Revue du Week-End: panique dans le quota mondain

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Quelle semaine idéale pour les journalistes qui peuvent enfin gloser sur autre chose que le manque de flotte pour les récoltes! Un mariage princier, une béatification, la mort de l’homme le plus recherché dans le monde et une affaire etnico-footbalistique franco française! Du bonheur à l’état brut je vous dit. Rien que pour en profiter j’ai failli aller prendre ma carte de presse chez mediapart: j’avais tous les atouts, puisque il doit me rester un enregistreur-dictaphone quelque part dans les cartons. People, religion, terrorisme et racisme: de quoi occuper le temps de cerveau disponible entre deux spots pour actimel et sa super bouteille en végétal recyclé véritable.

Mais qui trop embrasse mal étreint comme disait le mari de Maïté, alors concentrons-nous aujourd’hui  sur l’affaire la plus hallucinante de connerie, celle qui bat tous les records de débilité profonde et qui nous fait presque regretter le temps où, au fond de notre hutte en paille et en boue séchée, harassés par 15 heures de travail à peine entrecoupées de quelque brouet sans bifidus actif, nos ancêtres n’avaient pas accès au merveilleux monde de l’information tout azimut et ne se préoccupaient pas de savoir si les templiers avaient réellement été hérétiques et s’ils avaient été bien brûlés. Je parle bien sûr de l’affaire des quotas. Mélanger antiracistes de fonction et professionnels du football, on ne pouvait aboutir qu’à du bien lourd avec ce cocktail de cerveaux. Le prix Nobel n’était pas loin.

Les informations livrées par mediapart: sa perfusion pour subsister.

Je suis certain que les analystes autoproclamés des modes d’information et autres images intéricôniques se sont réjouis du fait que l’information « extorquée » par Mediapart confirmait leurs blablas sur la valeur de l’info selon qu’elle est livrée, indifférente ou pas.  Bon évidemment, ils auront sans doute oublié qu’aucun journaliste n’a été extorquer l’information, mais qu’elle leur a juste été livrée et qu’ils ont donc réagi au timing et aux infos imposées par une source, sans se préoccuper du possible intérêt de celle-ci (par exemple, les élections à la fédé qui arrivent…) quand on sait que les bandes audios datent de novembre… on est en droit de se demander quelle investigation a été faite sinon reporter fidèlement ce qu’on a bien voulu leur livrer; en y ajoutant une « analyse » digne des plus grands magazines people, pour nous promettre du scandale à l’intérieur. Bon l’icône du journaliste d’investigation, qui en réalité ne fait que calquer ses schémas mentaux à de l’info qu’on lui livre sous couvert de scoop en prend un premier coup.

Il faut dire que Mediapart a réussi à atteindre l’équilibre en septembre dernier et uniquement grâce à l’affaire Woerth-Bettancourt (et 200 000 euros de nos impôts), il convient donc de ne pas laisser retomber le soufflé et recapter des abonnements avec une histoire à raconter. Et ça va se voir dans la façon de traiter l’affaire: au compte goutte. On vous promet des révélations tous les jours pour faire durer le feuilleton. On n’est plus dans un dossier d’investigation là, où l’on sort un document cohérent, complet, analysé et interrogateur voir accusateur. On est dans la dénonciation à outrance avec livraison des éléments au bon plaisir du responsable de publication pour capter du public. Le story-journalisme pour alimenter le buzz en quelque sorte. Deuxième coup.

Une hystérie journalistique

La réaction à ces promesses de scoop, c’est la folie disproportionnée des commentateurs. Bon on passe de « trop de noirs et d’arabes en équipe de France » à « l’éventualité de quotas pour des binationaux a été évoquée ». Mais ce qui s’est dit à cette réunion, c’est indigne de la république. De ce point de vue là, on a retrouvé nos indignés habituels. J’ai également halluciné quand les présentateurs ont parlé de document accablant (sic) à la une de toutes les éditions: un graphique où le % de joueurs binationaux par tranche d’âge était indiqué et représenté par des couleurs. Oui un graphique avec des couleurs! Mediapart avait donc raison en parlant de quotas de couleurs. Un scandale sans précédent effectivement qu’un DTN, sans doute ex footballeur amateur,  sache utiliser Excel pour faire un graphique avec deux séries, et en plus les colorise. Bon il aura fallu attendre 4 jours pour que ce document sorte. Merci le journalisme. Sans ça nous aurions été condamnés à l’ignorance de ce fait hautement impactant sur nos vies. La prochaine révélation ce sera quoi? Roselyne Bachelot surligne ses titres en rose sous Word, le tout étalé sur 15 jours?

Un autre aspect qui est apparu ce sont ces commentateurs qui se sont mués en experts techniques du foot. Domenach, qu’on a connu plus intelligent et inspiré, estime que les binationaux ne sont pas un problème car la France crée de la richesse pour les autres et c’est beau. La belle naïveté est sans doute intéressante en politique mais en l’occurrence ce n’est pas parce que lui estime que ce n’est pas un problème, qu’un DTN n’a pas le droit de le remonter comme tel. Car le plus hilarant dans tout ça, ce sont ces mecs qui ont conspué  l’idée même qu’un technicien du milieu et confronté à un certain nombre de problèmes concrets qu’il estime importants puisse exprimer une idée qui soit contraire à ce qu’ils estiment être la réalité.  Donc les mecs qui n’ont jamais dû aller voir un pôle espoirs, se contentent , le cul sur leur chaise, de décréter que les binationaux qui sont formés par la France sont une richesse pour les autres et c’est pas grave et qu’il n’existe pas de sélection au physique chez les plus jeunes favorisant certains archétypes pour que toute personne disant le contraire soit taxée de raciste (notez avec délectation qu’on taxe  de racialistes les imbéciles qui préjugent que le fait d’être noir apporte des atouts  -explosivité et densité physique- et qu’on taxe de racistes les crétins qui  préjugent que le fait d’être noir apporte des faiblesses -intelligence-).

Le MacCarthisme moderne

S’appeler Laurent Blanc à notre époque c’est comme s’appeler Emilio Red sous Mac Carthy, ça porte au soupçon. Le sélectionneur a donc eu le droit à la police politique moderne qui a épluché sa vie et son œuvre: est-il vraiment raciste? (oui car raciste il l’est sans aucun doute, mais l’est-il vraiment? l’importance et l’ignominie de l’adverbe!) a-t-il eu des comportements proches du racisme? Sa femme est-elle bien d’origine algérienne? Son chien est-il noir? A-t-il eu des propos ou comportements répétés déviants par rapport à la pensée moderne d’amour entre les peuples et de métissage obligatoire? N’est-il pas trop terroir et pas assez cité? Tout cela sous la férule de notre Malcom X national qui porte des lunettes pour montrer qu’on peut être noir et avoir une tête d’intello, Thuram, et sous l’œil attendri de nos journalistes de mediapart, ravi de leur coup médiatique. Une enquête antiraciste haineuse qui n’est pas sans nous rappeler une certaine époque…

Dislocation de l’équipe Blacks-Blancs-Beurs

Là, j’avoue avoir atteint des sommets de poilade. Le déchirement du fameux (et faux) symbole médiatique de la réussite française d’intégration avec France 98. Si j’ai bien compris on a les blancs et les beurs d’un côté contre les blacks de l’autre; tous plus ou moins domiciliés hors d’atteinte de la fiscalité française d’ailleurs. Il y a de quoi se rouler par terre. On apprend avec délectation que notre Malcom X national, notre donneur de leçons anti discrimination, notre Martin Luther King au rabais, a voulu et obtenu une photo dans les vestiaires avec que les blacks dessus, mais c’est pas de la ségrégation. Bref, avalez les belles histoires et oubliez les problèmes: y’en n’a pas.

Une autre qui m’a collé par terre: Malek Boutih  qui nous fait un genre de coming out en nous  expliquant que dans cette affaire, « le racisme est manipulé ».  Alors là, venant d’un ex d’SOS Racisme dont le principe même était de manipuler si possible le racisme sur tout fait divers comme l’a raconté Serge Malik, j’en suis tout retourné, c’est simple: obligé de me pincer. C’est le monde à l’envers.

Voilà vous l’aurez compris, l’affaire symptomatique de toutes les tares de notre société, c’était celle-là et je m’en serai voulu de la louper.  Avec une seule conclusion:

A la vue de la composition des équipes respectives de Laurent Blanc et d’Edwy Plenel, c’est bien ce dernier qui aurait des quotas discriminatoires non? Quand l’importance n’est plus dans les faits, ni dans la réalité, mais dans les attitude et les postures!

16 comments to Revue du Week-End: panique dans le quota mondain

  • Buster

    Très bonne analyse de mon point de vue de cette affaire. (Mais je dois dire que je ne suis pas allé très loin dans mes recherches sur ce dossier et que c’est donc surtout du « ressenti »)
    Mediapart se conduit ici comme un opportuniste: scoop – buzz, et comme un agitateur : racisme – moralisme – humanisme.
    Le problème de l’agitateur sur ces terrains est qu’il peut déclencher des réflexes opposés aux buts supposés (ceux qu’il donne l’impression de poursuivre) qu’il peut, en foutant le souk, contribuer à renforcer les populismes extrémistes.
    Mais finalement peut lui chaut, le débat n’est-il pas toujours préférable au silence nous dirait Edwy ?

    Après « racisme », l’accusation suprême du bien-pensant, voici donc « quota » nouveau mot à manier avec les plus extrêmes précautions.

    Hier soir, lisant un passage de Churchill dans lequel il parle de la « race allemande » (la plus impitoyable d’Europe, selon lui) , après un instant de stupeur je me suis penché sur la définition donné par Wiki au chapitre « race humaine »
    L’article me semble assez bien fait et rend bien compte du parfait « casse-tête sémantique » dans lequel nous sommes avec ces mots qui en français, en anglais, en canadien… n’ont pas la même signification ou ont des significations très variables selon les périodes. On serait même tenté de dire selon les modes.

    Ironie de l’histoire, un de mes interlocuteurs sur un autre site, me faisait remarquer hier :
    « Buster, vous et vos acolytes avez un sens imaginatif de la liberté, en particulier d’expression, il est bienheureux que cela reste au niveau des écrits tant en suppure la vilénie.
    Je vous saurai seulement gré d’admettre qu’il y a sur notre planète deux catégories d’hommes, naïfs dans tous les cas, les uns qui pensent que nous avons été, que l’espoir n’est pas de ce monde, et les autres qui sont confiants et se renforcent à chaque jour. »

    Cet interlocuteur est, lui, sur la bonne rive du fleuve séparant le raciste de l’anti-raciste, alors que je dois me situer sans doute sur la rive opposée. Aucun moyen de naviguer sur ce fleuve.

    • yohan

      Une de nos clientes, revenue avec un cocard, vient de se faire agresser aujourd’hui à midi en plein jour dans le XXème par un jeune black qui lui a piqué son portable. Après, ces mêmes gens iront nous débiter leur laïus habituel pour cautionner nos  » besoins vitaux en immigration »

      • Léon

        Le vol de portable avec violence n’est pas une spécificité de jeunes noirs. Mais de jeunes délinquants dont il se trouve que certains soient noirs.

        • Lapa

          exactement: la seule discrimination évidente qu’apporte le vol de portable est celle de l’âge. Un voleur de portable doit courir vite et donc être jeune et en bonne santé.

          • yohan

            Un gars qui agresse une jeunette pour lui piquer son Blackberry, noir ou pas, ça devient banal dans ce quartier. On ne saurait rappeler aux jeunes filles bien mises, arborant un Iphone à l’oreille de s’abstenir de tenter ces pauvres jeunes, victimes de la colonisation, de la mondialisation et plus sûrement de la société de communication :mrgreen:

            • Buster

              En même temps un Blackberry c’est pas un Whiteberry.

              Sérieusement Yohan, ton exemple ponctuel et la façon de le dire sont assez éloignés de ce que moi je voulais dire. 🙁

          • ranta

            Et comme c’est les noirs qui courent le plus vite….. 😆 😆 😆 😆 😆

            Comme quoi, on peut facilement et rapidement fabriquer une fausse idée !

  • Lech

    Excellent !

    Merci Lapa.

  • asinus

    @Lapa
    yep
    jeu, set et match!

  • D. Furtif

    Rendez nous Raymond 8)

    • ranta

      Le Raymond, tout nul qu’il était, a eu pour lui d’avoir appelé un maximum des ces bi-nationaux en EDF pour éviter de les voir « partir ». Bien sûr, ce n’était qu’un pis aller tant il est impossible de tous les sélectionner.

      • Lapa

        j’ai oublié de faire le jeu de mot Domenach-Domenech… arf… voilà ce que c’est quand on écrit trop rapidement!

  • yohan

    Un jugement qui gagnerait à être dépaysé, tant cette lamentable affaire concerne essentiellement des exilés fiscaux. Je ne sais pas moi : aux Iles Caïmans ?, ce serait parfait non ? 😉

  • ranta

    l’affaire symptomatique de toutes les tares de notre société,

    On ne saurait mieux résumer Lapa.

  • Léon

    Au-delà de l’excellent analyse de Lapa, je voudrais le féliciter pour la qualité formelle de cet article. Je trouve que c’est vachement bien écrit… Bravo.

    • Lapa

      oh ma modestie naturelle en souffre le martyr! d’autant plus qu’il reste encore pas mal de fautes par-ci par là; mais c’est l’inconvénient de la relecture sur écran, on en loupe beaucoup!