Mourir d’Orient. Des gens bien tranquilles . Syrie N° 5

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Au début du XIXè siècle il faut aux jeunes gens d’Europe d’autres rêves que ceux de leurs aïeux. Foin du voyage à Rome de Goethe ou du périple de Young sur son âne, il leur faut des horizons plus vastes . L’Orient et les Échelles du Levant les attendent. C’est l’exaltation du moment .Certains s’y perdront.
Les premiers à se lancer n’auront rien du jeune Werther, rien des fragiles  jeunes hommes  vaporeux romantiques. Tout à l’opposé,  ils  seront de conséquents et compétents calculateurs.
L’orient c’est vaste , l’Orient c’est d’abord, tout simplement,  prendre la mer pour aborder en face , à Alger, pointe avancée de la puissance Ottomane. Napoléon toujours  des plans plein la tête,  caresse l’ébauche d’un projet sur Alger. La Prise d’Alger entamerait la maîtrise anglaise de la Méditerranée et le débarrasserait de la course barbaresque en offrant à la France une part du gâteau Turc.

« Trouvez moi un de vos ingénieurs discrets. Mais il faudrait que cet ingénieur fût un peu officier de marine et un peu ingénieur de terre », ordonne Napoléon. Un peu cartographe , un peu polyglotte très solide physiquement malin et sachant s’adapter .

– Où l’envoyer?

En Algérie, puisqu’en cette année 1808 l’Empereur y envisage un débarquement pour réduire la piraterie barbaresque, toujours active en Méditerranée. On lui soumet le nom du chef de bataillon Vincent-Yves Boutin, qu’il approuve aussitôt : l’homme a déjà fait ses preuves, en effet. Un scientifique, un technicien comme l’Aigle les apprécie.
Né le 1″ janvier 1772 au Loroux-Bottereau, une commune de la région nantaise, ( rive gauche de la Loire , Nord de Clisson et Est de Nantes ) Le Destin a mis sur sa route une accumulation d’hommes qui marqueront l’histoire. Boutin a suivi d’excellentes études tout d’abord sous la houlette d’un certain Prodhomme futur lieutenant de Charette puis à l’Oratoire de Nantes aux côtés de condisciples dont le futur général Pierre Cambronne celui du « mot ».
Son professeur de physique à l’époque ? Nul autre que Joseph Fouché !
Sa famille, durement éprouvée par la Révolution après que son père et son frère aîné ont été massacrés, le 5 mars 1794, par les adversaires de la Révolution, a besoin de sa présence. Sa mère est morte de chagrin, un frère marin est mort  » aux Amériques  » et un autre, soldat, a été tué aux frontières

Après avoir servi durant les deux campagnes d’Italie et y avoir fait des merveilles au génie, il est promu Capitaine en 1800. C’est sans doute sur recommandation de Joseph Fouché qu’en 1806 l’officier Boutin a été désigné pour une mission très spéciale : renforcer les défenses de Constantinople, menacée par la flotte britannique de l’amiral Duckworth._____  À peine 7 ans après l’échec de Buonaparte et le siège raté de Saint Jean d’Acre où la situation était inverse.

Copenhague en feu 1807

Copenhague en feu 1807

Les victoires de Iena , Eylau et Friedland conduisent au traité de Tilsit, juin et juillet 1807 ,le Royaume uni se trouve interdit d’Allemagne du Nord et de Baltique et par là de ses liaisons avec l’Empire Russe.

  • Londres réagit aussitôt et bombarde Copenhague du 2 au 5 Septembre
  • Puis c’est au tour du verrou Sud en hiver 1807/1808
  • Une tentative au Portugal
  • Et enfin tenter de forcer la main du Sultan en le contraignant à rompre avec la France et à  ouvrir le Bosphore de janvier à mars 1808

L’amiral Duckworth a franchi les Dardanelles sans encombre , le voilà maintenant en vue d’Istambul, ce sera une affaire vite réglée, la place n’est pas équipée pour se défendre. C’est compter sans l’arrivée in extremis de Boutin qui , (je l’imagine) à la tête de son convoi de secours , empruntant ce qu’il reste de la voie Egnatia, arrive depuis l’Adriatique jusqu’à Byzance pour établir les retranchements, relever les ouvrages fortifiés et dresser des plans. Tout le monde travaille: hommes, femmes, enfants. Pendant ce temps là le Grand Turc lanterne l’Anglais et l’Anglais, à l’abri des îles des Princes ,  sûr de sa force ajoute à l’ambiance de « tu me tiens je te tiens ». Le but de la menace est d’obtenir la rupture avec la France et l’ouverture des Détroits. Lorsqu’à la fin l’amiral Anglais Duckworth vient sommer Constantinople de se rendre, Boutin monte sur le parapet et d’un geste large de son épée montre les défenses et crie:  » Il n’y a pour vous pas un pouce de terrain pour débarquer « !
En effet Boutin a installé en 5 Jours: 200 canons et 69 mortiers sur les tours, sur la côte de droite 200 canons et 12 mortiers, en face du canal 84 canons et 15 mortiers, sur la côte d’Asie 94 canons et 14 mortiers.
Duckworth tente une canonnade mais subit des pertes et se retire.

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Via Egnatia

 

Précédant dans cette voie un Lawrence d’Arabie, le Nantais, virtuose du déguisement, a appris en autodidacte l’art de passer inaperçu. Il se mêle aux janissaires et part affronter les Russes qui se dirigent vers les détroits. Il tente un moment d’inculquer un peu d’esprit de sérieux et d’organisation à ces troupes capricieuses et  ombrageuses.Mais en vain …
Le 31 mai 1807 une révolte , une autre révolte des Janissaires, exécute   17 pachas et place l’armée d’lbrahim à deux doigts de sa perte ! Heureusement pour les Turcs la victoire française de Friedland et le traité de Tilsitt avec le Tsar auront pour conséquence de la conclusion , le 21 août 1807, de l’armistice de Slobodjié.
Après la fuite de Duckworth, le Grand Turc récompense Boutin par l’ordre du Croissant d’Or.

À peine revenu notre Boutin est envoyé en Algérie. Il n’aura qu’à se faire passer pour un parent de son soi-disant cousin le consul de France, il en profitera pour arpenter morceau par morceau la zone côtière. Comment en est-on arrivé là ?

L’ordre est prêt depuis avril , il  vient de l’Empereur à Bayonne le 18 avril 1808

Monsieur Decrès,
Méditez l’Expédition d’Alger, tant sous le point de vue de mer que sous celui de terre. Un pied sur cette Afrique donnera à penser à l’Angleterre. Y a-t-il sur cette côte un port où une escadre soit à l’abri d’une force supérieure ? Quels seraient les ports par où l’armée, une fois débarquée, pourrait être ravitaillée . etc.
Après avoir étudié l’expédition d’Alger, étudiez celle de Tunis. Écrivez-en confidentiellement à Gantheaume qui, avant de venir à Paris peut prendre des renseignements, etc.
Je ne vous demande une réponse que dans un mois; mais, pendant ce temps, recueillez des matériaux tels qu’il n’y ait pas de  » mais « , de  » si « , de « car « . Envoyez un de vos ingénieurs discrets sur un brick, qui puisse causer avec le sieur de Thainville; mais il faut que ce soit un homme de tact et de talent. Il faudrait que cet ingénieur fût un peu officier de marine et un peu ingénieur de terre. Il faut qu’il se promène lui-même en dedans et en dehors des murs et que, rentré chez lui, il écrive ses observations, afin qu’il ne nous rapporte pas des rêveries.
Vous pourriez même vous concerter avec Sanson pour avoir un homme capable.Vous devez trouver des renseignements dans les archives des relations extérieures et de la guerre.
Napoléon 1er

 

Boutin s’embarque le 9 mai 1808, incognito, à Toulon sur le brick Le Requin. La traversée est mouvementée car le navire doit subir une 51v2RbhwxILattaque d’un brick anglais. Le combat tourne à l’avantage du Requin qui mouille dans la rade d’Alger le 24 mai, après une escale à Tunis
Accueilli par le consul Dubois-Thainville son prétendu parent , Boutin effectue, jusqu’au 17 juillet, une dangereuse mission. Il y met en œuvre toutes ses qualités : audace,  finesse d’esprit,  fermeté et  courage. L’affaire n’est pas sans risque ni sans  de grands obstacles en raison des interdictions : tous les «  roumis» sont interdits d’accès  à une grande partie d’Alger et de ses environs. Notre voyageur  fait l’objet d’une  surveillance étroite .

Quelle est la situation?

Le dey turc ne gouverne que nominalement. Il est pris entre la puissance de la garde janissaire qui fait et défait ( on assassine beaucoup!) les deys et la puissance financière de quelques marchands juifs qui tiennent les finances de la Régence. L’or anglais tient tout  le monde et  achète bien des consciences. À  Alger on monnaye les concessions de trafic du corail. Tout s’achète.   On surveille étroitement tous les non-musulmans. Il vaut mieux ne pas être pris là où on ne doit pas  être. Les chrétiens sont l’objet  » d’attentions particulières « .

Boutin commence par fouiller les archives du Consulat et prend des notes.
Puis il se  » promène «  le long de la côte.
La police écrit au Consul .  » Les Francs ne doivent pas être à cet endroit « .
Premier avertissement !
Le lendemain le Nantais se sent bizarrement une furieuse envie d’aller à la pêche. Il part vers le cap Matifou
« Le fort est un octogone à peu près régulier ayant trois embrasures et trois pièces sur chaque face exceptée celle du côté de la porte du fort où il n ‘y en a qu ‘une. « 
Boutin se penche sur le fossé et le juge sans valeur défensive.
« …d’ailleurs le cap Matifou est trop éloigné du lieu de la scène pour mériter une descente. Le mieux serait de le faire attaquer par deux ou trois bâtiments qui en auraient bientôt raison car sa forme circulaire rend nulle la moitié de son artillerie… « 
Avec une ligne plombée Boutin mesure la profondeur de la mer.
La police menace:  » Si vous recommencez, le janissaire du consulat sera enterré vivant  » (ce dernier avait accompagné Boutin lors de sa partie de  » pêche « ).
Aussi Boutin pour ne pas risquer la vie du malheureux Chaouch décide de sortir seul. Évidemment il ne passe pas inaperçu !
 » -Le fort de l’Eau, petit, n’ayant que quatre embrasures du côté de la mer.
-Le fort neuf de Barbasson (Bab-Azoun ?) reconstruit par l’ancien dey porte 36 embrasures.
Ce dernier fort, écrit Boutin, doit être amusé et non attaqué sérieusement par mer car les vaisseaux pourraient souffrir sans rien faire de bien utile « .
Il conclut que «  pour prendre Alger par la terre il faut être maître du Fort l’Empereur qui domine toutes les autres fortifications. C’est donc là qu’il faut attaquer « 
Le Nantais visite et étudie successivement toutes les défenses.
Il compte les vaisseaux, parcourt les enceintes flanquées de vieilles tours dont les fossés sont à sec, frôle la Casbah, parcourt la Mitidja à la recherche d’un point de débarquement.
Il évalue, à l’estime, la population de l’Algérie à 3 000 000 et celle d’Alger à 73 000 (mais seulement 30 000 en 1830). A Alger les épidémies de peste en 1740, 1752, 1787, 1798 et le tremblement de terre de 1755. avait tranché dans la population par dizaines de milliers
Les revenus de la piraterie sont devenus faibles. Il y a moins d’esclaves mais le prix de la rançon en a quintuplé.
A Sidi-Ferruch, Boutin a une sorte de révélation. C’est là qu’il faut débarquer ! Son rapport est d’une imperturbable logique: pente d’accès douce, rivage accessible, fond sablonneux.
Il ne peut aller jusqu’au bout de la pointe, car le gardien du tombeau qui s’y trouve placé interdit le passage de ce lieu sacré à un non-musulman
En tout cas, là, pas de fortifications, pas de batteries, pas de hauteurs à gravir. La troupe débarquée peut s’y réunir en masse, avant de subir la moindre attaque.
Boutin ajoute que  toutes les tentatives de débarquement qui ont précédé ont échoué dans la rade. Les Turcs ne manqueraient pas de dire:  » On voit bien que ce sont des Français, ils ne s’y prennent pas comme les autres. Et ils sont superstitieux… !  »
Le soir, de retour au consulat, Boutin met à jour ses notes dans un carnet minuscule. Les croquis sont consignés avec soin. Tous les autres documents peuvent disparaître pourvu que le carnet reste. De plus il a la chance de disposer d’une mémoire prodigieuse.

 

Le 17 juillet à nouveau le  » Requin  » met le cap sur Nice.
Devant Ajaccio, le 26 juillet, une voile en vue. C’est une frégate anglaise voici Boutin prisonnier des Anglais. Mais il a jeté tous ses documents à la mer. Tous, sauf le précieux carnet qu’il a réussi à dissimuler !
L’Anglais passe par la Maddalena (Nord de la Sardaigne) et arrive à Malte le 14 août. Boutin est enragé ! Il sait que les renseignements sont attendus en France avant l’automne.
Il s’échappe dans le maquis maltais où il va vivre en sauvage.
Le 31 août il vole des vêtements se déguise en marin de Raguse, se fait embaucher et quitte Malte pour Constantinople.
Le 2 octobre, après être passé par Délos et Smyrne, il est à nouveau devant la Corne d’Or, à Constantinople.
Le 4 novembre il est à Paris chez le ministre Decrès: «  La route que j’ai prise n’était pas la plus courte, dit-il, mais c’était la plus sûre « . Grâce à son petit carnet Boutin rédige . À Paris, il reconstitue grâce à sa mémoire prodigieuse le dossier perdu et remet son rapport  à Decrès le 18 novembre 1808.
Reconnaissance de la ville et des forts d’Alger. Le rapport contient de nombreuses cartes et des croquis, la description des forts, l’emplacement des batteries, l’état des forces terrestres et maritimes  du dey, des notes sur les ressources du pays en vivres, en bois, en eau, sur la météorologie, les maladies à craindre, les ravages des sauterelles.
Il étudie aussi les mœurs, les revenus du dey, le prix des journées de travail et des denrées, les poids mesures, monnaies. Il décrit les itinéraires partant d’Alger dans la direction des autres villes.
Son rapport se termine sur des conseils aux chefs du futur corps expéditionnaire: célérité, vigueur, unité de commandement
Vingt et un ans plus tard le plan d’ attaque d’Alger sera exécuté par le général de Bourmont et la France suivra longtemps ces préceptes de colonisation.
Et Boutin n’était resté à Alger que 52 jours
Intermède Wagram 1809.

Il arrive après Essling mais assez tôt pour établir les ponts sur le Danube:  » Le plus beau travail fait depuis les Romains  » dira Napoléon ! Ces ponts permettront le passage des troupes de l’île Lobau et assureront la victoire coûteuse en vie humaines de Wagram.
Comme les travaux ont duré un certain temps Boutin, lors de ses rares moments de repos, visite Vienne toute proche et va à l’opéra entendre  » La flûte enchantée « .
Lors de la bataille il est blessé d’un biscaïen à la cuisse gauche mais en 1810 il est en Hongrie, puis il part pour Ostende, Nieuport, Ypres.
En Orient, Boutin n’était pas le seul
Abandonnons pour l’instant cet officier de renseignement peu ordinaire et intéressons-nous à un autre agent « longue distance » de l’Aigle,
Jules de Lascaris. Né en 1767 au Piémont, ce descendant d’une vieille famille de Vintimille a acquis la nationalité française à Malte, où il accompagnait l’armée de Bonaparte en route pour l’expédition d’Égypte.. Architecte des Ponts et Chaussées – encore une profession technique ! -, notre Piémontais s’exile en Crimée, puis en Syrie. Là, il se marie et exerce le métier de professeur de violon. Parlant arabe, Lascaris sait comme Boutin se déguiser et passer inaperçu.
En 1808, le consul de France à Damas le contacte et lui propose une mission secrète pour le compte des deux empereurs : Napoléon bien sûr, mais aussi le tsar de toutes les Russies  Alexandre I ».
Elle consiste à prendre langue avec l’émir Ibn Saoud le Grand, chef de la maison des Saoud qui, associée depuis 1744 au prédicateur ultra-rigoriste de l’islam sunnite Mohammed ibn Abd al-Wahhab, s’est taillé un fief dans le cente- nord de l’Arabie.

Saoud et ses guerriers wahhabites n’échappent pas seulement au contrôle de l’Empire ottoman : ils constituent une menace pour la route des Indes, artère vitale de l’Empire britannique. Accepteraient-ils une alliance en bonne et due forme avec les deux empereurs alliés depuis l’entrevue de Tilsit dont nous avons vu l’agent personnel de Napoléon Schulmeister assurer la sécurité ?
Lascaris accepte cette dangereuse mission. Il choisit pour l’accompagner en qualité de guide et d’éclaireur un chrétien de Syrie vendeur de pistaches, Fatallah Sayeghir. Un long périple conduit les deux compagnons jusqu’en Arabie où ils finissent par rencontrer Ibn Saoud.
Les discussions avec l’émir débouchent sur un traité d’alliance entre l’émir et la France conclu le 12 novembre 1811.
C’est dit : les troupes françaises pourront traverser la région de l’Arabie aux mains des wahhabites pour frapper les Anglais dans le golfe d’Oman
De retour à Constantinople, Lascaris apprend, effondré , la double mauvaise nouvelle qui ruine le projet :

  • la rupture entre Alexandre I » et Napoléon et
  • la débâcle française en Russie.

Un coup d’épée dans le sable à l’heure où la Grande Armée se perdait dans les neiges.
Nous connaîtrons ce Lascaris par un écrivain qui mettant ses pas dans ceux de Chateaubriand vient en Orient , rachète à Al-Sayeghir les mémoires de Lascaris, les traduit/met en forme  et les publie en 1833.
L’œuvre de Lamartine se présente sous la forme d’un journal de voyage, les « notes d’un voyageur », mais est divisée en sections le plus souvent géographiques (« Syrie.- Galilée », « Jérusalem », « Constantinople », etc.) ou thématiques (« Visite au pacha », « Visite à lady Stanhope « , « Notes sur la Servie », etc.,, ) Les « châtelaines du Liban »

L’Empereur ne cesse pourtant pas de s’intéresser au Moyen-Orient. En 1814, il y expédie de nouveau Boutin, cette fois sous couverture d’agent commercial épris d’archéologie.
L’archéologie en Orient, combien de coup fourrés n’accomplira-t-on pas en son nom. ( voir Gertrud Bell)
Sa mission est officiellement d’aller en Égypte annoncer la naissance du Roi de Rome. Pour tout le monde il est un archéologue, un spécialiste de l’égyptologie.
Fin mai 1811 il débarque à Alexandrie et quelques jours plus tard il est reçu au Caire par Méhémet Alii. Il promet au nom de l’Empereur aides ressources et blé. En même temps, il prend contact avec d’anciens soldats français restés en Égypte après l’évacuation. Tous, ou presque, sont prêts a servir de nouveau. En attendant ces derniers jouent en douce le rôle d’instructeurs auprès des troupes du maître du Caire. Quand au nom du Sultant de Constantinople ces tropes viendront chasser es Saoud du Hedaz ( Médine, La mecque) Elles offriront la preuve de la qualité de l’instruction « française »

En fait Boutin ne trompe pas le colonel anglais Misset, prétendument agent commercial, en réalité agent secret qui ne le lâche pas de l’œil
Boutin s’enfonce en Haute Égypte pour effectuer des fouilles à Thèbes et dans la Vallée des Rois. Il lui faut bien justifier sa présence ! En même temps qu’ il recueille des statuettes et des papyrus, le Nantais prend des notes sur les forces militaires. Il franchit la mer Rouge, passe en Arabie et revient à Alexandrie où il est invité à une grande fête par Misset.
Ce soir-là on le place à table à côte d’une superbe femme élégante spirituelle, étrange, énigmatique: Sa grâce Lady Hester Stanhope, 38 ans,  fille de Lord Chatham et nièce de William Pitt l’ennemi juré de Napoléon
La mission de Boutin se prolonge alors ,mystérieusement.
Lui a-t-on envoyé de nouvelles instructions ?
L’a-t-on oublié ?
lady StanhopeOn a la trace de versements effectués par l’ambassade en 1813 et dans une lettre de lui datée du Caire du 14 décembre 1813 où il évoque la peste en Syrie et à Damas.
Cette période de la vie de Boutin est assez mystérieuse.
Une chose est certaine: Boutin et Lady Stanhope ont vécu un certain temps sous le même toit, au moins jusqu’au 6 avril 1814 (c’est Paule Henry-Bordeaux qui l’affirme documents à l’appui)
Boutin passe de Damas à Alep en juin juillet, août 1814. Y a-t-il eu une liaison entre Boutin et Lady Stanhope personne ne le sait. Une correspondance publiée en 1824 dans le Mercure de France semble montrer une grande intimité. Mais il ne semble pas cependant que Boutin se soit laissé séduire longtemps par celle que Lamartine appelle  » La Circé du Désert « . Peut-être s’est-il aperçu qu’il avait affaire à une névrosée.
Alors que Napoléon débarque au golfe Juan pour vivre l’épopée des Cent Jours, Boutin qui parcourt le Taurus et l’Anti-Taurus est assassiné près d’EI-Blatta, entre Alep et Lattakieh. par des Alaouites un groupe chiite minoritaire. ( le groupe d’origine des Assad)
Lady Stanhope enrage et fait alors procéder à une enquête qui trouve les coupables, elle revêt un costume oriental, embauche une escorte étincelante, entre chez le Pacha d’Acre et jette une paire de pistolets à ses pieds:
 » Je t’arme mon chevalier car j’ai à me plaindre des Hashashins « .
Le Pacha,sans preuve mais impressionné, fait ce qu’on lui demande pour calmer la dame: 52 villages anéantis et 300 hommes massacrés, mais on ne retrouva pas le corps de Boutin.
En 1817 Joseph Boutin, boulanger à Nantes reçut une lettre de Lady Stanhope:
« Je vois toujours les choses en grand, et l’amitié que j’ai toujours portée à votre Nation, et l’admiration que m’a inspirée un homme qui avait toute 1a vertu et 1a fermeté d’un Romain, les talents et l’honneur d’un Français « .

Décédée plus de vingt ans plus tard, Lady Stanhope servira à Pierre Benoit de modèle en 1923-1924 pour l’héroïne de son roman La Châtelaine du Liban. Il puisa également son inspiration chez une figure de son temps, la comtesse Magda d’Andurain. Agente comme Lawrence d’Arabie des services secrets britanniques du Caire pendant la Première Guerre mondiale, cette aventurière dénuée de scrupules continua à œuvrer pour l’Intelligence Service au Moyen-Orient jusqu’à la fin des années 1930. Rentrée en France, elle allait y devenir sous l’Occupation une des égéries de la « Gestapo française ».

La famille des dictateurs syriens Hafez al-Assad et son fils Bachar al-Assad est de confession alaouite.

6 comments to Mourir d’Orient. Des gens bien tranquilles . Syrie N° 5

  • Leon

    Passionnant…. J’aimerais en savoir encore plus sur ce Boutin, qui, à certains égards me fait une peu penser à l’ingénieur Bertin.. Où as-tu trouvé tout ça ?

    • D. Furtif

      Sans faire de chiqué…C’était il y a deux ou trois mois au milieu de plusieurs dizaines de sites….
      J’ai surement la réponse à ta question…….. mais où?????

  • Lapa

    y’aurait de quoi faire des films avec ces histoires à Furtif!

    A la place de ça on a Divergente 3….

  • D. Furtif

    Si vous avez lu ou vu les nombreuses versions filmes de l’Histoire de Monte-Christo

    1. Wikipédia
      La fin du pacha de Janina est un des éléments principaux qui permet au comte de Monte-Cristo de se venger de Fernand Mondego devenu comte de Morcerf, dans le roman d’Alexandre Dumas : Fernand ayant été officier à la disposition d’Ali Pacha, et ayant contribué à sa perte tout en faisant croire qu’il avait tenté de le sauver, Monte-Cristo fait témoigner Haydée, la fille du pacha, qu’il a recueillie, pour confondre Morcerf devant la Chambre des pairs.

    J’ai longtemps cru à une affabulation de Dumas: …….(ce pacha de Janina n’ayant pas encombré mes manuels de Lycée. ni mes cours ultérieurs d’Histoire)
    Heureusement !
    Quand je vois ce que l’histoire de l’Empire Ottoman au sud des Balkans a pu accumuler de coups de théâtres, trahisons,guerres privées et publiques, sauvageries et conflits permanents…de la fin du XVIIIè siècle au début du XIXè …….
    Impensable!
    La Syrie c’est simple en comparaison.
    Si ça vous tente ,une simple page Wiki peut vous donner une idée

  • D. Furtif

    Je soupçonne, sans en avoir aucune preuve, cet homme de courage et de talent d’avoir eu celui de disparaitre sans fracas . Je l’imagine poursuivant sous d’autres cieux, qui sait , en Inde,sa carrière brillante d’homme invisible .

  • Asinus

    yep , furtif c’est très connu  » heu non » mais bon nombre d’officiers ayant servit comme pendant deux décennies en France ne trouvèrent d’autres occupations que comme conseillers techniques dans les nombreux royaumes d’Indes perpétuant le conflit contre les anglais vus qu’a cette meme époque la compagnies des indes passait la main a la couronne britannique.
    Etre officier d’artillerie français était une carte de visite des plus demandée chez les pacha et autre sultan. L’Amérique latine et ses libertadores comptait beaucoup de ses spécialistes .

    PS , bien le tome 5 la suite la suite