Billie sings the blues

L’article de Yohan sur les voix du jazz, m’a suggéré de recycler quelques articles de mon blog personnel (que je n’alimente plus depuis la création de Disons) qui parlent de chanteuses et de leur voix.

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Je me suis toujours refusé à essayer d’interpréter le talent d’un musicien ou analyser ses œuvres à la lumière de sa vie privée.

Il s’agit toujours d’une piste décevante, qui donne l’illusion que l’on a compris quelque chose, mais en réalité qui éloigne de l’œuvre elle-même. Je me fiche éperdument de savoir que telle symphonie de Beethoven a été composée après une rupture amoureuse ou dans une phase de bonheur. Car, à ce compte-là tout le monde pourrait être Beethoven.

Pourtant, pour Billie Holiday, il me semble qu’ignorer sa vie c’est mal appréhender cette chanteuse, en perdre une dimension importante.
Celle que les spécialistes considèrent volontiers comme la meilleure chanteuse de jazz de tous les temps n’est pas a priori bien impressionnante et comprendre les raisons pour lesquelles un Miles Davis, un Frank Sinatra, un Louis Amstrong ou une Ella Fitzgerald lui ont voué une telle admiration n’est pas immédiat.

Une voix un peu voilée et plutôt sobre, peu puissante et qui doit beaucoup à l’utilisation du micro, un vibrato léger et de la justesse au niveau de l’exécution, c’est à peu près tout ce que l’on peut en dire sur le plan technique.
Ensuite, on s’étonnera chez cette très belle femme de la dégradation de ses traits puis de sa voix, de sa mort à 44 ans et on s’intéressera à sa vie. Un enfer qu’elle a raconté dans son autobiographie : « Lady sings the blues ».


Un enfer total, de sa naissance à sa mort. Plus ou moins abandonnée, maltraitée par sa famille, violée à l’âge de 10 ans par un voisin, prostituée par sa mère, alcoolique et lourdement droguée, escroquée, tabassée par ses hommes, endettée, emprisonnée… À côté, même la vie de Tina Turner ressemble à une bluette.

Alors, l’entendre et la voir chanter avec cette sobriété, cette malice, cette légèreté ou cette gravité, ce magnifique swing un peu traînant, on le prend à la fois comme une politesse exquise envers nous, celle de ne pas nous ennuyer avec ses histoires et, pour elle, une sorte de parenthèse de bonheur au milieu de ses souffrances.

La voici dans « My man » qui est à l’origine une chanson française composée par Maurice Yvain (1920) chantée par Mistinguett et Edith Piaf, entre autres, sous le titre « C’est mon homme », la dégradation de ses traits y est frappante. Et ensuite  un très bel extrait de « Until the Real Thing Comes Along »

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Ph. Renève
Ph. Renève
10 janvier 2011 9 h 11 min

Que de misère dans cette femme, que de drame dans sa voix. Chaque chanson est déchirante.

Causette
Causette
10 janvier 2011 12 h 33 min

C’est le blues

Strange Fruit poème de Abel Meeropol

I Loves You Porgy 1959
Superbe Billie

Lorenzo
Lorenzo
10 janvier 2011 15 h 57 min
Reply to  Causette

Causette,

merci de ces liens, strange fruit, poignant.

maxim
maxim
10 janvier 2011 13 h 49 min

merci…de plus,c’est ma chanteuse de Jazz préférée ! sa version de I Get A Kick Out Of You est certainement le plus belle , celle de Sinatra aussi bien sûr mais quand même,y’a pas le petit truc en plus de Billie ..

et au Piano bien entendu la version jouée par Errol Garner à Bruxelles en 1964,

maxim
maxim
10 janvier 2011 14 h 40 min

et n’oubliez pas de faire un article sur Dinah Washington peut être la plus grande chanteuse de Blues,une voix puissante,un orchestre à elle seule, disparue bien trop jeune de suites opératoires ..

certainement la plus grande avec Billie ( je ne compte pas Elsa Fitzgérald que j’avais eu l’occasion de voir en concert au Festival de Jazz d’Antibes – Juan Les Pins,quel souvenir,et quel monde aussi ! )

sa version de » Manhattan » est certainement la plus belle !

Lorenzo
Lorenzo
10 janvier 2011 15 h 52 min
Reply to  maxim

Maxim,

Dinah Whashington dans ce What a difference a day makes qui fait partie de la B.O de Casino de Martin Scorsese 😉 en remerciement de ce Manhattan que je viens de découvrir 🙂

maxim
maxim
10 janvier 2011 17 h 34 min
Reply to  Lorenzo

bonjour Lorenzo,bonjour à tous …

heureux que vous ayez découvert Manhattan,je connais bien le What à difference a day make,j’ai une collection de CD et de vinyls et cassettes d’à peu près tout ce qui a pu se faire en Jazz,Blues ….

y compris bien entendu le DVD de Scorsese …entre autres .

cordialement .

Maxim

D. Furtif
Administrateur
D. Furtif
10 janvier 2011 16 h 12 min
Reply to  maxim

Maxim hou hou …..

maxim
maxim
10 janvier 2011 17 h 46 min
Reply to  D. Furtif

oui,hou hou ? comme dans les bois quand on s’est perdus de vue ?

D. Furtif
Administrateur
D. Furtif
10 janvier 2011 18 h 02 min
Reply to  maxim

Pas du tout
Je voulais dire que quand on a le gout pour certaines choses on a les capacités à en faire part aux autres….
Si tu vois où je veux en venir

C’est d’ailleurs un message que je pourrais lancer à bien des fidèles de nos messes.

maxim
maxim
10 janvier 2011 18 h 23 min
Reply to  D. Furtif

mais bien sûr,la musique est universelle,et même si parfois nos convictions divergent,il n’en demeure pas moins que les choses de qualité touchent ceux qui savent l’apprécier,je dirais les gens de goût autant en musique,qu’en peinture,littérature et arts divers ..il y a le beau universellement reconnu et le vulgaire et l’ordinaire qui ne sont ni ma tasse de thé,ni celle des intervenants ici présents !

alors entre esthètes,apprécions le beau,voire le sublime,puisqu’il y a des gens de talent unanimement reconnus qui nous rendent la vie belle,et qui nous laissent croire que l’humain,si il est capable du pire,peut être capable du meilleur !

yohan
yohan
10 janvier 2011 16 h 12 min

A la base il y avait Bessie Smith, puis Billie Holliday, Dinah Wahington, Ella Fitzgérald. Ce qui frappe, outre leurs voix jazz blues quasi inimitables (sauf peut être par Madeleine Peyroux) c’est que ce sont elles qui impriment le tempo aux musiciens, la classe. Pas favorisées par le destin non plus, Bessie Smith, écrasée par une voiture, Billie holliday……

Lorenzo
Lorenzo
10 janvier 2011 17 h 37 min
Reply to  yohan

Yohan,

permettez que l’on remette á sa place Sarah Vaughan au panthéon des grandes chanteuses noires américaines,
écoutons la ici et encore .

yohan
yohan
10 janvier 2011 18 h 36 min
Reply to  Lorenzo

Lorenzo
effectivement, mais, j’ai une excuse j’en ai parlé sur mon dernier nartik 😉

maxim
maxim
10 janvier 2011 18 h 01 min

vu que mon ordi refuse de passer les liens,sur You Tube,on trouve Count Basie au concert der 1981 au Carnegie hall,il y a Sarah Vaughan,Joe williams « Well alright okay » ( le chanteur vedette de Basie ) et Georges Benson ….

si vous voulez vous régaler dans le rétro,je vous recommande d’aller sur You Tube toujours voir Joe Williams et Jimmy Rushing en duo au festival de Newport ( ça doit dater de 1956) et interpretant Going to Chicago!

D. Furtif
Administrateur
D. Furtif
10 janvier 2011 18 h 03 min
Reply to  maxim

C’est cela c’est cela c’est aussi ce que nous disait Lorenzo et Causette et bien d’autres…..L’ordi ne veut pas faire passer les liens.

Lorenzo
Lorenzo
10 janvier 2011 18 h 47 min
Reply to  D. Furtif

Furtif,

je rectifie,á une époque je ne savais pas mettre des liens j’y suis arrivé grâce á ton aide et celle de Léon et Colre.
Il arrive parfois que le bouzin plante á moins que çá ne soit moi, mais en général çá fonctionne 😉

Maxim il veut nous refiler le boulot de recherchesur You Tube,l’est gonflé non 😯 😆

😆 😆

maxim
maxim
10 janvier 2011 18 h 06 min

pardon ,le festival de Newport 1962 ( je suis allé vérifier )

maxim
maxim
10 janvier 2011 18 h 52 min

bande de flemmards ! 😆