Je sais pas vous mais moi j’ai dû passer mon week-end à essayer de pas stigmatiser. C’est l’expression à la mode qui revient à chaque fois que la décence impose quelques reproches vis à vis des actes provenant d’activistes islamistes présumés.
Je vois bien tous ces discoureurs nous dire qu’il ne faut pas stigmatiser les chrétiens parce qu’un groupe d’activistes proteste (mais sans cocktails Molotov) au théâtre contre « l’excrémentation » de leur mentor. Ou pas.
On aimerait bien lire que ne pas supporter le simple fait de dessiner un mec est une preuve d’aliénation mentale avancée, que condamner une caricature d’un journal satirique est une preuve d’aveuglement intellectuel profond, que menacer de mort des gens, pirater leur site et incendier leur outil de travail au nom de Dieu est l’expression complète d’un comportement qui relève tout autant du fléau sociétal, du délit ou du crime que de la psychiatrie pour impossibilité à vivre avec autrui.
Mais faut pas stigmatiser.
Alors on a le droit aux contorsions habituelles avec précautions d’usage. On n’est jamais trop prudent. Terra Nova nous demande de nous concentrer sur les jeunes non catholiques, une litote pour désigner les beurs troisième génération qui ont redécouvert un attrait fantasmé à leur bled et leur religion, ne jetons pas l’opprobre.
Et puis ce serait le risque d’être en accord avec Riposte Laïque, Marine le Pen, Guéant, Zemmour et tous ces gens avec qui il ne faut pas être en accord ; sinon la sanction suprême tombe: racistes, islamophobes, fachistes…etc… résonnent comme étrons et autres vomis.
L’édito de Marianne était rigolo. Des vraies réflexions avec de véritables morceaux de rétropédalages quantiques à l’intérieur. Renvoyer tous les extrémismes religieux dos à dos c’est bien, mais c’est ne pas se donner la peine de discerner lesquels sont plus prégnants, ni d’évaluer le degré de leur dangerosité sociale. Renvoyer toutes les illusions religieuses dos à dos c’est bien, mais c’est instaurer une sorte de relativisme cultuel évitant toute critique, nécessaire, d’une idéologie religieuse. Et puis ces terribles contradictions :
L’immense majorité des musulmans. Ah qu’elle n’est pas belle l’immense majorité des musulmans, que ne lui fait-on dire ou pas dire ! Et oui cette immense majorité (51% 61% 95% qui a des stats ?) ne balance pas de cocktails molotov dès qu’un truc lui plaît pas. On est content (et soulagé) de l’apprendre ! Sauf que dans le même temps, et dans le même article, les représentants tout ce qu’il y a de plus officiels et les prêcheurs de l’immense majorité des musulmans étaient à la pointe du double discours. Condamnant sur le même plan (encore du beau relativisme hein !) une attaque criminelle et la liberté d’expression d’une caricature.
Et puis le plantage total : il faut s’en prendre aux criminels islamistes et non à l’islam. Discours indigne d’une personne de gauche. Il faudrait plutôt s’interroger sur pourquoi une religion, par ses codes, ses interdits et ses principes, permet de justifier une action aussi violente. Comment une emprise idéologique peut-elle être aussi forte pour que deux personnes se sentent en droit de foutre le feu. Non ce ne sont pas les criminels seuls qu’il convient de vouloir juger (on ne les retrouvera pas de toute façon), mais l’idéologie qui a fait d’eux des criminels ne doit pas se soustraire à la critique. Et là, toute critique éventuelle est balayée de facto par un méprisant: les tenants du choc des civilisations. Bref des cons. Apparemment qu’on puisse pas supporter qu’un journal satirique écrive le mot Mahomet à côté d’un dessin humoristique c’est pas du choc civilisationnel. L’intégration républicaine est en route à coup sûr!
En évinçant joyeusement cette interrogation essentielle et ce droit d’inventaire, nos chroniqueurs, de gauche ou de droite, ont bien montré que la République était disposée à subir toutes les intimidations et exactions au nom de la religion : il ne sera toujours reproché que la faute individuelle des personnes.
Et pourtant… quand Anders Behring Breivik massacre en Norvège, ces mêmes personnes ont-elles pris autant de gants pour ne pas stigmatiser le nationalisme sauce extrême-droite ? Alors que l’immense majorité de nos concitoyens d’extrême-droite n’ont jamais tiré à l’arme automatique sur la foule ? L’idéologie qui a mené à cette cavalcade meurtrière a été sous le feu des critiques. Pourquoi ne le fait-on jamais quand on a affaire à des attentats islamistes ?
Les religions seraient-elles des idéologies intouchables et respectables par principe ?
Belle capitulation.
Lectures :11269