La Bandoura, instrument national ukrainien

La bandoura est un instrument de la famille des cithares, c’est à dire des cordes tendues sur une caisse de résonance et qui fonctionne comme une harpe, c’est-à-dire uniquement avec des cordes jouées à vide.

L’origine de cet instrument se perd dans la nuit des temps, on en trouve un ancêtre en Ukraine dans une peinture du XIe siècle, mais c’est surtout à partir du XVIe, avec l’apparition  de ce que l’on appelle la cosaquerie, c’est-à-dire la constitution des premiers foyers de peuplement cosaque dans les îles du Dniepr au-delà de ses rapides, qu’il acquiert ses lettres de noblesse et devient, un élément de la culture ukrainienne et plus précisément des cosaques zaporogues.

Lors des guerres qu’ils ont menées contre les tatars, ces derniers, dans leur grande mansuétude, ne tuaient pas toujours les prisonniers qu’ils faisaient parmi les cosaques. Ils se contentaient de les rendre inaptes au combat en leur crevant les yeux et les renvoyaient dans leurs foyers. Leur seule « reconversion » possible était alors de devenir  musiciens et plus spécialement bandouristes. Ainsi une tradition de bandouristes aveugles s’est crée et maintenue.

Progressivement les joueurs de bandoura se sont constitués en confréries de bardes, les kobzarys, ( du nom d’un instrument  plus petit et qui est considéré comme son ancêtre, la kobza, plus proche de la cithare). Ils étaient très appréciés mais aussi très hiérarchisés et fonctionnant sur le mode du compagnonnage. Ils chantaient ou récitaient, accompagnés à la bandoura, les hauts faits d’armes des cosaques sous une forme lyrico-épique, puis enrichirent leur répertoire avec des contes, des chants profanes et religieux, des poésies, des histoires humoristiques.

Cet instrument connaît actuellement un renouveau remarquable en Ukraine où il est considéré comme une marque de la culture spécifique ukrainienne, distincte de la culture russe qui n’en a pas d’équivalent.
Tout comme le régime tsariste, les soviets ont réprimé la pratique de cet instrument, considérée comme une manifestation de nationalisme ukrainien. [ 1] Dans les années 30 de nombreux bandouristes furent persécutés et déportés, dont le célèbre Khotkhevitch qui est le concepteur de la bandoura moderne, dans les années 1894. La première fois que, personnellement, j’ai remarqué cet instrument, c’était au cours de  recherches sur Nestor Makhno dans une vidéo tournée à Goulaïpolié, son lieu d’origine, où un kobzar chantait l’épopée de l’anarchiste.

On peut voir au début de cet article, sur une photo  prise dans une rue de Poznan, un joueur de bandoura. On remarquera qu’il a revêtu un costume traditionnel du cosaque zaporogue et a même adopté cette coiffure bizarre, ce « toupet » caractéristique.

L’instrument s’est perfectionné au cours des siècles, a vu augmenter le nombre de ses cordes ( jusqu’à 55 aujourd’hui) , est devenu chromatique grâce à des taquets qui permettent de monter chaque corde d’un demi-ton. Il se présente donc comme une cithare mais comporte ce que l’on peut à la rigueur appeler un « manche » quoiqu’il ne serve que pour les cordes graves qui sont toujours jouées à vide et de la main gauche, les autres étant jouées de la main droite ( en principe; une technique inversant les mains existe). Elle est accordée à vide sur une gamme de sol majeur/mi mineur et couvre presque cinq octaves, ce qui est beaucoup et en fait d’ailleurs un instrument assez encombrant.

La sonorité n’est pas sans rappeler celle du cymbalum, avec cette caractéristique de toutes les cithares, d’avoir un « sustain »,  (durée de note) très long, tellement long d’ailleurs que si la musique ne tient pas compte de cette caractéristique c’est une vraie bouillie sonore que l’on entend, comme si le preneur de son avait ajouté des quantités gigantesques de réverbération. Cet effet est dû à l’entrée en résonance sympathique de toutes ces cordes à vide qui ne sont étouffées par rien. Au passage, et pour les mêmes raisons, les enregistrements de cet instrument sont difficiles à réaliser et j’ai eu bien du mal à vous en trouver qui soient potables.

Voici également un groupe de jeunes femmes de Lvov qui s’appelle Tsarivny (Les princesses) qui interprètent un chant traditionnel ukrainien. J’ai eu l’occasion d’aller les écouter lors d’une tournée en France  il y a deux ans. J’ai pu voir de près les bandouras. La féminisation de la pratique de cet instrument, qui était traditionnellement réservée à des guerriers, est récente.

Pour terminer, une interprétation des Parapluies de Cherbourg à la bandoura (par le même groupe).

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[1] Le nationalisme ukrainien vient encore de se manifester récemment…

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D. Furtif
Administrateur
D. Furtif
19 novembre 2020 11 h 09 min

Redif de cet article du 14 mai 2011

Dora
Membre
Dora
19 novembre 2020 18 h 03 min

Bonjour Furtif,
C’est une bonne idée vu la qualité des articles de Léon! J’ai découvert en Hongrie le tsimbalom qui lui se joue avec des petits marteaux que l’on frappe sur les cordes de l’instrument posé sur des pieds. Et en Bretagne un luthier ayant reconstitué un instrument à corde partir de fragments de statues antiques. C’est énervant car dorénavant, plus moyen de regarder une vidéo sur you tube sans devoir s’inscrire ou souscrire à leurs pubs!

arthes
arthes
19 novembre 2020 18 h 50 min
Reply to  Dora

Bueno priviet à tous

Dommage que les liens ne fonctionnent pas chez moi pour avoir un aperçu des « princesses « qui jouent de l’instrument tradi ukrainien.

Du coup, je suis retournée sur mon ancien forum où je sévissais avant avox (docti SM) pour retrouver certaine musique accordée avec les instruments traditionnels russes et ukrainiens que j’avais passées à l’époque, et qui ne sont que charmantes (aucun lien avec la pratique, juste le plaisir de l’écoute, nous ne sommes pas des obsédées mais des personnes délicates et sophistiquées, surtout moi).
Mon compte , trop inactif depuis trop longtemps y est mort, donc pas possible de retrouver mes « jolies ziques » dont, hélas je ne me souviens plus du titre, sinon, je n’aurais pas tenté ces recherches.
Mais, j’ai trouvé, enfin découvert, cette gracieuse originalité (olé!!!):https://youtu.be/Ag9rrauCHLw

Bon, en ces temps de confinement, il faut aussi revenir à des « fondamentaux » , même si d’aucuns prétendent qu’il faille justement les remettre en question (cf sur avox) , bien qu’il faille aussi les remettre en question, mais faut savoir surtout ce qu’on veut remettre en question.

D. Furtif
Administrateur
D. Furtif
19 novembre 2020 19 h 26 min
Reply to  arthes

Réponse à Dora & Arthes
.
Au sujet du passage obligatoire par les pub .
.
J’ai dû subir une pub anti 5 G et « le danger des ondes » avec référence à des « scientifiques compétents »on se serait cru sur Maboul
.
Et cerise sur le gâteau
L’épouvantable daube que Arthes veut nous faire avaler.
.
Elle tient à faire souffrir tous ceux qui lui passent à sa portée

D. Furtif
Administrateur
D. Furtif
19 novembre 2020 19 h 28 min
Reply to  D. Furtif

Au sujet de la 5 G je vous conseille de passer par l’article de LAPA qui est à mon avis le seul scientifique compétent qui pourrait me convaincre
.
http://www.disons.fr/?p=61678

arthes
arthes
27 novembre 2020 17 h 32 min
Reply to  D. Furtif

mdr
Cela dit, autant en zique je peux avoir des goûts de ch…ttes, de la daube (je conteste pas) , autant dans ma spécialité professionnelle la cuisine je suis parfaite dans mon expression , très raffinée et subtile surtout ,pas de daube.

En fin de compte, cet article m’a interpellée pour les instruments traditionnels des pays de l’est, la Russie (bon l’Ukraine, pour moi, fait partie de la Russie…Kiev…) et, il y a quelques années, des jeunes faisant partie de l’ensemble musical « Les cordes d’argent » de St Petersbourg, une école qui vise la méritocratie et qui accorde des bourses ( mais faut qu’ils bossent pour cela) à des Russes et des jeunes des anciens satellites de l’URSS , leur permettant d’étudier et de faire partie d’un ensemble prestigieux qui utilise des instruments tradi pour jouer des oeuvres très diverses à tel point qu’ils peuvent se produire en Europe, et donc voyager, , sont venus en Périgord et nous ont fait découvrir, par leur musique, leur culture , leur beauté, « la magie  » dans de petits villages, et chaque « pecquenot » était envouté , subjugué, enchanté.

Et ces jeunes russes et russophiles des anciens satellites étaient émerveillés de juste avoir la possibilité de découvrir les clochers français.et l’hospitalité simple des hôtes locaux.

Ub ciment simple se faisait ainsi entre deux cultures, deux civilisations.

Les instruments étaient anciens, mais surtout , il y avait la balalaïka, qui fut interdite par Staline .

J’ai tenté de retrouver(dans mon ancien site) un extrait que j’avais passé avec un instrument ancien improbable , autant que l’est cette bandoura, et peut être il s’agissait de cela…Mais j’ai trouvé autre chose (arf…)

Donc, faute de mieux, je n’ai juste que ceci (il y la présentation, mais ça commence à la 1.45) Balala¨ka et pas badoura, quoique je suis certaine qu’ayant assisté à un de leur concerts, j’ai bien vu cet instrument.

de plus, l’air qui y est joué me rappelle furieusement un film sur N. Paganini.
Ahhhh, mémoire (mais je retrouverai!

https://youtu.be/p-eHhfmI6vs

arthes
arthes
27 novembre 2020 17 h 45 min
Reply to  arthes

Bandoura et pas badoura

D. Furtif
Administrateur
D. Furtif
19 novembre 2020 19 h 18 min

Le lien vers la 1ère Video
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https://www.youtube.com/watch?v=FM2gAdiPNM8

D. Furtif
Administrateur
D. Furtif
19 novembre 2020 19 h 20 min

Le lien vers la 2ème video
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https://www.youtube.com/watch?v=ZdY1WcH3-xs

D. Furtif
Administrateur
D. Furtif
27 novembre 2020 18 h 07 min

Merci ARTHES pour cette musique que je dédie à Leon, et à ses proches qui passent parfois par DISONS…
Mon bouzin me les indique …