Le droit islamique (2) : Sharia, la catastrophe faite loi

Lectures :2519

A propos de la sharia, l’observateur attentif et honnête fera quelques remarques, lesquelles ne devraient jamais être oubliées, sous peine de passer pour un naïf:

  1. Cette législation ne prétend avoir d’autre source que la volonté divine transmise au chef de la communauté.
  2. Elle ne prend jamais l’être humain en tant que tel, ne considère jamais ses propres intérêts et n’obéit à aucun principe directeur hors de la soumission à la divinité et des décisions du chef: la morale individuelle et autonome n’existe pas.
  3. Elle est suscitée exclusivement par les circonstances qui affectent la communauté ou la vie de Muhammad. Une période de moins de vingt ans, dans le sable, sur des chameaux, par le sabre, a régi la vie de milliards de personnes depuis cette genèse.
  4. Elle ne forme pas un ensemble cohérent et organisé: ce sont les circonstances qui la construisent. De véritables codes naîtront beaucoup plus tard.
  5. Elle privilégie, comme toute loi humaine archaïque, les intérêts du groupe et de son chef, au détriment de celui de l’individu. Il serait donc vain de penser y trouver une quelconque forme d’humanisme.
  6. Elle distingue fondamentalement le musulman du non-musulman, et des règles différentes s’appliquent à ces deux catégories d’êtres humains.
  7. A l’intérieur du groupe des musulmans, elle consacre la distinction entre plusieurs catégories au statut inégal.
  8. Pour résoudre des contradictions et des apories innombrables, on a inventé, bien plus tard, quand toutes les contradictions sont apparues, à l’initiative de juristes astucieux, la doctrine de l’abrogation, selon laquelle tel ou tel verset était abrogé par tel autre plus tardif. Allah a tous les droits, y compris, comme un gourou inconséquent et capricieux, de se tromper ou de changer d’avis. Le problème est alors de deviner quelle sentence remplace l’autre… Des siècles ont passé à triturer le texte pour tenter d’en sortir quelques mesures utiles, cohérentes. Le plus souvent, les versets anodins ou permissifs sont remplacés par ceux de la période médinoise, celle du totalitarisme triomphant, et ces versets vont tous dans le sens de la coercition et de la violence. Le droit est ainsi le droit d’Allah avant tout, et seulement par conséquence, il concerne les hommes.
  9. Enfin, elle ne connait aucune limite dans son champ d’action, toute action ayant un rang dans l’échelle des valeurs et ne comporte aucune explication rationnelle.

Les actes sont obligatoires (WAJIB), recommandés (MANDUB), permis (MUBAH), blâmables (MAKRUH), interdits (HARAM). HALAL signifie à l’origine « détaché », « délié », « libre ».

Les évolutions dramatiques des pays arabo-musulmans, de nos jours, ont attisé une quantité formidable de jugements hâtifs et en général lénifiants sur la sharia. De peur d’avoir peur, quelques experts préfèrent adoucir le suppositoire d’une huile de leur composition, de telle manière que la sharia comme principe actif passe comme une chose bénigne, et pas si terrible que ça. En gros, tout dépend de la posologie. De médicament, nous préférons ici la considérer comme un poison, ni plus ni moins, et une drogue aussi, qui abrutit ceux qui s’en servent.

Le public a le droit de savoir qu’il faut distinguer deux choses: un principe, et une application. La sharia comme principe est simplement un vestige du passé, grotesque et dangereux, imbécile et inutile. Un témoignage superbe de la sottise et de l’intolérance humaine et le plus souvent masculine. La brutalité, la férocité, l’imbécilité sont ses marques, et en plus de sa cruauté, elle se permet d’être confuse, multiple, subtile dans ses applications, le fruit à la fois monstrueux et prodigieux de milliers de juristes irresponsables qui ont fabriqué leur édifice législatif à l’ombre du Coran et du prophète.

A côté de cela, à côté de ce cauchemar qui ne mérite pas une seconde d’exister encore, il y a comme toujours, les hommes qui font ce qu’ils peuvent, qui transigent, qui assouplissent, et qui feignent d’oublier: en un mot, ils évitent. La stratégie d’évitement est fondée sur un consensus faible, tacite, indispensable pourtant. Le résultat est que de nos jours, la sharia est appliquée le moins possible, parce que chacun sait, in petto, qu’elle est une catastrophe. Ceux qui l’appliquent sont ceux qui profitent de la manne pétrolière, laquelle les enfonce encore dans leur infâmie. Mais il y a aussi ceux qui s’abiment dans leur nihilisme et qui par la puissance de l’islamisme tendent in fine de disparaître de la surface de la terre, par le nucléaire ou la faim.

Pour résumer: un mal, une peste, une infection, dans sa nature. Ensuite, comme toute maladie, elle peut frapper plus ou moins fort les populations.

Le comble du vice est que la caution est la pire et la meilleure qui soit: Muhammad et son Allah qui sont des sceaux immuables, artificiels, évidemment, mais inamovibles pourtant. La situation est donc bloquée, et poussera les populations soit vers l’explosion, soit vers l’extinction.

Comment le piège s’est-il constitué?

C’est là un bien grand mystère. Une possibilité, peut-être: le problème vient de l’intégration d’un corpus de lois dans le corpus coranique. La césure est bien visible, entre les sourates énormes du début, disons, depuis la 2ème à la 9ème, et le reste. Il y a eu, c’est à peu près certain, un moment où des astucieux, pour constituer un livre copieux, ont pris la décision de rassembler les deux. Alors, les lois présentes dans le code ont été agrégées et ont obtenu le même statut divin que le reste. La loi, qui pouvait être amendée, adaptée, devenait intangible, et imbécile par la même occasion.

La réunion des deux parties s’est déroulée sans doute vers la fin du VIIème siècle, en Mésopotamie, et en Syrie. Abd al Malik et son fidèle gouverneur al Hajjaj seraient les responsables de l’amalgame, qui s’est révélé désastreux.

5 comments to Le droit islamique (2) : Sharia, la catastrophe faite loi

  • Causette

    Youssouf al-Ayyeri idéologue islamiste écrit dans son livre Le futur de l’Irak et de la péninsule arabique après la chute de Bagdad: « …l’histoire de l’humanité est celle d’une guerre perpétuelle entre croyants et mécréants (…) l’islam est la forme suprême de la foi et il annule toutes autres religions et croyances, tout musulman fidèle a le devoir d’oeuvrer pour la conversion de toute l’humanité à l’islam. » Pour al-Ayyeri « ce n’est pas la machine de guerre américaine qui devrait en premier lieu inquiéter les musulmans. Ce qui menace l’islam et sa survie c’est la démocratie américaine. »
    Plus loin: « le but caché de la démocratie est de faire en sorte que les musulmans aiment le monde, oublient le monde à venir et abandonnent la djihad, combat que tout musulman doit mener contre les non-musulmans pour répandre l’islam (…). Si la démocratie s’installe en Irak la démocratisation s’installera dans tout le monde musulman. »

    Cet idéologue islamiste pose la question: « Voulons-nous que ce qui s’est produit en Turquie, devenue république laïque en 1923, survienne dans les pays musulmans? Voulons-nous que les musulmans refusent de prendre part au djihad et se soumettent à la laïcité, ce mélange venu des Sionistes et des Croisés? Si la démocratie était adoptée dans ce pays musulman elle pourrait conduire à la prospérité et détourner les musulmans de leur responsabilité de mourir en martyrs pour imposer l’islam au monde ».
    http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/message/987

    L’auteur note aussi comme «un paradoxe» le fait que toutes les formes
    d’incroyance ayant menacé l’islam ont été vaincues avec l’aide des puissances
    occidentales, et plus spécifiquement des Etats-Unis.

    Ce que voit maintenant Al-Ayyeri, c’est un «champ de bataille net» sur lequel
    l’islam affronte une nouvelle forme d’incroyance. Il nomme celle-ci la «démo-
    cratie laïque.» Cette menace est «bien plus dangereuse pour l’islam» que toutes
    les précédentes additionnées. Il explique dans un chapitre entier que les
    raisons doivent en être trouvées dans les «capacités séductrices» de la
    démocratie.

  • D. Furtif

    Nabsolument Causette
    Des millénaires de lutte pour l’émancipation de l’humanité réduits à néant par ceux qui sont intéressés moralement et matériellement à sa soumission.
    Les divergences entre eux ne sont que des querelles pour les Dîmes.
    Le défaut de la cuirasse de la civilisation est aujourd’hui l’accumulation de petits faiseurs prétendus de gauche ou prétendus athées qui viennent grossir les troupes des archaïques tenants de la création de l’Univers par une pensée incréée créatrice elle même de toute chose.
    Il se trouve des officines commerciales qui parées de la démocratie comme un slogan réclame , offrent tribune et soutien à tous ces ennemis de la liberté.
    Les charlatans comme tous les libéraux n’ont ni patrie ni morale ni idéal.
    Certains vont jouer les vénérables bénévoles sur ces plate formes.Ils y donnent leur dimension véritable.

  • Léon

    Cette idée que la shariah est tellement débile qu’elle est inapplicable et, de fait, inappliquée devrait interroger les musulmans, tout de même !

  • D. Furtif

    Je vais faire mon petit vénérable.
    .

    Karl Marx (1818-1883), New-York Herald Tribune, April 15th, 1854 :

    « Declaration of War. – On the History of the Eastern Question, London, Tuesday, March 28, 1854 » :

    « Le Coran et la législation musulmane qui en résulte réduisent la géographie et l’ethnographie des différents peuples à la simple et pratique distinction de deux nations et de deux territoires ; ceux des Fidèles et des Infidèles. L’Infidèle est « harby », c’est-à-dire ennemi. L’islam proscrit la nation des Infidèles, établissant un état d’hostilité permanente entre le musulman et l’incroyant. Dans ce sens, les navires pirates des États Berbères furent la flotte sainte de l’Islam.

    .
    Je cesse de faire mon vénérable.
    J’affirme mon identité de vue avec ce texte.
    La religion d’amour et de paix en pratique c’est l’agression permanente
    .
    Que les cantiques prétendus de gauche et les faux athées se démerdent avec leurs contradictions.