
A l’origine, il y a une commission du Sénat chargée de réfléchir à l’ensemble de la filière viande, à la suite de cette histoire de lasagnes au bœuf qui se sont trouvés être fourrées à la viande de cheval. Au cours de l’ensemble de ces travaux, la sénatrice de l’Ain, Sylvie Goy-Chavent, (UDI) , rapporteuse de la commission a proposé, parmi bien d’autres dispositions concernant la traçabilité et la transparence, que les viandes comportent à l’avenir une mention relative à leur mode d’abattage, avec ou sans étourdissement préalable.
Que n’avait-elle fait là ? On a assisté à une réaction très violente, surréaliste, même pour tout dire, de la part de certains membres de la communauté juive, accusant la sénatrice, devinez de quoi ? Mais d’antisémitisme, bien sûr. Une série de textes délirants est parue dans JSS News dont voici un florilège ( on n’ose imaginer ce qui se passerait en cas de débat sur une éventuelle interdiction de la circoncision rituelle…).
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Et je ne vous dis pas les commentaires…
Extraits choisis :
« Moi je propose que l’on égorge Sylvie Goy-Chavent pour voir combien de temps elle va rester consciente… », « que la pétasse Sylvie Goy-Chavent, une blonde (pas de sa faute) sache qu’il existe un point au niveau de la carotide où l’animal est insensible… »
Au passage on remarquera cette étrange science anatomique juive, découvreuse d’insensibilités diverses ( cf la soi-disant insensibilité des bébés à la circoncision si elle est pratiquée le 8e jour…)
Au fond, toujours les mêmes conneries totalement hors de propos : une accumulation de points Godwin, le peuple élu sans-qui-rien-de-grand-ne-se-serai- fait-en Europe, les-pires-heures-de-notre-histoire, mais maintenant faute-de-tuer-les-juifs-on-veut-tuer-leur-identité,-ce-qui-revient-au-même, bla, bla, bla… Et, de surcroît, des menaces de représailles ( politiques, pour les plus soft d’entre elles).
Mais la violence du propos s’explique-t-elle par la seule question de l’identité communautaire des juifs ? Pas sûr. En l’espèce, elle peut se comprendre aussi par des conséquences strictement économiques ; sachant que le dire et l’expliquer est, en soi, suspect d’antisémitisme.
L’enjeu économique est le suivant :
Pour qu’une viande soit kascher, il ne suffit pas que l’animal lui-même le soit, ni même qu’il soit abattu selon le rituel. Figurez-vous, en effet que la cacherout interdit de consommer le nerf sciatique de l’animal.
La « raison » (on est prié de ne pas rire…) serait que, lors de son combat, raconté dans la bible, entre l’ange et Jacob, ce dernier se serait fait une luxation ( ?) de la hanche. Je ne vois pas trop le rapport avec le nerf sciatique sinon que celui-ci peut être effectivement atteint à cette occasion, mais je ne suis pas médecin. Mais peu importe, c’est bien la référence à cet épisode qui est invoquée pour interdire la consommation de ce nerf.
Donc si l’on veut consommer les parties dans lesquelles ce nerf se situe, il faut l’enlever. C’est une opération un peu délicate et qui a surtout pour effet de transformer la viande en question en une espèce de charpie peu ragoutante, tant ce nerf comporte de ramifications. Alors, à la fin du XIXe siècle, les rabbins adoptèrent la règle simplificatrice suivante : toute la partie de l’animal susceptible d’être au contact du nerf sciatique (en réalité toute sa partie arrière) doit être déclarée non– kasher et donc impropre à la consommation par les juifs.
Seulement il faut comprendre l’implication de cette interdiction en termes de boucherie : toute la viande la meilleure, celle qui est considérée comme la plus noble, se trouve précisément dans cette partie arrière ! La conséquence de cette interdiction surréaliste est que les juifs pratiquants, après avoir été privés de ce trésor gastronomique qu’est la charcuterie, privés des crustacés et fruits de mer, de la lotte, de l’esturgeon, de l’anguille et de la raie sont donc également privés de ces « parties, qui s’étendent jusqu’à la huitième côte pour les bovins, et incluent les rumsteck, filet, faux filet, bavette, onglet, entrecôtes et côtes, [qui] sont les morceaux de première catégorie, les plus tendres de l’animal. Les pièces improprement appelées « entrecôtes », que l’on peut trouver sur l’étal de certaines boucheries kascher en France, sont en fait des basses côtes de la partie avant du bœuf, donc des morceaux de deuxième catégorie, beaucoup moins tendres. » (Wikipedia). Et pour le mouton, c’est pareil, pas de gigot…
Si ces parties étaient détruites, n’étaient pas revendues et réintroduites dans le circuit normal, on imagine assez bien, d’une part la perte colossale que cela entraînerait pour les abattoirs spécialisés, mais aussi les conséquences sur le prix de vente des parties licites de l’animal aux juifs pratiquants…
Elles sont donc bien pour l’instant réintroduites à l’insu du consommateur.
Or, si ces viandes provenant d’animaux égorgés selon la méthode rituelle, sans étourdissement, mais non kascher malgré tout, venaient à être identifiables par les consommateurs et si d’aventure un certain nombre d’entre eux venaient à ne plus les acheter pour quelque raison que ce soit, ce serait incontestablement une perte sèche pour ces abattoirs qui, assez logiquement, appartiennent à des juifs. ( J’ai fait de l’antisémitisme, là ?)
Pourtant, beaucoup de musulmans seraient, au contraire, assez favorables à cet étiquetage. Passée leur, heu… réticence à fréquenter tout ce qui est juif, il se trouve que, pour une fois l’islamisme a été un peu moins stupide que le judaïsme : en effet, si ce qui est kascher est halal, ce délire sur le nerf sciatique n’existe pas chez les musulmans. Ces derniers sont donc parfaitement autorisés à consommer ces parties rejetées par les juifs.
Mais au-delà de son intérêt pour ces musulmans, l’étiquetage semble tout à fait légitime : certaines personnes refusent l’égorgement sans étourdissement préalable parce qu’il est cruel, d’autres pour des raisons d’hygiène ( cette viande comportant plus de risques sanitaires, ce qui, au passage permettrait de le vérifier éventuellement…) d’autres, enfin, c’est le cas de votre serviteur, pour des raisons de principe, refusent de financer des cultes sans le savoir et d’encourager l’obscurantisme.
Bref, l’étiquetage de la viande selon son mode d’abattage semble être une mesure de bon sens et on ne voit pas ce qui pourrait lui être sérieusement opposé comme argument.
J’ai bien dit « comme argument », car le poids du lobby juif et la lâcheté ambiante des pouvoirs publics face à aux communautarismes religieux pourraient bien enterrer cette proposition, pourtant adoptée par la commission sénatoriale. ( Oui, je sais, j’aggrave mon cas, mais il y a belle lurette que je me fous d’ être traité de ceci-cela-phobe. Je suis surtout connerie-phobe et je le revendique…)
Faudra qu’un jour je réfléchisse à la servitude volontaire. Franchement, c’est le comportement humain qui m’étonne le plus…
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