Diaporama Rothko ( 1903-1970)

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44 comments to Diaporama Rothko ( 1903-1970)

  • Léon

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  • Léon

    Pour Rothko, faut que je vous raconte…
    Je tiens beaucoup à proposer régulièrement des diaporamas sur des peintres connus ou pas. Là j’ai profité d’une actualité concernant la vente record d’un tableau de Rothko pour apprendre l’existence de ce monsieur. Mais je n’y connais strictement rien en peinture et lorsque j’ai cherché sur Google des images de ses tableaux j’ai été très embarrassé, car pour moi ils étaient tous pareils et je ne voyais pas pourquoi je choisirais celui-ci plutôt que celui-là. J’ai donc appelé Buster ( notre esthète désabusé… 😆 ) au secours et le choix que vous avez là est le sien.
    Je ne sais pas ce que Disons vous apporte, mais moi, tous les jours j’apprends, grâce à vous, grâce au travail pour faire vivre Disons, et là, cela n’a pas manqué : à force de regarder ces tableaux j’ai fini par les trouver vraiment extraordinaires. Il suffit de se dire qu’ils ne représentent pas des objets ou des personnes mais de la lumière. Et ensuite regarder de près comment c’est fait.

    J’ai bon, Buster ?

  • docdory

    @ Léon
    Désolé de te contredire, mais je ne partage pas du tout ton enthousiasme au sujet de ce barbouilleur de toiles. Les trois tableaux figuratifs sont simplement quelconques, quant aux innombrables tableaux abstraits, un enfant de 4 ans en ferait autant. La preuve en est l’enfant Aëlita André qui expose dans des galeries branchées et qui vendait déjà assez cher ses toiles alors qu’elle n’était âgée que de 4 ans.
    http://www.youtube.com/watch?v=23hWMvSrZx8
    http://www.youtube.com/watch?v=S8Wbl8iuCTQ&feature=related
    http://www.aelitaandreart.com/aelitaandreart.com/Home.html
    Sur le troisième site, on peut voir ( dans la 7ème galerie ) qu’elle peignait déjà à l’âge de 1 an.
    Les deux seules différences entre cette enfant de 4 ans et Rothko, c’est que Rothko sait peindre des tableaux figuratifs très quelconques, alors que Aëlita André en serait probablement incapable, et que Aëlita Andre fait plutôt dans le style de Pollock que de Rothko.
    Mais, en cherchant bien, on devrait pouvoir trouver des enfants de 4 ans aimant les formes géométriques et qui feraient des tableaux dans le style de Rothko.
    Evidemment, le « talent » de Aëlita André est pour moi essentiellement imaginaire. En effet, la plupart des enfants de 4 ans qu’on laisserait faire des barbouillages dans une pièce entière sans les engueuler parce qu’ils se couvrent de peinture et en font de même pour les murs, et sans les restrictions matérielles que le bon sens parental dicterait en raison du prix exorbitant de la peinture aux doses massives employées par Aëlita André, la plupart des enfants, donc, feraient des peintures comparables à celle de cette petite fille, ce qui limite évidemment la portée artistique des oeuvres qu’elle produit à la chaîne.
    Cela dit, si l’on fait abstraction de la valeur marchande ahurissante attribuée, pour des raisons qui m’échappent, aux « oeuvres » de Rothko, je trouve la peinture de Aëlita André nettement plus plaisante à regarder, et plus variée …
    Plus intéressant est le talent de Kieron Williamson, âgé de sept ans, dont les aquarelles figuratives témoignent déjà d’un talent artistique indéniable :
    http://www.youtube.com/watch?v=S2DRhovPlD0
    Lui au moins n’est pas un imposteur !…

  • D. Furtif

    Ouhhh lalalalala

    Moi j’aime bien le deuxième figuratif intérieur cage d’escalier
    les deux autres sont quelconques ( d’accord) avec Doc
    Je ne serais pas aussi dur sur les autres …mais…..
    Je crois que la notoriété de « ces œuvres » tient pour une vaste part, une part excessive, aux tribulations du marché de l’art et non à ce que naïvement nous autres pauvres béotiens , nous appelons du talent ou de l’art…ou tout simplement une personne.
    .
    Je sais que cette manière d’aborder la peinture et les peintres souffre de niaiserie, mais cette fois ci Léon/Buster vous le laissez trop désemparé.

    • D. Furtif

      Cette « deuxième » toile figurative me fait penser à Vuillard , un peintre horriblement bourgeois que j’affectionne dans le plus grand secret.

  • Léon

    Les tableaux abstraits ne sont nullement de la peinture naîve ou de « barbouilleur ». On peut apprécier ou pas, mais ce sont des tableaux très élaborés et jamais un débutant ou un enfant ne sera capable d’en faire autant, c’est faux. Ce n’est pas mon goût, je n’aime pas ce genre de peinture, mais je ne suis pas d’accord pour dire que c’est n’importe quoi.

  • docdory

    @ Léon
    Je ne parle pas forcémet des tableaux abstraits en général, mais de ceux de Rothke en particulier, que je considère comme un imposteur.
    Moi, par exemple, en peinture abstraite, j’adore Vasarely :
    http://www.google.fr/search?q=vasarely&hl=fr&client=safari&rls=en&prmd=imvns&tbm=isch&tbo=u&source=univ&sa=X&ei=Ow-wT4iiJsSk0QWxmPWjCQ&ved=0CIIBELAE&biw=1637&bih=849
    J’adore aussi Moretti ( j’en ai même une lithographie dans mon cabinet ) :
    http://www.place-des-arts.com/fr/detail_art.asp?vide=ok&n=MORETTI&p=Raymond&numart=12488&add=12488
    Ou encore le très décrié Georges Matthieu :
    http://www.artperformance.org/article-27807144.html
    La différence entre ces trois peintre et Rothke, c’est qu’un enfant de 4 ans ne pourrait en aucun cas faire quelque chose ressemblant, même superficiellement, à du Vasarely, du Moretti ou du Matthieu. Par contre, pour cet enfant, pas de problème pour faire quelque chose ressemblant à du Rothke ou du Pollock ( une autre de mes bêtes noires artistiques ) .

  • Léon

    En peinture je suis une brème, mais quand même, « Ressemblant à » … me semble un critère bien maigre.
    Vasarelli, pour moi c’est à la limite de la peinture. Quasiment de la décoration. Comment dire cela ? – une absence de contenu, de profondeur, de sens. Juste des trucs pour faire joli.
    Mais, encore une fois, dans ce domaine, je suis nul.

  • docdory

    @Léon
    Ben, c’est relativement simple
    Tu mets un enfant disons de sept ans ( pour qu’il respecte la consigne ) avec des pinceaux, une toile et des couleurs devant un tableau de Rothko et tu mui demandes d’essayer de le recopier, il fera quelque chose qui ressemblera au moins superficiellement à un tableau de Rothko. Par exemple , le premier tableau abstrait du diaporama , un rectangle orange sur fond rouge vif avec quelques traînées de peinture blanche, ça n’a rien de sorcier à reproduire, même pour un enfant de sept ans.
    Tu mets le même enfant avec le même matériel devant la Joconde, il n’y a aucune chance que son tableau puisse ressembler, même de loin, à la Joconde .
    Sans aller jusqu’à la Joconde, tu le mets devant un tableau abstrait de Vasarely, Moretti ou Matthieu, il est incapable de faire quelque chose d’approchant.
    Or, je ne ressentirai rien de plus devant le rectangle orange sur fond rouge vif peint par Rothko que devant n’importe quel rectangle orange sur fond rouge vif peint par un enfant de sept ans ! Pour moi,un rectangle orange sur fond rouge vif, quel qu’en soit le peintre, ça n’est tout simplement pas de l’art …

    • Lapa

      Bonjour docdory,

      je trouve surprenant, voir paradoxal, de vouloir juger de la qualité de l’art abstrait sur la capacité qu’on aurait à reproduire sa figure ou sa représentation. je crois que les critères, pour toute œuvre d’art, sont bien au delà de la complexité à représenter une image plus ou moins fidèle du travail réalisé.

  • Buster

    Wouaffff.

    J’avais dit à Léon : On va se marrer ! 😆

    Alors, l’angle d’attaque ce soir c’est : Un enfant de 7 ans ! Peu d’imagination dans l’attaque. Je crois lire du Paul Villach de la bonne époque.

    Donc Docdory, vous ne ressentez rien ?
    Mais rien ne vous y oblige, rassurez-vous. Vous avez parfaitement le droit de passer à côté de Rothko et de préférer Vasarely.

    Je suis désolé, je n’ai pas eu le temps aujourd’hui mais j’aurais voulu apporter quelques précisions liminaires, elles interviendront donc un peu plus tardivement que je n’imaginais.
    Car, hormis le fait que la valeur atteinte par Rothko peut justement faire question, comme celle de tous les peintres contemporains, qu’est-ce qui peut bien expliquer une telle violence dans l’attaque sinon une totale incompréhension ?
    A votre décharge, je me dois de dire que présenter Rothko en vignettes de 10 cm, peu définies, alors que ses toiles mesurent entre 2,5 m et 4m de haut, tient tout simplement de la gageure.
    Comment ressentir face à ces timbres poste une émotion ou un choc visuel tel qu’on le prend devant les originaux ?
    Ma première réserve serait donc de vous dire: Calmez-vous, si vous n’avez jamais vu d’oeuvre de Rothko en vraie grandeur, si vous jugez sur ces quelques petites photos, vous n’avez pas tout à fait tort.
    J’essaierai plus tard de vous en parler autrement, en détaillant la technique et la singularité, sans jamais chercher à vous convaincre d’aimer mais au moins à ne plus juger aussi abruptement une démarche artistique qui vous dépasse, ou qui tout simplement ne vous parle pas.

  • asinus

    « Donc Docdory, vous ne ressentez rien »

    yep , perso c’est que je ne comprend rien ni  » l’oeuvre » ni l’enthousiasme ou l’adhésion à cette  » oeuvre »
    maintenant je me garderais bien du coup de  » l’enfant de sept ans » reste que je crois percevoir ce qu’elle a de factice pour ne pas dire ‘enfumade » cette oeuvre comme nombre d’autres appartenant à l’abstrait , trouver un autre langage pour dire les formes et les couleurs comme Munch Dix Turner …..oui mais ici nous avons le langage des signes d’un enfant de sept ans  » et merde je l’ai dis quand meme »

    Aie !!Buster pas la tete …
    je vas au taf @+

  • Léon

    On peut dire ce qu’on veut de ces tableaux mais certainement pas que cela ressemble à ce que pourrait faire un enfant de 7 ans. Je peux faire de la musique qui ressemble à du Bach, aucune chance que ce soit du Bach. Il suffit de regarder attentivement et en grand pour voir que ces tableaux reposent sur un travail technique considérable. L’idée que quelqu’un qui ne saurait pas peindre pourrait faire la même chose est tout simplement suréaliste à mon avis. Après on peut ne pas aimer, ne pas être sensible, c’est un autre sujet.

    • Buster

      Oui Léon, évidemment !
      C’est au contraire l’oeuvre d’un homme mur et maitrisant parfaitement sa technique puisque ces tableaux ont tous été créés dans les 20 dernières années de sa vie, après qu’il eut définitivement abandonné toute référence figurative.
      Il ne faut pas tomber dans le panneau de penser que l’épure volontaire ou le minimalisme recherché impliqueraient une absence de technique ou un vide de réflexion.
      C’est justement l’inverse. Parvenir à ce degré de simplification et d’efficacité ne se fait qu’au prix de l’abandon réfléchi et progressif d’artifices qui lui sont devenus inutiles.

      • Buster

        Comme je n’aurai sans doute pas beaucoup le temps aujourd’hui, je vous invite à relire ce fil de commentaires qui date de 2009, et sur lequel Docdory, moi et d’autres, nous nous écharpions déjà sur Rothko et sur Buren (qui lui m’intéresse beaucoup moins sur un plan artistique).

        • Lapa

          Sans vouloir nier le fait que l’art moderne comprend son lot de charlatans et une certaine propension à auto-entretenir une petite communauté élitiste dont il est parfaitement légitime de se moquer, Rothko est à mon sens un véritable artiste et son œuvre bien réelle.
          Après c’est sûr que regarder ces œuvres sur un écran en dimaension 200×300 pixels ça revient à juger de la qualité du requiem de Mozart en écoutant celui-ci celui-ci retranscrit pour synthétiseur à deux doigts enregistré sur magnétophone.

  • Léon

    AH, je recopie ceci, de Buster, qui me semble une piste pour reconnaître le travail technique :

    Docdory,
    Vous connaissez Rothko ?
    Permettez moi d’en douter. Vous avez du apercevoir des reproductions format 13x18cm d’oeuvres qui mesurent plusieurs mètres de côté.
    Vous n’avez pas vu la matière, le nombre de couches de peintures qu’il applique pour arriver au résultat final. la douceur de ses transitions, l’audace et la subtilité des juxtapositions.
    Vous n’avez pas reçu le coup de poing que l’on ressent face à ses tableaux.
    Il y a un musée à Bâle où vous pourrez tenter l’expérience si vous le souhaitez, par curiosité.
    Vous n’aimerez peut-être pas plus après, mais vous ne direz plus qu’il s’agit de barbouille à la portée du premier venu.

  • Causette

    Je les trouve lumineuses ses toiles.

    Classé parmi les représentants de l’expressionnisme abstrait américain, Rothko refusait cette catégorisation jugée « aliénante ».
    « L’expérience tragique ragaillardie est pour moi la seule source d’art » a-t-il écrit.

  • docdory

    @ Tous
    J’ai déjà vu dans la réalité des toiles de Rothko , je ne sais plus si c’est à Beaubourg ou ailleurs, toujours est -il que c’est profondément sans intérêt, que ce soit grandeur nature ou en reproduction sut l’écran de mon ordinateur. Ça ne dégage qu’une seule émotion : l’ennui …
    Je me rappelle que, dans ma petite enfance, il y avait un papier peint abstrait chez ma grand-mère maternelle, dans la chambre ou je logeais quand j’y passai quelques jours; Je pouvais observer pendant de longs quart d’heures ce papier peint, avant de m’endormir.Il représentait des traits épais et de petits ronds disposés de façon apparemment logique, mais dès que j’essayais de trouver quelle était la règle de calcul logique qui présidait à la disposition de ces traits et ronds, ça clochait toujours à un endroit du mur. Au moins ce papier peint avait-il une vertu d’évasion hypnotique et d’enseignement de la logique mathématique, je ne peux pas en dire autant des tableaux de Rothko .

  • Léon

    docdory : les goûts et les couleurs, c’est une chose. On n’en discute pas. Mais dire que c’est n’importe quoi ou ne nécessite pas de maîtrise technique en est une autre. Cela, par contre, se discute et seul un technicien de la peinture peut réellement juger d’un savoir-faire. Or les techniciens disent : c’est d’une grande maîtrise technique, donc, pas du tout à la portée de n’importe qui. Sur ce point il faut leur faire confiance.
    Et il me semble que même un profane peut voir, en regardant attentivement, que c’est une peinture complexe.

    Après, que cela touche ou pas…
    A titre personnel je trouve que l’émotion qu’ils procurent est très puissante mais fugitive, peu durable. Je n’imagine pas avoir cela sous les yeux chez moi tous les jours par exemple. Je crois qu’au bout d’une semaine, j’en aurai marre.

    Mais il ne faut pas, à mon humble avis, mélanger les deux niveaux d’argumentation.

  • Lapa

    techniquement c’est sûr que y’a du boulot, pour obtenir autant de luminosité avec des couleurs soustractives et autant de vibrations avec le pigment, ce n’est pas du simple hasard. maintenant j’avoue que ce n’est pas mon style préféré également.

  • Buster

    Well,
    Par où commencer ?
    D’abord par vous dire que je suis allé voir la plus grande (?) exposition de toiles de Rothko, à la Fondation Beyeler, à Bale en 2001.
    102 toiles accrochées dans un lieu sobre très sobre, conçu par Renzo Piano, aux salles éclairées par des verrières laissant passer une lumière douce et indirecte. Un cadre presque intime malgré la taille et la hauteur des murs, parfait pour l’accrochage de ces immenses toiles.
    Je souhaitais voir de près ces toiles dont je connaissais de nombreuses reproductions, plus ou moins fidèles, qui laissaient vaguement supposer des richesses de subtilité et de détails.

    Au cours de mes études aux Beaux-Arts, pour simplifier, il y avait 3 grandes directions : La Couleur – Le Trait – Le Volume.
    Il était rare que ceux qui étaient particulièrement bons en Couleur le soient également en Trait ou en Volume.
    Pour ma part j’étais surtout attiré par le Trait ( Dessin ) et plus mal à l’aise en Couleur.
    En cours de croquis ou de modèle vivant, j’étais, malgré ma relative aisance dans ce domaine, littéralement bluffé par 2 amis qui avaient une réelle virtuosité du trait. Une justesse et une rapidité d’exécution incroyables. Je les regardais, admiratif, pendant la réalisation de leurs croquis.
    Nos croquis finis, je ne retrouvais plus du tout dans leurs réalisations ce qui m’avait séduit en cours d’exécution. Ils avaient alourdi leurs dessins de détails inutiles, d’ombres, de hachures et l’ensemble était beaucoup moins fort une fois fini qu’ils ne l’avait été en cours de réalisation. Ils étaient devenus « bavards », grisés par leur dextérité.
    Cet art « bavard » est pour moi parfaitement représenté par Moretti ou Mathieu dont parle Docdory, au dessus. Un talent certain mais beaucoup d’esbroufe et finalement la perte de l’essentiel, noyé dans d’innombrables détails.
    De Moretti je garde quelques portraits en noir et blanc, fort bien « jetés ». De Mathieu, rien. Et L’un comme l’autre ont une pauvreté de couleurs typique des « Dessinateurs » : Ils se contentent de dessiner en couleurs sans aucune subtilité dans la palette. On sent que ce n’est pas leur monde, pas leur force.
    Quant à Vasarely, je suis passé plus d’une centaine de fois devant sa Fondation à Aix-en-Provence, mais je n’ai jamais éprouvé le besoin de m’y arrêter.
    .
    Tout ça pour en revenir à Rothko qui est l’exact opposé.
    Bien qu’il s’en soit défendu, Rothko est un fabuleux maitre de la couleur. Et il m’attire évidemment beaucoup pour cette raison : L’attrait et le respect pour ce que l’on serait bien incapable de réaliser.
    Mais il ne souhaitait pas être réduit à cela, au mouvement « Colorfield Painting« , et craignait à juste titre d’être relégué à une simple peinture décorative.
    Sa peinture a un côté mystique, c’est l’expression profonde, parfois lumineuse et parfois douloureuse, d’une vie intérieure.
    A Bale, je fus immédiatement ébahi par la simplicité et la force qui se dégagent de ces grandes masses colorées. J’ai parlé de coup de poing, c’est effectivement l’effet premier que j’ai ressenti face à ces immenses toiles, sobres, austères et majestueuses. Une puissance incroyable réalisée avec une apparente économie de moyens.
    Apparente économie car les détails sautent aux yeux. Et en se rapprochant on mesure toute la profondeur créée par les glacis successifs, les couleurs qui se croisent, qui se chevauchent, qui se cachent ou s’additionnent.
    L’unité de réalisation sur une telle surface est impressionnante.
    La surface est mate, le grain de la toile a disparu, il reste une matière irréelle de pigments qui semblent tenir sans aucun liant. Impossible, et pourtant.
    On observe de près des parties de la toile : Celles qui de loin semblent être des aplats sont travaillées aussi finement, méthodiquement, que celles où l’on distingue de plus loin les nuances.
    Il gardait sa technique secrète, on ne peut donc qu’essayer d’imaginer. Comment parvenait-il à faire tenir ces pigments en suspension ? Mystère, c’est un travail d’aquarelliste sur des surfaces énormes, avec une profondeur et une densité pigmentaire rarement vues.
    Après, on se recule à nouveau pour revoir la toile dans son ensemble.
    Pour s’absorber dans l’atmosphère qui s’en dégage. On est dans quelque chose qui ressemble à une sobriété monacale, à de l’ascèse. Aucun superflu, aucune distraction.
    Les tranches des tableaux sont peintes, les toiles ne sont pas encadrées, posées simplement sur le mur. Il n’ y a pas d’ordre chronologique : On passe des toiles très colorées du début aux toiles plus sombres, plus sourdes ou monochromes de la fin de sa vie. On change d’état devant chaque tableau.
    On est seul face à cet art qui nous écrase par sa taille et qui nous éblouit par sa beauté.
    Il y a quelque chose comme du recueillement, quelque chose qui force à l’introspection.
    .
    « UNE UNION
    Toute l’exposition est placée sous le signe de la phrase de Rothko: «a consummated experience between picture and unlooker» («une union approfondie entre peinture et spectateur»). «Dans son oeuvre tardive, explique le commissaire à l’exposition Oliver Wick, le tableau ne manifeste rien de ce qu’il y aurait à voir, il ne renvoie à rien, il n’explique rien. Il revendique un «simple» regard. Le spectateur lui- même ou son acte de perception devient ainsi le thème véritable de l’art de Rothko.» La beauté visuelle des tableaux et leur simplicité deviennent ainsi d’une finesse inouïe. »
    .
    Il faut être devant les tableaux pour comprendre.

    • D. Furtif

      Vain Dieu , comment Buster va-t-il prendre ça?
      .
      Comment va-t-il entendre combien je lui suis reconnaissant de ce texte , de cette prise par la main qui m’a conduit dans le forêt inconnue de l’analyse de l’art .
      Combien je lui suis reconnaissant de cette révélation cordiale des limites de l’autodidacte que nous sommes tous un peu, et moi beaucoup.
      Combien nous lui devrons , pour d’autres heurts et d’autres incompréhensions à venir , de cette approche enrichie et pacifiée pour ce que l’avenir et le fantasque Léon nous installeront sur l’écran de DISONS.
      Sur le fond j’étais plutôt du coté de Docdory , totalement étranger voire hostile à ce Rothko.Après Buster j’ai appris et j’ai souri .
      Je reviendrai voir Rothko.
      Merci Buster.

    • ranta

      Cet individu, Buster, est un homme dangereux, très dangereux. Il parviendrait à vous faire aimer un couple de serpents à sonnettes.

  • Léon

    Ca, j’aime… Et, franchement, rien que pour avoir lu ça, je trouve que tous nos efforts pour créer et faire vivre Disons se justifient.
    Ce n’est pas pour te faire des compliments à la noix, Buster, mais trouver ces mots-là pour parler d’une peinture…

  • Léon

    En fait et si je résume, on peut continuer à se dire « sensible » ou pas à cette peinture, mais il n’est plus possible de prétendre, après le commentaire de Buster que c’est du n’importe quoi à la portée d’un enfant de 7 ans. Incidemment, cela remet (un peu) à sa place le marché de l’art qui donc, ne se trompe pas à ce point dans ses évaluations…

    • Buster

      Excellentes questions Léon !

      Je commence par la critique du genre : « Enfant de 7 ans … » Jugement péremptoire non argumenté.
      Concernant Rothko, je pense que l’on peut effectivement définitivement évacuer le doute : Jamais personne n’ayant une parfaite connaissance de la peinture ne parviendrait à reproduire et à rendre un tel résultat.
      Et je ne parle là que du simple travail de reproduction ! Pas du travail créatif qui parvient à un résultat à la suite d’une plus ou moins lente (souvent très longue) maturation !
      Lire ce genre d’affirmation pour Rothko me fait évidemment bondir.
      Ce qui est très gênant dans ce type de critique c’est l’impression agressive et définitive laissée par la sentence.
      C’est, entre autres, ce qui m’a valu de me bagarrer plusieurs fois avec PV, avant de finir par l’abandonner à sa vision simpliste et étriquée de l’Art.
      Ici la confusion vient de l’apparente facilité – et de la simplification des formes …. dont il faut parvenir à comprendre intellectuellement la logique et la richesse.
      La confusion vient aussi du bluff évident d’autres « expériences artistiques » (d’apparence approchante sur une photo de 10 cm) beaucoup plus douteuses, qui elles ont été réalisées par des « artistes » à propos desquels je serais plus circonspect (doux euphémisme voulant dire dans mon esprit qu’il y a effectivement de vrais escrocs intellectuels de l’art, ou de vrais pseudo artistes).
      Le « à la manière de »…. Rothko …. ou d’autres, fait des ravages en mélangeant dans l’esprit du public le vrai créateur et le plus vil ou le plus pauvre copieur. Il faudrait à chaque fois repartir à la source, à l’inspirateur. Mais cela se complique car des élèves peuvent dépasser le maitre. Décidément rien n’est simple dans le domaine de l’art.
      Il y a enfin, très présent dans ce jugement péremptoire, la peur (ou le refus) de se faire prendre pour un gogo. Cela renvoie au marché de l’art (aux réalités et aux fantasmes à son sujet). J’essaierai d’en parler plus tard.
      .
      Pour la sensibilité c’est très différent.
      Il existe de multiples formes d’art pictural (comme de musique ou de toute autre forme d’art) et il est rigoureusement impossible d’être sensible à toutes.
      Il est donc parfaitement normal d’être sensible, peu sensible, ou insensible à telle ou telle forme d’expression, ou à tel ou tel artiste.
      On est en droit d’avoir son propre Panthéon et son propre Enfer.
      Il s’agit d’un jugement subjectif plus ou moins argumenté, fondé sur des goûts eux mêmes appuyés sur une culture artistique (ou pas) et sur l’envie (ou non) de mieux comprendre ce que l’on ne …. comprend pas.
      Je n’ai rien contre un jugement subjectif négatif concernant Rothko, ou un autre.
      Je pense que pour lui (Rothko) comme pour d’autres, une meilleure connaissance ou une plus grande curiosité de la démarche artistique devrait permettre à certains de revenir sur leur premier jugement.
      Le jugement subjectif ne devrait donc, par essence, jamais se transformer en un jugement définitif puisqu’il est susceptible de subir des inflexions ou des changements en fonction d’une nouvelle approche ou d’une meilleure connaissance/compréhension.
      Je reconnais que dans la pratique c’est assez difficile et que certains jugements sont bel et bien tranchés une fois pour toutes.

  • asinus

    z’etes qu’une bande d’esthètes !!!!!! 😛 😛

  • docdory

    @ Buster
    Tout en reconnaissant intellectuellement l’intérêt de votre commentaire, je ne parviens pas à être convaincu avec mes tripes.
    Bon, cela dit , pour moi, Vasarely, Matthieu et Moretti ( lorsqu’il fait de l’abstrait ) sont loin d’être mes artistes préférés. Pour moi, les trois plus grands artistes du XXème siècle sont Escher, Giger et Dali. A mon avis, ce sont d’eux dont on se souviendra au XXIII ème siècle , et pas de Rothko ( ni même de Picasso, Cézanne ou Matisse ).
    Evidemment , je ne serai plus là pour vérifier ma théorie !

    • Buster

      Docdory,
      Ah, je m’empresse de relever le pari ! Et pas qu’un peu … Champagne, once again ! 😆
      C’est grand dommage qu’il nous faille attendre si longtemps pour la dégustation. Nous nous mettrons d’accord, hors antenne, pour que nos descendances respectives puissent honorer ce pari.
      (Ranta, si tu nous lis, ça va faire bientôt 3 mois que tu aurais du me livrer 👿 )
      .
      Plus sérieusement, je voudrais vous remercier car indirectement, par votre choix de peintres, vous m’avez permis d’accoucher de ce concept d’ « art bavard » autour duquel je tournais sans parvenir à le formuler.

      • COLRE

        C’est vrai que c’est intéressant comme concept, que celui d’art « bavard ». Je ne sais pas pourquoi, si c’est culturel, personnel ou cognitif, mais on attache souvent une plus grande valeur à la concision, l’épure, l’élégance, la sobriété…
        Est-ce justifié ?
        Je me demande quand même si cela ne relève pas aussi d’un jugement subjectif, comme de préférer le gothique classique au flamboyant, ou de se pincer le nez sur l’art baroque.

      • Léon

        Si j’avais quelque chance de le boire, je relèverai aussi le pari contre Docdodry aux côtés de Buster. Mais pff… attendre le XXIIIe siècle, c’est quand même un peu loin.

  • Lapa

    très intéressant Buster. Ceci étant, Cézanne n’est pas vraiment un artiste du XXème siècle. C’est le père dont se réclament beaucoup d’artistes du XXème siècle (certes pas Dali…) mais mort en 1906 à 70 ans, son immense production est du XIXème.

  • docdory

    @ Buster
    Les sonates pour piano de Beethoven, c’est de « l’art bavard » si on les compare aux trois gymnopédies de Erik Satie. Ça ne m’empêchera pas de préférer les sonates de Beethoven ….

    • Buster

      Ah !?!
      Comment faites-vous ?
      Vous anticipez une question que je me posais tout haut : Ce concept d’Art Bavard est-il ou n’est-il pas transposable pour la musique, pour la littérature … ?
      .
      Cela dépasse mon domaine de compétence et je ne sais vraiment pas si c’est réellement transposable.
      Par contre comparer Beethoven et Satie me semble assez osé. Ce n’est pas du tout le même univers musical, pas la même époque.
      Pour ma part j’aime l’un et l’autre, je peux passer de l’un à l’autre en fonction de l’envie.
      Mais je serais bien infoutu de dire si l’un pourrait être qualifié de bavard et l’autre non.

  • docdory

    @ Buster
    Si on joue à ça, en littérature, l’art non bavard, ce seraient les haïkus japonais, et l’art bavard, euh… Alexandre Dumas, peut-être, ou Balzac ?

    • Buster

      Docdory,

      Vous n’avez sans doute pas bien mesuré la violence de mon attaque et la virulence de mes propos. 😯 😆
      Si vous cherchez des parallèles musicaux ou littéraires, pour « l’Art Bavard » dont je vous parle, vous devriez à mon sens plus efficacement chercher du côté de Clayderman (Richard) ou de Lévy (Marc) qui ont l’avantage d’être à la fois contemporains et de connaître un succès certain.
      Personne ne pourra contester que l’un connaisse la musique et que l’autre ait bien appris à écrire.
      Ce sont, dans leur domaine respectif, des pistes artistiques qui me semblent aussi prometteuses à suivre pour la postérité que les peintres que vous avez mentionnés.

  • docdory

    @ Buster
    Dans votre dernier commentaire, et compte tenu des commentaires précédents, j’en déduit que vous mettez sur le même plan Dali, Giger et Escher d’un côté , et Clayderman et Levy de l’autre. Pour Lévy, je ne peux rien en dire, je n’en ai jamais lu une ligne. Mais pour Claydermann… Là , franchement, vous vous moquez du monde !
    Au cas ou vous ne l’auriez pas remarqué, Dali , Giger et Escher ont une imagination picturale foisonnante, et Clayderman n’ a aucune imagination musicale !!!
    D’ailleurs, au fond, vous mettez le doigt, sans doute sans le vouloir, sur ce que que je reproche à Rothke, et que je ne parvenais pas à formuler jusqu’à présent. Ses tableaux me semblent totalement dépourvus d’imagination et c’est là leur grave défaut, car de l’absence d’imagination de l’artiste découle l’ennui profond de celui qui regarde ses oeuvres ….

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