Histoire de l’orgue: interlude musical, sonates et symphonies

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Cette semaine nous continuons notre petit interlude musical de l’association de l’orgue avec l’orchestre.

La dernière fois nous avions vu des concertos gentillets, avec des orchestres réduits, des registrations faiblardes, bref du menu fretin en quelque sorte où l’on entendait à peine l’orgue(1).

Cette semaine nous allons nous intéresser aux sonates et symphonies avec orgue.

Petite précision pour commencer

L’orgue est le seul instrument qui peut se targuer d’avoir eu des symphonies et sonates exclusivement pour lui, où il joue seul, remplaçant de fait l’orchestre. Ce sont par exemple les symphonies pour orgue de nombreux compositeurs. Les morceaux que je vous propose sont des sonates et symphonies avec orgue, c’est à dire que l’instrument prend une place plus ou moins prégnante dans le morceau mais n’exécute pas la partition seul. A ne pas confondre donc.

Certains morceaux peuvent être intitulés sonates, sinfonia ou symphonie, sans rentrer dans l’histoire de la musique, c’est une question de taille de l’orchestre et d’époque. Le principe étant d’alterner 3 ou 4 mouvements miroirs avec un ensemble représentatif des familles des instruments de musique.

Encore une fois la musique orchestrale nécessite un matériel adapté à l’écoute. Bannissez vos enceintes d’ordinateur, préférez le casque ou une chaîne Hi Fi, même si la prise de son youtube est loin de valoir le ressenti live.


Mozart sonate KV 336

Bon rien à dire de particulier; c’est du Mozart quoi toujours à la fois aussi simple, agréable, mystérieux et unique.

Les sonates de Guillmant

Alexandre Guilmant est un compositeur français organiste qui aura beaucoup d’influence, notamment dans l’école anglo-saxonne. Concertiste virtuose, professeur, titulaire de la Trinité puis de Notre Dame de Paris, son œuvre est très étendue. Nous allons voir différentes versions de certaines de ses sonates pour orgue.

Sonate n°1 mvt1

La même en live dans la cathédrale de Reims. Pour avoir joué là bas, on se demande comment ils ont pu sortir cette œuvre (à la console de l’orgue tu ne vois rien, tu es loin, enfermé et tu n’entends rien), le tout dans un édifice où la réverbération est de 5 secondes… je tire mon chapeau.

La sonate complète avec tous les mouvements et arrangement pour choeur de cuivres.

Voici le deuxième mouvement de la sonate numéro 2. Un très bel Adagio.


et voici le final de la n°1

ce même final exclusivement joué à l’orgue.

La fameuse symphonie avec orgue de Saint-Saens

Rendue « populaire »  par le film d’animation Babe, cette symphonie n’utilise l’orgue que pour les deuxième et quatrième mouvements. Ce dernier est donné quelques fois en concert sur des gros instruments en France, n’hésitez pas à y aller, on ne ressort pas totalement indemne du final.

http://www.youtube.com/watch?v=ym5vdazbMhE

Le deuxième mouvement est, à mon goût,  un exemple de complémentarité et de fondu entre l’orgue et l’orchestre.

Pour le quatrième mouvement, je vais donner le lien de plusieurs vidéos qui ont toutes leur intérêt.  Cela permet d’ouvrir le débat sur la localisation des concerts, l’interprétation d’une même œuvre, le rôle du chef d’orchestre dans le rendu final… et le rôle de l’orgue en lui-même car tous les instruments sont assez différents. N’hésitez pas à donner votre avis sur les différentes interprétations:

Quelle chance ont les londoniens d’avoir une salle de concerts comme cela…

http://www.youtube.com/watch?v=pny-Ily4SbE&feature=related

Pas de vidéo ici, mais une interprétation un peu différente (notamment le tempo)

Intéressant: comment assurer la synchronisation en étant perché loin de l’orchestre et ne voyant rien?

http://www.youtube.com/watch?v=BE6_oD2VrcU&feature=related

Toute la symphonie, le dernier mouvement commence vers 28′. Un tempo assez… lent.

Ranta voulait savoir ce que pouvait ressentir le chef d’orchestre? Je pense que le final de cette vidéo est suffisamment explicite.

Et le reste…

Deux erreurs communément commises: penser que l’œuvre pour orgue de Camille Saint Saens se limite à cette symphonie, et que celle-ci est la seule au monde à intégrer l’orgue. Voici donc quelques vidéos  d’œuvres complémentaires:


Charles Camille Saint-Saëns – Lauriers de « Cyprès et lauriers »


Th. Dubois: Fantasie Triomphale pour orgue et orchestre. Une pièce dont certains passages me font penser au God Save the Queen…

Après tout ce tintamarre, vous auriez peut être besoin de calme, alors la symphonie de Copland est pour vous. Très pastoral.

La symphonie concertante de Jongen est un exemple de musique du XXème siècle associant orgue et orchestre. Ici vous avez la célèbre Toccata, un des morceaux réputé les plus dur à jouer et qui n’est donc pas souvent donné en concert.

Bonnes (re)découvertes à tous!

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(1) le ton est volontairement provocateur, notamment vis à vis de Leon, mais je tiens à le préciser au cas où…

23 comments to Histoire de l’orgue: interlude musical, sonates et symphonies

  • D. Furtif

    Ahh Lapa si tu savais, ce Léon me cause bien du souci .

  • Lapa

    Programme assez copieux (et pourtant j’ai dû faire des coupes). Faut prendre tranquillement au coup par coup.

    A notez vous voyez une pochette de CD avec Ian Tracey à l’orgue de la cathédrale de Liverpool. Il a effectué beaucoup d’enregistrements d’œuvres d’orgue avec orchestre. Les interprétations sont de qualité, donc vous pouvez vous les procurer sans trop d’hésitation (dispo également sur les stores online je crois).

  • Léon

    Et il dit qu’il a fait des coupes ! Arrghhhh faut du temps pour écouter tout ça. 😯

    • Lapa

      pososlogie:

      premier jour, Mozart pour se mettre en jambe

      deuxième jour consacré à Guillmant: comparaison des deux mouvements de la n°1, écoute de l’adagio de la deux pour se reposer, passages sur quelques extraits de la retranscription pour orgue et cuivres, gardés pour plus tard.

      troisième jour: reprise de Guillmant, écoute des deux finaux.

      quatrième jour: consacré à la n°3 de Saint-Saens. écoute du mouvement n°2 et des trois extraits (mvmt n°3) dans la journée. On oublie la symphonie entière qu’on se garde pour plus tard

      cinquième jour: on continue avec Lauriers de Saint Saens et on change avec la symphonie de Copland. On garde Dubois pour plus tard

      sixième jour: le final de la concertante de Jongen, on peut revenir sur quelques autres extraits qui nous ont marqué.

      septième jour: écoute aux choix sur ce qui est remis.

      promis, pas de musique lundi prochain! 🙂

  • Causette

    Bonjour

    j’ai fait dans le désordre
    – Saint-Saëns à Notre-Dame de Paris
    – puis Lauriers et cyprès
    – là j’écoute la symphonie pastorale de Copland

  • D. Furtif

    Lapa tu veux ma mort. 😯
    Copland c’est pas mon truc.
    Je te donne rendez vous samedi car je suis pris Dimanche prochain.

    • Lapa

      euh Copland ça reste assez classique, légèrement teinté de dodécaphonisme mais franchement pour de la musique du XXème…c’est pas du Boulez ou du Messiaen.

      • D. Furtif

        Ouiffffffff mais mon goût musical , malgré les efforts de Léon, reste scotché à des époques bien plus anciennes.
        Comment dire ?????
        Rachma peut pas tout

  • Léon

    Bon j’ai écouté Mozart.

  • Léon

    Très réussi le concerto n°1 de Guilmant. Sur le plan sonore c’est magnifique, je retire honteusement ce que j’ai dit… 😳
    Question : la rangée de poussoirs-boutons que l’on voit au-dessus du pédalier, c’est quoi ?

    • Lapa

      Ce sont des « champignons » des boutons poussoir prévus pour le pieds et qui commandent certaines choses. On peut leur affecter l’accouplement des clavier, les tirasses avec la pédale, l’enclenchement de certaines combinaisons programmées, l’appel de certains jeux spécifiques (anches par ex).

      Au XIXème c’est un mécanisme à bascule qui permet, avec une « cuiller » d’accoupler les clavier ou le pédalier (on parle alors de tirasse quand le pédalier fait jouer les touches d’un clavier). Avec la création de différentes layes (souvenez-vous) avec différentes pressions où l’on place des jeux spécifiques, ces cuillers pouvaient commander l’admission d’air et donc l’appel ou non des jeux placés sur cette laye. Par exemple on sélectionne les jeux de anches à la console, puis quand il faut les enclencher, on utilise la petite bascule ce qui va mettre les jeux d’anches sélectionnés en « route » d’un coup. On peut les retirer de même.

      D’autres possibilités sont offertes, comme par exemple les accouplements à l’octave supérieure ou inférieure. Tout cela bien sûr rendu possible par les machines pneumatiques.

      Depuis l’électricité et l’électronique, ces cuillers ont été remplacées par des champignons poussoirs qui ont les mêmes fonction, plus également celle d’appeler éventuellement les combinaisons enregistrées dans un séquenceur (on y reviendra).

  • Léon

    Ouais, le même concerto dans la cathédrale de Reims, dur, dur : de la bouillie. Mais je suis très content d’avoir quand découvert ce compositeur. Sa symphonie aussi est superbe par les sonorités.

    • Lapa

      J’ai effectivement mis deux versions exprès. la différence est flagrante. En France nous avons très peu de salle de concert pourvue d’orgue (une qui va se construire à Paris si le budget n’est pas évaporé) à la différence des autres pays, du coup le programme est réalisé dans des édifices non prévus pour. La cathédrale de Reims est un exemple. Comment veux tu rendre quelque chose avec 5 secondes de reverb?

  • Léon

    Très beau l’adagio. Je suppose que lorsque tu parles de « sonates » il s’agit de symphonies » ?

    • Lapa

      C’est l’auteur lui-même qui a appelé ces morceaux des « sonates », mais en réalité, de manière formelle, il s’agit de symphonies. Du coup on retrouve un peu ces deux appellations.

  • Lapa

    Saint Saens n’inspire personne a priori? J’ai déjà perdu les auditeurs 😀

  • Léon

    Ca vient, Lapa. C’est juste que j’ai été très occupé ces temps-ci. Promis, dès que possible. 😥

  • D. Furtif

    Hé j’ai besoin de temps moi aussi.
    C’est ta faute aussi tu m’as entrainé dans des commentaires qui n’en finissaient plus chez Nogat.

  • Léon

    A y est, écouté la symphonie de Saint-Saëns (2e mvt). A la fois très beau et intéressant, merci de m’avoir fait découvrir ça. Equilibre parfait entre l’orgue et l’orchestre. La suite plus tard.

  • Causette

    Heureusement j’ai mis mon casque 😆 symphonie concertante de Jongen

    • Lapa

      il est sympa hein Virgil Fox? une bonne tête. Mais quel talent. Il faut être habité par le morceau pour pouvoir sortir ça.