre l’évidence : la guitare est fausse, simplement fausse …elle n’est pas dans la TONALITE de la basse et par conséquent de la voix….

  • ranta

    guitare n’est pas calamiteuse en intro, elle est d’époque, Hendrix aurait pu faire la même.

    oui, exact et pas qu’Hendrix, c’est une des caractéristique de l’époque en live et qui tenait bien plus des conditions à la fois logistique ( pas trop de monde pour s’occuper et s’assurer du matériel)que celles mentales et altérés des musiciens…. perso, les rares fois où j’ai joué bourré(je ne parle pas de drogue, jamais connu ça)je me suis pris pour « the king of the word » et les même rares fois ou ça avait été enregistré, à la réécoute je suis tombé de haut…..

  • Alpaco

    ranta, nous avons bien les mêmes oreilles, au moins sur la partie interne.
    La guitare dans l’intro joue bien des notes « fausses », car hors tonalité. Mais est-ce volontaire ou pas ?
    Le truc c’est pas de savoir si tu aurais préféré ces notes justes.

    • ranta

      La guitare n’est pas juste hors tonalité mais son accordage est faux ,et non, j’affirme que ce n’est pas volontaire . Et le truc ne consiste pas à savooir ce que j’aurais voulu de juste mais ce que le morceau demandait de cohérent…mais il est clair que la moindre raclure de corde peut passer pour une merde sans nom si c’est mister lambda le soir de la fête de la musique ou un coup de génie si c’est Clapton….relativisme orienté et insoutenable selon qu’on veut être con ou non.