Le carnet de guerre de Léon Mellard (1914-1916)

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Ce billet n’a qu’un seul objet. Vous inciter à lire ce texte inédit jusqu’à ce jour :
LE CARNET DE GUERRE DE LÉON MELLARD (1914-1916) et l’introduction écrite par sa petite-nièce.
En 1914, il ne fallut pas attendre longtemps avant la publication des premiers livres ou brochures sur ce qui n’était pas encore la Grande Guerre. Le grand public était friand de ces récits souvent colorés qui glorifiaient invariablement l’héroïsme des troupes françaises. Pour les familles de ceux qu’on n’appelait pas encore des poilus, c’était une forme substitut. Les nouvelles des soldats étaient rares, les permissions inexistantes et la correspondance était censurée.
Plus la guerre avançait, plus les publications s’accumulaient. Des centaines, puis des milliers de romans, de brochures, de récits, de nouvelles, de mémoires…
La guerre finie, le filon continua à être exploité par des éditeurs à la recherche de ventes faciles et par des auteurs plus ou moins bien intentionnés. Sous couvert de témoignages authentiques, il se publia surtout des mythologies ou des ouvrages de propagande. Propagande de grande diffusion dans les milieux proches des Anciens Combattants, propagande à diffusion plus confidentielle dans les milieux pacifistes ou dans celui des premiers adeptes du bolchévisme (il fallait bien trouver un prétexte pour justifier le traité de Brest-Litovsk !).
De nombreux ouvrages se présentèrent comme des Journaux de guerre. Malheureusement, la plupart n’étaient que des forgeries pieuses ou des réécritures postérieures. Pourtant, pendant la guerre, les poilus avaient écrit. Pour certains, c’était un moyen de tromper l’ennui pendant les périodes d’inactivité à l’arrière du front. Pour beaucoup, c’était une façon un peu de magique de communiquer avec leur famille et de confesser au papier leurs terreurs ou leur bonheur de survivre.
En 1929, Jean Norton Cru publia Témoins : Essai d’analyse et de critique des souvenirs de combattants édités en français de 1915 à 1928. Il y analyse 304 titres, dont très peu (et paradoxalement, souvent les moins connus) résistent à sa critique. Remettre en cause la véracité du Feu de Barbusse, le chantre de la littérature prolétarienne, ou des romans de Dorgelès ne manquait pas de panache, mais cela ne pouvait pas aider à la diffusion de son oeuvre. Témoins tomba donc rapidement dans l’oubli.
Ce n’est que très récemment que l’on commença à publier des carnets écrits par des soldats du rang. Il en subsiste quelques centaines. Bien peu en regard des dizaines de milliers d’autres ouvrages sur la Première Guerre Mondiale. C’est dans les milieux pacifistes que les premiers carnets furent diffusés. Tout naturellement, le choix fut fait de publier des carnets écrits par des militants.
Mais, peu à peu, d’autres carnets de guerre ont été porté à la connaissances des chercheurs et d’un public plus large. Cette fois, ce sont les familles qui sont à l’origine de leur diffusion. Internet aidant, ces reliques que l’on se transmettait de génération en génération sont maintenant accessibles à tous. Ces carnets sont tous uniques et c’est pourquoi ils sont si précieux. Le chtimiste en a publié 231.
Le carnet inédit de Léon Mellard n’appartient pas à la catégorie des carnets militants. C’est le journal d’un jeune soldat séparé de sa fiancée. Originaire de Liévin, il ne peut plus communiquer avec sa bien-aimée (Liévin était occupée par les Allemands). C’est à son carnet qu’il confie ses sentiments, ses doutes, des peurs.
Je vous engage à lire le carnet inédit de Léon Mellard. Vous n’y lirez pas beaucoup d’anecdotes édifiantes ou héroïques, mais l’expression de ce qu’Orwell appelait la Common Decency, cette décence ordinaire des humbles, celle qui fait la gloire de tous les poilus, qu’ils soient tombés au front ou qu’ils en soient revenus plus ou moins vivants.
Le devoir de mémoire, c’est aussi celui de ne pas truquer…
Robert Lavigue – Novembre 2018
La dernière lettre de Léon Mellard (3 mars 1916)
(…) Je suis en 1ère ligne, assis sur un sac, dos à la tranchée, sous une toile de tente car il n’y a pas d’abri et il pleut. Quelle misère…
Le canon gronde bien fort et il y a fusillade au bois où était Pierre (son frère mort en juillet 1915). Je le vois d’ici (…)
A cette date (le 10 novembre 2018), tout n’est pas encore en ligne, mais c’est en bonne voie. Ce sera l’occasion pour vous d’y retourner dans quelques temps.
PS: De même que la famille de Léon Mellard m’a honoré de sa confiance en me confiant la mise en ligne de ce carnet et d’une partie des archives familiales, je vous remercie de faire connaître ce témoignage auprès de votre réseau.

4 comments to Le carnet de guerre de Léon Mellard (1914-1916)

  • D. Furtif

    Bonjour
    .
    Pour ma part depuis mon plus jeune âge , celui où on commence à chercher à comprendre…mais où malgré soi on connait déjà la fin de l’histoire…
    La plus grande, le plus prodigieuse des victoires est dans le capharnaüm de la déroute.
    La Vè armée de Lanzerac, le maudit , le réprouvé, recule et ne se débande pas. Et la Vè résussit à combler le vide avec la IVè
    Et toute l’armée livrée à l’artillerie lourd allemande ( à la quelle on ne peut répondre) recule s’arrête , reprend la recul deux semaines d’enfer jusqu’en bas de Paris.
    Comment ont-ils réussi ça?
    Car il y a des preuves que cette retraite unique dans l’Histoire avec au final le renversement sur la Marne qui viendra lui servir de preuve
    Pour moi, donc , la plus grande victoire de la 1ère guerre mondiale , de la frontière à la Marne , marches contre marches , attaques pour dégager un corps menacé d’être capturé, …et sous les bombes…
    Plus de 400 km en 12 Jours.
    .http://www.carto1418.fr/19140823.php
    Cliquez pour agrandir
    Puis si vous le voulez
    Suivez les front jour par jour d’août 14 à Novembre 18 en cliquant sur la carte.

  • D. Furtif

    au regard de la carte donnée sur le blog

    On remarque très vite…que la direction du « dégagement » est droit vers l’Ouest.
    Ce qui signifie deux choses .
    – 1) On n’encombre pas quand on peu les axes Nord Sud qui sont pris par les combattants
    -2 ) Le Refuge semble plus à l’Ouest qu’au Sud

  • D. Furtif

    Le récapitulatif du nombre des morts mois par mois => de Août 14 à nov 18
    .
    Les neuf derniers jours d’août 14 ( 1/3) de mois dominent du haut de leur montagne de cadavres et de très loin.
    Comme ceux de la courte année 1914 domine toutes les autres années…
    Funeste et répugnant podium.
    .
    C’est l’occasion de vous faire part d’une certaine aigreur que j’ai ressentie , enfant, entre les générations de ceux qui avaient fait 14 ( les grand pères ) et ceux qui avaient fait 40 ( les pères)
    De l’Oedipe avec beaucoup du sang
    *Les premiers n’ont jamais pu se défaire d’une forme de dédain à l’égard des autres..;
    Eux ils avaient souffert et en avaient vu de dures ,
    *les autres n’avaient pas connu ces horreurs et en plus, ils avaient perdu.
    C’est brutal , c’est idiot mais c’est la vraie vie les vrais regard et les vraies querelles au cœur même des familles.
    .
    Et ça criait et ça se disputait , et ça s’envoyait des horreurs…J’ai vécu « des scènes relevant du Tragique » avec des rancoeurs véritable écho de l’antique ……..en patois autour des verres de rouge des cafés ou des tables familiales..;
    Nous les enfants ,nous étions trop jeunes pour comprendre…C’était sans compter avec ceux qui avaient de la mémoire…….
    .
    Plus tard j’ai compris
    Plus tard j’ai su.
    .
    Le sourire crispé des pères. Leur blessure.
    Du 13 Mai 40 au 17 Juin de la même année 100 000 avaient été fauchés.
    Dans ce concours morbide , ils étaient loin d’avoir démérité.Mais ils ne le savaient pas le compte n’avaient pas encore été fait et encore moins publié.

    Ceux de la première armée dans leur remontée des plages de Provence aux collines de Bavière n’avaient pas fait du Jogging , .Ils était souvent rentrés dans le corbillard de Jules .

  • Dora

    Bonjour à tous,
    Bonne idée que cette mise en ligne, cela va nous rapprocher des anciens qui parlaient peu mais évoquaient l’horreur de la guerre, comme cet homme disant à son fils ex-déporté du travail en 44 et à son épouse : n’achetez pas des jouets de guerre ou de fausses armes à vos garçons, car la guerre, ce n’est vraiment pas beau. Il avait perdu 2 de ses frères et était revenu blessé.
    Il existe certainement dans les Universités proches du front des chercheurs travaillant sur ces archives.
    Puisqu’il est question de guerre, savez-vous si la publication des mémoires des appelés en Algérie est-elle à présent autorisée?

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