La Carte et le territoire ou la possibilité du sens.

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Le charme qui se dégage de La Carte et le territoire, le roman de Michel Houellebecq, doit beaucoup, je crois, à la présence dans cette œuvre et dans nos esprits du « territoire » dont il est question, c’est-à-dire de ce vieux pays qu’on appelle la France, présence à la fois constante et impossible.

Sur le chemin de retour de mes vacances, prises en même temps que la majorité de mes compatriotes, au mois d’août, j’ai eu le sentiment en regagnant ma banlieue, c’est-à-dire ce nulle part dont les ordinateurs et les autres machines nous arrachent sans effort, de quitter à la fois la province et mon pays lui-même. En laissant sur le côté de certaines routes nationales que j’empruntais cet été ces restaurants abandonnés aux quatre vents, ces antiques routiers qui tombent en ruine (chaises en plastique vert renversées, tables Formica retournées, peintures écaillées, vitres brisées, parking déserts, pancartes obsolètes et menaçantes), délaissés tout autant par les gens du coin qui préfèrent le confort rassurant offert par le centre commercial régional dans lequel ils s’amassent le week-end, que par les automobilistes de passage qui foncent vers l’autoroute et les restoroutes qui l’agrémentent avec une régularité d’horloge suisse, je fus submergé par le sentiment coupable d’abandonner la France, je veux dire ce vieux pays depuis longtemps disparu dont je ne sais s’il existe encore dans mes souvenirs ou si c’est seulement mon imagination qui trouve dans ma mélancolie l’amer matériau dont je façonne des chimères.

Ce que je sais cependant, c’est que le ravissement esthétique éprouvé par Jed Martin, le personnage principal de La Carte et le territoire, alors qu’il empruntait l’A20, « une des plus belles autoroutes de France », en chemin vers la Creuse, pour y assister, en compagnie de son père, à l’enterrement de sa grand-mère, m’est familier. Ce ravissement qui le saisit alors qu’il contemplait une carte Michelin 1/150 000 de la Creuse, Haute-Vienne, fut aussi le mien bien souvent lorsque je m’abîmais comme tant d’autres de mes contemporains sans doute dans la contemplation fascinée de représentations idéales de petits morceaux de mon pays. La carte, nous dit Houellebecq, mêle l’essence de la modernité, de l’appréhension scientifique et technique du monde, et celle de la vie animale. Elle nous donne accès à une richesse d’émotion et de sens sans égal et nous permet de sentir « la palpitation, l’appel de dizaines de vies humaines, de dizaines ou de centaines d’âmes – les unes promises à la damnation, les autres à la vie éternelle. »
La carte se veut à la fois la représentation la plus fidèle et la plus pratique possible de la réalité. Avec la carte routière, il faut que le lien qu’établit notre esprit entre la carte et le territoire soit solide et évident. La carte, grâce non seulement à une légende facile à lire, mais aussi grâce aux recours à des codes implicites que l’on suppose présents chez le lecteur, vise à rendre le plus lisible possible le monde dans lequel il faut s’orienter. Cette lisibilité du monde, je crois que cela pourrait constituer pour Houellebecq et pour d’autres sans doute l’objectif par excellence du roman. Grâce au roman, le monde devient plus lisible et il devient plus facile de s’y orienter, peut-être même d’y trouver un sens.

Représentée sur une carte, représentée dans ce roman, la France elle-même, la France éternelle des champs et des Eglises, notre vieille terre charnelle, semble parfois revivre d’une vie harmonieuse. Harmonieuse, mais (parce que ?) plus tout à fait humaine. Dans sa muséification touristique, la France éternelle chère à Jean-Pierre Pernaut entre dans le repos de la vie éternelle. Cette vie éternelle est précisément conçue comme l’actualisation d’une utopie, celle de l’identité parfaite de la carte et du territoire. L’endroit (cet autre nulle part, l’envers exact de la banlieue) où la carte et le territoire se confondent est le lieu quintessentiel de l’utopie. Ce lieu est figuré dans le roman sous la forme d’une photographie d’une partie du terroir français prise « exactement à la verticale », « sans effet d’éclairage ni de perspective», celle justement qu’a choisi d’acheter Jean-Pierre Pernaut, parmi d’autres œuvres de Jed Martin. Le territoire lui-même apparaît comme une perfection égalitaire de taches de différentes couleurs harmonieusement et symétriquement réparties. Dans un rapport idéal de la carte et du territoire, la photographie suscite chez le spectateur le même effet que la « présence de la réalité concrète », « équilibre, harmonie paisible ». Lorsque le hiatus entre la carte et le territoire disparaît, c’est l’angoisse consubstantielle à l’humanité qui semble disparaître elle aussi. La séparation du mot et de la chose, de l’idéal et de la réalité paraît se résorber dans la réunion de ce qui était séparé. Voilà ici l’orientation, le sens abstrait que nous offrent la carte, et les sens (je veux dire les cinq sens concrets qui permettent l’appréhension du monde) grâce auxquels nous pouvons dire nôtre le territoire (à mille lieux des abstractions numériques), enfin réunis, la carte et le territoire. Ainsi la photographie d’un paysage du Nord de la France apparaît comme l’actualisation d’une utopie éminemment politique : celle de l’égalité absolue et de la réunion conséquente de ce qui était séparé : la réconciliation générale et post-historique de l’humanité avec elle-même. Après le conflit et la séparation, la France charnelle devient enfin pour tous « un même asile égal et fraternel (Péguy)».

Le désir d’amour et d’éternité traverse toute l’œuvre de Houellebecq. La vieillesse et la mort, la périssabilité de la chair humaine, la fugacité ou le mirage de l’amour, les atroces tortures du désir constituent le cœur douloureux de la tragédie de la condition de l’animal humain. Dans deux de ses romans au moins, Les Particules élémentaires et La Possibilité d’une île, Houellebecq met en scène la sortie de l’humanité par l’humanité. Surenchérissant sur les utopies modernes, Houellebecq rêve d’un monde dans lequel l’homme s’affranchirait à jamais de la condition humaine et de ses limites. Chez Houellebecq le désir est compris comme le signe infiniment douloureux de notre inachèvement. Eternellement séparé de l’objet de son désir, l’homme est un animal souffrant. La souffrance humaine est en outre redoublée chez certains par les défaites qu’ils subissent dans le domaine amoureux qui est devenu à l’époque contemporaine un nouveau théâtre d’opération de la guerre larvée de tous contre tous qu’institue le capitalisme.
L’amour apparaît chez Houellebecq comme dans le Banquet de Platon (où Héphaïstos propose aux amoureux de « les fondre et de les souder ensemble ») ou dans le christianisme lui-même (« les deux deviendront une seule chair ») comme la négation du désir, le moment éternel où la marque de la séparation qu’est le désir est définitivement abolie. Mais dans le christianisme, la réunion à venir dans le Christ des corps des fidèles n’est qu’une promesse ou qu’un aspect de notre vie terrestre marquée, à la suite du péché originel, par la séparation de Dieu d’avec sa créature.
Les Particules élémentaires et La Possibilité d’une île narraient le projet plus ou moins réussi de réparation du monde par la science et ses applications technologiques. Dans Les Particules élémentaires notamment, l’humanité était décrite comme une espèce « à peine différente du singe », « torturée, contradictoire, individualiste et querelleuse (…) mais qui ne cessa jamais de croire à la bonté et à l’amour ». C’est grâce à sa foi en l’amour que l’humanité pourra dépasser sa condition et faire advenir une nouvelle espèce qui se qualifie elle-même « -sur un mode, il est vrai légèrement humoristique » du nom de « dieux » qui a tant fait rêver la vieille humanité.

Que reste-t-il, douze ans après Les Particules élémentaires, du projet houellebecqien de surpassement technologique de l’humanité par elle-même ? Apparemment pas grand-chose. L’art de Jed Martin est marqué par une intense nostalgie pour un monde qui disparaît, celui du contrôle technologique du monde. L’orgueilleuse ambition des Particules semble faire place à un projet plus modeste : rendre compte du monde, tout en laissant ouverte la possibilité d’un avenir humain, c’est-à-dire dans les circonstances qui sont les nôtres, à nous autres héritiers ingrats de la France et de sa culture, qu’il me soit permis de conclure ainsi, un avenir français et chrétien.

47 comments to La Carte et le territoire ou la possibilité du sens.

  • Ph. Renève

    Florentin,

    Merci pour cet article.

    Mais pourquoi donc, après un discours un peu hermétique, conclure par cette ouverture vers un « avenir chrétien » qui vient comme cheveu de moine sur soupe de prime ?

    Allons donc, l’héritage de « la France et de sa culture » n’implique nullement ces lendemains religieux que vous appelez de vos vœux pieux. C’est aussi et surtout Descartes, Voltaire, Comte et trois siècles bien remplis de pensée logique et laïque.

  • Léon

    Bonjour Florentin, ravi de vous accueillir sur Disons.
    L’oeuvre de Houellebecq a décidément bien des interprétations possibles. C’est probablement le signe de sa richesse.

    L’idée symbolique du rapport entre la carte et le territoire est vraiment géniale. Comme vous (et lui) je suis fasciné par les cartes. Rien ne me fait autant rêver, par ce qu’elles permettent de deviner des paysages, des humains qui y vivent…
    Il a mis le doigt sur un symbole extraordinaire. Plus globalement, cette idée de la souffrance due à la séparation, qu’il a si bien décrite dans ces romans précédents, je ne sais pas s’il faut aussi appeler la vison chrétienne de l’amour à la rescousse, qui vous interpelle, certes, mais concernant Houellebecq, j’ai des doutes.

    Son questionnement sur l’art ne semble pas vous avoir touché. Pourtant j’y vois une réflexion essentielle sur la culture et l’humanité en général.

  • Bon billet, camarade Florentin. Décidément, je crois que je vais me remettre à lire Houellebecq, du moins son dernier opus

    Info désopilante signalée par le Canard Enchaîné de cette semaine : Jean-Pierre Pernaut est tout fiérot de sa prestation à la carte dans le territoire qui ne ment pas : à propos de l’amer Michel, il dit que « Lui, au moins, il regarde mon JT et sait quelles sont les vraies richesses de la France que le monde nous envie ».

  • chantelois2010

    La vieillesse et la mort, la périssabilité de la chair humaine, la fugacité ou le mirage de l’amour, les atroces tortures du désir constituent le cœur douloureux de la tragédie de la condition de l’animal humain.

    Florentin

    Je suis très heureux de vous relire ici. Votre phrase en exergue est une cruelle vérité, surtout lorsque le vieillissement ne tarde guère à vous le faire comprendre et que tout objet de désir devient, au-delà de son essence même, souffrance. Ce livre de Houellebecq a été très bien accueilli au Québec. Et Léon a le mot le juste : il a décidément bien des interprétations possibles.

  • asinus

    suis au taf!
    survolé ,lecture remise aux heures paisibles du soir.Il n’est de bonne dégustation
    qui ne se fasse attendre yep

  • Causette

    Bonjour Florentin
    Je ne vais pas tarder à lire ce livre de Houellebecq.

    J’aime aussi les cartes 😆
    http://cassini.ehess.fr/cassini/fr/html/1_navigation.php

  • Merci pour vos commentaires. Merci aussi à l’équipe de Disons, et en particulier à Léon, de m’accueillir.

    Philippe, je suis désolé pour l’hermétisme, j’ai du mal c’est vrai à me mettre dans la peau de quelqu’un qui n’a pas lu l’ouvrage dont je parle. N’ayant pas pour vocation de prescrire la lecture d’un livre, je me contente de mettre en avant les réflexions qu’il suscite en moi, de façon un peu désordonnée et absconce. J’en suis désolé. Pour ce qui concerne le cheveu chrétien sur la soupe, j’espère que la soupe ce n’est pas mon texte, ou pire encore le livre du H. auquel cas mon pensum aurait été vraiment contre-productif. Mais H. personnage dans cet ouvrage se convertit au catholicisme quelques mois avant sa mort, et je crois que l’on ne peut guère éluder cet aspect de ce roman, qui trouve en outre chez moi des résonnances profondes. Désolé si ça vous paraît incongru.

    Léon, Chantelois : vous avez raison, il y a beaucoup d’autres choses à dire sur cet ouvrage, et je me contente de suivre quelques pistes qui me paraissent avoir été tracées par H. lui-même, à tort ou à raison, comment le savoir?

    Marsu : la réaction de JP est savoureuse, comme les produits de nos terroirs bien sûr!

    Asinus et causette : merci.

    Disons est un « blog » remarquable, où l’on rencontre des gens qui ne pensent pas nécessairement la même chose et évitent néanmoins les noms d’oiseaux (je ne dis pas ça pour Ph. R. ou son avatar), c’est rare. Heureux d’être parmi vous.

  • Léon

    C’est vrai, Florentin. Le personnage de Houellebecq se convertit effectivement au christianisme. C’est une piste que vous explorez qui me semble tout de même assez mystérieuse, car l’auteur n’en dit quasiment rien. J’ai prêté mon exemplaire, je vais attendre qu’il me revienne pour voir cela de plus près.
    Merci pour les compliments sur le blog. On fait de notre mieux.

    • @ Léon

      Il y a chez Houellebecq, pour qui sait le lire entre les lignes provocatrices, un sens du péché presque mauriacien. Serait-il lui même converti ou sur le point de se convertir au christianisme ? Impossible de le savoir, mais sa trajectoire fait penser, par de nombreux côtés, à celle de Maurice Dantec : critique glauque de la modernité décadente, anti-islamisme… et Dantec s’est converti récemment au christianisme. Houellebecq-Dantec, des parallèles qui se croisent sur la croix ?

  • Si l’on fait attention aux passages qui parlent du christianisme, on constate qu’à chaque fois ils sont associés à la possibilité de l’amour dans le sens le plus humain et le plus charnel, d’une façon parfois même un peu caricaturale : on apprend par exemple que Jed et sa fiancée se rendent à la messe le dimanche matin, après avoir fait l’amour (p.98), ou ailleurs, Jed entre dans une église au moment où il se souvient de son père (athée et soumis au monde technologique) et de son anus artificiel, son père qui ne peut plus « supporter la gueule des êtres humains », juste avant de découvrir dans l’église en question « le cul, cambré par l’agenouillement » d’une jeune fille de dix-ans (p.211). A qui accepte de penser que H. n’écrit pas n’importe quoi, il sautera aux yeux ici que la chair et la possibilité de l’amour sont du « côté » du christianisme et qu’il s’oppose à la déshumanisation technologique dans lequel l’humanité, Jed Martin en tête, se réfugie. Le christianisme dans cet ouvrage apparaît comme un contrepoint d’espérance à la « solution » technique proposée par la modernité au malaise humain.

    • Ph. Renève

      Ah… Hors du christianisme point de péché et hors du péché point de plaisir ! 😉

    • Léon

      C’est vrai, je me souviens de ce passage dans l’église. Oui il se pourrait que vous soyez dans le vrai du point de vue de l’interprétation de ce livre. J’ai en tous cas été content de trouver en vous, enfin, quelqu’un qui a la même interprétation que moi des Particules, qui ne peuvent se comprendre que dans les dernières pages où il trace le portrait de cette nouvelle humanité enfin apaisée par l’absence de désir sexuel, par la fin de cette frustration de la séparation entre les sexes.

  • Euh, je vois un horrible lapsus lingae dans mon msg précédent, il faut lire dix-huit et non dix. Je répète dix-huit. On en lynche le coeur léger pour moins que ça de nos jours.

    Philippe, le christianisme ce n’est pas seulement la religion du péché, c’est aussi celle de l’Incarnation. La création est bonne, sans jeu de mot, hein! Je constate que le monde hypermoderne préfère l’abstraction des réseaux à la présence réelle de la créature, c’est la tentation gnostique, ou cathare, qui dévalorise la vie ici-bas et qui revient de façon lancinante dans l’histoire de la chrétienté, elle triomphe enfin aujourd’hui que l’Eglise n’a presque plus aucune influence. Regardez : aujourd’hui pour être vertueux il faut faire l’amour avec une capote, c’est-à-dire d’une façon telle que les deux épidermes ne se touchent pas. Sans parler des réseaux virtuels, et de la mode du sado-masochisme dans laquelle je me suis laissé dire que les deux partenaires n’avaient guère de contacts charnels, empêtrés qu’ils sont dans le fatras des colifichets et autres oripeaux dont ils s’affublent pour ranimer leur triste plaisir. L’époque post-chrétienne est à la désincarnation, c’est presque une tautologie de le dire.

    Léon, oui, je crois que l’oeuvre de H. est très cohérente au fond, très travaillée, malgré quelques approximations qu’on peut toujours lui reprocher mais dont je me demande parfois si elles ne sont pas voulues par l’auteur.

  • Léon

    Florentin, la question de l’incarnation rejoint, sans le faire exprès peut-être, celle de la représentation artistique. Dans ce livre que vous avez peut-être lu « Vie et mort de l’image » de Régis Debray, celui-ci explique pourquoi les civilisations chrétiennes ont pu décvelopper à ce point les images : c’est, selon lui, que le Christ s’étant incarné il rendait la chair noble et grâce à cela le christianisme a échappé aux interdits de la représentation humaine des autres monothéismes. Malgré la querelle des iconoclastes, c’est finalement la légitimité de la représentation de Dieu et des humains « faits à son image » qui a triomphé.

  • Léon, oui j’ai lu cet ouuvrage. Dans le souvenir que j’en ai, je trouve que les analyses de Debray sont très convaincantes de ce point de vue et vous avez raison il me semble de les rapprocher de ce que je disais ici.

  • Sandro

    Bonjour Pif ( permettez que vous appelle Pif, méme si c’est une familiarité lancée en son temps par Snoopy, mais Piffard, ça ne le fait pas).

    Toujours un plaisir de vous lire, ici ou ailleurs, mais ici c’est plus calme.
    Je n’ai pas lu ce Houellebecq, je suis de cette race dont vous dites au début que vous n’imaginez méme pas qu’elle puisse exister: pas le temps, et puis , comme un Gala ou porno qu’on va chercher, honteux , au kiosque, comme tout le monde en parle et que beaucoup l’achètent ( mais le lisent?), y compris des gens qui ne me plaisent pas, du coup je n’achète pas.

    Votre billet me donne en revanche envie de le lire, ce qui n’est pas le moindre intéret d’un billet à propos d’un livre,( car je devine que c’est plus un « je me souviens  » à la Perec de votre mémoire – une « madeleine cartographique sentant l’Antar molygraphite- et de votre boite cranienne qu’une critique littéraire).
    Ne serait-ce que pour vérifier que le livre me parle autant que le billet.
    Car le billet me parle.
    Vous pointez naturellement le rapport à la mort? Les villages, les réminiscences familialo- buissonière, l’absence datée, la marque de la faucheuse ici, dans ce territoire de la mémoire de cet homme ou de cette femme.
    Ce que vous dites sur le sexe-le plaisir d’essence et des sens-, je crois deviner aussi « de quoi que ça cause », et vous en causez bien.

    Pour plagier quelqu’un ( non, Furtif, pas sur la téte), c’est frontalier de ce que j’avais voulu dire dans un billet « Nationale 7 » (non, Furtif, je n’oserai pas le lien..)
    Je l’avais écrite pour parler du temps qui passe, bien sûr, mais aussi pour faire une nécro « de son vivant » d’un ami retiré dans le Lubéron pour mourir. Il est parti depuis, bien sûr, mais je repense à ce qu’il me disait sur cette terrasse aux chaises en teck, en faisant tinter le glaçon: il avait acheté cette bastide en ruine du Lubéron « pour finir en beauté », mais, n’étant pas de la région, me confiait que « c’est finalement pas là qu’il aurait fallu crever ».
    Pas de racines, pas de mémoire, rien sur… « la carte ».
    Oui, je vois ce que vous avez voulu dire, Pif.
    Enfin, je crois.

    Sandro

    • D. Furtif

      M’enfin Sandro j’ai rien dit . Tu te fais trop rare pour que je me risque à t’interrompre.
      D’autant que je ne m’y suis jamais risqué.

      @Florentin,

      Nous nous sommes ratés avec HlbcQ lors d’une partie cul il y a presque 15 ans ceci après un autre ratage au moment de l’Extension du Domaine de la lutte

      Nous ne nous sommes pas quittés fâchés mais nous ne nous fréquentons plus.

  • Sandro

    Furtif:
    Non, je craignais simplement que tu m’assimile à un « confrère » connu pour citer en lien ses productions antérieures dès que l’occasion se présente.
    Pour le reste, je réalise ne me relisant que j’ai fait bien long pour dire ce qui tient en fait en peu de mots:
    Pif revient, et ce n’est pas un gadget…

  • snoopy86

    Mon fils entretient depuis quelques années une correspondance  » numérique  » avec Houellebecq qui un démarré par un message trés « islamophobe » déposé sur son mur facebook. Un message a suivi l’autre et ils échangent régulièrement ….

    Ils se sont rencontrés récemment à Paris ; mon fils me le décrit comme un type un peu « space » mais d’une parfaite gentillesse et d’une étonnante simplicité…

    Et quelle écriture !

  • ranta

    Bonsoir Piff (puisque que sandro propose cette familiarité je l’utilise mais j’y rajoute un F, un seul me ramenant au magasine de mon enfance dont a fait allusion Sandro).

    Je suis moi aussi très content de vous lire ici. Vous faîtes parti de ces auteurs que j’ai systématiquement lu dans une autre vie. Avec plaisir je précise.

    je ne dirai rien au sujet de votre article n’ayant pas lu le livre, en revanche si votre but était de susciter l’envie il est atteint.

  • COLRE

    Bonsoir Florentin,

    J’apprécie votre présence en ces lieux. Vous faites partie de ceux qui, sur AV, titillaient ma fibre discutailleuse et avec qui j’avais plaisir à échanger, même si ce fut le plus souvent pour m’opposer…
    Trouvant chez vous culture, courtoisie et ironie, cela faisait un bon cocktail pour ferrailler avec plaisir et s’instruire.

    Athée et farouche anticléricale (néanmoins adoucie, l’âge passant…), j’ai un peu de mal à m’enthousiasmer pour les oeuvres d’artistes qui trouvent la vérité du monde dans un buisson ardent.…

    D’un autre côté, n’ayant pas lu ce livre, je réserve mon jugement sur la justesse de votre interprétation « chrétienne »… Derrière les lignes, est-ce du Houellebeck que vous avez lu ou du Piffard ? 😉

    Ce livre me paraît contenir tant d’hypothèses à la manière de l’auberge espagnole, que je me demande si ce n’est pas la notion de « représentation » qui est en cause dans son interrogation (picturale, photographique, cartographique, littéraire, nationale, temporelle, spatiale…).

    N’y aurait-il pas là le vertige qui saisit face à une réalité qui n’existe que dans sa représentation (= qui n’existe pas, donc) ?
    Et si la réalité n’existe pas, que faire alors du sexe, de l’amour, de la mort ?… de l’humain, quoi…
    Brrrr… alors Dieu, peut-être ?…

    Ce que j’en dis… c’est à vous lire, vous et Léon et les autres ici.
    Bon, je vais (peut-être) le lire, ce livre…. 🙂

  • Asinus

    bonsoir mrPiffard

    j ai lu votre texte , j ai lu les interventions, comme toujours celles de Sandro m’intrigue comme ces phrases mysterieuses dont ont devine qu’elles recelent des choses importantes mais que l on entrevoit seulement.Le territoire ,la carte plus j’avance en age plus je dis chez moi parlant d’un petit village
    du cotentin ou finallement je n’ai vecu que de mes 7 à 13 ans , yep chez moi parce que le territoire
    etait notre à nous les gamins de la campagne nous nous y deplacions en maitres insouciants et a distance d adultes non motorisés non « teléphonisés » .Chez moi parce que ne connaissant pas le monde je croyais le mien immuable eternel et sur . La carte :mon village est sur toute les cartes qui parle de juin 1944 mon chez moi
    n existe plus que sur ces cartes de livres d histoire. Les villages deviennent des dortoir pour de petites villes devenues moyennes et hideuses avec leur nomansland de magasins kiabi conforama de m….,les fermes meurent devenant cottages à brits! mais ça reste ma carte mon territoire puisque fermant les yeux j’entend encore la porte
    du hangar municipal grincer pendant que nous filions faire de la diligence dans le corbillard remisé la .
    Si tel celui qui m’y invite l’auteur a éssayé de rendre son livre accéssible à tous je lirais son livre .

    • Causette

      oui Asinus, c’est humain, chaque adulte, quelque soit l’endroit où il réside dans le monde, garde très profondément en lui les souvenirs heureux ou malheureux de son environnement familial et géographique.
      Je vais lire ce livre.

  • Léon

    C’est vrai que la discussion serait certainement plus fournie si nous n’étions pas les seuls apparemment sur ce blog, Florentin et moi, à avoir lu le livre.
    Mais quand d’autres l’auront lu, rien n’interdit d’y revenir !

  • yohan

    Salut à tous. On se croirait chez Pivot. Content de voir le sieur Piffard ici et retrouver Sandro qui se cache…:!:

  • Très bel article, dans lequel je reconnais des thèmes de « Plate-forme » et des « Particules élémentaires », les deux seuls romans de cet auteur que j’ai lus.

  • Causette

    oh! Asinus a mis une virgule là mais pas un Apostrophe 😆

  • Sandro, Snoop, COLRE, Yohan, Ranta et les autres, c’est un plaisir de vous retrouver ici, et je vous remercie pour vos messages agréables et courtois. Quand je pense à ces deux ou trois années passées à s’écharper sur Agoravox, sans vouloir être trop pompeux, je me dis que peut-être elles trouvent leur sens dans ce qui existe aujourd’hui sur Disons. Et si ce texte, au-delà du plaisir que j’ai eu à l’écrire peut lever les préventions de certains à l’encontre de H. tant mieux.

    C’est sûr COLRE que la question de la répresentation est essentielle dans ce roman à propos duquel il y a beaucoup d’autres choses à dire sans doute. Je prétends seulement avoir suivi ce que je crois être une piste qui m’a intéressée à cause bien sûr de ce que je suis, ce serait idiot de prétendre le contraire. On peut aborder cet ouvrage de bien d’autres façons, plus complètes, plus profondes et sans doute même plus justes. La question du travail par exemple est passionnante dans ce roman.

    • Ph. Renève

      Bonjour Florentin

      Je crois que tout cela tient à une certaine qualité de l’air que l’on respire ici, que nous tentons de garder frais et sain, au contraire de lieux où il est toujours vicié et propice à la chicane.

      Le poumon et le chef tranquilles, nous pouvons tous bien voir et apprécier que l’on peut discuter sans s’opposer par principe, et contester des idées sans mépriser celui qui les émet – dans la limite d’un certain esprit que je nommerai humanisme, mais vous pouvez trouver d’autres mots… 😉

  • Sandro

    Finalement, après un bon feu de cheminée, deux bouteilles de Brouilly et un porno, vite remplacé sur le DVD par le dernier « X » de Gide (« la porte étroite »), je crois que j’ai pris ma décision:
    je n’achèterai pas cette dernière barrette de « H ».

    Non, ce qui domine à la relecture de ces échanges (où on remarque le silence assourdissant de Buster, parti coller quelque affiche « Antar » pour faire réver les vacanciers piégé sans pompe dans leur tuyau), c’est ceci:
    On aimerait que Piff écrivât des livres (pour ceux qui pensent que ça fait un peu parisiano-pédant-pointu, on peut aussi dire à Marseille « escrivasse », comme on dit « escagasse »)
    Oui, il nous ferait un ouvrage où il dirait qu’il écrirais bien un livre, mais il n’a rien à dire.
    On achèterait.
    Il nous parlerait de lui, mais on s’en fout, en fait il parlerai de nous, et il n’y a que ça qui nous interesse.
    Oui, d’autres l’ont bien fait et on a acheté.
    On irait l’acheter , penaud, en se retournant trois fois autour du kiosque pour vérifier qu’on est pas suivi. Au libraire, on dirait, on chuchotterait plutôt: « vous n’avez pas le dernier Piffard? »
    Le mec dirait oui, mais plus tard, à la fermeture, y veut pas fermer pour un connerie de ce genre.

    Rentré chez soi, on le metterait sur la table de nuit sous un polémiste décomplexé, un « riposte laique », trois tomes de grosnavions et un porno, au cas où le quelqu’un ou la quelqu’une qui partage notre couche nous dénoncerai à la police politique.

    Ouais, un Piffard, pour la route.
    Ceci pour dire que je diverge avec Léon: il n’est pas besion d’avoir lu un livre pour dire que c’est un autre qu’on aurait voulu lire.

    Sandro

    PS: @ Piff: mine de rien, je vous ai fait votre « quatrième de couv. », au cas où vous seriez édité chez Plon ou « réservoir prod », (de toutes façons, il puisent tous à la méme citerne)
    Enfin, on donne ce qu’on veut.

  • Léon

    Très drôle, mais modérément d’accord, Sandro. C’est un exercice un peu difficile de parler d’un livre à des qui ne l’on pas lu et une responsabilité. Par exemple, là, et Piffard et moi avons visiblement échoué à vous donner envie de le lire !

    • Ph. Renève

      Le problème, Léon, est me semble-t-il qu’il est difficile de trouver les ressorts profonds et tout l’intérêt du livre: ni Florentin ni toi n’êtes bien certains de ce qu’il veut signifier, à supposer que cette volonté existe.

      On vous sent marchant sur des œufs conceptuels, tentant des exégèses précautionneuses, risquant des analyses à pas de loup, pour in fine conclure, si l’on peut dire, qu’il y a sûrement quelque chose de très intéressant là-dedans.

      Celui qui n’a pas lu le livre est donc partagé entre le sentiment que tout ça est bien léger et celui que les arcanes en sont si bien dissimulés que sa lecture risque d’être un jeu de piste sans signes et peut-être même sans trésor.

  • Buster

    Léon, Piffard, Sandro,

    Puisque je suis cité.
    Piffard, Léon et d’autres m’ont bel et bien donné l’envie de lire ce H.
    Et pourtant ma précédente plongée dans son avant dernier opus ne m’avait guère enthousiasmé. Les H je ne peux pas les enchaîner il faut d’abord que j’oublie le précédent, et comme fort heureusement il ne dégaine pas aussi vite que Nothomb, cela laisse un peu de temps avant de se précipiter chez son libraire.
    Ma table de nuit croule sous les bouquins que je devrais lire, si j’avais le temps et si je n’avais pas pour le moment beaucoup plus envie d’un ou deux bons polars.