Les stages . Pour répondre à Xavier- Furtif

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Bonjour à tous. Bonjour Xavier . Je vous parle des années 70.
Je vous parle de mes élèves ceux de l’enseignement professionnel. C’est d’ailleurs pourquoi je ne revendique pas comme certains imposteurs le titre de prof d’histoire. Mon diplôme et mon concours ne donnent pas ce titre.
Les années 70 ont vu arriver cette revendication du patronat( congrès de Deauville de 1971)  des stages en entreprises pour les élèves qui préparaient un CAP et un BEP .Le bac pro de Jospin n’était pas encore là.
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Les ministres successifs ont alors inventé et perfectionné année après année le travail en ateliers , en usine, en magasin obligatoire…non payé Le meilleur motif était que les enseignements professionnels et les enseignants professionnels  ne disposaient pas du matériel idoine correspondant aux métiers modernes et à leur évolution.
Le mot était lâché.
L’école ( le lycée professionnel)apprend un mauvais métier laissons l’entreprise s’en occuper.
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Ce qui était extrêmement curieux était bien l’absence simultanée d’embauche en apprentissage. Comment les entreprises allaient-elles se charger de la formation ? Quels personnels allaient-elles mettre à disposition des stagiaires ? Sans formateurs où serait la formation? Il y avait bien la solution de l’apprentissage mais cet apprentissage  était protégé par une série de réglementations qui imposaient horaires et rémunérations. Apprendre ou produire, oui mais produire exigeait un salaire. On n’en sortait pas. Les établissements scolaires accaparaient une masse de main d’œuvre à qui on apprenait qualification , droit du travail , conventions collectives , et prudhommes …
Le patronat lui , rêvait du temps béni où on attendait quasiment que l’apprenti paye sa formation.
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Nous étions donc devant un problème politique.Le PS hésitait, la Fen tenue par le PS hésitait, mais le PCF lui monta en première ligne et non seulement participa, mais fut l’acteur indispensable de la mise en place de ces stages non payés obligatoires.
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Pourquoi?.
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Dans l’enseignement professionnel vivaient côte à côte des gens issus de l’entreprise et des gens issus des facs.La vie quotidienne amenait tensions et rivalités.Certains professionnels  supportaient très mal les références à la culture , au droit du travail enseigné par le prof d’histoire, ou à des tas de machins dont ils n’avaient pas le premier mot. J’ai connu des établissements où cantine et salle des profs étaient séparées. Les professionnels et les enseignement général ne se fréquentaient pas. Je ne vous dis pas l’ambiance des conseils de classe.
Pourtant nous étions à l’école ,publique, l’école de la République.
On ne peut pas dire que ces anciens professionnels de l’entreprise se soient tournés vers l’école motivés par la seule pédagogie. Avoir un salaire assuré bien supérieur à leurs anciens collègues avec 22h de travail hebdomadaires…….
Bien sûr il fallait se farcir tous ces profs de français d’anglais, de maths….qui eux étaient non seulement bacheliers mais titulaires de licence voire de maitrise….Cette cohabitation leur était souvent insupportable dans tous les moments qui font la réalité d’un établissement scolaire.
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En gros , on avait des profs de matières professionnelles qui militaient pour que soit reconnue leur insuffisance, et qui donc insistaient pour que les élèves aillent rattraper leurs manques  en entreprise sur le temps autrefois dévolu à la scolarité.
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Vous me direz c’est énorme.
Ça l’est
Mais alors comment cette imposture a-t-elle pu passer?
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Nous eûmes une conjonction typique de la Vè République.
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Le CNPF voulait
Le Gouvernement voulait
Le PCF et la CGT qui syndiquait la majorité des profs de professionnel, voulaient;
La CFDT comme toujours du coté du manche voulait.
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Il n’y avait que le Parti socialiste et la FEN qui s’y opposaient.
Une fois au pouvoir la FEN explosa et le parti socialiste entama ce qu’il pratique depuis toujours.
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Mais vous me direz : les profs????
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Dans l’enseignement professionnel un prof d’anglais , d’histoire , de législation , de français détenaient des horaires de 1, 2 , voir 3 ou 4 heures avec une seule classe, mais un prof d’atelier lui se trouvait face à sa classe 10h, 12h, ou plus .Quand ses élèves étaient en stage , ce dernier  se retrouvait à mi-temps.Le fin du fin de cette catégorie fut d’arriver à avoir deux classes en stage.
Le prof se retrouvant  en réelle situation de sous emploi pendant la période de stage fut mis en situation de résister à une autre infamie .
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Nous étions sous la gauche , au temps béni des <strong>dispositifs , des plans et des opérations</strong> contre le chômage.
Des centaines d’adultes se retrouvèrent inscrits dans des stages à répétitions où on prétendait leur apprendre un métier en 10 semaines.
10 semaines c’est justement le temps dont disposaient certains profs tout à fait qualifiés dans tel ou tel métier..
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Vous m’avez suivi???
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C’est ainsi que certains profs en réel emploi de 5 à 10 heures par semaine se retrouvèrent ( par un pur hasard) en situation de toucher des heures sup.
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Avez vous compris , la conjuration qui du monde professionnel au monde enseignant professionnel ,se rassemblait et est toujours là  pour que les stages perdurent et que personne n’aille trop y mettre le nez.
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Un dernière question comme ça en passant.
Avez vous une seul bonne raison pour justifier les stages de 3è?
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Pour finir , j’espère que vous ne contesterez pas le constat fait des dizaines de fois au cours des années 80 à l’ANPE d’une chute des offres d’emplois sous qualifiés manutentions et autres, exactement au moment où les Lycée Pro envoyaient obligatoirement et gratuitement des élèves et des centaines de milliers d’heures gratuites sur le marché du travail.
Je vous accorde un début de vérification
Un élève 35 heures par semaine __  25 élèves par classe __ 10 classe par établissement __ par 10 établissement par département __ par le nombre de départements que vous voudrez.
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Tout ça au nom de la formation et de la lutte contre le chômage

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Xavier
Xavier

Furtif,

Je suppose que tu réponds à ce commentaire que je copie/colle ici puisqu’il disparaîtra dans deux jours avec la page :

Xavier
7 mars 2013 at 12 h 43 min · Repondre

Salut Furtif, à tous,

2. 35 ans de stages non rémunérés, une machine voulue par la patronat, qui casse l’école et détruit la formation et qui bien sûr aggrave le chômage.

Sarkozy l’avait rêvé, Hollande et Sapin avec la collaboration de la CFDT l’ont fait : Parisot et le MEDEF réécrivent le Code du Travail à leur main.

Bientôt le Medef et la cfdt pourront entamer leurs congrès par ce chant à la gloire de Parisot :

« Debout, ma blonde, chantons au vent! Debout, amis!
Il va vers le soleil levant, notre pays!
»

Quelques liens :

Pour juger sur pièces :
le texte intégral de l’accord et ses annexes
Les explications de Gérard Filoche : « EXPOSE DES MOTIFS pour chacun des 54 amendements puis les 54 amendements précis au projet de loi ANI du 11 janvier 2013 »
Point de vue critique de 2 docteurs en droit : « Vidéo / Accords de maintien de l’emploi : un dispositif invalide ? »

Quand la masse n’aura plus que ses yeux pour pleurer, ils pourront toujours chanter » Ah, si j’avions su ! »

Xavier
Xavier

Pour la bonne compréhension de tous, je commentais cette phrase :

« 2. 35 ans de stages non rémunérés, une machine voulue par la patronat, qui casse l’école et détruit la formation et qui bien sûr aggrave le chômage. »

extraite de la revue de presse de Furtif le 07/03/2013

Lapa
Lapa

Bonjour à tous. je suis partagé. J’ai pour exemple mon beaufrère anglais qui a commencé à travailler à 16 ans et qui est très pratique, manuel et possède une solide expérience en entreprise jusqu’au lean management et la gestion des équipes de maintenance sur de la production industrielle et de gros projets. Son ingénierie, il l’a eu dans son travail en entreprise en commençant au tournevis. A contrario pour moi, le diplôme d’ingénieur je l’ai eu à 23 ans et hormis quelques stages et projets d’études, une expérience qui se résumait à de la théorie pure et dure dans de nombreuses matières. Il n’y a pas de parcours meilleur qu’un autre, juste que chaque élève est forcément plus adapté à tel ou tel. Et là où le bât blesse en France c’est le collège unique, ce dogme, qui conduit au lycée à deux vitesses à 16 ans: soit professionnel car on considère que t’es pas fait pour aller en cours (mais rien ne dit que tu as des compétences techniques ou manuelles particulières), soit le lycée général pour essayer d’avoir un bac général pour ensuite aller en fac et puis vogue la galère… Résultat tu traînes un maximum d’études jusqu’à 27 ans sans avoir vu une seule entreprise dans ta vie, à part bien sûr le Mac Do pour payer tes loyers ou l’exploitant agricole pour le castrage du maïs ou du cochon… Devant ce manque flagrant de liaison enseignement-entreprise mais ne voulant pas renier l’idée de faire de chaque élève français un bachelier et universitaire à la culture scolaire aussi éphémère qu’inutile, nos gouvernants ont… Lire la suite »

Lapa
Lapa

bah le bouzin n’est guère amical pour mon retour! 😀