Samouraï (III) un crépuscule en deux temps

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À la fin du XVIe siècle, Oda Nobunaga (1534-1582) devint le premier des daimyos à adopter efficacement les armes à feu.

Les arquebuses européennes ont été introduites au Japon dans les années 1540 par des naufragés portugais, et les artisans japonais ont commencé à en copier des exemplaires .

.Nobunaga employa 3 000 mousquetaires lors d’une bataille en 1575 avec un tel effet positif que les autres daimyos s’empressèrent d’acquérir le plus grand nombre possible d’armes. La nouveauté n’était de les employer mais la manière . La technologie de fabrication a toutefois peu progressé au cours des générations suivantes, à cause l’exclusion SAKOKU volontaire du Japon du reste du monde décidée par le Shogun en 1643

Nobunaga, à la tête d’un domaine relativement modeste à l’origine dans le centre du Japon, tente de devenir le plus puissant des plus puissants seigneurs. À cette époque, le daïmyo construisait d’immenses châteaux / forteresses, égaux ou meilleurs que tout ce qui a été construit en Europe à l’époque. Nobunaga doit affronter des ennemis en tout genre , de nombreuses sectes religieuses ou des confréries militaires. Rien de neuf dans tout ça . C’était le quotidien de la lutte quotidienne pour accéder au Shogunat . Sur la voie vers la domination, mais sans surprise, il s’est créé un certain nombre d’ennemis, qui se sont alliés et ont attaqué son palais en 1582, le réduisant à néant.

La Bataille de Nagashino du film Kagemusha, l’Ombre du Guerrier,

En cette fin du sengoku jidai, « l’âge des provinces en guerre », ce sont les daimyô – ces « grands noms » équivalents de nos ducs – qui tiennent le haut du pavé. Avec l’affaiblissement du pouvoir central incarné par le shôgun issu de la dynastie Ashikaga, ces puissants seigneurs féodaux règnent sur leurs vastes fiefs dans une indépendance presque totale, et se ruinent en querelles intestines. Leur plus grande ambition est de soumettre le shogunat pour étendre leur autorité sur l’empire.

Oda Nobunaga est le premier à s’illustrer dans cette course frénétique au pouvoir suprême. Mais si le centre du Japon est déjà largement unifié sous sa loi d’airain, au-delà de l’horizon, des adversaires à sa hauteur brûlent de se mesurer au nouveau maître de la capitale.

Bataille de Nagashino 1575 article de J. Peltier _ Theatrum Belli

On y vit pour la première fois , non pas l’utilisation des arquebuses mais leur organisation en trois lignes successives protégées par des barricades de bois et tirant par volées uniques. Une vague remplaçant l’autre. La cavalerie Samouraï figée dans ses principes ses techniques et sa propre mythologie s’y fit déchiqueter dans des assauts répétés.

Parmi eux, outre les Môri à l’ouest et les Hôjô à l’est, se dressent les guerriers du clan Takeda, dont la bravoure au combat est crainte dans tout le pays. Depuis leurs montagnes du Kai et du Shinano, à l’ombre du mont Fuji, ils demeurent un obstacle dans l’ascension du suzerain des Oda. La campagne lancée par Takeda Katsuyori au début de l’été 1575 va fournir à Oda Nobunaga l’occasion rêvée de vaincre cet ennemi redoutable. On ne peut ici raconter toutes les péripéties de la bataille qui comme toutes les batailles est noyée dans la plus extrême confusion. Un fait essentiel pourtant se dégage.Un fait significatif et lourd de conséquences .

Une charge de Samouraï hachée menu par des ashigarus porteurs de mousquets . Placés en trois rangs tirant chacun leur tour, postés simplement derrière un obstacle de bois précédé d’un fossé.

On découvrait ainsi qu’il est était plus aisé de fournir une arquebuse à un guerrier peu formé et moins payé que de subvenir à l’équipement, le paiement et l’apprentissage d’un Samouraï .

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.En éliminant le plus sérieux concurrent d’Oda Nobunaga, la bataille marque un tournant historique. Le processus de fusion menant à la réunification de l’archipel est désormais engagé, . Les dernières velléités des maisons rivales s’éteindront après les batailles de Sekighara en 1600 et Ôsaka 1614. On est parti pour deux siècles et demi de paix .

La qualité et la bravoure des des Samouraïs ne peuvent pas tout. Les chevaliers français l’avait déjà appris à Courtrai et Azincourt.

Heu appris , non ! Ils n’apprendront jamais.

La bataille de SEKIGAHARA octobre 1600

Vingt cinq ans après Nagashino la rivalité s’est aggravée entre les Daimyos . L’Empereur n’a pas les moyens d’y faire obstacle . Tous n’ont qu’un seul but : marcher sur Kyoto pour s’y faire décerner le titre de Shogun .

Mais à ce jeu d’échec sanglant toute démarche mal avisée risque de déclencher chez les rivaux des réactions catastrophiques. Tous s’épient, et s’épuisent en querelles intestines vaines et sanglantes.

Intestine , oui, car à l’intérieur des clans les conflits font rage aussi car au moment du partage final de la guerre qui ne pourrait manquer de se déclencher il faudra être bien placé pour les partages secondaires. Le Japon est ravagé par la guerre.

Pour le titre de SHOGUN

Ils sont trois en compétition

1- Oda Nobunaga, le vainqueur de Nagashino

2-Toyotomi Hideyoshi le Singe l’ assassin du premier qui se lance à la conquête du Sud , des plaines de l’Est et des domaines des Daïmyos insoumis. Il se fait attribuer le titre de Taikô et organise fastueuses cérémonies où l’empereur n’est qu’invité « en toute simplicité »

En tant que chef du conseil de régence Tokugawa estime qu’il peut très bien se débrouiller tout seul et devenir Shogun lui même

Débarquement des troupes japonaises à Pusan (Corée) en 1592 http://fudoshinkan.eu/les-grands-unificateurs-du-japon-2-hideyoshi-toyotomi/

Comme plus rien n’est à sa mesure il se tourne vers des projets démesurés. Il entreprend de s’attaquer à l’empire Ming , rien que ça, et entreprend par deux fois d’envahir la Corée. Battu sévèrement par les Chinois et fort diminué , il s’éteint, mais pas avant d’avoir institué une sorte de conseil de régence pour seconder son fils Hideyori, trop jeune pour exercer le pouvoir. Au sein de ce conseil deux camps se distinguent . Les différents daïmyos du conseil qui, bien que fidèles à la volonté de leur ancien maître se regardent en chiens de faïence japonaise et l’un d’entre eux ancien fidèle de Oda Nobunaga (1) puis de Toyotomi Hideyoshi (2) , qui a eu l’adresse de ne pas gaspiller ses troupes dans les désastreuses aventures coréennes : (le N°3) Tokugawa Ieyasu

Au peut voir combien le domaine De Tokugawa était peu de chose au regard de ses futurs rivaux.

Très vite les clans se rangent en deux camps. L’armée de l’Ouest des Toyotomi (2) et l’armée de l’Est des Tokugawa (2). Pendant quelques mois ce ne sont qu’ escarmouches et batailles partielles pour le contrôle des routes et des châteaux intermédiaires

Au soir de la bataille du 21 octobre, tout est consommé. Des dizaines de milliers de cadavres cuirassés jonchent la plaine. On parle de 60 000 têtes tranchées et plantées sur des piques . On se bouscule un peu dans le camp victorieux Fidèles vassaux, partisans de fraîche date et ralliés de la dernière heure rejoignent en majesté le maku, l’enceinte de tentures qui sert de poste de commandement au vainqueur.

Les vaincus sont tués ou , dispersés aux quatre vents tels des fugitifs, leurs familles saignées à blanc et bientôt accablées de taxes shogunales qui leur ôteront toute velléité de nouvelle rébellion. Quelques mois après, celui qui détient désormais le pouvoir suprême redistribue les cartes, privant ses impudents adversaires d’hier de leurs fiefs prospères pour les offrir en gage de gratitude à ses plus loyaux capitaines. Les moins mal lotis s’en tirent en acceptant de bonne grâce la confiscation d’une part substantielle de leurs revenus lorsque d’autres clans sont purement et simplement éliminés, jetant sur les routes des dizaines de milliers derônin, ces « hommes-vagues », ces guerriers désormais sans maître qui tenteront de survivre sans sombrer dans le brigandage.

Les Samouraïs sont les dindons de la farce

Le shogunat Tokugawa a duré jusqu’au milieu du XIXe siècle, date à laquelle il a été démantelé par la restauration de Meiji. . ( nous en reparlerons) Au cours de la période dite de Tokugawa, les Samouraïs et leur image sociale connaissent leur âge d’or mais ils sont frappés par un mal insidieux qui les conduira à leur perte .

On n’a plus besoin qu’ils soient aussi

nombreux,

qualifiés et

si cher

En 1603, soit trois années après la victoire de Sekigahara , l’Empereur Go-Yôzei gratifie Tokugawa Ieyasu du titre de Shôgun. Le temps des combattants s’achève. Il s’éteindra sous les cendres du château d’Ôsaka, ultime bastion de la maison Toyotomi, une douzaine d’années plus tard. Les samouraïs muteront bientôt en bureaucrates, fonctionnaires stipendiés par des seigneurs de guerre devenus gouverneurs provinciaux aux ordres du Shogun . Les seigneurs Daimyos sont soumis , les Samouraîs pour les plus conscient prennent conscience de leur inutilité. Ils ne voient pas sans objecter la disparition de leurs plus anciens Us et coutumes . La disparition des usages sociaux qui les faisaient passer en seigneurs au milieu de la populace écrasée d’impôts et de courbettes des villages. La disparition des combats obligatoires pour une bousculade , un regard. Les pauvres Samouraïs manquent d’occasion de prouver leur valeur et partant ils en remettent sur le cérémonial ombrageux . Leurs rites deviennent de plus en plus factices et c’est justment pourquoi ils s’y accrochent . Leur violence vire à la posture , aussi l’accroissent-ils. De plus c’est toute la société qui les singe . Le moindre commerçant avec ses employés, le propriétaire avec ses paysans, le pè-re de famille avec sa maisonnée.

Comme ils leur étaient offerts , les Samouraï sont venus occuper les postes administratifs au pouvoir et ont également exercé des fonctions militaires de l ‘État . Le farouche guerrier s’est policé et acclimaté aux usages des hautes sphères. Engoncé dans une série de couches de vernis et de rituels , le guerrier samouraï avait de moins en moins d’opportunités d’exercer son métier d’armes.

La classe des samouraïs enfle en quantité , mais pas en qualité grâce à la «sélection naturelle» au combat, Ils mutent en une sorte de bureaucratie de plus en plus gonflée et économiquement soumise. L’armée en accueille un grand nom mais l’éta shogunal ne peut les absorber tous .Aussi P beaucoup dérogent se lancent dans les affaires , en profitent pour aller à l’étranger pour apprendre les techniques nouvelles de fabrication et de commerce . Leur sens de l’oganisation et du commandement fait merveille dans ce milieu en expansion .Le Samouraï des villes n’a plus rien à voir avec le samouraï des champs vivotant sur son lopin.

Tous sont sacrifiés sur l’autel du pouvoir désormais incontestable du SHOGUN pour lequel ils ont versé leur sang . Serviteurs ils étaient serviteurs ils demeurent. Nous reparlerons peut-être de Tom Cruise

Un nouvel âge commence, sous l’implacable férule des Tokugawa : la dernière, la plus célèbre et la plus puissante dynastie shogunale que l’Empire ait connue s’empare des rênes du Japon. Elle ne les abandonnera que plus de deux siècles et demi plus tard, lors de la restauration Meiji, en 1867.

La classe des marchands, elle, s’enrichit de plus en plus, tandis que la classe supérieure des samouraïs s’appauvrit.

Le fardeau fiscal nécessaire au fonctionnement du gouvernement incombait aux paysans, qui se tournaient vers le commerce plutôt que de mener une vie agricole non rentable. Au moment où l’Américain Matthew Perry entra dans la baie de Tokyo en 1854 et «ouvrit» le Japon au monde extérieur, les artisans et les marchands étaient les seuls à pouvoir faire face à la nouvelle réalité et le statut du samouraï dans la société fut rapidement abandonné.

Malgré ce revers, l’attitude martiale engendrée par des siècles de régime militaire n’a jamais complètement quitté la psyché nationale japonaise. L’armée s’est modernisée avec des armes européennes, mais l’attachement à l’esprit martial et au professionnalisme est resté fort dans la nouvelle classe de guerriers.

C’est l’histoire du Japon au XXè siècle qui reprendra ces singeries à la mode/retro Samouraï comme une pratique pieuse. Cette exaltation anachronique hors sol se soldera par des millions de morts.

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Des Samouraïs à Munich

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