Sarkozy, le maître à dépenser

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Nicolas Sarkozy pendant sa campagne présidentielle n’avait pas de mots assez durs pour fustiger l’état lamentable des finances de notre pays et la croissance inquiétante des déficits publics.

Le 20 mars 2007, il s’écriait dans une péremptoire envolée « Je veux en finir avec la pensée unique qui nous a mis dans la situation où nous sommes, qui s’est trompée sur tout, qui a échoué sur tout, qui a creusé les déficits (…) Je veux en finir avec la pensée unique qui dit que la politique ne peut rien faire pour changer quoi que ce soit et qu’elle ne peut rien dire sur rien.» [1]

Il en a fini, en effet. En 2007, la dette publique représentait 63,8 % du PIB et le déficit budgétaire 2,7 %. En 2010, la dette devrait atteindre 84 % du PIB et le déficit 8,5 %.[2]

Certains grands hommes, par leur stature intellectuelle, leur grandeur morale ou leur charisme naturel, deviennent des maîtres à penser pour toute une génération, ou seulement quelques partisans enthousiastes. Si Nicolas Sarkozy ne peut guère prétendre à cette maîtrise-là, il mérite en revanche, par son ardeur obstinée à creuser les trous budgétaires qu’il devait combler, d’être nommé maître à dépenser de notre époque, avant, avec un peu de constance dans sa tâche, de gagner cette appellation pour la postérité qui ne manquera pas de lui rendre cet hommage largement justifié.

[1] Discours de Villebon sur Yvette http://archives.u-m-p.org/propositions/propositions.php

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_publique_de_la_France

23 comments to Sarkozy, le maître à dépenser

  • Léon

    En de temps très reculés, j’avais commis sur Agoravox un article montrant que globalement, c’est la droite qui a creusé le déficit et l’endettement et c’est la gauche qui l’a freiné voire résorbé. Ces gouvernements de droite font le choix délibéré de cadeaux fiscaux mais, en plus, de rentes sur l’Etat aux plus aisés. L’incidence de la crise qui a diminué les recettes fiscales a fait le reste…

  • ranta

    La pensée unique a creusé les déficits….m’ouais pourquoi pas, mais il parlait de laquelle ?…j’ai l’impression qu’il y a plusieurs sortes de pensées uniques, c’est selon les besoins.

    • Léon

      C’est vrai que c’est assez bizarre comme formulation. La « pensée unique » en la matière étant plutôt la position libérale de l’orthodoxie budgétaire. J’avoue ne pas comprendre moi-même…

  • Castor

    Léon, Philippe,
    je ne suis pas convaincu que les choses soient aussi simples que ça.
    Il serait peut-être bon de relativiser (au regard, notamment, des circonstances économiques) et de comparer (cadeaux fiscaux et emplois aidés, par exemple).

    J’ai aussi le souvenir que, par un curieux hasard, la gauche se trouvait assez systématiquement au pouvoir en période de croissance, et la droite en période de recul.

    Petit rappel ironique sur l’intervention de notre ami Wesson : je pensais que vous étiez tous des salauds de droite sans foi ni loi !!!

  • ranta

    je crois vraiment qu’en matière économique les politiques sont à la traine et ne font que s’adapter aux circonstances, d’ailleurs est-il possible de faire des prédictions fiables à long terme, alors j’imagine que ça se passe comme ça : en période de croissance les caisses se remplissent et se vident en période de récession.

    En revanche, il y a une chose qu’ils savent très bien faire, à gauche comme à droite : opposer et diviser le secteur privée et la fonction publique, et on se retrouve dans des situations ubuesques où le smicard ne peut pas sentir le fonctionnaire de catégorie C qui lui même pense que les chômeurs abusent…

  • snoopy86

    Je ne voudrais pas dire de bêtise mais il me semble que depuis 1973, seul Raymond Barre a présenté une fois un budget en équilibre… et la gauche bénéficiant spous Jospin d’une embellie économique n’a rien résorbé du tout alors que de nombreuses nations occidentales avaient des excèdents budgétaires…

    Ceci posé j’admets que cette critique de Sarko ne me semble pas injustifiée

    Sarko n’est pas de droite, c’est un démago-populiste. Il n’empêche qu’il n’a pas tort non plus lorsqu’il dit que la retraite à 60 ans et les 35 heures ont bien contribué à accentuer la merde dans laquelle nous sommes…

    • ranta

      Les 35 heures…bon faudrait pas oublier aussi la loi Robien !…

      Maintenant, qu’à t-on constater ?… que les salariés font le même travail en 35 heures qu’auparavant. Et puis, pour la petite histoire j’ai un oncle industriel qui bosse partout dans le monde et il affirme que la productivité des salariés français est sans doute la meilleur du monde.

      • Buster

        Petite anecdote personnelle sur les 35 heures :
        Juste avant leur mise en application « un député de gauche » avait invité les chefs d’entreprises du coin pour « vendre » la nouvelle réforme.
        Courageux, si l’on veut, parce que globalement cette nouveauté ne semblait pas particulièrement bienvenue à la plus-part des invités.
        Le courageux en question s’appelait : Eric Besson !

      • snoopy86

        Ranta

        La productivité horaire des français est une des meilleures du monde mais leur temps de travail est un des plus faibles au monde et le coût du travail un des plus élevés. Il ne faut pas chercher ailleurs les causes de la désindustrialisation plus rapide chez nous qu’ailleurs.

        Les allemands avaient adopté les 35 heures avant nous dans la métallurgie, ils y ont renoncé depuis belle lurette.

        L’autre effet pervers des lois Aubry, ce sont les éxonérations de charges sociales qu’elle a initié et qui coûtent maintenant prés de 70 milliards ( à vérifier ) par an. Je reconnais néanmoins que les gouvernements de droite n’ont fait qu’élargir la brèche qu’elle avait ouverte.

        • ranta

          Il y a un truc que je ne parviens pas à comprendre : en somme, on fait la même chose que les autres mais plus vite alors en quoi cela nous pénalise t-il ?…

        • Léon

          Snoopy : dire que la productivité du travailleur français est la meilleure du monde ou dire qu’il coûte cher et travaille moins longtemps c’est la même chose.
          Après, et surtout pour la comparaison industrielle avec l’Allemagne ce sont des concepts trop généraux. Il faut regarder les créneaux, le positionnement industriel, l’effet qualité etc…
          Personne n’est en mesure de dire si les 35 h ont créé globalement de l’emploi, évité des licenciements ou, au contraire en ont provoqué. Le seuls trucs à peu près sûrs ont été l’augmentation du temps de loisirs, le stress supplémentaire imposé aux travailleurs et souvent que les travailleurs, en échange de ce gain de temps se sont souvent avoir. Quand j’aurai une minute je vous raconterai comment lorsque j’ai été DRH j’ai été démarché par des officines diverse à ce sujet.

          • Castor

            Ranta, je tente une réponse :
            dans bonne productivité horaire française, c’est le horaire qui compte.

            Si la durée est limité à 35h/s, cette productivité sera rognée par un temps de travail/semaine plus court.

            Et puis,comme dit Snoop (putains de rappeurs !), le taux horaire est plus élevé, donc moins rentable.

            En ces temps de crise, les choix se portent vers du bas de gamme, moins cher, plus facilement produit, avec moins de contraintes sociales…c’est à dire ailleurs qu’en France.

            • ranta

              Bon sang, on fait en 35 heures ce qui était fait en 39, et même de ce temps là la productivité était déjà excellente. Et pour autant que je me souvienne on est resté pendant longtemps avec des taux horaires différents selon que les employés étaient ou non au 35 heures et de plus dans la plupart des entreprises il y a eu un gel des salaires. Franchement je comprends pas.

  • snoopy86

    pour confirmation :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_publique_de_la_France

    Sous Jospin la dette n’a nullement été résorbée mais augmentée en euros courants et seulement stabilisée en % du PIB

  • snoopy86

    au temps pour moi

    le coût des exonérations de charges sociales est d’environ 30 milliards et non 70

  • Léon

    De toutes façons, qu’elle ait augmenté plus ou moins vite suivant les gouvernements et suivant la conjoncture économique ne peut pas cacher son augmentation inexorable, c’est à la fois impressionnant et surprenant…
    Comment le comprendre ? J’ai une théorie assez simple qui n’exclut pas les autres explications : on exige de la puissance publique de plus en plus de tâches mais on refuse une certaine socialisation-ponction des revenus qui ne peut que l’accompagner. Le gisement d’économies faciles dans les dépenses publiques me semblent énormes. On aurait pu croire qu’un gouvernement de droite s’y serait attaqué sérieusement. Cela n’a pas l’être d’être le cas.

    • Buster

      Sarko s’est coincé tout seul avec sa réforme bouclier fiscal.
      Après cette mesure il avait beaucoup plus de difficultés à faire passer des économies drastiques. Question d’équilibre et de timing.
      Encore 1 qui a perdu l’occasion d’infléchir le déficit quand il l’aurait pu.
      Et puis, ces populistes, ils aiment toujours se montrer généreux avec les sous qu’ils n’ont pas.

      A mon avis il sera maintenant obligé de détricoter son bouclier et il devra le faire sous les quolibets, et ça il ne doit pas aimer.

  • Waldgänger

    Bonsoir,

    Quand vous parlez, Léon, de rentes sur l’Etat aux plus aisés, j’aimerais savoir de quoi il s’agit précisément, pardonnez mon ingénuité en termes de vocabulaire économique. La dégradation des performances économiques de la France m’a aussi frappé, mais je ne connais pas les détails.

    Je me souviens déjà d’un article fin 1992, qui relatait le désappointement de spectateurs anglo-saxons à l’idée de la future cohabitation qui se profilait à toute allure. Ils trouvaient que la gauche gérait mieux. A la même époque, la droite s’inquiétait de ne pas avoir de choses à mettre en oeuvre. En gros, la gauche lui avait déjà piqué tout son progamme. Ce serait d’ailleurs une piste possible ; la droite, confrontée aux succès de la social démocratie en Europe et aux USA dans les années 1990, durcit son discours et devient finalement bien plus idéologique que la gauche.

    On peut d’ailleurs observer le même bilan économique contrasté de Bush en 8 ans, moins bon que sous Clinton, dans les années 2000, à l’époque de Raffarin et Villepin en France.

    • Léon

      Salut Wald !
      Lorsque l’Etat finance ses déficits par de l’emprunt, il sert des intérêts à ceux qui lui prêtent de l’argent. Seuls les revenus suffisants pour avoir de l’épargne et se préoccuper de la « placer » sans risque sont concernés. L’Etat verse sous forme d’intérêts une rente à ceux qui souscrivent ses bons du trésor directement ou indirectement à travers des sicav et autre fonds communs de placements qui en intègrent dans leur panier de titres.

      • Marsupilami

        Il faudrait aussi se poser le problème de fond de l’incommensurabilité des dettes souveraines et autres, dont chacun sait qu’elles ne seront jamais remboursées par personne tant elles n’ont plus rien à voir avec l’économie réelle. Dans des temps pas très lointains, on tirait des traits sur des dettes africaines pour se donner bonne conscience. On finira par passer à des vitesses supérieures. Je sais, ce que je dis est dingue. Et pourtant c’est le réel : ces dettes sont si énormément hallucinantes qu’elles ne seront jamais apurées. Le système libéral-capitaliste mondialisé arrive au bout de sa course. Vu qu’on est pas prêts à changer de paradigme économique, les ultimes convulsions du système économique actuel vont produire des résultats terribles. Et ça va durer encore longtemps, étant donné l’inertie de pensée et d’action qu’impulsent les paradigmes néo-religieux quand ils confortent les puissances économiques dominantes, qui ne sont rien d’autre que l’expression des aspirations les plus viles et minables de l’humanité.

        Leonard Cohen l’avait bien vu.