Mariage pour Tous , mais pas pour Raoul.Au tournant du millénaire, du haut en bas de la société occidentale , bien peu se préoccupaient des terreurs de l’an Mille inventées bien plus tard par un moine désœuvré .
L’Église était alors bien plus attachée à récupérer une influence que la soldatesque franque et ses turpitudes internes lui avaient fait perdre.Pour ce faire elle incurvait le dogme en matière de mariage et de considération de la femme allant parfois à 180° de son ancien cours. Jusque là, l’Église catholique considérait la femme comme une redoutable erreur du Créateur qui pouvait être battue, torturée, violée ou mise en esclavage. Plus communément les grands seigneurs francs ne reculaient pas devant une sorte de polygamie non institutionnelle mais concrète et palpable. La femme n’avait pas d’âme ou si peu. Une manifestation psycho-culturelle : la montée de l’amour courtois accompagnera ensuite l’Église dans son évolution. Peu à peu la société admit la femme et son âme mortelle.
Soyons prudent et ne n’emballons pas le moteur très lent de l’évolution en profondeur de la société médiévale. Les distances plus que jamais sont longues à cette époque et les individus englués dans leur cadre géographique et mental. Le sénateur romain pensait dans le cadre de l’espace Monde , l’homme du Moyen Âge, pense beaucoup plus étroit dans un espace et une durée bien plus étriquées. Les idées vers l’an Mille ne vont pas plus loin ni plus vite que les bœufs
Pour le commun des mortels , très peu sortaient de leur village, de leur paroisse de leur seigneurie. De rares marchands entreprenaient des périples hebdomadaires, d’autres bien plus rares des voyages au long cours. L’insécurité était générale, entretenue souvent par ceux qui avaient en charge de faire régner la paix. . Un micmac bien réglé voyait les seigneurs féodaux augmenter leurs prébendes sous couvert de brigandage sur les terres du voisin , en échange les expédition punitives du dit voisin apprenaient aux paysans des deux fiefs combien la protection offerte par le seigneur sur ses terres était indispensable. Le seigneur N°1 agresse les paysans du N° 2 qui lui rend la pareille. Racket et protection fonctionnent de la même manière mille ans plus tard. Il faut bien donner une dot à la fille de N°1 quand elle épouse le fils de N° 2. Quand les brigands ont les armes il disent la loi et la font. C’est la société féodale. Tout cela constituait le fond de la vie commune , offrait en germe des occasions de guerre qui étaient le seul et rare plaisir de cette couche sociale dont la seule compétence était de porter les armes avec la bénédiction de la couche cléricale très attentive elle aussi à vivre sur le dos des mêmes troupeaux de paysans en justifiant l’ensemble du sytème.
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Dans cet univers assez uniformément violent, la vie se déroule au sein d’une nature intacte où le vent , la pluie , le gel et la canicule ne sont en rien déviés et dénaturés par une consommation sacrilège d’hydrocarbure. Quand la virginité authentique des conditions climatique et hygiéniques n’a pas à subir les assauts des isolants en laine de verre et de l’automédication sacrilège, la vie suit le cours choisi par Dieu , qui conduit à la mort . Elle y conduit de manière assez leste et variée avec une grande générosité dans les hécatombes.
Revenons à nos moutons, les gardiens/bergers porteurs de sabre ne sont pas épargnés, leurs compagnes tombent comme des mouches à raison d’une sur 3 certains hivers où il n’est pas bon d’accoucher. Les étés torrides aux eaux croupissantes n’ont d’ailleurs pas de meilleurs chiffres à avancer . Pour l’Église, c’était le bon moment pour se faire bien voir et assurer son emprise sur la population. L’Église , parfaitement au courant ,pour y prendre part parfois*, des manies copulatives sans entraves de ses ouailles instaura plus précisément en l’encadrant dans une batterie de règles le sacrement du mariage. Elle déclara interdit le mariage entre parents même éloignés . Les papes élevèrent un peu la voix pour faire respecter le célibat des prêtres.
*1073
Le pape Grégoire VII, très rigoureux, oblige les prêtres au célibat. C’est bien parce qu’il fallait le rappeler !
Attention , vous êtes prêts ?
Accrochez vous.
Ça se joue entre trois groupes : les Carolingiens, les Ottoniens, les Robertiens Capétiens
Hattui de Saxe , la mère de Hugues Capet, la grand mère de Robert II, , est la dernière fille de Henri l’Oiseleur , un Ottonien. Sa sœur aînée Gerberge a épousé Louis IV d’Outremer un Carolingien. Ces deux là auront enfants et petits enfants dont Berthe de Bourgogne.
Si vous vous perdez , vous avez un plan.
Rome pour bien marquer les esprits et renverser le cours du dédain général dans lequel on tenait les femmes a fixé l’interdit à 7 générations .( Mariages et descendance) On appelle ça: tordre le bâton dans l’autre sens. Robert II dit le Pieux ne peut pas épouser l’amour de sa vie : Berthe de Bourgogne. Hugues Capet qui doit un renvoi d’ascenseur à l’Église s’y oppose. Le destin de la dynastie est lié au bon vouloir de l’autel et à l’alliance du sabre et du goupillon.
Robert est le petit fils de Hattui et Berthe la petite fille de Gerberge, la sœur aînée d’Hattui : leur mariage est interdit
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Pauv’Robert.
C’est bien la peine d’être successeur de son père à 16 ans si on est obligé d’épouser Rozala, une veuve mère de 3 enfants et de 18 ans son aînée. Robert et Rozala d’Italie font un couple sans attirance mutuelle et sans enfant . Huit ans plus tard Robert enfin monté sur le trône, répudie Rozala et conserve la dot. Rozala se retire auprès de son fils Baudouin IV de Flandres qui n’est pas de taille à objecter au plan militaire.
Robert est alors fou amoureux de Berthe de Bourgogne veuve récente . Il l’épouse sur le champ. C’est une officialisation, en vérité seule l’opposition du vieux Hugues Capet y faisait jusque là obstacle. Les deux amoureux pourraient filer le parfait amour si le pape ne déclenchait les hostilités avec l’appui des familles de Blois , Bourgogne, Flandres et autres grands de l’Empire tout proche qui n’a pas encore renoncé à cette Francia occidentalis qui il y a peu lui appartenait . Les succès politiques , militaires et amoureux de Robert ne lui font pas que des amis. L’union du sabre et du goupillon a ses exigences.
Les prêtres ont beau jeu . Si la couche royale n’est plus une couche exemplaire et sacrée ce n’est plus une couche royale. La couronne, le saint chrême, le sacre, tout cela deviendrait vite une quincaille sans valeur.
Quatre ans plus tard, pliant sous la menace d’excommunication , les amants mariés acceptent de se séparer en 1001 . Ainsi Berthe voit Robert épouser Constance d’Arles en 1003. Tout n’est pourtant pas rompu entre eux, puisque en 1008 les anciens époux iront encore ensemble à Rome tenter une fois de plus de plaider leur cause devant le Saint Père. Constance ne serait qu’une ingrate mégère cruelle et avaricieuse. C’est une folle dingue avec des idées curieuses Constance , déjà traitée et considérée comme du troisième choix, reçut assez mal le voyage à Rome de son mari .Elle s’en souviendra la Constance.
Passent les jours et passent les nuits, Constance donne 8 enfants à Robert ( 6+2). Mais au bout de 6 ans il faut bien convenir que Constance, son entourage et tous ces gens du
Sud ont de bien étranges et insupportables manières. Ils veulent tout changer tout bouleverser par un modernisme qui choque les seigneurs Francs du Nord. Constance se mêle de la politique et des intrigues de la cour , elle suscite même ( voir organise un peu) quelques assassinats. Pauv’Robert.
Quand il viendra à mourir son fils aîné Hugues prince associé au trône est enterré depuis 6 ans c’est le cadet Henri qui accède à ce rang.
Mais , mais, mais , sa mère ne l’aime pas , elle lui préfère son petit dernier Robert. Autoritaire et acariâtre Constance use de toutes les arguties et de tous les tours pour lui faire obstacle. Elle dresse contre lui les Grands du royaume. Son père mort , Henri accède pourtant au trône.
Il épouse à 20 ans une fillette de 10 ans qui lui donnera dix ans plus tard une fille . La mère et l’enfant meurent la même année.Alors, pour complaire au pape et à ses interdits et pour épouser une princesse digne de son rang, Henri va la chercher très loin. La principauté de Kiev connaît alors une ascension irrésistible . La petite princesse Anne de Kiev est le plus beau des partis. La deuxième ambassade française à Kiev ramènera la princesse Anne qui est de 10 , 15 ou 20 ans la cadette de son époux. Elle est sacrée en 1051 et veuve en 1060. Elle devient alors Régente de France . Elle a donné au trône de France le petit Philippe futur roi, introduisant ce prénom grec pour la première fois au milieu des prénoms germaniques de la dynastie.
C’est ici qu’intervient Raoul de Crépy
Homme de haut rang et de grand talent militaire, il a la tête près du bonnet . Faut pas chercher Raoul. Il est un fidèle et un proche du roi Henri. Deux fois marié, une fois veuf , il répudie sa seconde épouse pour épouser la Régente Anne de Kiev en 1063. Scandale ! Comment une Reine de France pouvait-elle épouser un vassal ? Toutes les rivalités et les intrications politico-religieuses du règne précédent en sont réactivées, Raoul et Anne sont frappés d’excommunication alors que Robert II et Berthe n’en avaient été que menacés .
Ils n’y pouvaient rien, ils s’aimaient. Une vraie curiosité. Retirée à Senlis la jeune veuve régente a conservé toute sa beauté, elle reçoit souvent le seigneur Raoul un habitué de la cour . Ils tombent amoureux et veulent s’épouser quels que soient les obstacles. Raoul répudie son épouse Haquenez et épouse Anne. Il fallut l’esprit mesquin et malveillant de cette dernière pour s’en aller devant le Pape Alexandre se plaindre du procédé qui lui était fait.
On enquêta et on observa qu’Anne n’excipait plus de son titre de régente mais du simple titre de mère de Philippe. « Mater Philippi Régis »Mais rien n’y fit, on ordonna à Raoul de quitter la compagnie d’Anne et de reprendre Haquenez la légitime.
Les enfants de la désormais simple reine mère ne lui en voulaient pas et lui conservaient leur affection.
L’histoire des deux amoureux traversa les siècles en gagnant quels ornements tirés de la légende et des balbutiements des conteurs du temps dans l’exercice déjà si goûté des récits d’amour courtois. Le baiser au bord d’une fontaine, l’enlèvement comme une simple bergère viendront s’ajouter au courage et à la détermination des deux amants qui bravèrent le désaveu et le qu’en dira-t-on de l’époque. Excommunication, mariage annulé, rien ne les fit plier. Ils restèrent unis parcourant les chemins côte à côte gagnant peu à peu estime et sympathie de ceux qui les voyaient si fermes et si convaincus. On n’entreprit rien contre eux.
La mort d’Haquenez permit à Raoul III de régulariser son mariage avec Anne et d’obtenir la levée de l’excommunication. Il n’en mourut pas moins excommunié une seconde fois pour avoir pris et un peu pillé Péronne et Montdidier . Bagatelles et petite rancune d’esprits étroits. C’est dans cette dernière ville qu’il décéda le 8 septembre 1074.