La Section Photographique et Cinématographique de l’Armée en Sibérie et Russie du nord en 1919

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Un document exceptionnel du service audiovisuel de l’armée française, des images de la Russie au début guerre civile russe ( 1919) m’a été signalé par un ami.

Un mot du contexte :

On est en 1919 et 12 cameramen du service cinéma de l’armée sont embarqués avec les troupes françaises du général Janin. C’est une époque où les pays alliées de la Russie pendant la 1e guerre font semblant d’apporter leur soutien aux armées blanches. Dans ce document on aperçoit les général Denikine, chef des armées blanches du front sud (il le restera jusqu’en avril 1920), l’amiral Koltchak, chef des armées blanches sur le front sibérien (il sera abandonné par le général Janin, puis capturé par les Tchèques qui le livreront aux rouges. Il sera fusillé par les bolcheviks en février 1920….)
Plus intéressant et moins connu, on y aperçoit le général Gadja de la légion tchèque qui va jouer un rôle important et peu connu dans ce conflit :
Le gouvernement Bolchevik qui avait décidé du rapatriement en transsibérien par Vladivostok des 40 000 hommes de cette Légion tchèque vers la France, ( en application des accords de Brest-Litovsk), atermoie et  bloque de fait ce rapatriement. Ce qui conduit à une révolte de la légion tchèque qui, en mai 1918 s’empare du train et des gares principales, quasiment sur toute la ligne, notamment celle de Tchéliabinsk (ville rendue célèbre par le Docteur Jivago, puisque c’est là que dans le roman, il retrouvera Lara…). Ces troupes menées par le jeune Général Gajda tiendront tête aux rouges près d’un an.

Voici la présentation de ce film du ECPAD :

« Le montage retrace leur voyage d’est en ouest sur le Transsibérien, de Vladivostok jusqu’aux régions arctiques, à travers le territoire russe. Il présente des images des populations locales côtoyées en Mandchourie, en Sibérie, au Kazakhstan et dans l’Oural, ainsi que des forces alliées (Tchèques, Français, Britanniques, Serbes) qui aidaient les armées russes « blanches » dans leur combat contre les Bolcheviks. On y croise notamment le général Janin, ex-chef de la mission militaire française en Sibérie, les généraux tchèques Syrovy et Gajda, le général Denikine et l’amiral Koltchak.
Le film montre également des vues de monuments aujourd’hui disparus. Les références précises des documents figurent en fin du dossier documentaire. »

18 comments to La Section Photographique et Cinématographique de l’Armée en Sibérie et Russie du nord en 1919

  • snoopy86

    Merci Léon

    Etonnant ces images, notamment celles de la Légion tchèque dont j’avais découvert l’invraisemblable odyssée à la lecture du magnifique bouquin de Dominique Venner : « les blancs et les rouges »

    L’histoire de ces hommes qui voulaient simplement rentrer chez eux et se sont retrouvés au coeur d’une révolution est trés étonnante. J’ai découvert plus tard que pour le prix du retard accumulé ils avaient gardé un wagon ( 😀 ) d’or ….

    • Léon

      C’est effectivement une histoire étonnante et peu connue. Mais il y a un énorme déficit d’information sur cette guerre civile. Alors que par mon histoire familiale je devrais être relativement informé, c’est vraiment au goutte à goutte que j’arrive à reconstituer cette saga parfois abaracabrantesque. Par exemple, c’est vous, je crois qui m’avez parlé de l’histoire de « Baron fou » Ungern-Sternberg. Encore une histoire ahurissante…

  • Papy

    Merci Leon pour cette info.

  • D. Furtif

    Ces années là en ces lieux là : terra incognita, pas de documents

  • gazi borat

    Léon et tous, bonjour,

    Bistro ! Bistro ! Passant très rapidement sur ce superbe article ..

    Les développements de la Guerre Civile russe en Sibérie, tout comme les guerre civiles chinoises et mexicaines à la même époque furent, en leur temps et en dépit des atrocités qui s’y commirent, des conflits indéniablement d’un caractère très romanesque..

    Les empires se délitaient et certaines de leurs poussières s’agitaient encore.. des combattants venus de nulle part s’affrontaient en des lieux improbables.. Ce fut le cas en Sibérie.. On y vit aussi des personnages curieux comme le baron Von Sternberg, noble balte qui se crut la réincarnation de Gengis Khan et qui abandonna la cause tsariste pour un rêve de conquête de l’Europe par sa « 1° Division de Cavalerie Asiatique »..

    Sur les soldats tsaristes.. certains continuèrent dans les années qui suivirent leur « métier » en passant la frontière et en s’engageant comme garde prétorienne su les trains blindés de Seigneurs de la Guerre chinois..

    Sur la Légion Tchèque, une iconographie superbe a été publiée par les éditions spécialisées Osprey..

    http://www.mataka.org/images/wp-images/OSPREYNEWRELEASESFOGCampaignsEliteMenatA_D443/MenAtArms447CzechLegion19141920.jpg

    Pour ceux qui ne connaissent pas ces numérox de l’éditeur britannique, il faut savoir qu’y puisa largement Hugo Pratt pour sa documentation uniformologique des aventures de Corto Maltese. En étaient issues les images que j’ai envoyées un jour à Léon sur l’Armée Rouge, notamment le très bizarre équipage du train blindé de Trotsky, vêtu tout entier de cuir rouge vif, de la pointe des bottes à celle de la boudionovka..

    La boudionovka : http://images.mesdiscussions.net/pages14-18/mesimages/4738/budenevka,%20coiffe%20troupes%20bolcheviques1917_%202ed4a3t.jpg

    coiffure très symbolique du camp soviétique.. qui finit par signifier, dans l’argot du milieu russe : « préservatif ». Mais pourquoi donc une si curieuse dérive ?

  • Papy

    Et à propos de photos

  • snoopy86

    @ Léon

    Tout ceci n’est pas sans me rappeler les 2 superbes articles que vous aviez écrit sur les cosaques…

    @ Gazi

    Il y avait aussi quelques figures à la Von Ungern chez les rouges qui ont joliment massacré des milliers de civils aussi pendant la débacle finale. Tout cet épisode s’est joué à peu de choses. Si les alliés avaient vraiment appuyé les blancs, et si Trotsky avait été de l’autre côté, on aurait pu éviter 80 années de communisme 😀

    • gazi borat

      Le système soviétique aurait-il pu être évité ?

      Nul ne peut le dire.. mais le tsarisme était de toute façon condamné.. et le vide aurait finalement été comblé par une autocratie.. Ce que Staline a réalisé !

      On raconte cette légende : Joseph Vissarionovitch Djougachvili, après des années d’absence, revient visiter sa vieille mêre en Géorgie. Elle lui demande ce qu’il devient. Il lui explique qu’il dirige le praesidium du Part Communiste de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (ou un autre titre tout aussi compliqué).

      Ceci n’évoque strictement rien à sa mêre. Elle lui demande : « Et tu es quoi, au juste ? »

      Staline lui réponse « Je suis un peu comme le Tzar ! »

      « Tu aurais mieux fait de rester prêtre ! » lui répondit la maman..

      Cela fait partie des légendes russes.. Tout comme la menace de coup d’état de Joukov qui aurait terrassé le tyran..

      GB

      • Léon

        Difficile à dire, concernant l’épisode communiste. Mais sur l’issue de la guerre civile, je suis persuadé qu’elle s’est jouée à peu de choses. Je crois déjà que si Wrangel qui était, lui, un vrai politique, avait pris le commandement dès le départ et non ce monarchiste borné de Denikine, tout aurait été différent. Une démocratie s’appuyant sur la paysannerie et les SR de gauche aurait probablement pu voir le jour. Mais refaire, l’Histoire….

        • gazi borat

          Refaire l’Histoire ? Et pourquoi pas ?

          C’est un courant à la mode dans le monde anglo saxon.. Où s’écrivent des livres de politique-fiction dans le genre « Et si Hitler avait été écarté du pouvoir par Hindenburg ? »

          Un modèle de ce genre de littérature, « Le complot contre l’Amérique » où Lindberg remporte les présidentielles et rapproche les USA de l’Allemagne nazie..

          http://livres.fluctuat.net/blog/4320-philip-roth-le-complot-contre-l-amerique.html

        • D. Furtif

          Léon
          Sans trop fouiller.
          Je crains que la légende n’aveugle un peu.
          Il n’y eut jamais véritablement d’insurrection anti rouge
          Les « armées blanches souffraient d’un excès d’offciers et d’un manque de troupes.
          La notion de « front » utilisée et rabâchée pour présenter la guerre civile est liée au vocabulaire en vogue à l’époque ailleurs mais inadapté à la réalité des affrontements sur place.
          La participation et le soutien des occidentaux sont encore plus exagérés , ils veillaient essentiellement à se contrecarrer mutuellement.

          Dans l’ensemble les puissances occidentales étaient ravies de l’effondrement russe. Ce n’est que plus tard aux portes de Varsovie que Weygand prit la mesure de ce que pouvait devenir l’armée rouge.

  • snoopy86

    J’ai découvert il y a peu le personnage extraordinaire de Toukhatchevski, chef d’état-major de l’armée rouge, aristocrate détestant le tsar, pas vraiment communiste mais rejoignant l’armée rouge aprés sa captivité à Ingolstadt avec Charles de Gaulle, athée mais vénérant les dieux slaves de la guerre…

  • Léon

    Oui c’est un personnage très intéressant et dont Staline avait une peur bleue. Vous me donnez une idée d’article… Il y a un truc passionnant le concernant c’est le plan, mais alors vraiment machiavélique qu’a conçu le Petit père des peuples pour se débarrasser de lui et qui vaut la peine d’être raconté. Un truc vraiment ahurissant et qui a eu un dégât collatéral très inattendu, l’enlèvement en plein Paris du général Miller, après celui de Koutiépov.