» La vie d’Adèle  » la palme d’or à Cannes pour le nouveau conformisme ? …

Ainsi donc, le jury du festival de Cannes a décerné sa plus haute distinction au film « La vie d’Adèle » de Abdellatif Kechiche.
Ce film est largement inspiré d’une bande dessinée de Julie Maroh « le bleu est une couleur chaude » que le cinéaste ( et ses deux actrices, co-lauréates de la palme d’or ), se sont bien gardé de mentionner pendant leur discours de remerciement (1), ce qui n’est pas très courtois.
Il est difficile de parler de ce film, qui a reçu une critique dithyrambique dans « Le Monde » ( 2 ), puisqu’il ne sortira en salles qu’en octobre semble t-il.
On ne s’étendra pas sur les controverses concernant les conditions de travail pendant le tournage, lesquelles n’auraient pas fait l’unanimité … (3)
Néanmoins, on peut quand même en dire quelque chose, car deux petits extraits du film ont été publiés par la presse, historie d’allécher les futurs spectateurs.
En général, quand un réalisateur ou la production d’un film donne à voir des extraits quelques mois avant la sortie en salle, on peut supposer que, n’étant pas idiots, ils vont donner à voir des extraits tirés de moments forts de l’oeuvre, de telle façon que ces extraits, sans montrer les moments cruciaux du film, donnent envie aux spectateurs d’aller le voir en salle à sa sortie.
Si l’on en juge par les deux extraits fort peu engageants de « La Vie d’Adèle » présentés par la presse en ligne, on se demande comment un tel film a bien pu avoir la palme d’or. Analysons ces deux extraits :

  • Dans un premier extrait extrait (4), une adolescente lycéenne a une conversation pseudo-philosophique de très bas niveau, en langage adolescent ( tel que peut se l’imaginer un réalisateur parisien ) avec celle, un peu plus âgée, aux cheveux colorés semble t-il à l’oxyde de cuivre, qui ( selon le synopsis du film tel qu’il est relaté par la presse ) va être son amante. Lors de cette conversation, la lycéenne se met à établir un rapprochement pour le moins audacieux et curieux entre Sartre et Bob Marley. ( Je me demande avec délectation ce que Sartre et Bob Marley auraient pu penser de cette ahurissante et fascinante comparaison posthume ! … ). Ce faisant, elle ne se rend pas compte qu’elle perd d’un seul coup 20 points à l’estimation de son quotient intellectuel dans l’esprit de sa séductrice et future dulcinée, manifestement plus intellectuelle, laquelle fait une légère moue et à l’air de se faire in petto une réflexion machiste du style « bon, on ne peut pas à la fois se trouver une copine à la fois belle et intelligente » !

Si le réalisateur a voulu illustrer, par cette conversation, le désastre intellectuel absolu qui résulte de l’action constante depuis des décennies des Diafoirus de la pédagogie à la tête de l’éducation nationale, c’est plutôt réussi. Mais bizarrement, je ne pense pas que ce soit le message qu’ait voulu transmettre Abdelatif Kechiche, ou alors, il ne l’a pas fait exprès !

  • Le deuxième extrait ( 5) montre un consternant crêpage de chignon à la sortie du lycée ( ou en cours de récréation) entre la lycéenne précédemment décrite et l’une de ses condisciples, laquelle l’accuse en public devant ses autres camarades d’avoir des mœurs saphiques, allégation que l’héroïne du film conteste vigoureusement, au point qu’elle décide d’en venir aux mains ! Dans cette scène également, les tics ennuyeux du langage adolescent sont soigneusement mis en valeur par le dialoguiste !

L’ensemble de ces deux extraits ressemble en tous points, tant au niveau des dialogues que de la réalisation, à ces innombrables téléfilms français, qualifiés par les hebdomadaires de programmes-télé de « comédies dramatiques » ou de « drames », films mettant en scène des adolescents à problèmes, et que le service public de la télévision propose aux téléspectateurs deux ou trois fois par mois, histoire de prouver que la télévision publique reste un haut lieu de la création artistique (?). En général, la vue des trois premières minutes de ce genre de téléfilms entraîne un réflexe pavlovien, immédiat et salvateur, de zapping de la part du téléspectateur accablé par une accumulation de poncifs dès la première scène !

On peut supposer que la cause de l’intérêt étonnant porté à ce film par le jury du festival de Cannes, au vu de ce que l’on peut pour l’instant en voir, est qu’il s’agit d’un film d’amour homosexuel, ce qui représente la quintessence du nouveau conformisme et du nouvel ordre moral de la gauche bobo ( actuellement, ce qui déclencherait un scandale à Cannes, ce serait un film d’amour dont les héros seraient un couple d’adolescents déviants, ou plutôt « dérapants », le garçon militant par exemple dans les manifestations anti-mariage homosexuel et la fille encartée au FN ! On imagine aisément la tempête de sifflets de l’assistance dans une pareille hypothèse cinématographique…) . Par ailleurs, ça permettra aux tenants du nouvel ordre moral d’aller voir quelques scènes érotiques ( ou pornographiques ? ) lesbiennes au grand jour plutôt que d’aller acheter furtivement un DVD lesbien au sex-shop du coin ! En allant voir ça , ils auront l’air autosatisfait de ceux qui accomplissent leurs obligations religieuses rituelles hebdomadaires façon grenouilles de bénitier, c’est à dire leur B.A. militante en faveur du soutien à une « minorité ». Cela dit, s’ils cherchent à être émoustillés, je crains qu’ils ne soient dépités, la scène torride ne durerait paraît-il que quelques minutes sur les trois heures que dure le film ( qui risquent de paraître très fastidieuses si l’on se réfère aux deux extraits diffusés …)
Comme le réalisateur est « issu de la diversité » selon la terminologie en vogue, cela confère à son oeuvre une qualité suprême aux yeux de l’intelligentsia bobo, qui en tirera des arguments lors des dîners en ville pour prétendre que ce film est une démonstration du fait que la religion mahométane est une religion de tolérance ( évidemment, si ça se trouve, le réalisateur est peut-être complètement athée, ce qui risque de pulvériser cet argument façon puzzle ! ) .

Je ne sais pas si j’aurai le courage d’aller voir ce film « palmé » lorsqu’il sortira en salle, car ce que j’ en ai vu ne m’y incite certainement pas. Si j’y vais, je ne manquerai certainement pas d’en faire un compte-rendu critique plus étayé ….

(1) http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2013/05/27/blues-lauteur-de-la-bd-originale-de-la-vie-dadele-reagit/
(2) http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes-2013/article/2013/05/13/la-vie-d-adele_3173880_1832090.html
( 3 ) http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/article/2013/05/24/des-techniciens-racontent-le-tournage-de-la-vie-d-adele_3417150_766360.html
(4) http://www.youtube.com/watch?v=zIb8Y0uG0o0
(5 ) http://www.dailymotion.com/video/x104yb5_la-vie-d-adele-d-abdellatif-kechiche-extrait-1_shortfilms#.UafLYRysEn0

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Lapa
Lapa

Bonjour Docdory, je ne sais que dire… je ne verrai pas ce film. Les comédies dramatiques façon « tranche de vie » bien françaises ne m’ont jamais passionné. On y retrouve l’actu télé condensée, emprisonnée dans les fantasmes de réalisateurs parisiens gavés à l’avance sur recettes.

Le festival doit-il être le lieu du conformisme intellectuel? Que demander d’autre à des artistocrates*? Quand bien même un esprit libre et rebelle, frais et innovant soufflerait sur la croisette, comment croire en sa sincérité?

Feindre de croire que le palmarès est lié à la qualité intrinsèque de l’œuvre et non au message politique ou sociétal délivré? Pensez-vous qu’en pleine Busherie, le documentaire de M.Moore puisse être considéré comme le meilleur film présenté cette année là? Allons.

Ce film de passion entre une mineure et une mentor peut nous renvoyer à l’actualité plus récente:

Passion interdite. Miroir d’une société qui se croit à la pointe de l’ouverture d’esprit et du progrès humain en ne faisant qu’empiler les pires clichés machistes et ringards.

Ou tout n’est plus question que d’accomplissement personnel, bref, d’égoïsme libéral.

*j’emprunte cet excellent jeu de mot à Meyer.

Causette
Causette

Wouah!là! l’extrait « ziva j’chuis pas l’Esbienne » :mrgreen:

Salut à tous
c’est vrai que ces extraits ça donne vachement pas envie d’aller y voir. Combien de millions d’€uros de subventions pour ce film ❓ Ce festival de Cannes est devenu juste un défilé de comment image » rel= »nofollow »>narcissiques . D’année en année on voit que c’est plus la propagande politique qui est récompensée plutôt que le talent des cinéastes et des acteurs.

Abdellatif Kechiche déclarait au moment de la révolte tunisienne: « Je rêve d’un soulèvement de nos banlieues »

« Je souhaite de tout mon être une longue vie à cette révolte populaire, qu’elle continue à faire des petits à travers le monde arabe, bien sûr, mais pas seulement. Je rêve de la voir se propager à toutes les dictatures, mais aussi à toutes les démocraties corrompues, partout où sévissent l’injustice sociale, le mépris et l’humiliation des hommes. Je rêve d’un soulèvement de nos banlieues. »

Lapa
Lapa

c’est clair un soulèvement de la jeunesse pour aller piller des nike, des ipod et des abercombie & fitch ça fait rêver!

Lapa
Lapa

euh P.Murray, pas Meyer 😀

snoopy86
snoopy86

Juste une question

Qui, parmi les fachos qui fréquentent ce site, va aller se faire chier 179 minutes sur une histoire de gousses ?

Lapa
Lapa

😆 je ne sais pas je crois que la dernière palme d’or que je suis allé voir c’est Pulp Fiction 😆

Léon
Léon

Faut voir. A mon avis ce n’est pas le sujet qui fait le film. Mais là, j’avoue être sceptique…

D. Furtif
D. Furtif

Bonjour Doc , si ce n’est son association fortuite avec Elisabeth LEVY qui est selon moi à la littérature ce que Marion Cotillard est à l’art dramatique, je pourrais reprendre à mon compte la quasi intégralité de ce chapitre de sa page Wikipédia . Chroniques et essais sur l’« époque qui commence » À l’image de Céline, avec un esprit critique développé, Philippe Muray se voulait le chroniqueur et le contempteur du désastre contemporain, cette époque où « le risible a fusionné avec le sérieux », où le « festivisme » fait loi. Son œuvre stigmatise, par le rire, la dérision et l’outrance de la caricature les travers de notre temps. Il inventa pour cela (dans Après l’Histoire) une figure emblématique de ce temps : Homo festivus, le citoyen moyen de la post-histoire, « fils naturel de Guy Debord et du Web »13. À l’opposé d’une vision étroitement nihiliste, il avait le projet, contre le « règne du Bien » (décrit dans l’essai L’empire du Bien), de « réintroduire le négatif pour montrer que lorsqu’on l’évacue, on ne peut plus rien comprendre ». Il développa ce personnage sous le nouveau nom de Festivus festivus dans des entretiens avec Elisabeth Lévy parus pendant plusieurs années dans la revue Immédiatement. Philippe Muray invente également le concept d’« envie du pénal », qui stigmatise la volonté farouche de créer des lois pour « combler le vide juridique », c’est-à-dire, selon lui, pour supprimer toute forme de liberté et de responsabilité. Envie de pénal qu’on retrouve aussi dans la judiciarisation de la vie quotidienne, autrement dit le recours permanent aux tribunaux pour régler les problèmes auxquels les individus sont confrontés. . Je ne réponds pas à la question de Snoopy car elle me parait trop limitée au seul point de ce seul film . J’ai une attitude de désaveu du cinéma beaucoup plus généraliste . Je ne cherche pas à la faire partager car comme toutes les idées générales elle génère des cas où elle ne se vérifie pas . Parfois à la télé je tombe sur des réussites et j’en suis content, mais…. Mais elle ne me font pas rompre avec mon refus d’aller en salle « avec les autres » assister à la cérémonie spectacle de la diffusion en salle …Autre idée générale qui demanderait encore une fois un approfondissement sérieux. S’entasser dans l’inconfort absolu d’une salle de spectacle ou d’une queue kilométrique étudiées… Lire la suite »

snoopy86
snoopy86

Les meilleures pages de Muray sont celles qu’il a écrit sur Ségolène 😆

D. Furtif
D. Furtif

Ouachte …foudroyant ❗
Deux citations
.
–  » « C’est un sourire qui a déjà écrasé bien des ennemis du genre humain sous son talon de fer (le talon de fer d’un sourire ? la métaphore est éprouvante, j’en conviens, mais la chose ne l’est pas moins)  »
.
Et encore plus terrible
.
« Je souris partout »

Lapa
Lapa

Quand on voit la couverture du dernier bouquin de Mme Royal, on ne peut qu’apprécier la justesse prémonitoire de la description faite par Murray… Il vise souvent juste. Vache, mais pertinent.

snoopy86
snoopy86

D’autant prémonitoire que ce texte date de bien avant la campagne présidentielle de 2007 😆

snoopy86
snoopy86

Je soupçonne Fufu de ne pas être d’une parfaite bonne foi s’agissant de Valérie Trierweiler …

Celle-ci, depuis un certain tweet dont elle n’était probablement pas l’auteur, jouit en Poitou-Charentes d’une certaine aura tout particulièrement chez certains gens de gauche, et pas les plus mauvais, qui ont accueilli avec une certaine jubilation la perspective de ce voir débarrassés du  » sourire à visage humain  » qu’évoque Philippe Muray. Il faut les comprendre : nombre de braves militants, après avoir conquis, par un solide travail local, toutes les places fortes de la région, se sont vus imposer par Solferino une cruche autoritaire entourée de sa bande de bobos parisiens. Il faut entendre ce qu’ils en disent en privé. Fufu, qui doit connaître encore mieux que moi les édiles roses locaux ne démentira certainement pas …

Lapa
Lapa

peuh « vous ne diriez pas ça si je n’étais pas une femme » 😀

D. Furtif
D. Furtif

En effet Snoopy, cette Valérie n’est pas que détestable au plan politique.
Le fameux Tweet fut trop bien lancé pour qu’elle en fût l’auteur ??? je te l’accorde
.
Quant à Ségolhaine , le mensonge , le mépris et la haine combiné à l’ignorance, une ancienne du ministère de l’éducation nationale… ❓ ❗