UNE ALLÉE DU LUXEMBOURG – GÉRARD DE NERVAL – Furtif

Lectures :4022


Elle a passé, la jeune fille,
Vive et preste comme un oiseau;
A la main une fleur qui brille,
A la bouche un refrain nouveau.


C’ est peut-être la seule au monde
Dont le cœur au mien répondrait;
Qui, venant dans ma nuit profonde,
D’ un seul regard l’ éclairerait !…


Mais non, – ma jeunesse est finie…
Adieu, doux rayon qui m’ a lui, –
Parfum, jeune fille, harmonie…
Le bonheur passait, – il a fui !

Gérard de Nerval

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Chateaubriand écrit à son ami Fontanes, en janvier 1804, une Lettre sur la campagne romaine qui fut aussitôt publiée et figura plus tard dans le Voyage en Italie (1826)

Pauline de Beaumont,  son ex maitresse  condamnée par une maladie de langueur ( la tuberculose), est venue mourir près de lui.

“Rien n’est comparable pour la beauté aux lignes de l’horizon romain, à la douce inclinaison des plans, aux contours suaves et fuyants des montagnes qui le terminent. Souvent les vallées dans la campagne prennent la forme d’une arène, d’un cirque, d’un hippodrome ; les coteaux sont taillés en terrasse, comme si la main puissante des Romains avait remué toute cette terre. Une vapeur particulière répandue dans les lointains, arrondit les objets et dissimule ce qu’ils pourraient avoir de dur dans leurs formes. Les ombres ne sont jamais lourdes et noires. (…) Un tente singulièrement harmonieuse marie la terre le ciel et les eaux. (…) Vous avez sans doute admiré dans les paysages de Claude Lorrain cette lumière qui semble idéale et plus belle que nature ? Eh bien, c’est la lumière de Rome ! Je ne me lassais point de voir à la Villa Borghese le soleil se coucher sur les cyprès du Mont Marius et sur les pins de la Villa Pamphili, plantés par Lenôtre. J’ai souvent aussi remonté la Tibre à Ponte-Mole, pour jouir de cette grande scène de la fin du jour. Les sommets des montagnes de la Sabine apparaissent alors de lapis-lazuli et d’opale, tandis que leurs bases et leurs flancs sont noyés dans une vapeur d’une teinte violette et purpurine”.

Les Mémoires d’outre tombe nous offriront quelques lignes sur les jardin de Rome

”J’avais donné des bals et des soirées à Londres et à Paris mais je ne m’étais pas douté de ce que pouvaient être des fêtes à Rome. À la villa Medicis, dont les jardins sont déjà une parure… l’encadrement du tableau est magnifique : d’un côté la villa Borghèse avec la maison de Raphaël ; de l’autre, la villa de Monte Mario et les coteaux qui bordent le Tibre ; au-dessous du spectateur, Rome entière comme un vieux nid d’aigle abandonné. Au milieu des bosquets se pressaient les beautés venues de Naples, de Florence,et de Milan : la princesse Hélène semblait leur reine. Borée (l’orage ), tout à coup descendu de la montagne,a déchiré la tente du festin et s’est enfui avec des lambeaux de toile et de guirlandes (…). L’ambassade était consternée ; je sentais quelque gaieté ironique à voir un souffle du ciel emporter mon or d’un jour et mes joies d’une heure. Le mal a été promptement réparé. Au lieu de déjeuner sur la terrasse, on a déjeuné dans l’élégant palais : l’harmonie des cors et des hautbois, dispersée par le vent. (…) Les groupes qui se jouaient dans les rafales, les femmes dont les voiles tourmentés battaient leur visage et leurs cheveux, la saltarella qui continuait dans la bourrasque, l’improvisatrice qui déclamait aux nuages, le ballon qui s’envolait de travers avec le chiffre de la fille du Nord, tout cela donnait un caractère nouveau à ces jeux où semblaient se mêler les tempêtes accoutumées de ma vie. J’ai bien de la peine à me souvenir de mon automne, quand, dans mes soirées, je vois passer devant moi ces femmes du printemps qui s’enfoncent parmi les fleurs, les concerts et les lustres de mes galeries successives. Au bout de la route, elles tomberont dans ces sépulcres toujours ouverts ici… Elles iront augmenter tant de poussières légères et charmantes. Il y a dans cette féerie une sorte d’enivrement qui me monte à la tête : je ne m’en débarrasse qu’en allant rafraîchir mon front à la place solitaire de Saint-Pierre ou au Colysée désert”.

2 comments to UNE ALLÉE DU LUXEMBOURG – GÉRARD DE NERVAL – Furtif

  • Léon

    Ach… C’est trop choli tout ça !

  • D. Furtif

    Je sais que ça ne fait pas trop révolutionnaire formé dans des officines.Mais je n’y peux rien si je fais télescoper Nerval que j’adorais à 15 ans avec Chateaubriand que j’ai découvert à 50.
    Encore un coup du Nouvel Ordre Mondial