J’ai lu « Soumission » de Michel Houellebecq

Voilà un livre qui a fait couler beaucoup d’encre, mais combien de ceux qui en parlent l’ont vraiment lu ?

Dans un premier temps, une fois le livre refermé, on se dit que  la réaction d’un Ali Baddou est tout simplement incompréhensible, qu’il a dû lire un autre livre.

Et puis à la réflexion… C’est le grand mérite des romans de Houellebecq que d’avoir cette sorte de double détente, un côté apparemment superficiel et un côté, aussi, très profond. Parfois immense. Ce mec n’écrit pas pour ne rien dire.

Tout le monde désormais connaît le pitch du roman: une coalition anti-FN avec un parti islamiste modéré qui y est majoritaire prend le pouvoir en France et tous les problèmes se résolvent, le chômage disparaît car les femmes rentrent à la maison, les banlieues sont maîtrisées, l’autorité restaurée et l’argent du pétrole fait des miracles…

La très grande force du roman est précisément d’avoir choisi un islam « modéré » et non radical dont la turpitude et l’horreur auraient été évidentes, trop évidentes. Il met dans la bouche de l’un de ses personnage,  à propos de Ben Abbes, le leader du parti musulman qui a pris le pouvoir : «  C’est un musulman modéré, voilà le point central : il l’affirme constamment et c’est la vérité. Il ne faut pas se le représenter comme un taliban ni comme un terroriste, ce serait une grossière erreur ; il n’a jamais eu que mépris pour ces gens. Lorsqu’il en parle dans les tribunes libres qu’il a publiées dans Le Monde, au-delà de la réprobation morale, on distingue très bien cette nuance de mépris ; au fond, il considère les terroristes comme des amateurs. » [C’est moi qui souligne…]

Et le talent de Houellebecq est de nous faire sentir par petites touches ce que serait une telle société, désespérante à vivre.

Un exemple : à un moment, il nous décrit un pince-fesse organisé par l’Université à l’Institut du Monde Arabe pour la réouverture de la Sorbonne (désormais contrôlée par les islamistes qui n’ont revendiqué qu’un seul secteur, l’enseignement) auquel le personnage principal croit devoir se rendre.

«  Je n’avais pour