Si, la polémique autour de la viande halal a lieu d’être…

Une partie de la presse de gauche mais aussi Nicolas Sarkozy, se sont emparés de l’inexactitude supposée des propos de Marine le Pen pour jeter un bel écran de fumée sur la question.

Alors, oui, il est faux de dire que 100 % de la viande vendue en Île de France est halal. Pour être exact, c’est 100 % de la viande ( autre que de porc évidemment) abattue dans les 4 ou 5 petits abattoirs situés en Île de France  qui est « halal ». Et c’est d’ailleurs exactement ce que Marine Le Pen a dit, c’est à 33 mn 30 de son discours de Lille:  premier sujet de polémique et non des moindres…  En voici la preuve.  Les propos qui lui ont été reprochés comme inexacts auraient été tenus la veille mais on ne sait pas trop dans quel cadre et on voit bien qu’ils ont été corrigés…
Ces abattoirs donc ne fourniraient que 2 ou 3 % de la viande consommée en Île de France ( pourcentage peu crédible, d’ailleurs car il semblerait que l’on ait inclus la viande de porc dans le dénominateur…). La seule chose qui soit sûre dans cet affaire, c’est que les animaux y sont abattus sans étourdissement préalable comme cela devrait être la règle au terme d’une législation communautaire européenne. Quant à savoir si les autres conditions pour que la viande soit halal ou casher soient respectées, on n’en sait rien mais à vrai dire ce n’est pas le sujet.

Mais l’enfumage est ailleurs, il consiste à sous-entendre que, du coup,  les 98 % de la viande qui ne provient pas de ces abattoirs, celle qui transite par Rungis serait, elle, issue d’animaux étourdis avant d’être abattus . Et ça, c’est manifestement faux.

D’abord, s’il n’y avait pas un problème, il faudrait nous expliquer pourquoi on a pris la peine de publier un décret qui s’en préoccupe. ( Au demeurant cette histoire de décret reste obscure, il y aurait des arrêtés  d’application de ce même décret qui ne seraient pas encore sortis. Bref c’est assez confus, mais une chose est sûre, il est tout de même assez rare qu’on se préoccupe de réglementer un problème qui n’existe pas…). Selon donc un décret et un arrêté en date de décembre 2011, à partir du 1e juillet 2012 les abattoirs pratiquant l’abattage rituel devront en obtenir une autorisation préalable du préfet. Et ils ne pourront le faire que « si le système d’enregistrement mis en place permet de vérifier que l’usage de la dérogation correspond à des commandes commerciales qui le nécessitent ».

Ensuite les témoignages, notamment de bouchers de grandes surface, se multiplient sur le fait que l’on intègre dans le circuit normal de la viande estampillée halal: il est enfantin de découper la peau de la partie qui comporte le tampon.

Les mêmes bouchers signalent également qu’une partie des abattoirs comporte des chaînes de découpe et d’emballage en barquettes, vendues toutes prêtes aux grandes surfaces, et que la mention du mode d’abattage n’étant pas obligatoire, sur ces produits, les grands surfaces elles-mêmes n’en savent rien.

Les témoignages d’éleveurs de province se multiplient, sur la difficulté qu’ils ont à faire abattre leurs animaux avec étourdissement préalable.

Enfin, sur les bovins et les ovins, il y a une certaine logique économique pour les abattoirs à faire du tout « halal » même pour satisfaire seulement une petite niche de consommation. Sachant d’autre part que cela n’a rien d’illégal de faire rentrer dans le circuit normal de la viande abattue d’une manière rituelle, il serait étonnant que, dans une logique de marché,  la pratique ne soit pas très répandue.

A l’heure actuelle, il semble qu’on ne dispose d’aucune statistique globale sur le nombre d’animaux abattus en France sans étourdissement préalable et il n’est donc pas possible d’évaluer la quantité de cette viande mise dans le circuit normal.

Mais il y a une autre manière de comprendre que la polémique n’aurait « pas lieu d’être ».

C’est que cela n’aurait aucune incidence sur le consommateur : halal ou pas halal, c’est toujours de la viande, la même viande, et il n’y aurait  pour les consommateur non-musulman ou non-juif aucun « inconvénient »  à manger de la viande abattue de manière rituelle.

Cela se discute.

Sur la question du goût, certains bouchers prétendent qu’il y aurait une différence, la viande halal et casher serait moins tendre, plus sèche. Mais cela n’est pas confirmé. Les bêtes sont saignées dans les deux cas, rien de concluant, donc.

Sur la plan sanitaire, on évoque deux problèmes : la question des toxines délivrées par un bête à l’agonie. Là encore, difficile de savoir ce qu’il en est, d’autant que les animaux  peuvent être stressées pour bien d’autres raisons que l’abattage lui-même (le transport, par exemple), mais l’agonie de ces