La biographie de Georges W. Bush : à mettre au rayon des crimes de guerre

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Jusqu’où peut aller le cynisme d’un ex-président des États-Unis qui voudrait bien être reconnu pour la noblesse de ses actions et faire oublier la bassesse de ses mensonges? Se trouvera-t-il encore quelques crédules qui accorderont à Georges W. Bush une quelconque foi à ses explications tordues sur sa guerre en Iraq? « Je ne voulais pas utiliser la force (…) Je voulais donner une chance à la diplomatie ». Après avoir nié le fait pendant des années, Georges W. Bush, dans son autobiographie, Decision Points, tente de défendre ses deux mandats et ses décisions. Tiré à 1,5 million d’exemplaires, les 500 pages reviennent sur le mandat du 43e président (2001-2009). Non il n’a pas fait d’erreur en Irak. Sur NBC, il a refusé de s’excuser devant les Américains d’avoir engagé la guerre: « S’excuser signifierait que cette décision était mauvaise ».

Sur la guerre en Irak, Georges W. Bush tente de convaincre le bon peuple des États-Unis qu’il était une voix dissidente au sein de son cabinet. Le plus sérieusement du monde, Georges W. Bush assure que « personne n’a été aussi écœuré et en colère que moi quand on n’a pas trouvé d’armes de destruction massive ». Et il déclare sans ambages que l’invasion de ce pays était la bonne décision : « Le monde est définitivement meilleur sans Saddam Hussein ». Il a jouté à l’émission d’Oprah Winfrey que Saddam Hussein était « tout aussi dangereux » sans armes de destruction massive.

Les États-Unis avaient affirmé à l’époque qu’ils n’avaient qu’un but : déloger le tyran Saddam Hussein tout en instaurant la démocratie dans ce pays. Depuis cette invasion, que d’encre a coulé pour dénoncer cette vision unilatérale de Georges W. Bush et de son équipe de faucons. Vous souvenez-vous, dans un premier temps, des 237 mensonges entourant cette invasion ? « Les 237 déclarations trompeuses peuvent être divisées en 4 groupes », écrivait Le Monde Diplomatique. « Les 5 dirigeants (le président Bush, le vice-président Cheney, le secrétaire à la défense Rumsfeld, le secrétaire d’État Powell et la conseillère pour la sécurité Rice) ont fait 11 déclarations prétendant que l’Irak représentait une menace à traiter d’urgence ; 81 exagéraient ses capacités nucléaires ; 84 surévaluaient son arsenal chimique et biologique ; et 61 caractérisaient de façon inexacte [misrepresented] ses liens avec Al-Qaida ». Les premiers mensonges ont été faits au moins un an avant le déclenchement des hostilités en Irak, soit en mars 2003, et ont continué jusqu’au 22 janvier 2004. Puis, dans un second temps, deux organisations, Center for public integrity et Fund for independence in journalism, ont, en 2008, recensé au moins 935 fausses déclarations de hauts responsables de l’administration sur la menace de l’Irak de Saddam Hussein pour la sécurité nationale. Ces mensonges énoncés volontairement avaient pour seul but de justifier l’invasion de l’Irak en 2003. Qui pourrait, aujourd’hui, soutenir que ces mensonges ont cessé depuis? Accusé de duplicité dans l’affaire irakienne par George W. Bush, Gerhard Schröder déclare : « L’ancien président américain Bush ne dit pas la vérité » dans ses mémoires. L’ancien chancelier ajoute : « J’ai dit clairement que l’Allemagne serait fidèlement aux côtés des États-Unis s’il s’avérait que l’Irak, comme avant l’Afghanistan, avait servi de refuge et de point de départ à des combattants d’Al-Qaïda ». Autre son de cloche et encore des mensonges, semble-t-il. À Londres, Kim Howells, ancien président du comité parlementaire des renseignements et de la sécurité, réagissant lui aussi aux mémoires de Georges W. Bush, s’est dit peu convaincu que le waterboarding a permis de soutirer des informations qui ont empêché des attaques terroristes contre l’aéroport Heathrow et le secteur des finances Canary Wharf. Et Downing Street contredit George Bush qui prétend que la simulation de la noyade n’est pas une forme de torture (Downing Street confirmed the British government still shared Obama’s opinion that waterboarding constitutes torture).

Le Temps, de Suisse, rappelait à juste titre que, selon les documents dévoilés par le site de Wikileaks, il appert que, « mis bout à bout, ces documents offrent une vision quasi apocalyptique de l’invasion américaine de l’Irak et de ses conséquences. Pendant les mois les plus meurtriers, quelque 3.000 civils irakiens mouraient dans ce conflit, dont les rapports «routiniers» détaillent la sauvagerie. Selon l’organisation indépendante The Iraq Body Count, dont le travail avait permis d’établir une première estimation du nombre de victimes de la guerre, les révélations de WikiLeaks obligent à accroître leur bilan de 15.000 morts de civils supplémentaires. Selon cette association, si l’on tient notamment en compte l’offensive contre Falluja dont les conséquences humaines ne sont pas encore clairement établies, la guerre d’Irak aurait ainsi provoqué la mort d’au moins 150.000 personnes, dont 80% de civils ».

Est-ce que la guerre en Irak et en Afghanistan a marqué Georges W. Bush? Non. Le pire moment de sa carrière, avoue-t-il avec dégoût, a été de se faire traiter de raciste après la tragédie de l’ouragan Katrina. Il faut se rappeler qu’au moment même de cette dévastation en Nouvelle Orléans, Georges W. Bush s’était contenté de survoler la région, sans y faire d’arrêt. Une photo avait marqué ce passage de Georges W. Bush au-dessus de la région. Il regarde de son hublot une population noire périr dans une des pires tragédies des États-Unis. Il regrette cette photo prise alors qu’il regardait la Nouvelle-Orléans par le hublot du Air Force One. Le rappeur Kanye West avait violemment pris à partie Georges Bush en le critiquant sur l’absence de mesures mises en place, en 2005 : « George Bush ne se soucie pas des Noirs ».

Dans son livre, Georges W. Bush se laisse aller à cette confidence : « J’ai essuyé beaucoup de critiques en tant que président. Je n’aime pas entendre les gens prétendre que j’ai menti sur les armes de destruction massive en Irak ou que j’ai diminué les impôts pour le profit des riches. Mais suggérer que j’étais raciste à cause de la réponse accordée à Katrina représente l’un des pires coups ».

Dans ses mémoires, Georges W. Bush avoue de plus avoir personnellement donné son aval aux agents de la CIA pour soumettre Khaled Cheikh Mohammed, le cerveau des attentats du 11-Septembre, à la torture de la simulation de noyade qui consiste à déverser de l’eau sur les voies respiratoires d’un individu immobilisé la tête en bas sous une serviette imbibée, afin de provoquer une sensation de suffocation. « Si je n’avais pas autorisé le recours à la simulation de noyade contre des figures majeures d’Al-Qaïda, j’aurais eu à accepter un risque accru d’une attaque contre le pays », écrit Bush. Selon ce dernier, les juristes de la CIA et du ministère de la Justice avaient soigneusement examiné ce qui pouvait être fait durant les interrogatoires sans violer la Constitution et les lois américaines, notamment celles interdisant la torture.

Bush révèle également dans ses mémoires qu’Israël avait demandé aux Etats-Unis de détruire le réacteur nucléaire syrien en 2007. Les informations du service de renseignement américain indiquaient que la Syrie disposait effectivement d’un réacteur nucléaire mais qu’il n’était pas sûr que l’installation avait pour but de produire des armes nucléaires. Et le raisonnement de Bush est remarquable tant sa définition de ce qui est légitime pour les États-Unis est limpide : « Je ne peux justifier une attaque sur un État souverain à moins que nos agences de renseignement ne disent que c’est un programme d’armement ». Donc, si cela avait été réellement un programme d’armement, la souveraineté de la Syrie ne pouvait plus être évoquée.

« L’aveu du président Bush (…) est suffisant pour déclencher l’obligation internationale qu’ont les Etats-Unis d’enquêter sur cet aveu et de le poursuivre s’il est avéré », a déclaré Rob Freer, un responsable d’Amnesty International. Bush se défend dans ses mémoires d’avoir violé les lois. Jerrold Nadler, un membre démocrate à la Chambre des représentants, s’est dit outré par les révélations contenues dans les mémoires. Qu’en pensera Barack Obama qui, depuis son arrivée à la Maison Blanche, a toujours refusé d’engager une enquête criminelle contre les choix de son prédécesseur ou de son administration?

Que restera-t-il de ce livre? Que poussières. « En dépit de sa volonté de se présenter comme un leader incontesté, Decision points le présente comme passif et cavalier », note The New York Times (Despite the eagerness of Mr. Bush to portray himself as a forward-leaning, resolute leader, this volume sometimes has the effect of showing the former president as both oddly passive and strangely cavalier). Et ce livre sera-t-il classé, dans les bibliothèques du monde entier, au rayon des crimes contre l’humanité? « Inspired by a British campaign which saw Tony Blair’s autobiography, A Journey, appearing under crime, horror and even fantasy in UK bookshops, the protest blog Waging Nonviolence is urging its supporters to « Move Bush’s Book Where It Belongs », and post pictures of the autobiography in its new location », écrit The Guardian.

Il reste une mince consolation. Georges W. Bush voit en Nicolas Sarkozy un « président français dynamique qui a fait campagne avec un programme pro-Américain ». Faut-il s’en réjouir?

17 comments to La biographie de Georges W. Bush : à mettre au rayon des crimes de guerre

  • Lorenzo

    Bonjour Pierre,

    le moins qu’on puisse dire c’est que vous n’aurez pas tardé á réagir á la publication du bouquin de Bush.Merci pour cet excellent article comme un digest d’un bouquin qui donne envie de vomir.Cela m’a rappelé une vidéo de Bush interviewé á un bureau et feignant de chercher quelquechose tombé sous le bureau fait une espéce de sketch et déclarant devant les journalistes en souriant :je regardais s’il n’y avait pas d’armes de destruction massives, ignoble.Aprés Blair, Bush, on peut donc tout se permettre en se justifiant par la suite
    et entérinner les faits par un bouquin qui ferait autorité sur l’histoire passée récente 👿 .Quel humour noir dans cette derniére phrase de votre article !
    Bon je vais aller prendre l’air, tout celá me donne la nausée. Bonne journée á vous 😉

  • Une seule question se pose : qui a réalisé l’inside job de ce bouquin où l’on n’apprend rien sur la réalité des attentats du 0911 ?

    L’œuvre de W. ne méritait que la biopic d’Oliver Stone qui le dépeint comme il était : un minable inculte propulsé dans le Bureau Ovale à l’insu du plein gré de son pôpa qui aurait préféré que ça soit son frangin à sa place.

  • Ph. Renève

    Merci Pierre pour cet article édifiant.

    Et dire que GW va faire des dollars avec ce tissu de mensonges…

  • chantelois2010

    Merci à tous. Il est évident que Georges W. Bush n’a pas écrit ce bouquin., Le rédacteur est en fait celui qui a rédigé ses discours pendant des années à la Maison Blanche. Il a reçu six millions à percevoir pour son bouquin. Bill Clinton en avait reçu douze. C’est dire.

  • chantelois2010

    À tous : j’ai trouvé. Georges W. Bush a travaillé à ses mémoires avec l’ancien rédacteur de ses discours, Chris Michel. 😆

    • Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur le nègre de W., j’ai fait un peu de traduction-adaptation à partir d’un nartic du Huffington Post :

      Renseignements sur le nègre de W. : Carl Michel a rencontré W. en 2001 alors qu’il était reporter pour la feuille de chou de Yale, en assistant à son discours d’ouverture dans cette université. Il a tout de suite aimé Georges W. Bush, lui aussi ex-étudiant de Yale et lui léché ses bottes texanes des bouts ferrés à la tige, même si, contrairement à W., il ne faisait pas partie de la société Skulls & Bones qui fait beaucoup jaser chez les conspirationnistes. Peu de temps après Michel devient dirigeant du Daily News de Yale, et ses collègues d’alors le décrivent comme quelqu’un d’amical à en être désarmant, un peu ringard et pas spécialement conservateur.

      Il a été recruté en 2003 à 21 ans dès sa sortie de Yale comme rédacteur (parmi d’autres) des discours de la Maison Blanche. Selon le chef du personnel, c’est sur recommandation de la fille de W., Barbara. Très vite il a pris comme mentors les conseillers les plus influents de W. et est ainsi devenu un de ses préférés : en 2008, il devint ainsi directeur adjoint de la rédaction des discours. A ce titre il faisait membre du groupe des “Trois Amigos” qui rédigeaient ensemble tous les discours du Président qui a affectueusement surnommé Michel “Homme-oiseau junior”, c’est-y pas mignon et était invité à fumer le cigare sur le balcon de la Maison Blanche en compagnie du chasseur de tatous et avaleur de bretzels en chef.

      Son bureau à la Maison Blanche était plein de bibelots et garni d’une remarquable collection de biographies et autobiographies d’anciens présidents américains, dûment rangés par ordre chronologique de l’administration : Michel se destinait donc déjà à écrire des mémoires de W. Il se vantait d’avoir intériorisé (quel homme !) le style rhétorique de W. qu’il décrit comme “élevé mais direct” (???). Il aurait fait le pari de courir nu à travers la Maison-Blanche, si Obama choisissait Joe Biden comme colistier. Quand on lui demandait ce qu’il admirait le plus chez le président Bush, il disait : « Je vais essayer de ne pas faire trop long … ». Ainsi, lorsque Bush a décampé pour Dallas à la fin de son second mandat, personne ne fut surpris lorsque Michel et sa femme le suivit.

      Dans un courriel à sa famille et ses amis le 19 Janvier 2009, le dernier jour de l’administration, Michel a écrit : « Après mon arrivée en tant que stagiaire non rémunéré en Juin 2003, j’ai rencontré ma femme ; nous nous sommes mariés; je suis devenu le directeur de la rédaction de discours, et j’ai parcouru le monde sur Air Force One ». Dans un autre courriel à des amis en 2009, Michel a écrit, « Je dois plus que je ne peux rembourser au 43e président des États-Unis, un homme de courage qui se portera bien dans l’Histoire ».

      Passionnant, ce garçon…

  • Léon

    Merci de cet article ô combien édifiant. Je reste stupéfait, comment des populations instruites peuvent-elles porter au pouvoir des individus pareils, soit qu’il soient de parfaits crétins, d’incontestables salauds, des arrivistes mal élevés, de vulgaires boutiquiers cyniques n’ayant aucun sens de l’Etat. La liste est longue de GW Bush à Berlusconi en passant par Sarkozy…

    • Lorenzo

      Léon,

      oui on peut rester stupéfait quand on est fondé par un certain nombre de valeurs, mais tous ces salopards sont poussés sur le devant de la scéne pour agir au nom d’intêrets
      qui ne s’embarassent ni d’éthique, ni de morale, au nom du seul profit personnel, et de ceux qui les ont placé comme des pions comme décideurs.

  • yohan

    Rappelons qu’aux US le président n’est qu’un pantin disposant de plus ou moins de liberté selon que ceux qui l’ont hissé au pouvoir par la force de l’argent décident de le laisser faire. Est-ce Bush qui a voulu la guerre en Irak ou plutôt le lobby militaro-industriel gazier ?

  • ranta

    Bonjour Pierre.

    Vous savez quoi ? je n’exclus pas qu’il en soit convaincu de ce qu’il écrit, parce que je ne comprends pas l’exercice consistant à justifier l’injustifiable.

  • Causette

    Pôv W, après avoir été dans la « plus dure école privée d’Amérique », il est admis à Yale, où depuis 1832, quinze juniors sont brutalisés chaque année par leurs aînés afin d’être initiés et intégrés au groupe l’année suivante. le Crâne et les Os :mrgreen:
    Heureusement pour lui, W avait comme allié sa petite « fleur de fumier ».

    Bonsoir Pierre, j’ai vu récemment un petit doc sur wikileaks, ça m’a paru peu clair (les autorités suédoises viennent de rejeter (le 18 octobre) une demande de permis de travail et de résidence pour Julian Assange qui a choisi la Suède pour bénéficier de la législation sur la protection des sources des journalistes qui est très stricte dans ce pays).

    Léon,
    Le président des États-Unis est élu au suffrage universel indirect : les électeurs ne votent pas pour le président mais pour un grand électeur. C’est le grand collège, formé de l’ensemble des grands électeurs (Electoral College), qui élit le président. A mon avis, c’est la porte grande ouverte à toutes sortes de magouilles.

    Depuis sa création, la FEC a relevé des milliers de violations commises par les candidats, dont le fait de ne pas s’inscrire et de ne pas soumettre les documents nécessaires dans les délais impartis ainsi que l’acceptation de contributions interdites. Ces contributions comprennent celles en provenance de sociétés, de syndicats et de ressortissants étrangers.

  • D. Furtif

    Merci Pierre pour cet excellent article.

  • chantelois2010

    À tous. Désolé de vous avoir faussé compagnie. J’ai dû m’absenter de mon domicile. Merci de vos bons commentaires. Pierre R.

  • Causette

    ce pays a (presque?) toujours était guerre?

    United States Armed Forces:
    Budget 636,5 milliards de dollars (année fiscale 2009)
    Pourcentage du PNB 4,4 (2007)
    Fournisseurs nationaux: Complexe militaro-industriel des États-Unis d’Amérique
    Importations annuelles: 2,33 % du marché mondial en 2007 (10e rang)
    Exportations annuelles: 30,93 % du marché mondial en 2007 (1er rang)

    8 bases en Italie, 26 en Allemagne… ah! pas au Québec?

  • Causette

    Un truc intéressant

    Vincent Desportes général de division de l’armée de terre française.
    Après avoir été chargé en février 2009 de radier Aymeric Chauprade sur ordre du Ministère, à son tour en juillet 2010 et pour des raisons similaires, il s’attirera des sanctions du CEMA, l’amiral Guillaud et du ministre de la Défense Hervé Morin pour un entretien publié dans Le Monde sur la stratégie américaine en Afghanistan.

    La phrase du général Desportes [« C’est une guerre américaine » dans laquelle la France « n’a pas droit à la parole »] est restée en travers de la gorge des chefs militaires et politiques, qui rappellent que la stratégie mise en oeuvre là-bas a été définie collectivement par l’Alliance, par exemple lors du sommet de Bucarest en avril 2008.

    Ouvrage:
    L’Amérique en Armes
    . Anatomie d’une puissance militaire
    articles et Interview

  • kirikou

    le plus grand minable que la terre a pu porter , c’est ce g w b que je n’ose meme pas citer son nom tellement qu’il me degoute