Faire reconnaître un Etat Palestinien ? une mauvaise idée pour les arabes.

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Je suis un peu étonné de la tournure que prend le conflit en Palestine: pour plusieurs raisons, les Palestiniens ont intérêt à ne pas avoir d’Etat et à céder tous leurs territoires, que ce soit Gaza ou ce qu’il leur reste de la Cisjordanie, à Israël. C’est, tout au moins, une position de raison dans un conflit aberrant qui n’en comporte pas une once.

D’abord, qui peut croire trente secondes qu’un Etat qui serait composé d’une peau de panthère de confettis territoriaux en Cisjordanie et d’une bande de terre à Gaza, distants de 40 km au plus près l’un de l’autre et de presque 200  km au plus éloigné, puisse être viable ? Comment sera assurée la continuité territoriale entre les confettis d’une part et entre les confettis de Cisjordanie et la bande de Gaza ? Par des routes ? des souterrains? qui auraient quel statut juridique ?

Non.
A moins d’une destruction complète et restitution de toutes les colonies juives de Cisjordanie, il faut tirer la conclusion que celle-ci ne peut plus constituer la base géographique d’un territoire sur lequel il soit possible de construire un Etat. Les chances que ceci se produise sont tout simplement inexistantes pour deux raisons : d’abord le rapport de forces et ensuite la continuité absolue de la politique israélienne de colonisation selon la stratégie du jeu de go. On utilise les dingues du mouvement pour les implantations que l’on envoie dans un premier temps s’installer en milieu hostile. Evidemment l’armée israélienne, « obligée » de les protéger, construit des postes de contrôle, dégage et sécurise les voies d’accès en expropriant s’il le faut et établit ainsi un maillage qui étouffe purement et simplement le territoire palestinien, rendant impossibles les circulations de personnes,  les transports de marchandises. La construction du mur de sécurité, paradoxalement ne bloque pas du tout ce processus, au contraire, il limite les zones à  conquérir et à terminer d’étouffer. Ca, c’est pour l’ensemble de la Cisjordanie.

Jérusalem, capitale d’un Etat palestinien et pas celle d’Israël ? Mais qui peut croire une fable pareille? Il faut être totalement ignorant du projet sioniste, de la tradition juive qui, pendant des millénaires, en a pleuré la perte lors de chaque sabbat, chaque cérémonie religieuse, chaque mariage. C’est ignorer l’émotion indescriptible des soldats israéliens lorsqu’ils ont pris possession du mur des lamentations en 1967. C’est ignorer la loi fondamentale du 30 juillet 1980 qui a fait de Jérusalem la «capitale éternelle» d’Israël.

Bref, territorialement parlant,  à moins de se limiter à la bande de Gaza, et encore, à la condition qu’Israël leur laisse le libre accès par la mer et la maîtrise de leur espace aérien, les Palestiniens ont perdu toutes chances d‘avoir leur Etat.

Ce n’est même pas une question politique, c’est que tout simplement il n’y a pas de territoire qui pourrait en être le siège. Gaza, Israël s’en occupera en dernier, une fois toute la Cisjordanie conquise et redevenue la « Judée-Samarie» biblique. Pour l’instant cela arrange plutôt les Israéliens d’avoir la bande de Gaza comme une sorte de déversoir de la misère palestinienne et de la radicalisation qui en résulte avec l’implantation des vilains islamistes du Hamas. Pendant qu’on s’excite avec les rockets tirées depuis ce territoire et qu’on se donne des raisons guerrières, les regards  se détournent des immeubles réservés aux Juifs qui se construisent à Jerusalem-Est.

Tout ceci pour dire que quelles que soient les légitimités incompatibles qui s’affrontent  ici, il y en a une qui a déjà perdu la guerre. Et elle cherche d’une manière, selon moi devenue totalement inefficace, à s’inventer un Etat pour lequel elle espère une reconnaissance juridique internationale, alors qu’il lui manque désormais l’essentiel : un territoire cohérent et viable.
Cela lui servirait à quoi d’avoir un Etat reconnu à l’ONU si ses policiers ou ses facteurs ne peuvent même pas se déplacer d’une enclave à une autre ?

La solution n’est donc pas là.

Elle est, pour les Palestiniens de remettre tous leurs territoires de Cisjordanie, de Jerusalem-Est et de Gaza à la souveraineté Israélienne. De leur dire : « nous renonçons à établir un Etat palestinien sur ce territoire, nous demandons tous à devenir des citoyens israéliens, nous renonçons définitivement à l’usage de la violence, aux attentats, nous voulons apprendre l’hébreu et peut-être même certains d’entre nous voudraient se convertir au judaïsme ».
Comment les Israéliens pourraient-ils refuser ? Inimaginable.
Que se passerait-il donc ?
Les Palestiniens qui, comme on le sait,  ont une fécondité de population sous-développée et qui ont également amplement démontré leurs capacités à entreprendre malgré des conditions très défavorables, s’ils sont placés dans un environnement de « concurrence » pas trop faussée avec les Israéliens d’aujourd’hui, finiront par les submerger pacifiquement dans tous les secteurs, intellectuels, économiques, politiques, faisant perdre à Israël cette spécificité qui est à l’origine de tous ces problèmes, celle d’être un Etat juif. Il n’y a pas suffisamment de juifs dans le monde, assez persécutés et assez fous pour venir se fourrer dans cette galère israélienne pour compenser cette démographie.

Les Palestiniens, cette fois, ne brandiraient  plus leur légitimité de peuple opprimé ou/et colonisé mais celle des Israéliens eux-mêmes puisqu’Israël prétend être un Etat démocratique !

Imparable : « on a droit à l’éducation comme les autres, au logement comme les autres, aux services publics comme les autres, à faire notre service militaire comme les autres, on veut le droit de vote comme les autres, on vous prie, pour éviter les frictions religieuses, d’adopter une constitution laïque, on vous prie de geler tous les droits  de propriété aux occupants actuels même s’ils sont sans titres.  On vous propose d’investir pour notre développement seulement la moitié des sommes que vous consacrez actuellement à votre budget militaire qui deviendra inutile. »

Oui, je sais. C’est tellement logique et tellement simple que cela n’a aucune chance d’arriver. Mais on peut causer, non ?

16 comments to Faire reconnaître un Etat Palestinien ? une mauvaise idée pour les arabes.

  • ranta

    Compliqué d’en parler. On peut avoir autant de raisons d’être anti sioniste que sioniste, et ces raisons elles même se contredisent. Il n’y a rien de clair, rien de clair et rien de clair dans cette histoire.

    La seule chose qu’on puisse peut être avancer est que la Palestine, jusqu’à ce que Pompée impose le protectorat Romain en -63 avant JC, n’ayant jamais été un pays mais toujours une division administrative d’empires se succédant l’idée même d’une partition n’était probablement pas si stupide que ça.

    Je vais y aller d’un point Z.E.N en disant que finalement la partition de l’Inde et la création du Pakistan pratiquement pour les mêmes raisons, un foyer musulman dans ce cas là, avait sans doute moins de raisons d’être.

  • ranta

    Sinon pour revenir à l’idée d’une assimilation des palestiniens je crois les israéliens pas assez stupides pour ne pas avoir compris l’ampleur de la menace. On en reviendra toujours à cette stupide guerre, stratégiquement désastreuse pour les Arabes, lors de la partition de 1948.

  • Aria

    Gonflé, cet article Léon! Malheureusement, je doute qu’une solution aussi simple soit autre qu’utopique… On peut causer, on peut rêver;-)

    Vous oubliez cependant dans votre analyse un facteur déterminant, les chrétiens qui possèdent pratiquement tout le foncier de Jérusalem. La Knesseth elle-même serait construite sur un terrain appartenant aux Orthodoxes.
    Par « Chrétiens » il faut entendre les Chrétiens d’Orient dont les Coptes et les Chrétiens d’Occident dont le Vatican qui est particulièrement présent dans la région, notamment sous l’Ordre de Malte qui possède et gère la maternité de Saint Jean de Dieu à Bethléem, laquelle accouche près de 80% des femmes palestiniennes… Vous croyez qu’ils leur donnent des conseils pour planifier les naissances ???

    Les Chrétiens ont tout intérêt à ce que le bordel règne à Jérusalem qui est leur raison de vivre, tout autant et plus que les Juifs. C’est pourquoi ils ont une politique d’alliance avec les Musulmans et qu’ils entretiennent le brasier de la guerre.

    • Lapa

      Les Chrétiens ont tout intérêt à ce que le bordel règne à Jérusalem qui est leur raison de vivre, tout autant et plus que les Juifs. C’est pourquoi ils ont une politique d’alliance avec les Musulmans et qu’ils entretiennent le brasier de la guerre.

      euh sources? arguments?
      je crois pas que ce soit aussi simple.

      • D. Furtif

        Oh là c’est du genre complexe
        Il y a d’abord les querelles entre chrétiens, catholiques orthodoxes et orientaux et les protestants qui réclament
        Si on y regarde bien , la situation d’avant 1966 était bien plus facile et gérable pour eux que désormais sous la seule autorité israélienne

        • Aria

          Merci Furtif d’avoir répondu à Lapa 😉

          Très égoïstement, j’ai plus de sympathie pour les Juifs que pour les Palestiniens.
          Quand j’étais à Jérusalem, je voyageais seule et vous ne pouvez pas imaginer tous ces arabes qui me collaient au cul, du harcèlement permanent. C’était insupportable jusqu’à ce que j’accepte d’être escortée par l’un deux. Enfin, je pouvais circuler tranquille mais en même temps obligée de supporter mon escorte …
          Les mecs juifs me foutaient la paix …

  • Aria

    Je suis allée en Israël en 1982 et un soldat (tous les israéliens sont soldats par intermittence) m’a dit un jour : ici, les ennemis sont à l’intérieur et à l’extérieur. Devant cette réalité objective, mes idées gauchistes de l’époque en ont pris un coup et je suis restée sur ces paroles et d’autres entendues au lac de Tibériade. Un lac encaissé au pied d’une montagne aride. Là on m’a dit : avant, on ne pouvait pas se baigner, les soldats syriens embusqués au sommet de la montagne nous tiraient dessus.

    Alors, bien sûr, on peut dire : mais pourquoi se sont-ils installés là comme on dit à propos de Marie Dedieu kidnappé au Kénya « elle n’avais rien à foutre là bas, quand on est handicapée, on reste chez soi…) (je fais un rapprochement d’actualité)
    On pourrait dire cela aussi de la Jordanie qui fut créée ex nihilo en même temps qu’Israël et qui ne subit pas les mêmes foudres. Ya même pas de printemps arabe ou d’indignés en Jordanie !

    Alors quand Ranta et d’autres disent qu’il faut revenir à 48, c’est aussi logique que remettre en cause toutes les frontières des états dans le monde qui sont tout autant le fruit de conflits, de rivalités, de politiques, le tout assaisonné de milliers de morts.
    Tant qu’on y est, refaisons la Macédoine, l’Arménie, la Pologne, l’Allemagne, le Canada et les USA…

    Malheureusement, le conflit entre Israël et les arabes est strictement politique et arrange autant les Arabes que les Occidentaux, les Musulmans que les Chrétiens, les Juifs autant que les Chrétiens et les Musulmans réunis. Personne n’a intérêt à ce que cet abcès de fixation politique ne guérisse;-(((

    • ranta

      Non Aria, je n’ai pas dit qu’il fallait revenir aux frontières de 48.

      J’ai seulement dit que cette stupide guerre de 48 a anéanti toute stabilité éventuelle : depuis quand voit-on une une nation laisser volontairement des conquêtes militaires ?

  • Lapa

    Je ne me prononcerait pas sur ce conflit. Prendre le parti de l’un ou de l’autre c’est s’assurer d’avoir tord sur certains points et de soutenir des actions et mouvements condamnables. Ne pas prendre parti et renvoyer tout le monde dos à dos est juste sans intérêt.
    Ce conflit paraît être un point de fixation important, qui vient s’inviter jusque dans notre politique locale, et doit avoir un intérêt primordial pour beaucoup de personnes puisqu’il n’a toujours pas été résolu (et ne le sera vraisemblablement jamais). Les profiteurs de cette radicalisation obligeant à prendre parti ne sont pas près de lâcher le morceau.
    La seule attitude valable à mes yeux est de considérer que, finalement, on s’en fout. Car la réalité est qu’il n’y a aucune volonté que la solution s’améliore. Pourquoi devrait-on perdre notre temps à forcément se positionner dans ce genre de merdier créée exprès pour diviser les gens et donner des réponses militantes toutes faites?
    Sans moi.

    • ranta

      Entièrement d’accord Lapa. « On » nous somme de prendre parti mais perso il y a longtemps que j’ai renoncé.

  • Aria

    Perso, le conflit israélo-palestinien est une épine dans mon coeur et je me garde de donner des leçons aux uns et aux autres qui y vivent ou essayent d’y vivre.
    Mais pour avoir visité Israël, le Liban et la Syrie, j’ai vu et entendu beaucoup de choses sur place et je suis en mesure de juger de la désinformation destinée à la propagande et à l’alimentation du fanatisme.

  • Léon

    Les gens de TLMIEB sont vraiment curieux. Une fois de plus c’est nous qui leur fournissons de quoi exister : leur truc c’est de dire à tout bout de champ qu’on est des cons et des racistes. Aujourd’hui ils font semblant de croire (enfin je pense, ils ne sont quand même pas idiots à ce point, quoique…) que la « solution » que je propose du problème Palestinien soit crédible, sérieuse et applicable, surtout dans l’immédiat. Tout le monde avait compris, compte tenu de l’énormité de mon propos, que c’était une conjecture, un peu une provoc, un truc pour stimuler la réflexion.

    En tous cas c’est raté pour stimuler la leur…

    Je viens d’acheter le dernier Michéa que j’ai un peu parcouru. Et je me marre en pensant à eux.

  • Causette

    Léon,je n’ai pas bien saisi cette partie? ou c’est une blague.

    Les Palestiniens qui, comme on le sait, ont une fécondité de population sous-développée et qui ont également amplement démontré leurs capacités à entreprendre malgré des conditions très défavorables, s’ils sont placés dans un environnement de « concurrence » pas trop faussée avec les Israéliens d’aujourd’hui, finiront par les submerger pacifiquement dans tous les secteurs, intellectuels, économiques, politiques, faisant perdre à Israël cette spécificité qui est à l’origine de tous ces problèmes, celle d’être un Etat juif.

    Selon des études publiées par Amnon Ramon, de Jerusalem institute for Israel Studies: au cours des 60 dernières années à Jerusalem le nombre de chrétiens a été divisé par deux virgule…, en 1946 = 31 000 en 2009 = 14 000, ils représentent 2% de la population de cette ville (4500 catholiques, 3500 orthodoxes). Le nombre de musulmans en revanche s’est accru, en 1946 = 30 000, en 2009 230 000.

    De plus, il faut dire que les juifs orthodoxes sont une minorité en Israël, bruyante peut-être mais minorité quand même. La grande majorité des Israéliens juifs ont une façon très libérale de suivre leur religion. Beaucoup de jeunes, filles et garçons, quand leur famille est ultra ils se barrent ailleurs dès qu’ils le peuvent, le plus souvent à Tel-Avis. C’est tout le contraire du côté musulman une minorité libérale contre une majorité ultra-religieuse, et les enfants restent prisonniers du clan, surtout les filles. Comment voulez-vous qu’ils prospèrent, les jeunes, dans tous les secteurs, intellectuels, économiques, politiques, dans ces conditions?

    • Causette

      (Tel-Avis) n’importe quoi 😆 Tel-Aviv :mrgreen:

    • Léon

      C’est un pari, une conjecture, Causette, sur leur intégration et donc leur évolution dans une société israélienne démocratique qui ne serait plus dans une économie de guerre.

  • Causette

    y’en a qui reffffont le match!

    et d’autres refont l’histoire!!! 638 : Le Calife Omar (634-644), annexe les territoires de Syrie et la Judée. Jérusalem tombe après deux ans de siège et les conquérants convertissent pacifiquement 😯 sur wikipedia.