Vers un féminisme voilé

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9782070380893_4_75jeudi 29 octobre 2015, par

Grosse Fatigue

J’ai toujours été féministe. Surtout à cause des punks en troisième. Ça vous collait des mains aux culs des filles comme on soupesait les potirons, mais pas qu’en octobre, et mes copines en souffraient, et j’étais bien incapable de leur péter la gueule, surtout que, bizarre, ceux-là plaisaient aux filles, je veux dire à d’autres filles.
Je suis toujours féministe. Surtout depuis que j’ai vu les regards des Rastas reluquant ma fille treize ans seulement. Ce n’est pas tant que je ne connaissais pas cette agressivité certaine de certains. C’est que je n’étais pas concerné.
Voilà, j’ai montré patte blanche.
Dans un forum lointain, j’ai été agressé par un personnage, l’un de ces commissaires de la novlangue comme il en existe tant, et qui se présente comme une femme, c’est-à-dire quelqu’un qui n’a pas de bite, à vrai dire, puisqu’elle nous soupçonne de penser grâce à cela, ce qui n’est donc pas son cas. Au-delà de la médiocrité du propos (l’exagération est telle qu’elle confine au ridicule), j’ai enfin compris pourquoi l’extrême-gauche soutenait les femmes voilées. C’est qu’il s’agit d’un aboutissement. A force de soupçonner les hommes d’être des violeurs en puissance, et je précise : tous les hommes, les néo-féministes dogmatiques oublient que l’utopie vraie serait de permettre à tous de séduire qui il veut, et de préférence par un regard subtil plutôt qu’à travers l’interface confuse de l’abattoir standard des sites de rencontres. Car, là encore : il faut montrer patte blanche. Quand l’une des intervenantes précise qu’une amie serveuse ne sourit plus aux hommes ; ses clients ; parce qu’ils veulent tous la séduire, j’en ai conclu qu’il était bien logique que devant une agression aussi permanente et universelle, qui renvoie les hommes à leurs particules génitales, la meilleure des mesures était d’empêcher les femmes d’être capables d’en faire autant, et donc de les voiler. Je ne suis donc pas étonné de voir pourquoi

Femmes tunisiennes 1er octobre 2013

Femmes tunisiennes
1er octobre 2013

l’on défend les femmes voilées, moi qui les considère comme des aliénées d’un pouvoir machiste d’un autre âge : c’est pour les protéger de cette capacité à plaire, à ce pouvoir séducteur qu’elles ont aussi, et qui est l’apanage de quelques rares sociétés libres.
Je dois aussi avouer qu’ayant fréquenté les Etats-Unis dans un temps lointain, j’ai été étonné de voir à quel point les hommes et les femmes se comportaient très différemment, remplissant des rôles prédéterminés avec vaillance et sans aucun sens critique. A ma première visite de Boston, je fus étonné de voir à quel point les groupes étaient unisexe, et qu’il était très rare de voir hommes et femmes se mélanger lors du déjeuner. Il est vrai aussi que dans ce subtil pays de l’apartheid de ceux qui l’aiment, il existe des écoles pour garçons et des écoles pour filles, mais aussi des écoles pour garçons noirs et des écoles pour filles noires, et je rajouterai : etc.
Dans leur pragmatisme souvent absurde, les Américains aiment à créer des catégories distinctes. Celles-ci servaient autrefois à la détestation générale, et légale, et plus particulièrement celle des blancs envers les noirs. Aujourd’hui, par une dérive sémantique redoutable, elles donnent l’illusion à chaque communauté de se protéger de l’agression de toutes les autres. Et ça fait du monde… Ainsi donc, ma féministe endiablée dans le forum lointain n’est-elle plus capable de ne voir QUE des agressions et des viols dans les regards des hommes. Car l’autre est alors réduit à une catégorie hostile, ultime aboutissement de l’idéologie US qui nous gouverne, et qui fout une sacrée merde – que l’on me passe l’expression – dans le monde entier.
Que l’on me comprenne bien : je ne nie aucunement les horreurs perpétrées sur les femmes par des connards. C’est une plaie perpétuelle, contre laquelle il faut lutter. Mais étendre à tous les hommes les attributs des violeurs, c’est faire peu de cas de notre liberté, celle de la séduction. Car autrefois ne l’oublions pas, il était hors de question de dire, de montrer, de suggérer même que quelqu’une vous plaisait : on arrangeait les mariages et le temps était compté. La drague est un privilège occidental me semble-t-il, et dans certains cas, on est décapité pour moins que cela…
Et si des femmes se voilent pour se protéger d’un machisme communautaire, c’est sans doute parce que ce qu’il reste de l’idéal républicain a été vendu au plus offrant, n’est-ce pas ?
En un mot comme en cent : vive les femmes !
(Et Reiser, et Desproges !)

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Article précédent, le 28 octobre 2015 : D’autres avant nous.

 

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Grosse Fatigue

9 comments to Vers un féminisme voilé

  • D. Furtif

    Sitôt publié sitôt commenté.
    Je vous invite à suivre le lien que vous donne fatigue vers un site lointain .
    On y trouve des commentaires pas piqués des vers….
    .
    Mais c’est ici que je dirai plus tard ce que je pense des fausses féministes parlant au nom des femmes.

  • Leon

    Ce n’est pas trop la question des féministes « main stream », celles dont on connaît les positions depuis les années 70 : je trouve ici très intéressant ce point de vue qui intègre la question de la séduction, qui me semble totalement absente de leurs discours. C’est un point de vue de mec hétéro qui finalement rejoint le féminisme, mais en le contournant totalement. Bon je ne suis pas très clair, je sais, mais il y a toujours une question qui m’a embarrassé chez les féministes : certes elles refusent que les femmes soient des objets sexuels, mais quid d’être des sujets sexuels ? Car, alors, cela change, je trouve, pas mal de choses, et ce texte de GF en est une magistrale démonstration. Je l’ai envoyé à Anne Zelensky qui aime bien ces points de vue décalés; elle n’a pas encore réagi, mais avec son accord, si elle le fait, je vous tiendrai au courant. .

    • D. Furtif

      Bin après un séjour jardin en raison de l’éblouissante matinée….
      .
      Il se trouve que le discours féministe a été abusivement dicté et contrôlé par des femmes qui ( on s’en doutait un peu mais on le découvre aujourd’hui) se revendiquent d’un tout autre genre que le féminin ➡ le genre LBGT
      Pas étonnant que, ce que les femmes ont toujours considéré comme un hommage aient été par celles là considéré comme un harcèlement.
      L’incapacité des femmes à faire le ménage dans ce qu’elle revendiquaient comme leur organisation propre, cette fausse solidarité entre femmes assumées et celles qui se refusaient haut et clair d’ en être nous a mené à des positions délirantes.

      1. Chaque homme est potentiellement un exploiteur et un violeur en puissance….Voire le discours que nous avons connu par l’une d’entre elles

      En gros elles se sentaient plus proches d’une Christine Lagarde , d’une Golda Meir ,femme de Mao: Jiang Qing etc …etc ….que de leur collègue de travail, leur père frère , fils ou mari….Elles le proclamaient bien fort:
      la solidarité de femmes avant la solidarité de classe.
      Il est d’ailleurs assez « drôle » que l’organisation des femmes en France ait subi la même histoire de captation par une clique qui n’en avait rien à faire selon des méthodes déjà vues dans le mouvement ouvrier.
      .
      Ce préambule est là pour répondre à ton interrogation.
      .
      Comment se fait-il que la question de la séduction revendiquée par l’immense majorité des femmes soit devenue la chose honteuse sous la férule de ces usurpatrices
      une question de trahison,
      de passage à l’ennemi
      voire une question systématiquement poussée sous le tapis?
      L’histoire 40 ans après nous a donné les réponses….
      Celles qui parlaient au nom des femmes n’en avait rien à faire.

  • D. Furtif

    Il est peut-être possible que Fatigue ait rencontré notre copain RENEVE….

    Qui est pour le voile
    Voile qui le protège de ses pulsions à lui

  • ranta

    La mad meg là, c’est la soeur de Waldingo ?

  • D. Furtif

    Comme on n’est jamais mieux servi que par soi même
    Je suis allé chercher une réponse illustration chez Fatigue lui même.

      1. .
        « J’aurais aimé oublier ce bar en bordure de l’océan, son pélican et cette femme qui ne voulait rien me dire parce qu’elle me considérait comme un ennemi naturel des femmes – étant un homme – et des Noirs – étant un blanc. J’aurais pu lui prouver que je n’étais pas plus blanc qu’elle, puisqu’il suffit d’y croire, mais ses croyances étant ce qu’elles étaient, tout devenait inutile. Parfois, il n’y a pas de dialogue possible, surtout chez les croyants. Imaginez qu’un zélote accepte ne serait-ce qu’une seconde, et très sincèrement, l’inexistence de dieu… Où irait-on ? »
        .
        .
        ………..
        .
        Quelques intellectuels ont cru bon ramener les études binaires des campus américains dans nos universités à nous, et me voilà donc accusé à nouveau d’être un mâle blanc et montré du doigt comme tel ici-même, à coup de # et sans bémol. C’est si facile. La nouvelle doxa de cette gauche idiote consiste à faire de l’essentialisme un horizon indépassable. En abandonnant l’égalité au profit de la diversité, en obéissant au canon USA qui veut que les minorités aient raison contre une majorité imaginaire, en nous disant comment se penser et en nous montrant du doigt, nous voilà impuissant à nous aimer, nous parler, dialoguer et nous reconnaître comme nous devrions nous reconnaître. Ce structuralisme binaire (SIC) et bien-pensant, ce politiquement correct absurde aura fini de nous noyer dans l’impuissance et le quant-à-soi

    .
    Ceci dit
    Je suis furieusement jaloux

  • Lapa

    très intéressant ce texte. Pas mal Léon le principe de sujet sexuel, à voir effectivement.

  • Lapa

    il y a encore quelques indécrottables féministes qui considèrent l’acte sexuel même consenti comme une relation de domination et la pénétration comme la preuve de cette domination.
    On ne peut rien pour elles, mais on comprend leur rejet total de la séduction qui mène à cette pente dangereuse!

    • ranta

      Le dernier avatar du féminisme à la con est la théorie du genre.

      A vouloir nier les différences qu’il y a entre hommes et femmes « on » rase tout et « on » dit instaure une égalité dévoyée qui n’a aucun sens.