Histoire de l’orgue: intermède musical: l’orgue nationaliste

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En panne pour l’instant d’un article complétant le suite de la saga de l’orgue au XXème siècle (ça va venir pas d’inquiétude!). Je me propose ici de vous mettre à disposition quelques vidéos musicales axées sur l’utilisation « nationaliste » de l’orgue.
Allez, c’est bientôt le 14 juillet, écoutons voir ce que ça donne.

Un instrument taillé sur mesure pour la gloire

L’orgue est l’instrument acoustique le plus puissant, sa tessiture est la plus étendue et englobe tout ce que l’oreille humaine peut entendre. Ses harmoniques les plus graves ne sont perçues que comme des vibrations dans nos organes, les plus aiguës dépassent notre perception auditive.
Autant dire qu’il avait tout les atouts pour entrer dans des ensembles saisissants et accaparer les hymnes aimant les effets et le décorum.

Si à la période classique, la problématique du vent, c’est à dire d’avoir assez d’air pour faire le plus de bruit possible, est limitante; avec les perfections du XIXème et du XXème siècle, la monumentalité n’a plus de limite (excepté le coût….): ça tombe bien, c’est durant cette période que les hymnes nationaux vont atteindre leur apogée.

Il faut reconnaître que, bien amené avec un ensemble choral ou orchestral, la monumentalité de l’orgue sied parfaitement à la pompe de nos états. Ce n’est finalement qu’un juste retour des choses: n’oublions pas qu’au début de sa longue histoire, à Byzance par exemple, l’orgue servait à rehausser le protocole; car ça toujours été un instrument profane.

La période prérévolutionnaire:

deux exemples de Lully qui nous offre une marche royale


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C’est un genre qu’on retrouve dans ses opéras, par exemple Thésée et qui peut être retranscrit pour orgue seul.

.https://www.youtube.com/watch?v=5UpbcrH_x5s
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La Marseillaise

L’interprétation de cet hymne sauva bien des orgues de la destruction dans la tourmente révolutionnaire.
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Plus récemment, Cochereau, grand titulaire à ND de Paris en fit deux improvisations célèbres: une pour la sortie de la messe commémorative du 11 Novembre 1977:


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et une autre pour les obsèques de De Gaulle:


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Oui mais les autres?

De nombreux autres régimes ont mis à contribution l’orgue pour des hymnes et autres marches.  Napoléon, par exemple, mais aussi une très belle composition de Gounod sur l’hymne nationale russe:

https://www.youtube.com/watch?v=rb1tIYZja8g&feature=related

Intégration désactivée sur demande

on notera pas mal de passages faisant penser clairement à Bach.

Berlioz y est allé de sa présentation aux drapeaux (orgue et orchestre):


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Mais le plus connu est sans doute Jerusalem, pour tout ceux qui ont vu le film Les Chariots de feu dont le titre est repris du poème de Blake servant d’hymne national aux anglais:


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La version orgue + orchestre chantée lors du dernier mariage en date (notez qu’on le retrouve aussi dans le film 4 mariages et  1 enterrement…)


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Ok le gars il avait des hallucinations pour croire que le Christ se serait trimballé sur les côtes anglaises et aurait choisi d’y fonder la Jerusalmen Céleste. A mon avis il s’était pas bien renseigné sur la météo. Ça pue l’intox à plein nez.

Et bien sûr vous pouvez décliner cela à toutes les sauces des hymnes nationaux.

Mais comme on dit: la justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique je n’approfondirai pas plus loin, conscient du peu d’intérêt musical que peuvent apporter certains chants.

Alors….

Bons feux d’artifices à tous!

10 comments to Histoire de l’orgue: intermède musical: l’orgue nationaliste

  • D. Furtif

    C’est pratiquement l’hymne national officieux du Royaume Uni
    « Jerusalem »

    Ce très bel hymne est extrêmement célèbre en Angleterre. Poème de William Blake 1757 – 1827) mis en musique par Sir Hubert Parry 1848-1918

    And did those feet in ancient time
    walk upon England’s mountains green ?
    And was the holy lamb of God
    in England’s pleasant pastures seen ?
    And did the countenance divine
    shine forth upon our clouded hill ?
    And was Jerusalem builded here
    among those dark satanic mills ?

    Bring me my bow of burning gold,
    bring me my arrows of desire !
    Bring me my spear. O clouds unfold !
    Bring me my chariot of fire.
    I will not cease from mental fight
    nor shall my sword sleep in my hand,
    till we have built Jerusalem
    in England’s green and pleasant land

    Ces pieds ont-ils jadis
    Marché sur les vertes montagnes d’Angleterre ?
    A-t-on vu le saint agneau de Dieu
    dans les doux pâturages d’Angleterre ?
    Et le divin visage
    A-t-il brillé sur nos brumeuses collines?
    A-t-on édifié ici Jérusalem
    Au milieu de ces maudites filatures

    Apportez mon arc d’or brûlant
    Apportez les flèches de mes désirs
    Apportez ma lance. Brumes !
    Apportez mon chariot de feu.
    Je n’arrêterai pas mon combat intérieur
    Et mon épée ne dormira pas dans ma main
    Tant que nous n’aurons pas édifié Jérusalem
    Sur la verte et douce terre d’Angleterre.
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    Comme j’ai des goûts fort académiques , cette musique fait plus que me convenir.

    • Lapa

      je l’aime bien aussi. Il finit véritablement en crescendo, là où la Marseillaise commence vigoureusement mais finit avec un bête point. Et faut reconnaître que c’est assez poétique.

  • Lapa

    un grand merci à Furtif pour le travail d’intégration.
    je vous assure qu’il a bien bossé, honteux que je suis de lui avoir donné autant de mal.

    A noter que je crois que l’onglet « l’histoire de l’orgue » n’est pas à jour il doit manquer le dernier épisode (hors les intermèdes) 😉

    On va voir ce que pense Léon de l’hymne russe revisité par Gounod 😉

  • D. Furtif

    Il peut y avoir des raisons profonde à mon gout pour cet hymne.
    Il faut avoir vécu son enfance, l’âge où la moindre émotion vous marque à jamais, au tournant des années 50.
    Les documents sur la guerre ne manquaient pas, le blitz , les souffrances des civils, soldats et marins de ce pays,….
    Cette musique était souvent présente, associée à ces terribles images…
    J’aime l’hommage que ce peuple se rend à lui même dans un unisson qui rappelle celui qui les animait dans ces heures sombres et glorieuses.

  • Léon

    L’hymne russe n’a pas été trop trafiqué par Gounod. Ca me fait penser que j’avais commis dans le temps un article sur les hymnes nationaux. Où peut-il bien être passé ?

  • Léon

    Ton lien marche pas, Furtif.

  • Léon

    Retrouvé le nartic. Pour le 14 juillet, peut-être ?

  • D. Furtif

    Pour reprendre une conversation avec Lapa d’hier
    Mais aussi pour parler tout seul.
    Une petite réflexion sur la culture….
    Culture humaine artistique et scientifique. Culture
    Culture qui est le sang qui coule dans l’histoire d’un peuple.
    Son absence prononçant l’extinction d’un peuple quand il n’a plus rien à offrir.
    .
    Il va de soi que toutes les forces s’arque-boutant à l’extinction de la culture et à l’extinction de la liberté qui irrigue son éclosion et sa transmission , Répressions Oppressions religieuses ou civiles, éteignent la culture et prononcent ce faisant l’extinction des peuples.
    Non toutes les cultures ne se valent pas, non les régimes politiques ne sont pas indifférents… Certains résidus archaïques ne subsistent que par oppression et violence.La vraie nature de la religion est d’enfermer les peuples dans une seule destinée = espérer la mort pour obtenir la puérile récompense.
    Morale d’enfant capricieux esthétique de Picsou…