Héritage, naufrage et beauté : l’apothéose inattendue des Plantagenêts (1)

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Courteheuse duc de Normandie un peu en froid avec Guillaume le Conquérant

Il y en avait trois , il n’en aurait fallu qu’un.

Henri beauclerc

 

Complètement effondré en ce soir de Noël 1120 , le roi Henri 1er ( Beauclerc) d’Angleterre dîne seul. Il est fâché contre les banquets depuis quelques jours.

Malédiction ! C’est la malédiction d’Odin qui frappe encore une fois notre famille. Il a fallu tous ses maléfices pour pousser mon père à fixer par testament une succession de son héritage aussi absurde . Plus crétin, plus Viking on ne pouvait pas faire pire.

  • À l’aîné Robert Courteheuse le Duché de Normandie
  • Au cadet Guillaume le Roux le Royaume d’Angleterre
  • Et à moi Henri, non content de m’avoir cloîtré toute ma jeunesse au milieu des curés, rien , pas une motte de terre, même pas un toit. Un peu d’argent pour faire le garçon.

On se serait cru chez ses crétins de Mérovingiens.

Guillaume le Roux le cadet, choisi par son père pour être roi d’Angleterre

Sans vouloir être ingrat 2 tonnes de métal argent ça nous mène pas loin de nos jours ! Pas méchant le vieux, comme il me destinait à l’Église , il me prévoyait tous  les juteux bénéfices , les grands domaines et les monastères….

Guillaume le conquérant né en 1027 mort en 1087

Comme de bien entendu ça n’a pas manqué. Le père n’était pas encore froid que mes deux grands dadais de frangins mettaient aussitôt en branle leurs plans préparés depuis longtemps , l’un pour récupérer l’Angleterre, et inversement l’autre la Normandie. Il faut dire que l’aîné avait eu la maladresse de manifester un peu tôt  son impatience devant l’obstination du roi Guillaume le Conquérant à

  • ne pas se décider à mourir
  • refuser de lui confier en propre, un domaine correspondant à son rang

Il faut dire que vieux roi avait trouvé un peu saumâtre que son propre fils, aux cotés de ses ennemis Capétiens, mène des opérations militaires contre lui, son père . Si c’est pas de l’obstination de vieillard acariâtre !

Le père mort, les appétits se donnèrent libre cours .De la guerre fraîche et joyeuse aux coups les plus tordus ils se sont tout fait.

Pour moi ça n’était pas trop compliqué . Je n’étais pas impliqué dans ces querelles . S’allier avec l’un contre l’autre ou avec l’autre contre l’un ne fut pas trop difficile . À chaque fois, bien sûr, je ne pouvais pas refuser les petits cadeaux en domaines, en seigneuries des deux cotés de la Mer. Le plus facile à gruger fut bien ma grande brêle de frère aîné, Robert . Toujours en manque d’argent , toujours pressé d’arriver avant de partir, incapable de concevoir un plan et de s’y tenir . J’ai pu lui piquer ,avec son accord, le Cotentin et la région d’Avranches. Contre des promesses…des serments, et des protestations d’amour fraternel.

Quelquefois mes combines marchaient même un peu trop bien. Elles se voyaient un peu beaucoup.

Comme j’étais allé rendre visite à mon frère le roi en 1088 , je profitais de l’occasion pour lui réclamer quelques lopins me revenant de l’Héritage de notre mère. Guillaume le Roux acquiesça sans problème… Trop facile , tellement facile que j’en vins à me demander si mon plan si trop tellement habile n’avait pas été éventé  et déjoué pour un autre plan encore plus habile.

Mes deux aînés avaient dû se mettre d’accord au cours d’une pause dans leurs chamailleries permanentes.

Ils s’étaient si bien entendus entre eux que mon retour en Normandie se termina au fond d’un cachot de mon frère le Duc . Comme je savais lire et écrire les 6 mois de « retraite »passèrent vite. En 1090 heureusement  Robert eut à nouveau  un petit tracas , pas grand chose mais tout de même…. Rouen la principale des cités de son domaine était entrée en rébellion. Alors je lui filais un petit coup de main, je ramenais l’ordre, pendant que Robert se calmait en jetant un insurgé nommé Conan du haut d’une tour.

Mais je n’étais pas tiré d’affaires pour autant , l’année suivante Robert et Guillaume prennent la décision de me régler mon compte. Acculé dans mes étroits domaines , je touchais le fond en concédant une des rares capitulations du prétendu inexpugnable Mont Saint Michel.

Mes frères pouvaient reprendre leur jeu crétin favori, je n’étais plus rien . Rien qui puisse leur faire obstacle et interrompre leur dégringolade commune face aux menées de notre puissant voisin.

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Ce voisin vous le connaissez , c’est le Capétien Philippe 1er le fils d’Anne de Kiev.

Pour les Capétiens la vie est simple. Un seul objectif : nous reprendre tout ce que nous leur avions pris au traité de Saint Clair sur Epte ( 911). Il ne me restait que ce refuge. Une petite planque sympa chez le Capétien .

Et les affaires reprirent en peu de temps. Deux ans pas plus.

Il ne faut pas oublier que nous sommes dans un monde où la puissance d’un suzerain dépend au premier chef de l’obéissance de ses vassaux. Tous , roi de France,  roi d’Angleterre, Duc de Normandie ou d’Aquitaine sont soumis à cette loi de fer : la fidélité est directement liée à la crainte…Si on vient à avoir besoin d’eux , le plus crétin de ces braillards n’a aucune difficulté à comprendre que nous ne sommes plus en cet instant en état de leur imposer quoi que ce soit . Ça pourrait même être l’occasion de remettre en cause le contrat « moral » de vassalité pour le vider peu à peu de ses obligations.

Et justement, les vassaux du domaine Normand ( royaume et duché) se conduisent comme des vassaux . Ils ne manquent pas une occasion de se montrer un peu insoumis ou d’exiger toujours plus de latitude au cas où ils « envisageraient » « éventuellement » de « prêter » un concours « mesuré » et « temporaire » à leur suzerain. Si les deux aînés ne passent pas tout leur temps à s’affronter c’est que de chaque coté , ils ont beaucoup de mal à rassembler l’Ost de leur vassaux rassemblés

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Alors comme d’hab on revient au point de départ.

Les frères se chamaillent .

Je m’associe à Guillaume roi d’Angleterre dans ses entreprises. Les disputes des deux frères sont la risée de tout l’occident. L’Église qui à l’époque se mêle de tout, jusqu’au plus intime de le vie des souverains, force les deux frères à la réconciliation. Robert n’est pas contre , il suffirait de lui trouver 2,5 tonnes d’argent pour financer son expédition à Jérusalem. Cette tête fragile est toujours sensible au dernier vent et la mode n’est plus à la guéguerre locale mais à la franche épopée . L’Église a trouvé un truc pour occuper et faire rêver les manieurs de fer de l’Occident chrétien : la Croisade

On lui trouva l’argent .

Il partit en laissant son Duché au mains de son frère le roi.

C’est comme ça que, seul avec mon frère Guillaume, tout s’arrangea . Il ne me considérait plus comme un ennemi . Au contraire il est très heureux de me trouver pour administrer le Duché quand il était retenu en Angleterre .

Ce n’était que le début de l’embellie. Au tournant du siècle un accident de chasse « malencontreux » me permit de sauter sur l’occasion de de me faire sacrer vite fait roi d’Angleterre, alors que je tenais concrètement le Duché de Normandie. Évidemment le vrai Duc aurait mieux fait d’être là sur place , d’autant que la Croisade était bel et bien finie .Il avait bien pris le chemin du retour , mais , en chemin , il avait jugé bon de se marier dans le sud de l’Italie avec Sibylle de Conversano et de tenter de s’installer sur place. La nouvelle de la mort de son cadet le fit accourir … Trop tard pour récupérer la couronne !

Tinchebray

Querelles, réconciliations, jurements sur les saintes reliques, les manœuvres reprirent comme avant ….La routine en quelque sorte.Des promesses d’argent tempérèrent les velléités belliqueuses de Robert accompagnées parfois de son débarquement en Angleterre.

À la fin appuyé sur mes propres vassaux d’Angleterre et assuré du soutien de nombreux féodaux du Duché je descendis et lui réglais son compte à Tinchebray (1106). La chance voulut que je le fisse prisonnier ce qui clouait par avance le bec à tous les tonsurés qui n’auraient pas manqué de me traiter de fratricide…. Je lui réserverai une captivité confortable jusqu’à ce jour de Noël 1120. ..(jusqu’à sa mort en 1134.)

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J’aurais donc connu 14 ans de fausses illusions. Quatorze ans où j’aurais pu rêver avoir conjuré la malédiction d’Odin condamnant la famille de Guillaume le Conquérant à se déchirer elle même.

Il m’aura bien fait marcher Odin le roublard.

Il m’accordera un fils auquel personne n’aurait pu venir contester son droit à la couronne royale d’Angleterre et Ducale de Normandie.

 

du blog http://www.infocapagde.com/index.php?op=index.php

Tout était en place pour stopper net les plans de reconquête du Capétien même si ,comme il en a la fâcheuse habitude, il fait alliance avec la famille des Ingelgériens d’Angers . Il va falloir trouver un moyen de leur faire lâcher prise dans ces histoires compliquées du Maine et du Perche.

Encore une affaire ratée par ce crétin de Robert !

Mais ….

Quand je sortis du port de Barfleur en ce matin de la Sainte Catherine 1120 , il faisait encore nuit, je ne pouvais pas penser que mon crétin de Guillaume Adelin allait faire l’important pour réveiller son équipage , embarquer toute sa suite de soiffards et user de tous les moyens pour forcer son capitaine et faire appareiller sa nef .

Un bateau normand chargé de 300 âmes . Fallait -il qu’ils soient encore saouls pour oublier que la marée comme le vent avaient changé . Et que……

Mais quelle idée de vouloir me rattraper ?

 

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