Une épidémie de dysenterie à Merdrignac en 1668

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Les registres paroissiaux recèlent mille trésors pour qui sait les déchiffrer : non seulement ils nous permettent de mieux connaître nos ancêtres, la composition de leur famille, ou la manière dont ils étaient considérés dans la paroisse (à la longueur de l’acte les concernant, ou à l’application mise dans sa rédaction), mais ils nous en disent encore beaucoup plus…

Parfois le curé note un évènement inhabituel, ou même extraordinaire : inondation, orage, visite de l’évêque dans la paroisse, bénédiction ou fonte d’une cloche, réparations dans l’église… ou épidémies marquantes. En dehors des épidémies de peste, de variole et les fièvres diverses, la dysenterie pouvait faire des ravages.

dissanterie, dissenterie : (dysenterie) maladie infectieuse endémo-épidémique et contagieuse, avec inflammation du côlon, se traduisant par des émissions fréquentes de glaires sanguinolentes, avec violentes coliques. Sous sa forme maligne, elle correspond à la dysenterie bacillaire (Shigella dysenteriae) qui sévit surtout en été et semble avoir été le mal le plus fréquent et le plus meurtrier (après la peste) au XVIIè et XVIIIè siècles. La mort survenait par déshydratation ou hémorragie digestive (“flux de sang”).

Les épidémies de dysenterie ont besoin de chaleur, de concentration de population et de mauvaises conditions sanitaires (rejet des eaux usées et des déjections confondu avec les eaux de boissons, ou « péril fécal ») pour se développer. Parmi les épisodes connus, on peut noter la dysenterie des Croisés devant Antioche qui décima les troupes en 1098, et l’épidémie d’octobre 1779 en France, en particulier dans l’Ouest, qui fit environ 130 000 morts. Ces épidémies se développent d’autant mieux que les populations sont dénutries : actuellement  elles font toujours environ 100 000 morts par an dans les pays tropicaux et subtropicaux.

A Merdrignac, une épidémie fit plus de 30 morts à l’automne 1668. J’ai relevé 15 sépultures spécifiquement annotées « mort de la dissenterie » entre le 13 et le 23/10/1668 (mais il se peut que le curé ne les ait annotées qu’au plus fort de l’épidémie).

Jacquemine GAULTIER fille de René
19/10 René PIRIOT fils de Pierre
20/10 Un enfant à Jean ou Jacques RECOURSE
Un enfant à Guillaume OLLIVOT
Un enfant à Joachim GABOREL ou LABOR
Un enfant à Julien BOHEREE
21/10 Guillemette BROUSSE épouse de Pierre YVON
22/10 Yves ROCHARD de la Fontenelle époux de Jacquemine MABIHAN
Alain COLET beau-frère de Mathurin  BERSON
Bertrand POSNIC fils de Jean
23/10 Cyprienne CHAUVIN fille d’Adrien
Un enfant à Adrien CHAUVIN & Louise RECOURSE
Un enfant à Julien OLLIVOT & Perrine CROUE, frère de Julien

Les âges des décédés ne sont pas notés, mais sur 15 sépultures il est frappant de compter 9 enfants, dont 6 sont si jeunes qu’ils sont justes cités comme enfant de leur père…

Si on trace la courbe des sépultures de Merdrignac entre 1666 et 1670 on voit très nettement le « clocher » des décès en 1668 : 220 décès pour l’année, alors qu’il y avait un peu plus de 100 décès par an les autres années. Les mariages (il y en avait une vingtaine par an) tombent à 13 en 1668 et 1669, et on note un petit infléchissement de la courbe des naissances autour de 100 naissances (pour 120 habituellement) en 1668 et 1669. Les conséquences de cette épidémie se font donc sentir sur deux années… et ce ne fut certainement pas la seule épidémie de ce temps-là !
Sources :
* registres paroissiaux de Merdrignac
* GARNIER & DELAMARRE, “Dictionnaire des termes techniques de médecine”, Ed. Maloine, 1986
15 novembre 2009

19 comments to Une épidémie de dysenterie à Merdrignac en 1668

  • COLRE

    Merci Fantomette de ces analyses passionnantes.
    Une question que je me pose : que s’est-il passé dans ces années 1767 / 1768 pour avoir provoqué cette épidémie de dysenterie dans 2 lieux assez distants ?
    On dirait un phénomène général : famine ? mauvais climat ? ce qui aurait pu entraîner une fragilisation des populations.
    Tu as fait des recherches là-dessus ?

    • D. Furtif

      Bonjour à toutes et à vous deux
      Facile Colre

      Nous sommes en années de sécheresse.

      Les puits s’assèchent , les nappes s’amenuisent et croupissent en se contaminant de proche en proche.
      L’eau à boire pour la famille est dans les meilleurs des cas contenue dans une jarre en grès.
      Jarre unique où tous ont accès.
      Que certains soient épargnés tenait du miracle

      Toujours le même plaisir de te lire Fantômette

      • COLRE

        merci de la réponse Furtif… c’est donc cela. Ce qui montre aussi que les populations vivaient à la limite écologique (et économique) de la « survie ». Un accident climatique, et hop ! cela se traduisait immédiatement par une forte mortalité…

      • Fantomette

        Merci Furtif d’avoir répondu plus vite que mon ombre 😉
        Colre effectivement avant la deuxième moitié du 18ème et encore plus le 19ème les populations étaient à la merci de n’importe quel accident de météo ou d’épidémie. Elles étaient d’autant plus fragile qu’elles étaient dénutries (cercle vicieux). Bien avant les progrès de la médecine ce sont les progrès sanitaires et d’hygiène (mette les cimetières hors des villes et non plus autour des églises; pavage des rues avec des caniveaux aux bords et non plus au milieu où on marchait dedans, premiers égouts) qui ont permis (avec l’amélioration des transports et la constitution de stocks alimentaires) d’augmenter l’espérance de vie…

    • Fantomette

      Détail pour Colre : ici c’est 1668 soit cent ans avant (mais les choses n’avaient guère changé)

      • D. Furtif

        Colre
        Tu ne peux , personne ne peut continuer à vivre , sans avoir lu
        Le Miasme et la Jonquille de Corbin

        Format assez court 330 pages environ. Tout est dit des conditions de vie et des mentalités.Sa lecture transforme toutes nos conceptions. Il y a un avant et un après Corbin.
        Je donne ici un lien vers une fiche de lecture ( 1/2 douzaine de pages) qu’elles vous soient une invitation irrésistible.

        Dernière nouvelle j’offre le Dijo en pénitence de mon énorme bourde. J’ai effectivement demandé à Gogol la sécheresse de 1768, il me l’a donnée.

      • COLRE

        oups 😳 Fantomette… oui, 1668… 😉

        Furtif, c’est de ma faute pour la sécheresse.
        Donc, si ce n’est pas la sécheresse, comme diraient les paysans, c’est p’têt’e le froid… ou la pluie…? 8)

        (passionnant, on dirait, ton étude : je ne connaissais pas du tout)

  • D. Furtif

    Le graphique nous montre aussi ce que l’on appelle une population affaiblie, où les sépultures l’emportent sur les naissances.

  • D. Furtif

    Je reviens
    Je ne risquais pas grand chose, la lecture du graphique m’y incitait
    j’ai posé la question => la sécheresse de 1668 et la réponse est là

  • COLRE

    Bon… ah là là, voilà où ça mène les erreurs : à perdre du temps, mais… à découvrir une vérité ! 😉

    En me plongeant dans les courbes paléoclimatiques, j’ai vu qu’on était pile poil dans le minimum du Petit Âge Glaciaire !
    Ce qui est appelé « le minimum de Maunder (1645 à 1700).
    C’est super corrélé avec les tâches solaires, c’est pour ça que j’en avais un vague souvenir au moment du grand débat sur le Réchauffement…

    Voilà un petit nartik de vulagarisation assez clair avec de bonnes courbes.
    Sinon, d’autres courbes, ici, ou ici.

    Donc, vers la fin des années 50 (de 1600…), c’est bien d’un gros coup de froid dont il s’agit.

  • yohan

    Pour être allé naguère au bal de Merdrignac (avant l’ère de la discothèque moderne), je suis évidemment sensible à cet article. Grâce à Pasteur, nous avons progressé en matière d’hygiène. Quoique l’état des cagoinces de la Salle des fêtes de Merdrignac faisait que nous préférions évacuer le trop plein de bière bock de Meuse à l’extérieur de l’édifice :mrgreen:

  • aria

    Je crois que les Français ont été très en retard sur les mesures d’hygiène élémentaires et préventives. Je me demande si ce n’était pas en relation avec la morale catholique qui imposait de ne pas montrer son corps, de ne pas en parler pour ne se concentrer que sur l’âme et son destin vers le paradis ou l’enfer.
    Je crois que pendant longtemps, les médecins officiaient en regardant leur patient mais ne le déshabillaient pas.
    Au XIXème siècle, les medcins glissaient leurs mains sous les robes des femmes pour les ausculter. Certaines images le montrent.
    Et pendant des siècles les gens s’en sont remis à la volonté divine pour expliquer les maladies, ce qui les dispensaient d’agir pour et par eux mêmes.
    Chez les protestants, le puritanisme était tels que les femmes portaient de longues camisoles avec un trou au niveau du pubis, au dessus duquel pouvait être inscrit l « Dieu le veut ». J’ai une photo mais pas de scanner d’une telle camisole…

  • Léon

    En retard par rapport à qui, Aria ?

  • Aria

    Léon, merci pour la photo, c’est exactement ce que j’avais…

    Je pense que les Romains avaient de bonnes notions d’hygiène, que les British avaient des salles de bains bien avant nous, que l’obligation pour les Juifs du bain rituel dans une eau courante et leurs lois les obligeaient à respecter une certaine hygiène. Les Allemands et tous les pays de l’Empire austro-hongrois pratiquaient les bains. Les Japonais aussi.