Le 1er juin 1992, à l’occasion du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, un appel aux chefs d’Etat et de gouvernement réunis à cette occasion a été rendu public. Rédigé deux mois plus tôt à Heidelberg – d’où le nom sous lequel il est connu -, il dénonce « l’émergence d’une idéologie irrationnelle qui s’oppose au progrès scientifique et industriel et nuit au développement économique et social ». Parmi les deux cent soixante-quatre premiers signataires, dont cinquante-deux Prix Nobel, on trouve une majorité de scientifiques (Pierre-Gilles de Gennes, Haroun Tazieff, le géographe Yves Lacoste, le démographe Hervé Le Bras…), mais aussi de nombreux spécialistes des sciences humaines (Luc Ferry, Pierre Bourdieu, Bernard Kalaora…), des médecins (Maurice Tubiana, Julius Axelrod, Henri Atlan…), ainsi que des journalistes et des écrivains (Eugène Ionesco, Umberto Eco…):
« Nous soussignés, membres de la communauté scientifique et intellectuelle internationale, partageons les objectifs du Sommet de la Terre qui se tiendra à Rio de Janeiro sous les auspices des Nations Unies et adhérons aux principes de la présente déclaration.
Nous exprimons la volonté de contribuer pleinement à la préservation de notre héritage commun, la Terre. Toutefois, nous nous inquiétons d’assister, à l’aube du XXIème siècle, à l’émergence d’une idéologie irrationnelle qui s’oppose au progrès scientifique et industriel et nuit au développement économique et social.
Nous affirmons que l’état de nature, parfois idéalisé par des mouvements qui ont tendance à se référer au passé, n’existe pas et n’a probablement jamais existé depuis l’apparition de l’homme dans la biosphère, dans la mesure où l’humanité a toujours progressé en mettant la nature à son service, et non l’inverse.
Nous adhérons totalement aux objectifs d’une écologie scientifique axée sur la prise en compte, le contrôle et la préservation des ressources naturelles. Toutefois, nous demandons formellement par le présent appel que cette prise en compte, ce contrôle et cette préservation soient fondés sur des critères scientifiques et non sur des préjugés irrationnels.
Nous soulignons que nombre d’activités humaines essentielles nécessitent la manipulation de substances dangereuses où s’exercent à proximité de ces substances, et que le progrès et le développement reposent depuis toujours sur une maîtrise grandissante de ces éléments hostiles, pour le bien de l’humanité. Nous considérons par conséquent que l’écologie scientifique n’est rien d’autre que le prolongement de ce progrès constant vers les conditions de vie meilleures pour les générations futures.
Notre intention est d’affirmer la responsabilité et les devoirs de la science envers la société dans son ensemble.
Cependant, nous mettons en garde les autorités responsables du destin de notre planète contre toute décision qui s’appuierait sur des arguments pseudo-scientifiques ou des données fausses ou inappropriées.
Nous attirons l’attention de tous sur l’absolue nécessité d’aider les pays pauvres à atteindre un niveau de développement durable et en harmonie avec celui du reste de la planète, de les protéger contre les nuisances provenant des nations développées, et d’éviter de les enfermer dans un réseau d’obligations irréalistes qui compromettrait à la fois leur indépendance et leur dignité. Les plus grands maux qui menacent notre planète sont l’ignorance et l’oppression, et non pas la science, la technologie et l’industrie, dont les instruments, dans la mesure où ils sont gérés de façon adéquate, sont des outils indispensables qui permettront à l’humanité de venir à bout par elle-même et pour elle-même, de fléaux tels que la surpopulation, la faim et les pandémies.”
20 ans après, est-il toujours d’actualité? Que pouvons-nous en penser? La théorie Gaïa ne se porte-t-elle pas finalement mieux qu’à cette époque?
Vous souvenez-vous de la polémique qui a agité cette publication en France notamment?
Alors trop scientiste cet appel? Subordonné aux lobby de big pharma? Une peur irraisonnée des chercheurs?
La discussion est libre dans les commentaires.

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liste des (4000 ) signataires ici: http://www.electron-economy.org/article-histoire-l-appel-d-heidelberg-1992-44423818.html
une analyse de Francesco Di Castri est directeur de recherches au CNRS interviewé en 1997.
10 après: des scientifiques « moins sceptiques ». Libération
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