Si près du but

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J’ai encore, frais en mémoire, la réaction de Fabien Barthez après la Panenka tentée et réussie par Zinédine Zidane en finale de la Coupe du monde 2006.

« Ce mec est fou ! », mimait-il devant les caméras du monde, fou d’oser un geste technique aussi aléatoire dans un moment aussi crucial.

Le scénario de 1998 remontait d’un coup à la surface. Zidane, de nouveau en état de grâce, comme guidé par un destin céleste, venait d’ouvrir le score. Cet homme, ou plutôt ce demi-dieu, à cet instant, allait encore une fois nous mener à la victoire.

Pour ses co-équipiers, bluffés par tant d’audace, il était évident qu’il suffisait de suivre le guide suprême, les signes étaient là. Tenter et réussir une Panenka, qui plus est, en finale de coupe du monde, c’est un geste inenvisageable dans la planète foot.

Mais cette fois-là, l’Italie avait mieux préparé son affaire que le Brésil. Zidane était le grand danger et un plan B avait été concocté pour le faire disjoncter.

Marco Materazzi fut chargé de la basse besogne et chacun sait ce qu’il advint…

Ce fameux coup de boule, donné pendant les prolongations, seul celui qui se voit à l’égal d’un Dieu pouvait se l’autoriser… si près du but.

A la 108ème minute, le Dieu du stade redevint subitement un humain.

Si près du but…

Comment ne pas faire un parallèle avec Dominique Strauss Khan, cet économiste talentueux, cultivé, brillant, sur qui le PS fondait hier encore tous ses espoirs.

Voilà un homme à qui tout réussi depuis des mois, programmé pour aller au but et faire gagner son camp. Une stature qui fait aussi de lui un redoutable adversaire dans la perspective de la présidentielle de 2012.

Nicolas Sarkozy n’ignore rien du talon d’Achille de DSK et c’est peut-être, l’histoire le dira, ce qui l’a convaincu de pousser la candidature de son rival au FMI.

Si cette nomination donne à DSK la stature internationale qui lui manque pour briguer les plus hautes fonctions, elle est aussi potentiellement dangereuse pour qui peut se laisser prendre à l’illusion de la toute-puissance, au sentiment d’invulnérabilité.

A ce moment, il est l’égal des grands de ce monde, il vole…

Son entourage baigne dans l’euphorie, ne voyant que les lauriers, négligeant les alertes.  Après s’être sorti indemne de l’affaire de la MNEF, de l’épisode de la cassette Méry, des pièges de ses propres turpitudes, souvent à deux doigts de se faire pincer, DSK est devenu ce joueur à l’appétit insatiable, un demi-dieu, à qui tout est donné ou presque.

« Ce mec est fou ! », pensent ses amis, ses équipiers, mais il va nous conduire à la victoire.

DSK s’est pris pour un demi-dieu et, pour un coup de boule dans le bas ventre,  à 16h45, soit 10 petites minutes avant le décollage du Vol 23 d’Air France,  il se retrouve d’un seul coup simple mortel.

Si près du but…

18 comments to Si près du but

  • ranta

    Salut Yohan,

    Bah, bin non. Pas d’accord avec ce parallèle. Zidane était un artiste et un génie, comme l’ont été des Pelé, des Cruyff, des platini, des maradona, ou Messi aujourd’hui. A eux seuls ils ont pris plus de coups que l’ensemble de tous les joueurs d’une équipe. Qu’à force de se faire déchaumer dans le but de les casser ils pètent un boulon et coolle une mandale est naturel : c’est par réaction. DSK, je ne vois pas où elle est la réaction.

    • yohan

      Salut Ranta
      Zidane, n’en était pas à son premier carton rouge. Sous des dehors calmes, il pouvait se montrer violent dans le jeu parfois, et il n’en était pas à son premier coup de boule non plus. J’ai joué pas mal au foot, j’ai été taclé souvent et je n’ai jamais cherché la castagne pour autant en réaction, question de tempérament et de reflexion. Ce sont osuvent les mêmes qui, sur un terrain, en viennent aux mains dès qu’on les touche. De ce point de vue, je me suis permis ce rapprochement avec DSK, car lui aussi était sujet à ces « coups de chaud ». Mais ce n’est pas non plus l’angle principal de cet article….

  • COLRE

    Salut Yohan,

    il ne suffit pas d’être un « demi-dieu » pour se sentir au-dessus des lois… C’est courant, les types qui se croient au-dessus des lois (d’ailleurs, les prisons en sont pleines). C’est une question de caractère, ni Zidane (qui a écopé bcp de cartons rouges dans sa carrière) ni DSK (qui était coutumier du harcèlement à l’égard des femmes) n’ont attendu de toucher le soleil pour s’y brûler.

    La difficulté de comprendre ces comportements ne vient pas d’eux mais de « nous », incapables d’imaginer que les « grands » soient des hommes comme n’importe qui, vaniteux, arrogants, irréfléchis, malhonnêtes, menteurs, violents, stupides…
    Dans un tout autre domaine, Hanna Arendt avait fait scandale en théorisant la « banalité du mal » au procès Eichmann. Mais c’est aussi l’immense domaine de la perversion, de l’amoralité, du narcissisme pathologique.
    Et les pervers qui se dédouanent de toute autorité, ça court les rues…

    C’est cela qui nous sidère : que les « grands » (talentueux) soient aussi « petits » que nous… humains, quoi.

    Cette fascination quasi-mythologique pour le spectacle de la « chute » est l’un des grands points communs de presque tous les mythes fondaleurs. L’homme, à l’origine, a fauté, et il est tombé, il a été destitué…
    Il doit y avoir une fonction sociale ou psychologique à ce goût pour la décadence et la chute.

  • yohan

    Bonjour Colre,
    tout à fait

  • yohan

    « ces comportements ne vient pas d’eux mais de « nous », incapables d’imaginer….. » c’est ce que je voulias dire

  • SANDRO

    Salut Yohan.
    Ton article comparatif n’est pas idiot.
    L’affaire DSK ne me passionne pas, mais le peu que j’en ai pensé, c’est quelque chose comme le coup de trop, celui qu’on se regarde faire tout en sachant que ce sera le dernier, quelque chose comme un suicide automatique, enfoui.
    Et deux citations me viennent à l’esprit, à présent qu’il est au trou:
    « Après tout, c’est peut étre cela que l’on recherche toute sa vie: le plus grand chagrin possible avant de crever »( Céline)
    Et puis:

     » Puisqu’on ne se souvient que des humiliations et des défaites, à quoi donc aura servi tout le reste? »
    ( Cioran).

    Ceux qui trouveront cela trop intello sont à côté de la plaque ( Rien de tout ça chez moi). C’est juste que ça me semble évident.

  • ranta

    Ca commence à sentir le sapin pour Hollande.
    Suivant !

  • D. Furtif

    Je me rappelle très bien avoir rompu avec des amis et amies qui complètement intoxiqué par l’esprit « ♫On est des champions♫  » jusqu’à plus soif , refusaient d’imaginer que nous aurions à expliquer ce geste devant nos classes.

  • ça aussi c’est pas mal et résume assez bien ce qui se passe…

    http://www.dailymotion.com/video/xit309_les-petits-oiseaux_fun

  • Buster

    Oui, ou alors pour comprendre, par l’inverse, il faut quitter le monde du football pour entrer en terres rugbistiques :

    Ce qui leur a manqué à ces gars ?
    La Transformation !
    Ils se sont arrêtés à l’idée, au moment précis où la main va enfin se saisir de l’objet convoité, Ils ont oublié la réalisation.
    Jambes en flanelle, incapables à jamais de transformer l’essai.
    Dans ces cas là tous les prétextes sont bons pour refuser l’obstacle.:
    .. une soeur pute… qui se déguise en femme de chambre….
    .
    Et on regarde la vie, les acteurs, continuer sans soi.
    A nouveau spectateur.

  • ranta

    M’ouais… les actes manqués, pratiques, très pratiques mais je souscris pas. Ou du moins si je vais m’y mettre.

    je vais me réconcilier avec mon inconscient ou le subconscient (je les confonds toujours ces deux là, p’têt parce que j’ai pas le sentiment qu’ils habitent avec moi) et la prochaine fois que je dois aller à la pêche je trousse la boniche et je dis à ma femme « t’inquiète pas chérie, c’est un acte manqué, j’ai le mal de mer. Ou j’écrase une petite vieille sur un passage cloutés.

  • asinus

    Ou j’écrase une petite vieille sur un passage cloutés

    yep , j’ai un nom si tu veux « acte manqué acte manqué tu parles !