BERLIN – Camp de WILMERSDORF (SACHSENHAUSEN)

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ARCHIVES FAMILIALES.

Après la disparition d’un parent, on se retrouve seul ou à plusieurs à ouvrir des enveloppes, des boîtes, des classeurs. Certains pensent que cela doit rester dans la famille. Ils ignorent que des étudiants, des chercheurs peuvent utiliser ces documents pour une meilleure connaissance de l’histoire. Avant de leur envoyer des copies, ou même les originaux, on peut collecter auprès des anciens, leurs amis ou des cousins les données permettant d’identifier des personnes ou des lieux. On peut aussi se laisser prendre par le récit et transmettre aux générations suivantes l’histoire de ceux qui ont traversé la tourmente du XX ème siècle, faire une copie aux chercheurs et aux associations. Les coordonnées seront listées en fin de texte.

Devenir UN PASSEUR DE MÉMOIRE, pour lutter contre l’oubli et le déni, c’est manifester la volonté de transmettre une parole à construire, en portant l’espoir, avec les générations à venir, que la peur ou la haine de l’autre ne se traduise plus par des actes relevant du registre de la folie.

1ère Partie : LA DÉPORTATION – Les jeunes du S.T.O. à BERLIN

«  LA PLUS GRANDE ENTREPRISE D’ESCLAVAGE QUE LE MONDE AIT CONNU », ce sont les paroles du  Général RUDENKO au PROCÈS DE NUREMBERG.

A partir de septembre 1942, PÉTAIN et LE GOUVERNEMENT de LAVAL livrent la jeunesse française aux NAZIS.

  • Le travail obligatoire est institué en Europe de l’Ouest par un Anordnung de Sauckel du 7 mai 1942. Sauckel demande 250.000travailleurs supplémentaires avant la fin du mois de juillet. Face à cette exigence, Laval cherche à gagner du temps pour touver des moyens d’échange.

Il propose le système de la « Relève » consistant à libérer un prisonnier de guerre pour trois départs en Allemagne de travailleurs libres; cette «Relève» est instituée et annoncée dans un discours du 22 juin 1942.

Dans le même discours, Laval proclame « je souhaite la victoire de l’Allemagne ». Dans une lettre envoyée le même jour au ministre allemand des Affaires étrangères, Ribbentrop, Laval place cette politique de la Relève dans le cadre d’une participation de la France à l’effort de guerre allemand contre le bolchevisme, au travers de l’envoi de travailleurs.

Le gouvernement de Vichy, portant la responsabilité de la réquisition des travailleurs français, n’avait aucune garantie de l’échange de ceux-ci contre le retour de prisonniers détenus en Allemagne. C’était l’argument fallacieux qu’ils avaient employé pour masquer leur asservissement à l’occupant. On peut découvrir dans le texte issu du document ci-joint la cruauté des méthodes employées : c’est une prise d’otage organisée par le gouvernement de LAVAL.

Les documents de famille présentés ici permettent de suivre le parcours de jeunes (les classes 1920, 21 et 22) ouvriers qualifiés dans la production aéronautique, et de leurs compagnons venus de différents pays.


Les jeunes français, chaudronniers, techniciens, cadres, tourneurs avaient été arrêtés sur leur lieu de travail ou bien convoqués, notamment chez Air-Équipement à Bois Colombes (France) le 03/12/1942 :

AIR-EQUIPEMENT Aviation – Automobile, 78 rue des Minimes, Bois  Colombes.

Le service du Personnel  à Monsieur  M.

Aujourd’hui 3 décembre, à 11h50, la Gendarmerie allemande est venue arrêter un certain nombre d’ouvriers, choisis au hasard, et qui séjourneront à la Caserne Mortier, Bd. Mortier, à PARIS, en attendant que 16 autres ouvriers désignés par l’Inspecteur du Travail pour partir en Allemagne viennent les remplacer. Il importe donc, en toute justice, que les désignés officiellement par l’Inspecteur du Travail, aillent immédiatement, munis de leurs bagages, remplacer leurs camarades. Au dos, figurent deux listes :

–          La liste numéro 1, comporte le personnel arrêté , parmi lequel se trouvent MMrs Gouel Roger, Naillaud Jean, Nicaud Maurice, Prochin Mar, qui figurent sur la liste de l’Inspecteur du Travail. Pour ceux-ci, la famille devra porter à la caserne Mortier les bagages des intéressés, pour partir en Allemagne.
–          La liste N°2 comporte les ouvriers désignés par l’Inspecteur du Travail pour partir en Allemagne et qui doivent dégager leurs camarades.
Veuillez agréer, Monsieur, nos salutations distinguées.

G. BOISSENS

En 1942, l’administration française contraint tous les hommes de 20 à 40 ans à travailler pour la machine de guerre nazie.  Les secteurs visés étaient la production d’armes, la métallurgie et l’aéronautique.


En 1943, ce sera le tour de 150.000 jeunes des Chantiers de Jeunesse et des étudiants.

  1. A Paris départ pour Berlin à la mi-décembre 1942.

Installation dans un camp près de Berlin (Lager Gase 285) où ils resteront quinze mois. Le travail est sous le contrôle de la Gestapo dans une unité de production d’avions de chasse (les Stukas) jusqu’aux bombardements alliés détruisant la ville et les industries aéronautiques les 6 et 7 mars 1944.

En Allemagne, des jeunes gens et personnes de tous âges, civils ou prisonniers de guerre étaient regroupés dans des baraquements à part où la discipline et les conditions de vie étaient parfois comparables à celles des déportés. Ils seront environ quinze millions à venir d’Europe, d’Europe de l’Est et de Russie.






BERLIN, Camp de WILMERSDORF (Sachsenhausen), NOEL 1942? Ils sont arrivés depuis 2 semaines, ils ont entre 20 et 22 ans.

On compte 1100 sites de déportation et d’internement contrôlés par la Gestapo entre 1933 et 1945.

Les logements étaient insalubres, la nourriture insuffisante. Les journées de travail duraient  entre 10 et 12 heures sous la surveillance allemande ou russe. Les tentatives de sabotage étaient périlleuses. Venus de France, de Russie, d’Europe centrale ils ont été soumis aux mêmes violences morales et physiques.

Si la France est le pays qui a fourni la main d’œuvre la plus importante à l’économie de guerre du IIIème Reich, (2 millions d’hommes et de femmes dont 600.000 pour le STO – Service du Travail Obligatoire),

on trouvait dans les camps des prisonniers venant de tous les pays européens : Tchécoslovaques, Roumains, ainsi que des Russes.

« En souvenir d’un copain de château, le Vicomte de PIAF »

Le 17 mai 1943, ils vont chez un photographe et s’échangent des photos, avec un message au dos de chacune d’elles.

Les bombardements ayant eu lieu les 6 et 7 mars 1944, on peut s’interroger sur les six mois les séparant du transfert aux Sudètes :



Ont-ils participé au déblaiement du camp et de l’usine ? Au transfert des blessés et des morts ? Au déblaiement de la ville, des routes de Berlin et de ses alentours ? Qui a démonté et transporté les machines jusqu’aux camions avant le départ pour les Sudètes? En Allemagne, tous les hommes, même les plus jeunes étaient  partis sur le front russe.

François CAVANNA a été l’un d’entre eux, il a raconté cette période dans « Les russkofs ». Il a perdu deux phalanges, l’ouïe du côté gauche  mais surtout le premier amour de sa vie : Maria, une jeune femme russe. Il nous a quittés ce mercredi 30 janvier 2014.

http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=829650

En 2010, il se souvient d’être parti lui aussi à 20 ans.

L’hommage du journal Le Monde :

http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2014/01/30/mort-du-dessinateur-francois-cavanna_4356745_3382.

POUR LE DÉPÔT ET LA CONSULTATION DES DOCUMENTS, on peut s’adresser:

  • Aux archives Départementales (fonds privés)
  • Aux archives Nationales
  • Au service de la Défense à Vincennes
  • A la Fondation pour la Résistance
  • pour la seconde guerre mondiale  par courrier aux Archives de CAEN : Ministère de la Défense, BAVCC, rue Neuve Bourg l’Abbé, BP552, 14037 CAEN Cedex.
  • ITS Carolsen france :

Le Service International de Recherches, en anglais International Tracing Service, est un centre de documentation, d’information et de recherche sur la persécution national-socialiste, le travail forcé et la Shoah. Adresse : Große Allee 5-9, 34454 Bad Arolsen, Allemagne et

http://www.its-arolsen.org/fr/page-daccueil/index.html

La FMD : Fondation pour la Mémoire de la Déportation

J.P. Louvet peut vous renseigner sur les prisonniers français de la seconde Guerre mondiale.

Les photos sont tirées du documentaire du 10/12/2013 sur France 2 :

Avoir 20 ans sous l’occupation :

Les illustrations sont de :

A SUIVRE….les survivants vont être transférés dans un camp des territoires sudètes.

7 comments to BERLIN – Camp de WILMERSDORF (SACHSENHAUSEN)

  • Léon

    Très bonne idée d’avoir fait cet article. J’y reviendrai.

  • D. Furtif

    Bonsoir Dora
    Puisque tu t’intéresses aux archives.
    Saurais-tu m’indiquer le moyen de retrouver un ancien annuaire téléphonique sur Papier de 1968

  • Dora

    Hello Furtif,
    Ils font aussi de belles expositions chez nos amis de la Poste ainsi qu’à la BNF :
    http://grebib.bnf.fr/html/annuaires.html

  • Léon

    J’ai aussi hérité d’archives familiales particulièrement intéressantes qui couvrent à la fois la période de la guerre civile russe, l’errance de la famille en Europe centrale après leur départ d’URSS en 1923, l’installation de mes grands-parents paternels en France en 1936 et la période de la 2e guerre mondiale où mon père, prisonnier de guerre, rencontre ma mère en Allemagne qui y est déportée et travaille dans une usine d’armement. Cela s’est produit exactement dans la région où Cavanna lui-même a travaillé et rencontré puis perdu Maria, ce qu’il raconte dans Les russkoff A l’occasion d’un salon du livre à Montpellier je l’ai rencontré et nous en avons parlé ensemble. Il m’a dit que c’est le souvenir le plus douloureux de sa vie et qu’il a tout tenté, en vain, pour retrouver sa trace. Heureusement que ces archives familiales existent car, je ne sais pas pour toi Dora, mais les miens ne racontaient pas facilement ce qu’ils avaient vécu et leur histoire, je parviens à peine à la reconstituer. Il y a par exemple un trou noir complet entre 1923 et 1936: une photo du corps des cadets en Bulgarie où on voit mon père et son frère, une photo d’eux, plus âgés, devant l’école polytechnique de Prague, c’est à peu près tout.

    • Dora

      Bonjour Léon,
      Plonger dans les archives de la première moitié du XXème siècle, c’est un travail au long cours dont personne ne peut sortir indemne.
      En examinant les documents, me sont revenus les ordres en allemands et en russe :
      « Schnell raus hier ! » (Sortez vite d’ici, qui devait être la première injonction de leur journée de labeur très tôt le matin) que mon père nous disait lorsqu’il fallait quitter la maison pour aller à l’école et « Idi suda » (viens ici ou venez ici). Il vivait dans la réminiscence des 30 mois d’horreur, mais ne pouvait pas les exprimer autrement que par ces mots.
      Avant le travail de recherche qui s’est réparti sur trois années et à cause du procès médiatique fait à Georges Marchais, je pensais que les STO avaient eu un parcours parallèle à ceux des autres déportés, comme s’il y avait eu des enclaves protégées en Allemagne. Plus j’avançais dans la visite des sites répertoriant et décrivant les camps, plus je découvrais que c’était une image fausse. J’avais retenu depuis longtemps la date du 4 septembre 1942 qui contenait l’infamie : celle qui démarquait les volontaires des requis. En découvrant les documents, c’est la première chose que j’ai cherché : il faisait partie des requis. J’ai appris qu’ils étaient rejetés par les anciens combattants au moment du dépôt de gerbe lors des commémorations de la libération.
      J’ai dû programmer de longues pauses. En interrogeant les images , en reconstituant les journées, les mois et les années, je n’imaginais pas me retrouver aussi proche de ces personnes, endosser leur tristesse et me noyer dans leur chagrin et leur détresse.

  • ranta

    Et bien Dora tu viens de mettre en évidence une situation que nous connaissons tous pour la plupart.

    C’est un véritable travail de Bénédictin ça, et bien peu trouvent le courage de s’y atteler, et surtout de le mener à bien. Je me souviens avoir eu quelques vélléités en la matière. Je dis des car à plusieurs reprises cette démarche peu lucide m’a entrainée dans des passées qui n’avaient aucun sens pour moi. J’ai fini par comprendre que remonter à tel ou tel ancêtre devenait aussi chiant qu’écouter la litanie des Saints.

    Alors reste une masse de correspondance, de gravures, de photos, etc… qui finalement n’avaient de la valeur et un sens que pour les vivants du moment. Je reconnais que mon côté méga bordélique n’a pas aidé mais a certainement contribué à ce que je m’interesse beaucoup plus au vivant qu’aux disparus et à leur mémoire.