Le Wahhabisme une impasse historique _ La Syrie N°4

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C’est ici l’histoire d’un mouvement dangereux qui a connu ces derniers temps une expansion vertigineuse, surtout chez les jeunes. Profitant de la situation politico-socio-économique dégradée (du monde musulman) ce mouvement a profité historiquement du manque d’autorité religieuse compétente et reconnue en la matière. L’autorité étant depuis des siècles  chez l’ennemi Turc il était moralement justifié de la contester. La revendication politique d’indépendance l’exigeaitOttoman_Syria

Les wahhabites soutenus depuis leur apparition par les occidentaux, puis par les seuls britanniques et enfin les américains ont su profiter du pétrodollar pour exporter leur idéologie dans le monde.

Apparition de la doctrine Wahhabite

Les wArabia1923ahhabis ne sont à la Mecque que depuis peu _1750 et pendant longtemps ils ne le seront que par intermittence seulement . Les territoires sacrés étaient auparavant sous l’autorité religieuse de la descendance du Prophète ( les Hachemites du Hedjaz) et sous l’autorité politique et administrative de Constantinople qui avait raflé sans discussion le califat (Califat Ottoman). En ce temps là on suivait librement, les Mawâlîd ( le livre des nativité ou des anniversaires ) et on visitait sans restriction les tombeaux des saints hommes…

La théologie wahhabite se réclame, elle, du « Kitâb al-Tawhîd » ou  » Traité de l’unicité divine  » de Muhammad Ibn ‘Abd Al Wahhâb An-nadjdî  ( né vers 1703). Le wahabbisme appartient à : ce que certains « savants » sunnites spécialistes appellent « As-salafiyya An-nassiyya» ; c’est-à-dire la « salafiyya » qui se contente strictement du texte . Son projet est d’imposer un traitement juridique strict et catégorique à toute question, toute situation, toute affaire, sans tenir compte du temps et de l’espace (du contexte)

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Le Wahhabbisme se caractérise entre autre par les points doctrinaux suivants:
1- Il impose un avis unique même pour les sujets connus pour leurs interprétation variables et divergentes par les « savants » ( il ne peut donc y avoir de divergences entre wahhabites)

2-Il impose une lecture à la lettre ( par exemple les Wahhabites fixent une localisation précise à Dieu )

3-Il s’oppose à ce qu’un musulman novice Muqallid doive suivre l’enseignement d’une des quatre écoles (madhâhib), dans son parcours d’étude l’ijtihâd.

4-Il permet à tout Muqallid d’accéder à l’effort juridique (Ijtihâd) sans considération des normes et règles émises par les savants des quatre doctrines et autres (ce qui est très dangereux), En fait n’importe qui peut se prétendre n’importe quoi sans contrôle ni quoi d’autre

5- Il condamne toute notion d’innovation même licite (balayant les avis des anciens « savants » de la sunna

6-Il proscrit la notion d’intercession le tawassul par les ancêtres morts alors qu’ elle est autorisée par les courants soufis, chiites et alaouites et inscrite dans le Coran : la supplication de Dieu par la faveur du Messager ou des saints vivants ou morts

7- Il se désigne lui-même comme « le groupe sauvé » en excluant tous ceux qui ne sont pas en accord avec lui comme non conformes aux « traces des salafs ».

8- Et comble du comble il ne tolère aucune divergence et accuse les soufis, les ash‘arites et beaucoup de musulmans, de mécréance (kufr) et d’hérésie.

Une mer de sables sur la route des Indes sous des regards attentifs

Dans un monde musulman sous la domination militaire des Ottomans, le Califat de Constantinople était un couvercle mental supplémentaire sur les Arabes. Aussi, les ennemis de la Sublime Porte étaient-ils à l’affût de la moindre divergence, du moindre soubresaut qui aurait pu entamer son hégémonie. Les us et coutumes des bédouins ne se préoccupaient pas trop de hautes considérations, ni de haute politique. Pour les bédouins : empiéter sur les champs de la zone cultivée par leurs coreligionnaires agriculteurs, aggravant la condition matérielle de ces derniers déjà oppressés par la fiscalité, ne les gênait pas du tout. Les seuls moments dans l’histoire où ils ne l’avaient pas fait coïncidaient avec les périodes où un pouvoir fort pouvait les châtier pour ces débordements. Durant ces périodes ils comprenaient la loi. Racketter de plus en plus systématiquement les caravanes Baghdad <=> Alep ou Damas <=> La Mecque ne les embarrassait guère non plus. Constantinople trop loin et trop impuissante laissait faire.
Comme une sinistre « divine surprise » le wahhabisme survint pour  offrir à la plus arriérée des tribus le prétexte religieux qui lui manquait. Le chiisme était déjà pris par les Perses et certaines tribus sédentarisées d’agriculteurs du Liban. Arriération et religion firent l’effet d’un carburant sur le goût irrépressible de la razzia des bédouins.
Merveilleuse opportunité que des spectateurs attentifs ne manquèrent pas de signaler à leurs employeurs Parisiens et Londoniens……Nous y reviendrons
Les agents de ces deux Nations cherchèrent sans honte les ou le traitement qui pourrait aider, pour leur plus grand profit , « L’homme malade de l’Europe » à accélérer son agonie.
Les Français et les Britanniques assurèrent les Bédouins de leur soutien . Des fonds importants sortirent des coffres pour prendre la direction des sables d’Arabie ___ tout pour aider à la mise à mal du Califat ottoman et de son empire.

Les vaisseaux du désert ne manquaient pas de sponsors.

On ne peut le nier : les circonstances de l’ apparition du Wahhabisme sont liées à un besoin objectif de réformes sociales et de libération religieuse d’une société marquée à l’époque par les superstitions et l’ignorance… Mais, il faut bien voir , que leur arriération culturelle ne leur fournissait qu’un corpus très éloigné des acquis de la démocratie athénienne et du droit romain . Il ne faut pas confondre droit de faire n’importe quoi armé d’un cimeterre avec l’émancipation des peuples .
Ils ont puisé dans ce qu’ils avaient : un ramassis de doctrines puritaines rompant même avec les quatre doctrines reconnues par l’ensemble de la Umma (communauté).
Le nationalisme arabe (une identité arabe contre le Califat Ottoman) ne partait donc pas du meilleur pied . On peut même dire que jamais l’idée d’unité arabe n’avait jamais eu d’aussi piètres « promoteurs » Quant à l’unité d’une Syrie unifiée ce n’était même pas une bonne blague. Sans rire : on se demande qui aurait pu y penser

Expansion et contamination du monde musulman

Le prophète lui même disait qu’il n’y avait rien à espérer du Nadjd: « Du Nadjd se lèvera la corne du Satan » C’est dire la considération dans laquelle le prétendu beau modèle tenait les Arabes du centre.
Il en sortira des gens qui ne comprenne du Coran que l’extérieur, le sens du Coran ne parvient pas à leur cœur…..Comme un prophétique pressentiment du Prophète, comme une allusion à Khadija et aux violentes querelles de succession .
Pourquoi le mot wahhabisme ?
Le prédicateur théologien du XVIIIe siècle, Mohammed ben Abdelwahhab (1703-1792) fondateur du mouvement réformiste lui lègue son nom et le dirige à distance, depuis la région peu peuplée du Nejd. Il appelait, nous l’avons vu , à un renoncement radical avec toutes les anciennes pratiques , remontant à l’antiquité parfois, que les populations avaient mélangées au culte unifié et austère prêché par le Prophète

Cet Abdelwahhab préconisait une purge des pratiques populaires telles que

  • le « culte des saints »,
  • la visite des zaouïas et tombeaux, qu’il considérait comme de l’idolâtrie (shirk),
  • Il proscrivait de même toute innovation dans l’Islam (bid’ah)
  • Pendant qu’on y était il rajoutait un supplément de condamnation du chiisme ce qui permettait de condamner toute la spiritualité de cette hérésie ainsi que toute velléité de modernisme

Mohammed ben Abdelwahhab et Mohammed Ibn Saoud  la grande alliance

Comme les affaires de Gilbert Bourdin Abdelwahhab ne connaissaient pas un succès fou , il en vint à la conclusion que la pureté et la force de l’idée manquaient de la finesse et de la force d’une lame . L’idée d’une alliance avec un homme pouvant lui amener un sabre lui parut judicieuse . Il passa alors un pacte avec un chef local Mohammed Ibn Saoud  qui amenait dans la corbeille de l’union

  • l’obéissance politique ,
  • la promesse de protection et la propagation du mouvement wahhabite.
  • En bref « la puissance et la gloire » et le gouvernement sur la « terre et les hommes».

Le mouvement reste centré sur le principe de Tawhid, ou l’ « unicité » et l’« unité » de Dieu. Par souci d’authenticité , pour faire « style », on ira chercher quelques écrits du théologien médiéval Ibn Taymiyya et de son précurseur Ahmad ibn Hanbal25. De toute façon tout ça c’est pour l’esbroufe et s’adresse à des gens qui ne savent pas lire.
Et roule ma poule en avant vers la fondation du royaume d’Arabie et l’unicité de la famille Saoud .
Porté par les sabres des bédouins et les fusils anglais, le wahabbisme impose ses principes archaïques et vidés de toute spiritualité dans la majeure partie de l’Arabie – de la Mecque à Oman – (de la Mer Rouge au golfe Persique) dès le début du XIXè siècle.
Mais , fin de la splendeur , son influence s’est peu à peu restreinte au petit domaine originel du Nedjd dont la capitale est Riyad. Noyau du royaume de ce qui sera plus tard le l’Arabie saoudite par la fusion du Nadjd et du Hedjaz ( région côtière de la Mer rouge).

Le rôle pernicieux des docteurs

En Islam, les ‘ulamâ’ : « docteurs de la loi divine (sharî ‘atun) et de la doctrine (madhhab) » étaient consultés par les « qâdi » (sorte de juges , agents de l’autorité légale).  Les « docteurs de la loi divine » en profitèrent pour réclamer aux Turcs (et obtenir) le droit d’être seuls dépositaires de la loi  dans une sorte de fusion entre le civil et le religieux. Alors que les légistes de la presque totalité du monde    étaient parvenus  à dissocier l’un de l’autre , du coté de l’islam on y retournait sans retenue.    C’est dire la capacité de soumission inscrite dans cette religion.
Pas vraiment venus pour apporter la libération des peuples les Ottomans saisirent l’occasion et réorganisèrent l’ensemble des autorités religieuses sur cette base en établissant une hiérarchie de « muftis », juristes à qui l’on demandait des avis et qui promulguaient les « fatwa » après avoir consulté les « docteurs ».
Simplement consultatifs jusqu’au Xè siècle leurs avis deviendront peu à peu , par contamination et rapports de force, contraignants et étendus à toutes les relations sociales. Le Califat étant Turc Constantinople estimait n’avoir rien à y perdre.

Cette structure juridico-religieuse fut abolie en 1924 (chute du Califat Ottoman).

 

À l’entrée du XIXè siècle ce prosélytisme militant mène progressivement à l’unification politico-religieuse de l’Arabie centrale. En 1801, galvanisés par les docteurs de la loi (oulémas) wahhabites, les bédouins mettent à sac Kerbala au Nord Est, la ville sainte du chiisme , puis, deux ans plus tard, ils s’emparent de La Mecque à l’Ouest. Lorsqu’il entre dans la Grande Mosquée, Saoud fracasse lui-même les statues érigées par les shérifs traités d’« idolâtres », plusieurs dizaines de corps de métiers furent interdits car considérés comme hérétiques….

Face à ce soulèvement contre l’autorité temporelle et spirituelle du califat ottoman, la Sublime Porte réagit et ordonne aux différentes autorités locales de tout mettre en œuvre pour enrayer l’expansion wahhabite et reprendre les Lieux Saints de l’Islam à celui qui se fait appeler Saoud le Grand . En 1808, son royaume s’étend, en effet, sur la quasi-totalité de la péninsule arabique de la mer Rouge au golfe Persique. Seul le sultanat ibadite de Mascate, situé au sud-est de la péninsule, échappe à son contrôle.

C’est l’époque où les bobos occidentaux du moment trouvent un charme fou aux sables du désert et à l’archaïsme religieux si « typiques» des bédouins

Nous y reviendrons. On ne dit rien de la fille du bédouin .
Mais l’Orient reste l’Orient.2000px-Egypt_under_Muhammad_Ali_Dynasty_map_en.svg

Si l’Ottoman faiblit, d’autres que les français et les anglais sont aux aguets pour profiter de ses défaillances.
Nous le savons depuis Saladin , l’Égypte a toujours un œil sur la Syrie

Les Saoud sont battus en 1818 par l’armée Égypto-Turque de Muhammad ‘Ali, agissant pour le compte de la Sublime Porte. Ainsi, les villes saintes reviennent sous l’autorité d’Istanbul.
Le petit-fils du prédicateur Mohammed ben Abdelwahhab est fusillé par ses propres troupes et l’imam Abdallah ben Saoud ben Abdelaziz décapité à Istanbul et sa tête jetée dans le Bosphore.
Se querellant entre eux et se liquidant les uns les autres les quelques Saoud restants sont obligés de s’exiler au Koweit alors protégé par la Grande-Bretagne, ennemie de l’Empire ottoman.

Mais les Arabes restent les Arabes

Sharif Husayn

Sharif Husayn

 

Ibn_Saud_1945

Ibn Saud 1945

Une branche rivale les Râshidi de la cité Hail   ( voir carte)  soutenue par les Ottomans écarte brièvement les Saoud et les contraignent à l’exil au Koweit.
Plus de Saoud ?
La protection britannique joue à fond.
C’est ainsi que nous les voyons revenir en force en 1901 sous la direction de ‘Abd Al-Azîz Ibn ‘Abd Ar-rahmân, dit Ibn Saoud. Ils reconquièrent le Nedjd et sur leur lancée et à la faveur des trahisons britanniques arrachent les

Villes Saintes de La Mecque et Médine aux Hachémites en 1926).
Peu de peuples auront été autant trahis que les Hachemites et leur Sharif Husayn

Les Saoud n’auront plus qu’à régler les problème internes avec les Ikhwan miliciens religieux fanatiques qui , mécontents des limites imposées par les accords diplomatiques, attaquent du coté de l’Irak et de la Jordanie dans le but de continuer à établir la toute puissance wahhabite. Même le roi avec ses téléphones et ses voitures ne trouve plus grâce à leurs yeux !
Pour aider le prince à comprendre que ça ne peut plus durer, les anglais viendront bombarder le Nadj après

Ikhwan

Ikhwan

une attaque supplémentaire des Ikhwan sur le Koweit
À la fin en 1929 Abd el Aziz Saoud secondé par 4 avions britanniques et équipé de 200 véhicules militaires moderne écrasera leur soulèvement ( des Ikhwan) exécutera les chefs et incorporera de forces les survivants.
Le Roi d’Arabie en 1926 à la Mecque règne désormais sur ce qui deviendra en 1932 le Royaume d’Arabie Saoudite.

Il peut être utile de savoir que les services anglais pendant qu’ils promettaient Damas et toute l’Arabie à Hussein, promettaient la même chose à Ibn Saoud , la Syrie aux français et un morceau de la Palestine aux Juifs . Un des agents anglais les plus actifs dans cette manœuvre

apparemment contraire à celle de Lawrence s’appelait John Philby ( le père) . Mais ils partageaient tous deux  les enseignements de leur mentor commun Gertrude Bell  . Ce Philby-là joua le rôle le plus éminent pour inviter les Saoud à lâcher Londres et à changer de Sponsor au profit des USA .
Kim Philby, le fils, retiendra la leçon.

 John Philby ( le père)

John Philby ( le père)

 

C’est la découverte d’immenses réserves de pétrole dans le sous-sol de l’Arabie qui permettra à la toute nouvelle dynastie des Saoud d’asseoir son pouvoir absolutiste et théocratique. Elle permit aussi aux Saoud de financer la propagande en faveur du wahhabisme, doctrine officielle du régime. Le but avoué des Saoud est, en effet, d’imposer le wahhabisme à l’ensemble des nations musulmanes, voire, au monde entier. . On estime que les wahhabites sont au nombre de 8 à 10 millions, ce qui représente bien peu de chose par rapport à l’ensemble des musulmans (moins de 1% du total). Mais ils disposent de ressources financières considérables, sans doute égales ou supérieures à celles dont disposent les autres mouvances islamiques. En plus, toutes les mouvances islamiques se sont plus au moins « abreuvées » imprégnées  de la doctrine Wahabbite grâce à la diffusion large et généreuse de leurs livres (contre les soufis, contre la sainteté en Islam, contre l’intercession (tawassul))
L’exportation du Wahhabisme
Propulsée et protégée par ses alliés US , depuis les années soixante, la famille royale saoudienne et ses alliés wahhabites s’emploient à une politique active de prosélytisme international, propageant la conception wahhabite au delà des frontières du royaume. Grâce aux importantes ressources financières dont elle dispose, l’Arabie saoudite favorise l’idéologisation, selon la conception wahhabite, d’États tels que le Pakistan et le Soudan.
Ainsi, l’Arabie Saoudite a financé directement ou indirectement la création et le développement de mouvements islamistes radicaux poussant parallèlement certains autres mouvements islamistes à une radicalisation dogmatique et/ou politique.
Du Daguhestan à l’Algérie en passant par l’Afghanistan, de nombreux groupes islamistes ont pu bénéficier des largesses saoudiennes, ce qui ne veut pas dire que tous les groupes qui ont reçu des financements du royaume saoudien se réclament de la tendance wahhabite ou que ceux qui ont effectivement adopté les préceptes du wahhabisme sont des mouvements importants ou influents dans les sphères religieuses et politiques des États musulmans.
Mais que deviendrait l’économie occidentale sans ce couvercle mental imposé aux centaines de millions de miséreux des Philippines à Rabat?

3 comments to Le Wahhabisme une impasse historique _ La Syrie N°4

  • Leon

    J’ai toujours pensé que laisser à des débiles dangereux la possibilité de s’enrichir au delà de l’impossible était une faute politique majeure. L’occident la paiera et d’ailleurs la paye déjà.

  • D. Furtif

    Une illustration fournie par un ami de la volonté simplificatrice et réductrice du wahhabisme

      1. Le protecteur de Muhammad.
        (Ibn Khaldun, Livre des Exemples p. 306
        ).

        Abd al Muttalib mourut lorsque le prophète avait huit ans. Il le laissa sous la tutelle de son fils Abu Talib. Celui-ci fut pour lui un bon tuteur et un bon éducateur. L’enfance et la jeunesse du prophètes ‘étaient déroulées de façon merveilleuse.72

        La tombe d’Abu Talib.
        (J. L. Burckhadt, Travels in Arabia, Londres, 1829, p. 129
        ).

        Un peu au devant de la maison du shérif, et au bout du Mala, se dresse la tombe d’Abu Talib, un oncle de Muhammad, et père d’Ali. Les Wahhabites ont réduit le monument qui recouvrait la tombe à un tas de décombres : et Muhammad Ali Pasha n’a pas jugé opportun de le faire reconstruire. AbuTalib est le grand saint patron de la cité : et il y a beaucoup de gens, à la Mecque, qui bien qu’ils aient peu de scrupules à violer un serment fait au nom d’Allah, seraient très anxieuses d’invoquer le nom d’Abu Talib pour sacraliser un mensonge. “Je jure sur la mosquée”, “je jure par la Ka’ba” sont
        des exclamations constamment employées par les Mekkawi73 pour en imposer aux étrangers : mais jurer par Abu Talib est une imprécation beaucoup plus grave et elle est plus rarement utilisée dans ces occasions. De l’autre côté de la tombe en ruine se dresse une fontaine publique…

    .
    C’en est fini des pèlerinages aux tombeaux

  • D. Furtif

    Pas de honte , au contraire. Je me flatte d’aller à la recherche de blogs qui répondraient à toutes mes questions. C’est d’ailleurs ce qui m’anime toujours quand je vous fais quelques articles.
    Alors ???
    j’ai trouvé bien mieux que mon article.
    Sur un blog que je n’ai pas fini de piller.
    .
    .

        1. II – Un fait intrinsèque au monde arabo-musulman

          La thèse que je vais développer est que l’extrémisme religieux naît et se réactive à chaque menace de dislocation de l’identité musulmane orthodoxe. Cela se vérifie et se discute historiquement, et je vais brièvement le montrer en parlant des racines de l’extrémisme musulman.

          Les islamistes d’aujourd’hui puisent leurs programmes et leurs idées principalement dans le corpus de trois ou quatre théologiens ; l’un du IXe siècle : Ibn Hanbal, l’autre du XIIIe siècle, Ibn Taymiyya. Plus près de nous, c’est Abd El Wahhab pour la fin du XVIIIe siècle, qui donnera le wahhabisme, puis, contemporain des totalitarismes russes et allemands dont il s’est inspiré, c’est Al Banna, le fondateur des Frères musulmans, organisation internationale qui a par exemple la mainmise sur les institutions musulmanes françaises — chacun de ces théologiens simplifiant un peu plus la complexité des travaux de leurs prédécesseurs tout en radicalisant la doctrine.
          .

          Ibn Hanbal, quelque deux cents ans après la mort de Mahomet, est le premier théologien à prôner un retour au mode de vie des « salafs » — c’est ainsi que sont qualifiés les « anciens » des temps primordiaux de l’Islam. A cette époque, l’orthodoxie musulmane est alors directement menacée par un courant théologico-religieux ultra-rationaliste, fondé sur l’interrogation et l’interprétation des textes religieux et de tout le corpus hellénique : les Mutazilites. Le calife en personne, Al Mamun, épouse les idées de ce courant qu’il place sous sa protection. En face, les littéralistes, ceux qui, à l’instar de Ibn Hanbal, prônent une application à la lettre du message coranique et de la tradition, « la Sunna », et qui refusent toute interprétation rationaliste ou philosophique des textes, sont alors pourchassés, emprisonnés, torturés, exécutés pour la plupart par le pouvoir califal. Mouvement bref, les Mutazilites seront, moins de trois générations plus tard, à leur tour pourchassés et exterminés par le pouvoir redevenu orthodoxe, sous le califat d’Al Mutawakil, descendant d’Al Mamum, qui tient à l’écart du pouvoir les théologiens excessivement littéralistes dont les écoles sont de nouveau tolérées.
          .
          Un autre théologien émerge à la fin du XIIIe siècle, c’est Ibn Taymyya, disciple d’Hanbal dont il radicalise la pensée. Lui aussi émerge à un moment critique pour le monde arabo-musulman : à peine sorti de la dernière croisade, le monde arabe est confronté à l’offensive mongole avec notamment le sac de Bagdad… Parmi l’impressionnante somme des écrits de ce théologien, c’est son manifeste de cent pages : « La politique au nom de la Loi divine pour établir le bon ordre dans les affaires du berger et du troupeau » qui est depuis le début du XXe siècle diffusé de façon exponentielle dans les pays arabes, et fréquemment republié dans des éditions populaires, lu et cité par les islamistes de tous bords (il a pendant longtemps circulé sous le manteau dans les prisons de Ben Ali ou de Moubarak). Que nous dit en substance ce Manifeste à l’adresse du prince ? Que les deux fonctions exclusives du prince sont de veiller à l’application des châtiments corporels édictés par la Charia à l’intérieur de son territoire et de combattre et de soumettre les « infidèles » partout ailleurs ; c’est de là que les islamistes tirent tous leurs programmes politiques : application totale de la Charia et Djihad. C’est également cet ancêtre du wahhabisme qu’est Ibn Taymiyya qui prononce la première fatwa contre l’usage religieux de l’image, l’associant à de l’idolâtrie.
          .
          L’islamisme radical, qui reste plus ou moins à l’état de théorie, va alors trouver les conditions de sa réalisation politique avec l’utilisation du pétrole par l’Occident et le pouvoir que cette découverte donne à la tribu des Séoud, adepte du wahhabisme. Les Séoud sont depuis le milieu du XVIIIe siècle animés par un projet de sécession vis-à-vis du califat ottoman qui régente une bonne partie de l’ancien empire arabo-musulman. Mais pour mener à bien leur projet, il leur manque un idéologue qu’ils vont trouver dans la figure d’un théologien : Ibn ’Abd Al Wahhab. Celui-ci a fait des études à La Mecque et revient dans sa tribu avec la ferme volonté d’y imposer un islam littéraliste. Il se place donc dans la droite ligne de ses prédécesseurs, en insistant tout particulièrement sur l’interdiction du culte des saints (qu’il théorise dans son livre « L’unité de Dieu contre le culte des saints et le chiisme »). Mais ses positions extrémistes sont rejetées par les siens et il trouve alors refuge chez une tribu voisine à une trentaine de kilomètres. Ce sont bien sûr les Séoud, avec lesquels il signe un pacte en 1744, rejoignant ainsi la dissidence anticalifale. Alors, du milieu du XVIIIe siècle jusqu’à la proclamation du royaume saoudien en 1932, les Séoud mènent plusieurs batailles pour étendre leur projet à toute la péninsule arabique, avec le soutien tardif des Anglais qui sont eux aussi contre l’empire ottoman. Mais c’est surtout le pacte « protection contre pétrole » qu’ils signent avec Roosevelt en 1945 qui installe et affermit le pouvoir des Séoud durablement, c’est-à-dire jusqu’à aujourd’hui, le nom du pays portant le nom de la famille régnante.
          .
          Le wahhabisme est alors imposé à tout le territoire par cette tribu dominante. C’est la première fois que ces théories extrémistes littéralistes deviennent l’idéologie officielle d’un pouvoir ; car si ces idées extrémistes ont su, pour une part, séduire le peuple en recherche de simplifications, elles n’avaient jamais été véritablement adoptées par les despotes. Les califes et les princes n’avaient jamais réellement mis en pratique une telle lecture excessive, intégriste et simplificatrice de la loi coranique — ce qui fait dire à certains intellectuels arabes contemporains, et à raison, qu’il valait finalement mieux être femme, chrétien, juif voir même apostat en terre d’Islam au Moyen Âge qu’aujourd’hui, sans parler de la situation des Coptes ou des homosexuels, ou encore des libertaires ou des ouvriers, dans l’Égypte ou l’Iran d’aujourd’hui par exemple.