Grande-Bretagne : le suicide collectif

Le plan d’austérité annoncé dans son principe par D. Cameron avant les élections est désormais connu dans les détails. Comme le dit le Guardian, même Margaret Thatcher n’aurait pas osé, dans ses rêves les plus fous…

Avant d’en prendre la mesure il faut savoir que toute la protection sociale en Grande Bretagne (sauf évidemment ce qui relève d’assurances privées ) dépend directement de l’Etat à travers deux ministères et qu’il n’y a aucune gestion paritaire ou syndicale. L’Etat gère tout ce qui, chez nous, relève des trois branches de la sécurité sociale (retraites, assurance-maladie et prestations familiales) mais aussi des prestations sous conditions de ressources comme l’équivalent du Rmi, et même les allocations de chômage !

Les mesures sont proprement démentielles, puisqu’il s’agit de réaliser une réduction du déficit de 92 milliards d’euros en 5 ans  ( au cours actuel de la Livre) :
  • Suppression de 500 000 emplois publics ( à comparer avec les 30 à 35 000  poste supprimés par an en France avec le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, ce qui est déjà énorme)
  • 34 milliards d’euros d’impôts supplémentaires ( Un point de TVA rapporte chez nous environ 7, 5 milliards, c’est donc l’équivalent d’une hausse de presque 4,5 points de la TVA)
  • Réduction de près de 19 milliards d’euros des prestations sociales tout particulièrement celles qui concernent les familles ( à comparer avec le total des prestations familiales en France, de l’ordre de 44 milliards d’euros)
  • Report de l’âge de la retraite à 66 ans quatre ans plus tôt que prévu et signalons, au passage une réduction du budget du ministère de la justice de 6%.
Tout cela pourquoi au fond ?

Au XIXe siècle, la Grande-Bretagne a sacrifié son agriculture au profit de son industrie et, au XXe, son industrie au profit de ses « services ». Ces mesures qui ont  pour but de réduire son déficit budgétaire et son endettement (57,5 % de son PIB contre 64 % en France) ont en ligne de mire le développement de ses activités financières qui constituent une part importante de son PIB.
Il faut savoir que les assurances privées, vue la médiocrité de la protection sociale y sont très développées, que l’endettement privé,  celui des ménages, représente à lui seul les 2/ 3 de toute la dette des ménages de l’UE !
Rappelons également que, contrairement aux pays de l’UE ayant adopté l’euro, la Grande-Bretagne peut faire fonctionner sa planche à billets comme elle le veut et cela se recoupe avec les déclarations du gouvernement selon lesquelles il serait partisan de l’orthodoxie budgétaire mais pas monétaire.

On l’aura compris, la Grande-Bretagne est probablement en train de sacrifier ce qui lui reste d’économie au profit d’une seule activité, la finance.

Ces mesures présentées comme dures mais équitables ont été évaluées par l’Institut for fiscal Studies (ISF) et il apparaît qu’elles pèseront essentiellement sur les ménages plutôt modestes et les familles.
Les conséquences sociales de ce plan sont incommensurables, un véritable suicide collectif…

Le keynésien et antilibéral convaincu que je suis va attendre avec une certaine jouissance malsaine la plongée dans l’enfer d’une Grande-Bretagne qui ne dispose pas de l’économie clandestine et informelle de la Grèce comme soupape de sûreté…

Mais j’aurai aussi une pensée compatissante envers ceux qui vont porter l’essentiel de cet effort et la crainte que cela ne donne des idées semblables du côté de chez nous,  tout en faisant passer l’âge de la retraite à 62 ans comme une vaste blague, à côté…
Lectures :0
189 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments