L’Etat français a décrété une fatwa terminologique: on ne dira plus « Etat Islamique », mais DAESH, mot qui ne veut rien dire en français, et voilà pourquoi il est bien trouvé.
S’il en est ainsi, je propose, comme tout peut se dire autrement que ce qu’il est, que l’Etat français soit nommé dès à présent à travers l’acronyme VAQALAS, c’est-à-dire « Vendu au Qatar et à l’Arabie Saoudite ».
DAESH est le cache-sexe qui tente de dissimuler les vilains poils de barbus d’une des éternelles poussées d’acné qui crevassent le visage de l’islam. Etat il est, puisqu’il tente d’en posséder tous les caractères, et il y réussit assez mystérieusement: une population, un territoire, une administration, une armée, une police, une direction unitaire, des finances (dont la comptabilité mériterait d’être étudiée de près). Pas de constitution, en revanche, puisque le Coran et la Sunna sont là. L’originalité du mouvement est même de vouloir s’accrocher à un territoire assez longtemps, jusqu’à se renforcer et s’étendre. La dimension spatiale est très nouvelle et elle prend ses racines dans les origines même de l’islam, tel un soudain retour aux sources. Islamique, il est absolument, en dépit de tous les tralalas et trémolos: les andouilles tragiques qui dirigent et se battent pour ce paradis terrestre ânonnent le Coran, se racontent des hadiths, s’écoutent dire les exploits du prophète, se bercent au son des fatwas, bouffent halal, se pâment au son des muezzin, prennent leurs pieds à trancher ce qui dépasse, rêvent de replonger dans le monde merveilleux de Muhammad, se repaissent de réglementations folles et farfelues, profitent de ce que le viol soit licite sur les prisonnières de guerre etc…
Bref, ISIS, Daesh, EI, ça devient le Disneyland de l’islam, qui attire les foules, parce que les attractions y sont très islamiquement correctes: pour un peu plus qu’un vol Paris/Istanbul, on repart des siècles en arrière, dans un monde pur, propre et comme il faut, fondé sur des fantasmes, des obsessions et des colères.
Je voudrais rappeler certains points qui caractérisent cet EI, lui donne une allure sacrément islamique, et qui le font remonter dans la nuit des temps, au Hedjaz du Prophète, et ceci en ligne directe.
Le drapeau qu’ils se sont fabriqués et dont ils usent à merveille est déjà un indice. Il correspond aux bannières que Muhammad empoignait à la tête de ses cavaliers, et qui est devenu un genre d’icône islamique. Les textes conservent toujours pieusement le nom de celui qui tient l’étendard. Au sens général, la conquête se voit comme le fait de mettre ceci ou cela sous l’étendard de l’islam. Sa couleur ensuite: on aurait attendu le vert, comme le drapeau officiel saoudien, le vert du paradis, de l’oasis, de l’espérance en la conquête. Rien, non, noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. Le noir est en fait la couleur prise par le mouvement des Abbassides au milieu du VIIIème siècle, qui se sont levés pour purifier l’islam dévergondé des Omeyades, pour massacrer tant et plus et pour renforcer encore la doctrine. Pas des anarchistes, pas du tout, plutôt le noir fasciste et totalitaire. La shahada [ NDLR : la profession de foi « il n’est de dieu que dieu, etc] en grand, ça n’a rien d’original. Mais le petit rond en dessous est plus intéressant: la reproduction du sceau de Muhammad. Là, on a une preuve de la volonté de créer un Etat, mode médiéval: le sceau (khatam) sur un document est la preuve d’une autorité. Dans la réalité, le brave Muhammad n’avait pas de sceau, mais on en a fabriqué, en même temps qu’on a inventé de multiples lettres diplomatiques du personnage (« soumets-toi, sinon… » en résumé). L’objet de référence est un faux, conservé pieusement au musée de Topkapi à Istanbul, entre poils de barbes du prophète et collection de ses sabres. L’association du personnage au sceau est aussi une affaire de théologie: on veut en faire le sceau des prophètes, celui qui ferme la liste…
Le territoire en lui-même provoque des réflexions: celui qui est revendiqué correspond à celui que voulaient capturer et soumettre les premiers conquérants, soutenus par une abondante littérature jihadiste de l’époque, du genre « Allez en Syrie, l’herbe est plus verte » et puis par là, les filles sont blondes. Cela rejoint aussi les deux premiers pôles de l’islam, à savoir Damas et Bagdad. L’Arabie, en fait, ne compte pas vraiment. Elle est un objectif secondaire, qui viendrait plus tard: il s’agirait de mettre la main sur la Mecque comme du temps où le calife Abd al Malik et son adjoint al Hajjaj ibn Yusuf (un de ceux qui ont écrit le Coran en vrai) ont attaqué la ville et détruit la Kabaa. Les cibles suivantes sont Jérusalem et puis Rome, qui a d’ailleurs été évoquée dans les élucubrations des têtes pensantes de l’EI.
Raqqa se trouve bien à mi-chemin de Damas et Bagdad: les deux pôles primitifs de l’islam médiéval.
Le califat, ah oui. On aurait cru qu’il avait bien disparu. L’Antichrist, le Dajjal sous la forme d’Atatürk l’avait bien enterré. Or, il a souvent été repris, depuis, comme la référence principale des musulmans sunnites en matière d’organisation politique, les autres formes étant imparfaites et temporaires. Le mot signifie « remplaçant ». De qui de quoi? Le Coran ne dit quasiment rien en matière d’organisation politique, et le premier calife de cette mythologie islamique est le roi David, un Hébreu, un Juif ancien, quoi, qui remplace Dieu, ou Allah comme on veut. Ensuite, dans la vie de Muhammad, on remarque qu’un personnage assez neutre remplace toujours le chef à Médine quand il part à ses razzias et conquêtes: la première trace d’un Etat. A la mort du personnage ( 632 ou 634, on en sait pas trop), il y aura un furieux débat pour le remplacer. Même, Omar va se fâcher pour dire qu’en fait, il n’est pas mort et… cela faisait trop chrétien comme scénario, on a dû le bourrer de calmants. Bref, après une grosse confusion, on a choisi le second du mort pour le remplacer; il est alors le « remplaçant de l’Envoyé d’Allah ». Il s’appelait Abu Bakr, comme olybrius de l’EI (et comme le hiérarque de la mosquée de Paris, dites donc, comme le monde est petit). Un bon gros gars, une belle brute pas compliquée, qui avait bonne réputation, pas comme les suivants, le sanguinaire Omar, le bandit Othman, l’imbécile Ali. Abu Bakr est le pote que tout le monde voudrait avoir: efficace, gentil, pas ambitieux, tranquille, le type qui dit oui, et qui donne sa petite fille au gourou. Voilà le modèle de tout calife qui se respecte.
Les méthodes de l’EI, qui plongent les opinions dans l’effroi, sont des reliques du comportement de Muhammad et de ses troupes: l’attaque rapide, brutale, par des colonnes; le massacre de prisonniers, la volonté de terroriser, la décapitation comme marque de fabrique et le viol licite des prisonnières. Désormais, qui ne connait pas le massacre par égorgement/décapitation des Juifs de la tribu des Banu Qurayza, et les autres assassinats décrétés par Muhammad? Le viol des prisonnières est une activité moins connue, qui se fonde sur toute la littérature qui a été rédigée à propos de l’attaque de la tribu des Banu Mustaliq; textes qui interdisent l’éjaculation ex vaso, tout de même…
Pour finir, la consultation du Coran permet de répondre à une question lancinante qui perturbe les opinions occidentales: mais pourquoi les communautés musulmanes dites modérées, faites de gens tranquilles, et qui le sont souvent, pourquoi ne réagissent-elles pas vigoureusement? Pourquoi les plus féroces, extrêmes, fanatiques, délirants gagnent toujours? Pourquoi les masses silencieuses sont vraiment silencieuses? Il y a en fait un verset qui a été répété, qui s’est démultiplié depuis des siècles, et qui va le faire comprendre parce qu’il s’imprime dans la majorité des consciences musulmanes, hélas: un verset considéré comme étant parmi les plus récents, les derniers descendus dans la tête de Muhammad , le verset 191 de la sourate 2: « la discorde est plus grave que le meurtre ». La discorde dans la communauté, la dispute, la désunion, la zizanie sont vues comme les pire des abominations, pire pire pire que les pires massacres et atrocités islamiques. Alors, il sera toujours mal vu de dénoncer, de protester, de critiquer, y compris ce qui est affreux et infect. Celui qui osera, sera vu comme un factieux, un séditieux, un salopard qui veut détruire la belle unité de l’Umma. Alors il vaudra mieux se taire, se vautrer dans l’hypocrisie la plus risible, accuser les Américains de ceci et de cela, faire semblant de ne pas comprendre, dire n’importe quoi, mentir comme un prophète, se diviser en double et triple discours, se proclamer victime et s’exhiber en persécuté. Mais surtout, éviter de s’opposer son prochain dans l’Umma: s’il le fait, s’il coupe les têtes, on regardera ailleurs et on dira que ce n’est pas un musulman. Attention: on ne le dira pas à lui, parce que c’est interdit, non, on le dira aux autres, aux mécréants.
Le prophète l’avait bien dit, lui et son Coran, dans la sourate 3:
104: Que soit issue de vous une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable, et interdit le blâmable.
110: Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Allah.
Après cela, comment voulez vous vous remettre en cause? Allah l’interdit!
Bref, pour résumer, l’Etat islamique est un Etat islamique, du modèle le plus pur, une théocratie délirante et brutale, qui finira comme toujours dans l’Histoire musulmane: en eau de boudin qui souillera le sable.
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