Tu sais ce qu’elle te dit la marine française…

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Ça commence de manière un peu surprenante. Je consultais début septembre les éphémérides, comme ça, pour voir. Histoire de retrouver des évènements qui se seraient égarés autour de la date mirifique du 11 Septembre 2001.

Et PAF  je tombai sur ça!

Le d’Estrées a été coulé le 12 septembre 2001 au large de Toulon par une torpille F17mod2 du sous-marin nucléaire d’attaque Saphir. Le complot contaminait la Méditerranée.

Il s’agissait de lescorteur d’escadre d’Estrées

Une sonnerie d’alerte se mit à grésiller dans mon esprit . Elle datait du temps où pour un de mes rares Nartics sur Maboul je m’intéressais à la marine chinoise  et où, pour l’occasion, je compulsais des dizaines et des dizaines de pages sur la marine chinoise, américaine et aussi française. Dans ce fatras j’avais retenu le propos mordant de l’amiral Daveluy au sujet de « ce D’Estrées ». J’ignorais  jusqu’au nom de ces deux personnages :

L’amiral Daveluy : « Il ne faut rien connaître à l’histoire maritime  pour appeler un navire D’Estrées »

Tiens ? Curieux ?

On n’avait donc pas écouté l’avis de l’Amiral. C’est comme si on avait conservé , 3 siècles plus tard , dans la Marine de guerre française cette tradition ancienne, ayant quasi valeur de patrimoine : une bonne grosse stupidité. Cette gabegie et cette impréparation tenant non pas à la moindre qualité des équipages, ni à leur manque de courage, mais,  beaucoup  plus, à la stupidité et aux zigzags de la  conduite politique de cette marine  et à l’absence d’une vision claire de son utilité.

Né en 1624 et mort en 1707 qui était donc ce Jean d’Estrées ?

Vous avez trouvé, il était le neveu de la belle Gabrielle, la maitresse du Béarnais.

Il n’était pas le seul à briller par son incompétence ou à bénéficier d’une curieuse ascension à cette place.

À des rangs comparables , un bref examen nous fait découvrir de consternantes pépites : la nomination du Comte  de Vermandois fils de Melle  de La Vallière , ou celle d’un Mortemart ( Montespan) comme général des galères. Est-ce avoir l’esprit chicaneur que de rappeler que Vermandois n’avait que 2 ans à sa nomination et d’y voir  la haute estime que la monarchie portait à sa marine de guerre ?

Pour être mort si vieux, on conviendra que l’homme n’a pas fait que couler ses propres navires et que son incompétence a surtout le tort d’avoir été maintenue en charge et en état de nuire jusqu’au bout .

Entré dans la marine en 1668 il y est propulsé directement  lieutenant général, vice-amiral du Ponant en 1669 et maréchal de France en 1681. Quel avait été le tremplin d’un tel parcours ?

Wikipedia se montre extrêmement mesuré (pour se retenir de rire?). Je suppute une veille active des descendants sur la page. Un peu façon Maboul sur la  sienne.

Jean d’Estrées entre dans l’armée où il accumule en raison de sa naissance les titres et les grades. Colonel à 23 ans, maréchal de camp à 25 , lieutenant général à 31 en 1655 . Fait prisonnier à Valenciennes en juillet 1656 , il ne sert plus jusqu’à la paix des Pyrénées en 1659 . Il sait se trouver  aux bons endroits sous Condé et sous Turenne et choisit le camp du roi sous la Fronde. Mais vers la quarantaine une faute. Il se brouille avec Louvois , homme peu connu pour ses erreurs de jugement.

Saint Simon prétend  que « les talents militaires  pourtant bien peu évidents de d’Estrées l’avaient rendu insupportable à Louvois »

Son avenir est bouché sur terre, il passe au bureau de Colbert à la recherche, à l’époque, du soutien de grands noms pour bâtir sa Marine.

Privé de l’intelligence des grands chefs de guerre sous lesquels il avait servi, il est aussi privé désormais de leur paravent en cas d’échec.

Saint Simon toujours dans ses mémoires  (Pléiades , t II, p.589)

Louvois «dégouta d’Estrée, il se brouilla de propos délibéré avec lui, il le réduisit à se jeter à Colbert qui, ravi de pouvoir faire une aussi bonne acquisition pour la marine qu’il s’agissait de créer plutôt que de rétablir, le proposa au Roi pour lui en donner le commandement »

Mauvaise pioche.

L’homme se révèle piètre navigateur mais aussi insupportable compagnon. Il se fait mal voir par tout le monde. Colbert lui-même nous dit  « sa manière de vivre avec tous les officiers, un peu trop sèche , ne lui concilie pas leur amitié ». Sa gloriole et sa suffisance lui interdisent d’écouter les bons conseils que les gens de métier lui offraient en dépit des rebuffades de ce parachuté. Il épuise les bonnes intentions à force de vouloir qu’on rampât devant lui. Les officiers les plus compétents  le fuient.

Aussi accumule-t-il erreurs, maladresses et fausses manœuvres.

Pour faire évoluer les choses Colbert lui attribue ce qu’il a de meilleur comme offcier : Duquesne. Un maitre de l’art naval.

Une première croisière sur les côtes d’Afrique suffit à faire naitre une mésentente durable entre les deux hommes. Colbert ayant compris ce qu’il en est, écrit à D’Estrées, en confirmant avec insistance la reconnaissance en haut lieu de la valeur et des mérites de Dusquesne. Il va même jusqu’à lui rappeler que Duquesne et les hommes tels que lui sont rares et qu’il serait bon que lui d’Estrées en tire tous les enseignements qu’il peut.

Mais que peut entendre un homme à qui on confie en 1672 au début de la guerre de Hollande le commandement de l’escadre  qui devait se joindre à la flotte anglaise ? En face on a Ruyter. Aux batailles de  Solebay, Walcheren, Texel , ses maladresses sont suffisantes à expliquer l’échec des opérations , tout ne peut être imputé au génie de Ruyter.  Hésitations, combativité médiocre, conflits avec les Anglais, et bisbilles internes à l’escadre française, Duquesne et le marquis de Martel se répandent en critiques . L’historien britannique Jenkins  le traite « de mauvais chef et de pauvre subordonné »

Qu’importe , en 1676 notre homme reçoit le commandement d’une escadre en partance pour les Antilles. L’affaire commence bien , il reprend Cayenne aux Hollandais et en 1677 détruit une escadre ennemie au large devant Tobago. Fatalitas ! Bien commencée l’opération vire au drame et au ridicule. Les bâtiments français sont mis en si fâcheuses dispositions qu’ils ‘empêtrent dans les ennemis battus et en flammes ou se drossent sur les rochers pour éviter le feu.  En 1678 d’Estrées veut attaquer Curaçao mais ne veut rien entendre des conseils des officiers et pilotes connaissant les lieux. Le 11 Mai son entêtement plante son escadre quasi complète au sec sur les récifs des îles d’Aves à 200 km de sa destination . L’escadre est détruite : 7 vaisseaux , 3 frégates , 7 navires auxiliaires sont disloqués, provoquant la mort de centaines d’hommes ainsi que la perte de plus de 500 canons. De ces pauvres navires, 362 canons ( merci Causette ) seront récupérés par Job Forant l’année suivante en même temps que les ancres perdues .

Cette erreur de navigation , sans soute unique dans l’histoire de la marine, n’est à l’origine d’aucune sanction contre son responsable.

Il me semble bien qu’on a tenté de l’imiter. D’anciennes vacances dans ce coin somptueux j’ai gardé le souvenir de l’échouage  du cuirassé France dans la nuit du 25 au 26 août 1922, au retour d’un exercice naval au large de Belle Île, près de Quiberon .

Rien n’y fait, le neveu  de la belle Gabrielle reste intouchable, le roi le nomme Maréchal de France en 1681 et lui confie de nouveaux commandements en Méditerranée où il multiplie les canonnades coûteuses et inutiles à Alger et Tripoli. Vauban  fulminait contre. Au troisième bombardement d’Alger en  1688, après des chicanes sur les attributions et les mérites qu’il s’attribuait et contestait à ses subordonnées durant le mois de juin, d’Estrées convint enfin en juillet d’approcher de la côte les galiotes  auxquelles  il avait fait jeter l’ancre trop loin et dont les tirs tombaient dans l’eau. Cette fois ci c’était cela, d’autres fois autres choses .

C’est couvert d’honneurs, qu’il acheva sa carrière. On n’hésita pas à le nommer Vice-Roi des Amériques Duc et Pair, lieutenant général en Bretagne en 1701. À sa mort il avait arrêté de couler ses navires depuis longtemps.

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Asinus
Asinus

yep une autre marine d’autres moeurs
le 14 mars 1757 a bord du hms monarque un peleton des  » royals marine » fusille l’amiral Bying
accusé de  » ne pas air fait de son mieux » face à l’escadre de La Galissoniere à Minorque fusillé un amiral pour l’exemple augmentera la promptitude au servicce d’apres le roi Georges II? il es avéré que le pavillon britannique sera « amené » moins souvent par la suite hé hé !
hardi les gars vire au guindeau !
http://youtu.be/YpiRYlgXwCc

Asinus
Asinus

yep et à la relecture un Bled s’avererait plus que nécéssaire 😳
je ne peu meme pas foutre ça sur le dos de mon clavier 🙁

je vas jardiner , merci pour l’air du grand large Furtif !

Léon
Léon

Mais c’est quoi cette histoire, un accident ?
« Le d’Estrée a été coulé le 12 septembre 2001 au large de Toulon par une torpille F17mod2 du sous-marin nucléaire d’attaque Saphir. Le complot contaminait la Méditerranée. »

Léon
Léon

Ah, c’était normal et volontaire ! Bin fallait le dire… 😆

Causette
Causette

Bijour

Evènement 5 jours avant la date fatidique:
le 6 septembre, la statue (33 mètres) du Messie Cosmo-Planétaire du Vajra Triomphant est dynamitée par les forces préfectorales au service du Vilain 🙄

D’estrées, je me demande si son ancêtre ne serait pas ce fameux Raoul seigneur d’Estrée qui accompagna Louis IX dans la septième croisade? En tout cas, les descendants semblent convertis à « l’innovation scientifique dermocosmétique-anti-âge » :mrgreen:

ranta
ranta

J’adore quand c’est le Furtif qui raconte l’Histoire.

Xavier
Xavier

Bonjour Furtif, à tous,

Merci pour ce récit instructif. Une question pourtant, ce D’Estrée faisait-il partie du lot ?

En tout cas, l’incompétence n’a pas disparu avec l’ancien régime. Il m’arrive de côtoyer un ancien « cinq galon-or ». Non, rien … à part la honte.

Heureusement que la très gande majorité de nos Marins fait honneur au drapeau et à la Patrie.

C’est assez difficile de savoir ce qui se passe dans la Royale depuis que le service militaire a été supprimé. Apparemment, la gestion des personnels en terme de carrière n’a rien à envier aux entreprises.

Léon
Léon

Ce d’Estrées, finalement ne me dit rien qui vaille.
Mais dites-moi Lumière Eblouissante du Poitou, comment qu’il fait, votre Job Forant, pour récupérer 362 navires alors que l’escadre perdue par d’Estrées comportait « 7 vaisseaux , 3 frégates , 7 navires auxiliaires  » ? Il y a un truc au niveau arithmétique qui dépasse ma compréhension, Maître …. Peut-être daignerez vous répandre un peu de Votre Lumière sur ma misérable personne ? :mrgreen:

ranta
ranta

P’t’être qui zont construit 362 barques avec les morcea

ranta
ranta

Morceaux…. 😕

Causette
Causette

des canons non?

De ces pauvres navires, 362 canons seront récupérés par Job Forant l’année suivante en même temps que les ancres perdues.

bonjour à tous
.
.

Merci Causette

Causette
Causette

Sa gloriole et sa suffisance lui interdisent d’écouter les bons conseils que les gens de métier lui offraient en dépit des rebuffades de ce parachuté.

Du coup je repense à ce film, Les révoltés du Bounty. Mais ça se passe un siècle plus tard sur un navire anglais. Y a t-il eu des mutineries dans la marine française?

Léon
Léon

Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah, 362 CANONS ! Je me disais aussi….